‹ ItalieChapitre 270 sur 587 · PEINTURE · texte numérisé non relu

PEINTURE

L'ÈcoLE ROMAINE, cu tant qu'il y en ait une, se rattache, par Michel-Ange, à l'école toscane, et par Raphaël (F. Pérouse), à l'école ombrienne.

Raphaël [Sauti ou Sanzio, 1483- 1520), fils du peintre Giovanni Santi, est le véritable fondateur de l'école romaine. Il possécUi le charme ineifable de la grâce, et il l'imprima à toutes ses œuvres, tout en sachant allier à la beauté la gran'Ieur et l'élévation de la conception. C'est un génie si vaste, qu'il faut, pour l'apprécier, le suivre à travers tout le développement de son talent. Dans ses premiers ouvrages l'élève dû Pérugin a la grâce ascétique de l'école d'Ombrie; il en a la naïveté et la faiblesse. Il se transforme d'abord au contact des Florentins et avec les conseils de Fra Bartolommeo; plus tard, par une étude assidue des m(muments antiques ; enfin il s'enrichit de la science de Michel-Ange, sans se laisser entraînera son exagération. — Les principaux ouvrages de Raphaël, à Rome, sont : (au Vatican) la Transfiguration, la Madone de Foligno, les Loges, les Stame\ les fresques de la Farnésine; le prophète Isa'ie à Sauf Agostino; les vSibylles. à Santa Maria délia Pace ; des tableaux aux galeries Borghèse, Barberini, Doria, etc. ^

Raphaël mourut à l'âge de 57 ans. bon corps resta exposé pendant trois jours.

Au moment où l'on s'apprêtait à le descendre dans sa dernière demeure, on vit arriver le pape (Léon X), qui se prosterna, pria quelques instants, bénit Raphaël et lui prit pour la dernière fois la main, qu'il arrosa de ses larmes. On lui fit des funérailles magnifiques, et il fut inhumé au Panthéon (F. Panthéon).

Michel-Ang^e Buonarroti (1475- 1564) naquit près d'Arezzo, de parents

^ Nous recommanderons tout parliculièremcat, Raphaël, son œuvre et son temps, par E. MuNTZ (Paris, Hachette et G'").

sans fortune, et fut mis en nourrice chez la femme d'un tailleur de pierres. Il entra, à l'âge de 14 ans, dans l'atelier du Ghirlandajo. Un an plus tard, admis à étudier les statues antiques que Laurent de Médicis avait réunies dans son jardin, il fit cette tête de faune que l'on conserve à Florence (au Bargello). Laurent, charmé, le prit en atîection et l'admit dans sa famille. Il avait déjà produit un grand nombre d'ouvrages admirables, lorsque Jules II, en 1505, l'appela à Rome et le chargea de faire son mausolée. Parmi les figures qui devaient entrer dans la composition de ce monument, nous citerons le Moïse (F. San Pietro in Yincoli) et les deux captifs qui sont au Louvre. A la suite de quelques froissements dans ses rapports avec le pape, Michel-Ange quitta Rome brusquement et revint à Florence.

La réconciliation du pape et de l'artiste eut lieu à Bologne ; les détails de cette entrevue sont curieux à lire dans Vasari. Michel-Ange, revenu à Rome en 1507, commença les peintures de la voiite de la chapelle Sixtine en 1508 et, toujours pressé par le pape, il acheva cette œuvre colossale en quatre ans (et non en 20 mois, comme le dit Yasari). Quand elle fut découverte, un cri d'admiration s'éleva de toutes parts. Raphaël, après l'avoir vue, modifia sa manière et, dans son prophète Isaïe (F. église Saut' Agostina), il se fit l'imitateur de Michel- Ange.

Léon X chargea le peintre de la Sixtine d'exécuter la façade de San horenzo et les tombeaux des Médicis (F. Florence).

Après avoir passé 4 ans (1517-1521) à Carrare pour faire extraire les marbres qui lui étaient nécessaires, Michel-Ange fit la statue du Christ (1521 ; F. église de la Minerve). En 1529, la guerre, déclarée par Clément YII et l'empereur à la république de Florence, le rappela dans cette ville qui lui demandait de la défendre comme ingénieur. Il fortifia San Miniato et d'autres parties de la place ; aussi, quand les Impériaux y entrèrent, fut-il exclu de l'amnistie et réduit à se cacher. Mais, comme Jules II, Clément VII appréciait ie génie du grand artiste ; il ne lui fit pas un crime d'avoir pris les armes pour sa patrie, seulement il le pressa de terminer les tombeaux des Médicis, dont Michel-Ange avait toujours poursuivi l'exécution depuis treize ans et même pendant lé siège de Florence. Quand il

ROUTK 38 j PEINTURE : — RAPHAËL, MICHEL-ANGE.

revint à Rome, en 1532, Clément VII Toulut que, pour compléter les peintures de la Sixtine, Micliel-Ange peignit deux grandes fresques aux extrémités de cette chapelle. Le maître s'y refusait, ne pouvant, disait-il, abandonner l'exéculion du mausolée de Jules II. Enfin Paul 111, successeur de Clément VU, en 1554, obtint du duc d'Urbin, neveu et héritier de Jules II, qu'il consentît à une réduction du plan primitif de ce monument, puis, accompagné de dix cardinaux, le pape se rendit à l'atelier de Michel- Ange, pour le décider à entreprendre l'immense ïvcs(\uc du Jugement demie?' ; elle fut achevée en 8 ans (1541). En 1544 il construisit le Capitole ; la corniche du palais Farnèse est de 1547.

Nommé celte même année architecte de St-Pierre, Michel-Ange consacra le reste de sa vie aux travaux de cette basilique. Il mourut âgé de 89 ans. La plupart de ses ouvrages se trouvent en Italie, surtout à Florence et à Rome.

Le plus brillant élève de Michel-An^e fut Daniel de Volterre (Ricciarelli ; 1509-1560 ; F. la Trinita de' Monti, à Rome).

Le plus célèbre des élèves de Raphaël est Jules Romain (Giulio Pippi ; 1492- 1546; V. Mantoue). Après lui, viennent Pierino del Vaga (1500-1547), qui aida Raphaël dans ses travaux ; — Penni, surnommé le Fattore^ parce qu'il était chargé du ménage de cette communauté d'artistes dont Raphaël était le chef ; — Polydore de Caravage (Caldara -]- 1543); -. Jean d'Udine (1487-1564), aide de Raphaël comme peintre de nature morte ; — Benvenuto Tisi ( Tisio] , dit le Garofolo (1481-1559), du nom de la localité où résidait sa famille et parce qu'il plaçait toujours un œillet (garofolo) dans ses compositions. Sans avoir été élève de Raphaël il en ressentit toutefois l'intluence lors de son voyage à Rome et il lui est redevable de ce qu'il y a de plus génial et de plus noble dans ses compositions.

La mort de Raphaël, la peste et enfin le sac de Rome par les Allemands du connétable de Bourbon, dispersèrent tous ses élèves.

La décadence de la peinture date de Grégoire XIII (1572) et se prononce davantage sous Sixte-Quint et Clément VIII (1593-1605). La peinture à fresque, surtout, ne fut plus qu'unR industrie ma-

nuclle. C'est alors que les maniéristes se mettent à encombrer les églises, les cloîtres et les palais de Rome. — Le chevalier à'Arpino [Giuseppe Cesari), dit le Josépin (1560-1640), l'ut, par son talent facile, son coloris agréable et l'aspect dramatique de ses compositions, le représentant le plus complet de cette époque prétentieuse. — Federico Barocci (Baroccio\ 1528-1612), peintre de talent, mais manquant de naturel ; éclectique par instinct, imitateur du Corrège, ne se laisse pas envahir par le goût régnant. — Andréa Sacchi (1598-1661), sorti de l'école d'Albane, fut dessinateur habile et un des meilleurs coloristes de l'école romaine ; lorsqu'il arrive à se débarrasser d'une indécision manifeste dans plusieurs de ses œuvres, il a un style grave et élevé {V. son tableau de St Romuald, au Vatican).

Au commencement du xvii^ s., vis-àvis de l'idéalisme ou plutôt du maniérisme du Josépin, se leva en opposition le naturalisme du Caravage. — Michelangiolo di Caravaggio [Amerighi^ dit le Caravage^ 1569-1609) prit pour guide la nature seulement et la copia, souvent sans choix et sans goût. C'est le grand peintre réaliste de l'école italienne. — Pieiro da Cortona (Berettini, 1596-1660) jouit, de son vivant, d'une immense réputation et acquit une grande fortune. Il devint le chef d'une école qui se posa en rivale de celle de Sacchi ; mais la facilité élégante du maître dégénéra en négligence chez ses élèves. — Un homme dont l'influence sur les arts était absolu, le Bernin (F. ci-dessus. Sculpture), contribuait alors à faire dominer le mauvais goût. — Carlo Maratta (1625-1713) continua, à Rome, l'école de Sacchi ; il restaura les Loges de Raphaël.

Le Paysage seul, le dernier venu dans l'art de la peinture, au milieu de cette décadence, atteignit, au contraire, son plus haut degré de perfection en Italie avec notre Claude Gelée (dit le Lorrain, 1600-1682), le Guaspre (Dughet, 1613- 1675) et Salvator Bosa (de l'école napolitaine). — Vers le même temps, un Français, l'honneur de notre école. Poussin, vivant à Rome, restait fidèle aux grandes traditions ; c'est le véritable créateur du paysage historique.

Le dernier nom célèbre à citer de l'école romaine est, sans parler de Pompeo Baffoni (1708-1787), celui dç Ua-

ROME

Page 1