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ra ex - trc - ma. Deus.
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Antiphona. Con-fir-ma super nos, De - us, mi-se-ri-cor-di-am tu - am.
Pierre Aubry, Iter Hispanicuui. IV.
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Ps. Laudate Dominum omnes gen-tes et collaudate eum omnes po-pu - li. Toius cum »Gloria« et repditur antiphona.
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Besponsorium. In lo - co vi - ri - di, Do-mi - ne,
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lux per-pe-tu-a lu-ce-at e - is.
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quam, etc.
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Supplicatio. 0-re-mus. Pi - uni et exaudabilem ro-gemus.Presta, eterneomnipotens
De - us. Kirie e-lei-son. Chi'iste e
us. Kirie e-lei-son. Chi'iste e-lei-son. Kirie e-lei-son. Pa-ter noster.
(prosequitur secreto.)
Oratio. Tibi, Domine, commendamus animos famulorum tuorum ut defuncti seculo tibi
vivant et quae per fragilitatem mundanae conversationes peccata commiserunt; tu
Ê^^^Éi^f^^-
venia misericors divinae pietatis absterge. Per Christum Dominum nos -trum. A - mcn.
pp^^-
Sî^H
Dorainus sit semper vo-bis-cum. Et cum spiritu tu - o. In nomine Domini nostri
Pierre Aubry, Iter Hispanicum. IV.
t^iizd
Jesu Chris - ti, omnes animae fidelium defunctorum per mi - scricordiam
Dei sine fine requies-cant in pa - ce.
Notes complémentaires.
On trouvera dans la Patrologia Laiina, LXXXV et LXXXVI, une réédition commode des deux principaux livres de la liturgie mozarabe.
I. Missalc Mixtum^ praefatione^ notis et appcmlieibus ah Alexandro Lesko, S. J. saoerdote, ornatum.
II. Breviarium gothicmn secundimn rcgulam heatissimi Isidr/ri . . . ad usitm sacelli Moxarahiim. Madrid, 1775, in-fol.
Dans ce dernier livre, il y a, après la préface de Lorenzana (p. XXVI et ss.) une courte notice sur le chant mozarabe et les quatre règles de son exécution sous ce titre:
Cantus Eiigeniani seu melodici explanatio, facta a D. Hieronymo Romero, S. Ecclesiae Toleianae Hispaniarum Primatis Portionario et cantus melodici 3Iagistro.
On peut en conclure que le chronos est la loi rythmique du chant mozarabe.
Enfin nous signalerons une tentative bien fragile d'explication des neumes mozarabes dans la Missa Gothica seu Mozarahica et Officium itidem Gothicum p, 68 et ss.. Angelopoli, 1770.
Cet article était déjà composé, quand a paru dans la Revista de Archivos, hïbliotecas y Muscos (mars-avril, 1907) un article de L. Serrano, intitulé Historia de la musica en Toledo. Nous n'avons pu l'utiliser ici.
Folk-lore musical d'Espagne.
Ici encore on peut répéter avec Pascal: «Vérité en deçà des monts, erreur au-delà». Allez en Espagne et revenez de l'autre côté des Pyrénées avec une riche moisson de chants populaires récoltés en Castille, en Galice, en Estremadure, en Andalousie et montrez votre butin à quelque musicien compositeur de rhapsodie ou de caprice espagnol, à n'importe quel dilettante, voire même à un critique averti. Vous verrez leur sourire et leur pensée secrète sera que ces chants populaires n'ont aucun caractère espagnol!
C'est qu'il y a le chant populaire espagnol à l'usage des music-hall dans toutes les capitales d'Europe. Il a ce trait particulier d'accompagner toujours une danseuse habillée de rouge et son partenaire vêtu en torero. Il faut, en outre, que tous les deux le rythment au bruit des castagnettes. On l'appelle uniformément boléro, fandango, habanera ou jota sur les programmes de café-concerts. Vainement on chercherait dans les provinces les plus authentiques de l'Espagne ces bailes popularcs entendues à Paris, à Londres ou à Berlin: c'est un produit national destiné uniquement à l'exportation.
Mais il y a, en Espagne, un chant populaire que les gens du peuple aiment comme ils aiment leur terre et leurs traditions, mais dont l'étranger ne se fait guère idée. Il serait téméraire, après quelques courtes semaines passées ira los montes, d'entreprendre une étude d'ensemble sur ce trop riche sujet, d'autant qu'il y a autant d'Espagnes qu'il y a de provinces en Espagne, qu'il faudrait s'attacher séparément au folk-lore de chacune d'elles et que le même puissant intérêt se retrouve pour toutes.
Ce que le voyageur qui passe peut connaître du folk-lore musical se réduit H peu de choses. Nous avons erré dans la campagne de Burgos et aux alentours de Tolède, nous avons entendu et recueilli nombre des chants de la bonne terre et quelques airs de la gai fa; nous avons, en flânant aux portes des patios, dans les villes, écouté ces longues complaintes qu'une voix invisible déroule mélancoliquement; enfin nos randonnées dans la Sierra Nevada entre Grenade et Motril, au bord de la Méditerannée, puis à Malaga, à Séville, à Xérès, nous ont fait prendre contact avec l'Andalousie qui chante. Au reste, il n'y a point que la
Pierre Aubry, Iter Hispanicum. V. 77
production espagnole dans l'art populaire de l'Espagne. Il y a les gitanos, au sud. Ces nomades, venus vers le quatorzième ou le quinzième siècle du fond de l'Asie et qui ont à travers le monde conservé leur physionomie particulière et l'usage d'un idiome apparenté au sanscrit, vivent isolés dans la région de Grenade et de Guadix, mais leurs chansons se ressentent du milieu ambiant et nous ont causé, le peu du moins que nous avons entendu, quelque déception. En revanche, les populations basques du nord ont gardé une empreinte très forte. Elles ont leur langue, elles ont leurs chants propres. Nous avons gardé un souvenir charmé de ces xortxicos, dont le rythme inégal produit une impression à la fois naturelle et rare.
L'étude du folk-lore musical d'un pays appartient avant tout aux nationaux. Mais l'érudition d'ailleurs a été plus lente en Espagne que dans les autres pays d'Europe à prendre contact avec cette manifestation du génie national. Depuis quelques années seulement, un travail consciencieux et désintéressé a sauvé de l'oubli ces productions qui, là comme partout, sont appelées à disparaître devant Tenvahissement des refrains populaciers issus des couches vulgaires des grandes villes. Nous avons récemment dressé la bibliographie des principaux recueils de folk-lore musical espagnol et c'est à eux que nous renvoyons, au lieu et place de l'étude que nous ne faisons pas^).
Un nom manque à cette nomenclature et c'est celui qui de^Tait y tenir la première place. Nous voulons parler du compositeur le plus justement célèbre de l'Espagne et à qui tout ensemble l'histoire de la musique est redevable de très importantes contributions. Nous voulons parler de Felipe Pedrell. Le musicien auquel nous devons la belle trilogie Los Plrineos et la tragi-comédie La Celesti?ia, le savant éditeur de VHispaniae Schola Musica Sacra, le critique averti de Pœ- nuestra musica met à la base de ses doctrines la pratique et l'amour du chant populaire national. L'épigraphe de cette dernière brochure en dit assez l'objet. C'est une maxime empruntée à un musicologue du XYIII® siècle, le P. Antonio Eximeno : '^ Sobre la base del catito nacional dcbia construir cada pueblo su sisfema, chaque pays devrait établir son système musical en prenant pour première base le chant populaire». Pedrell la fait sienne et le curieux exposé de Por nuestra musica en est le développement. Mais Pedrell est un génie latin, fait d'ordre et de clarté. Il n'a point parlé de la chanson populaire sans en avoir au préalable groupé en collection les fleurs les plus belles, non pas comme un faquin qui se dit botaniste pour avoir quelques heures couru la campagne, un herbier au
1) Aubry (Pierre). — Esquisse d'une bibliographie de la chansou populaire en Europe, p. 11, etc. Paris, Picard, 1905, iu-8.
Pierre Aubry, Iter Hispanicum. Y.
côté, mais en vrsii savant qui procède avec méthode et discernement. Pedrell nous a ouvert ses richesses et libéralement nous a permis d'y puiser à l'intention de ces notes de voyage. Le lecteur sentira l'impression poignante qui se dégage de ces mélodies. Nous les avons choisies dans la note mélancolique pour la plupart: on n'en verra que mieux une inspiration toute différente des compositions vulgaires, par lesquelles on est tenté de symboliser la musique espagnole.
Ca Modéré.
Ancienne romance ^).
so - me mi pa - dre Con un ca - ba - lie - ro. Ca - da ho-
fï3E
ISeè
ra me lia - ma: Fi - ja d'un pe-clie - ro! Y j'o non lo soy.
Lent.
Arrolo2).
A Cris- to San Juan pi-deu-Ue Qu'o so -no non o
le - va - se
1) Provenance castillane. Trad. franc: «Mon père m'a mariée — avec un chevalier. — A chaque heure il me dit: «Fille de plébéien !> — Et moi je ne le suis pas.>
2) Recueilli en Galice. Trad. franc: «A Jésus-Christ saint Jean demande — de le laisser dormir — jusqu'après le lever du soleil — le jour de sa fête.» Allusion à une tradition populaire. La fête de saint Jean Baptiste tombe le 24 juin à une époque de l'année où les orages ne sont pas rares. Aussi le Seigneur le fait dormir trois jours, le jour de sa fête, la veille et l'avant veille. Quand saint Jean ouvre les yeux^ toute menace d'orage est passée.
Pierre Aubry, Iter Hispanicam. V.
Pa - ra ver bai-Ia-1 - o sol 0 di - a de sua ro-ma-je
^EEE^^=î^
^^^Eg^E^^^^
iSte
aiz:
Berceuse 1).
Que -lia Vir-xen màs ga - la - na Yé la que hay en es-tipue - Tempo ad libitum. 7na lento.
dim.
t^sfe
Z^ffil
%EiE
blu. Pieslla-los gue-yi-nos ne
Que llos an - xe - li - nos
i^îz^^
^fcte
ii£
EfêEfi
ba-xen Y que cu-ri - en del to sue - nu. Pies Halles giie-yi-nos ne - nu.
dim.
gP^
ya! E
ya!
11 Recueillie dans les montagnes de Braiïas (Asturies;
Pierre Aubry, Iter Hispanicum. V.
Ah!- Très lent.
Chanson des batteurs de blé*).
Si no fas p'es car-re - to
Ah!
7nf
- -• ^ T^Jé-.-:^
Ah!
Que va dar-re-ra, dar-re
Saeta2).
Mi- ra - lo por a - yi bie - ne, Er nie-jor de los na-si
Très lent
dos, A - ta - do de pies j' ma-nos Yel ros-tro des - co - lo - ri - do.
I 'Ni I I I , !
^ *-ki- * *■ ^ "t :z- u—
rail.
^JÊJEj^i^,
r^Tc^
1) Provenance mallorquine. Trad. franc,: «Ah! Ah! si ce n'était pas la charrette Ah! Ah! qui nie suit derrière, derrière!»
2) De provenance andalouse . .. Trad. franc. «Regarde-le! il vient par là, — le meilleur des enfants, — les pieds et les mains attachés — et le visage décoloré.» La sacta, mot à mot flèelie, est le titre qu'on donne à une composition poétique brève, destinée à exciter à la prière ou à la pénitence. C'est dans le nu'nie sens qu'on dit une oraison jaculatoire. La sarla se chante dans les églises, dans les rues, aux processions pendant la Semaine-Sainte, à Séville surtout.
Pierre AuVjry, Iter Hispanicum. V.
Alalai).
A - go - ra que m'henhei d'ir As pe - dri - nas cho-ra
Andantiiio. , . ,
ra//.
szz^zirp:
Cho-rai, pe - dri-nas, a noi-te que me vou po-l' a ma - nan.
^^^^S3Eë3
rail.
Très modéré.
Berceuse 2).
Sant' A - na be- ney - ta
Vos qu'ho me- rei - xeu
Te - niu u - na fil - la Qu'es Ma-re de
1) Recueilli en Galice. C'est la chanson d'un tailleur de pierres. Trad. franc. < A présent qu'il me faut partir — les petites pierres pleureront. — elles vont pleurer pendant la nuit, — car je pars au matin.»
2) Recueillie à Tarragone. Trad. franc.: «Sainte Anne, soyez bénie, — vous qui le méritez: — vous avez une fille, — qui est mère le Dieu.>
Aubry, Iter Hispanicum. 6
Pierre Aubry, Iter Hispanicum. V.
Andantino.
Martaij.
l'om - bra d'un ta-ron - gé, A
Tom - bra d'un ta-ron-
izi
BEi-:
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ii:
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Que lay lay - râ, lay-râ, lay
S'es - ta ]a gen-til
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ft :t j^ > — A — i r j^ — rL i ^ '^ — r
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rail.
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Mar - ta, Lay - râ, lay - râ, S'es -ta la gen-til Mar
ta.
-Jiii
pi=^
Alala gallego^).
Voûme por a - qui a- bai-xo,Voiime por a - quiarri-ba,Voûmepor a-
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i^^3EfeEtT=CJ:f=r-E3;^^^-gÊ^^i^^Ê^EEi^Ë^
qui a - bai - xo A ga - nar
g^^=E^^i=gE^
mi - na vi
da.
'LJd
1) Chanson populaire catalane. Trad. française: «A l'ombre d'un oranger — à l'ombre d'un oranger, — Que lay layra, layra, layra, — S'est assise la gentille Marthe — Layra, layra, — S'est assise la gentille Marthe.»
2) Recueilli dans la province de Lugo en Galice. Trad. franc. «Je vais par ici en bas, — je vais par ici en haut, — je vais par ici en bas, — pour gagner ma petite vie.
Pierre Aubry, Iter Ilispanicum, V. g^
Mais pauio maiora canamiis peut-on ici faire dire à Felipe Pedrell. Comment va-t-il mettre en œuvre ces éléments féconds? Les matériaux sont amassés: quel sera l'air de l'édifice? Pedrell va nous l'exposer luimême.
*Le cachet particulier, la spéciale inspiration d'un art propre ou le caractère d'une école lyrique, ce qui revient au même, doit se chercher et, heureusement, se trouve ainsi que l'ont trouvé certaines écoles lyriques écloses subitement sous l'impulsion de cette révolution «modernissime» de l'art, dans l'un de ses plus puissants agents, dans le chant populaire personnalisé et traduit en formes correctes.
«Sous le double aspect du texte et de son revêtement musical, c'est le grand révélateur des forces créatrices d'une nation ; et non seulement la puissance d'inspiration libre et l'indépendance de formes qu'il offre et qui s'accommodent mal avec les théories scolastiques, doivent appeler l'attention du musicien intelligent, mais encore Tintérêt philosophique, littéraire et ethnologique que présente le chant populaire facilite tout un ordre d'expériences ultra utiles qui exercent une grande influence sur l'imagination du compositeur, en vivifiant et stimulant son inspiration. Les inappréciables éléments qu'il procure, bien maniés dans les plus hautes conditions de l'art et mis en exercice par une intelligence apte à comprendre les diverses tendances du génie national d'un pays, ont été la cause et le point de départ d'écoles lyriques déterminées et d'œuvres capitales dans Thistoire de l'art.
Le chant populaire, cette voix des peuples, la pure inspiration primitive du grand chanteur anonyme, passe par l'alambic de l'art contemporain et devient sa quintessence: le compositeur moderne se nourrit de cette quintessence, il se l'assimile, en la revêtant de délicates apparences par lesquelles la musique — et seulement la musique — peut nous démontrer tout ce dont il est capable et tout ce que comporte la forme, au point de vue technique, grâce à l'extraordinaire développement, inconnu des siècles passés, qu'a acquis notre époque.
Le chant populaire fournit l'accent, le fond, et l'art moderne fournit également ce qu'il a: un symbolisme conventionnel et la richesse de formes, qui sont son patrimoine. Equation parfaite d'un énoncé de hautes beautés, dérivée de la relation harmonique qui existe entre la forme et son contenu.
De cette heureuse association avec le thème populaire et correct à la fois, nait non seulement la couleur locale, mais encore celle de l'époque qui, toutes deux, s'incorporent dans l'œuvre du compositeur. Joint au cachet ou à l'air de famille, le thème porte en soi l'adaptation au milieu ambiant, la simplicité et le naturel élevé en doses équilibrées ... . ^
Donc le drame lyrique national est le lied développé dans des proportions voulues pour le drame: c'est le chant populaire transformé.
Le tempérament artistique du pays dont il émane et, conséquemment, son cai-actère, existe dans le chant populaire» i)
En effet, il n'est pas dans l'histoire de l'art de génération spontanée. Un chant populaire n'apparaît point dans une province sans qu'à son origine il y ait un ou plusieurs auteurs, humbles, obscurs sans doute, mais dont l'existence est indiscutable. Cet anonyme a fait une œuvre semblable à
1) Pedrell (F.) — Pour noire musique. Quelques observations sur l'importante question d'une école lyrique espagnole. Barcelone s. d. p. 35 et 36, — Cette brochure est la traduction française par A. G. Bertal de Por nucsira mûsica publié en 1891. à propos de la trilogie Los Pirineos.
84 Pierre Aubry. Iter Hispaniciun. V.
l'œuvre d'un autre poète, d'un autre musicien. Pourquoi la sienne a t'elle survécu à côté de l'oubli de tant d'autres, aussi belles et plus parfaites peut-être ? Pourquoi de générations en générations a t'elle été conservée, sinon parce que cette pièce reflétait les aspirations profondes de toute une race et que chacun en la chantant croyait laisser parler son âme à soi, sinon parce qu'elle est absolument adéquate au miHeu? C'est ainsi qu'une œuvre d'artistique qu'elle était à son berceau est devenue populaire.
Une chanson populaii'e est donc le reflet fidèle du peuple ou de la race dont elle est issue. C'est la condition de son existence. Or, où le. sculpteur, où le peintre prennent-ils leurs modèles, si ce n'est dans la nature accessible à nos sens? Ensuite l'œuvre opère en nous en éveillant des associations d'idées. Ce droit est-il refusé à l'artiste musicien ? La nature est-elle fermée au compositeur? Pour lui la nature, c'est le domaine infini de cette inspiration populaire, source de tant de beauté, ce sont ses rythmes, ce sont ses modalités, son art primitif et coloré.
Telle est la base de l'esthétique de Pedrell. Le chant populaire est la cellule génératrice du drame Ipique national. L'art ensuite la développe et la féconde.
Les études d'esthétique n'étant point notre fait, nous n'irons pas plus avant sur ce terrain dangereux. Il nous a suffi de signaler la tendance, d'autres en discuteront la valeur doctrinale, mais, bonne ou mauvaise, cette théorie nous semble d'un haut intérêt au point de vue du folk-lore. Sous la poussée ininterrompue du progrès, avec l'instruction publique de jom' en jour plus développée, avec les facilités sans cesse grandissantes de communication entre les centres urbains et les campagnes les plus reculées, les chants populaires disparaissent peu à peu, comme aussi s'en vont les usages locaux, les costumes, les traditions, bref, tous les éléments de la vie provinciale. C'est pourquoi, en présence de ce mouvement de centralisation outrancière, nous devons applaudir toute tentative faite dans le but de préserver les précieuses reliques d'un passé qui s'éteint. La sunivance de la musique populaire nationale dans l'œuvre du compositeur nous paraît devoir assurer la continuation des vieux chants dans la plus large mesure possible et permettre peut-être de rendre un jour au peuple ce que l'art lui aura emprunté.
Imprimerie de Breitkopf & Uârtcl, Leipzig.
ML
Aubry, Pierre
Iter hispanicun
Music