‹ Ithaque, le Péloponnèse, Troie;Chapitre 113 sur 140 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Ville de Yénitchéri. — Beau panorama de la plaine de Troie. — Insomnie sur le toit d’une étable. — Tombeau de Festus. — Ancien canal.

— Ruines. — Néochorion. — L'aimable démarque Georgios Mengioussis et le savant marchand estropié Constantin A. Kolobos. — Beschica- Tépé. — Udjek-Tépé considéré comme le tombeau du prophète Élie.

— Ruines d’une ville. — Inscription. — Retour à Bounarbaschi.

Je montai à la ville de Yénitchéri, sur le cap Sigée, dont le plateau est à environ 80 mètres au-dessus du niveau de la mer. On jouit de là d’une vue superbe sur toute la plaine de Troie, et m’étant assis, Y Iliade en main, sur le toit d’une maison, je m’imaginai voir sur le rivage, au-dessous de moi, la flotte, le camp des Grecs et les assemblées, puis la ville de Troie avec sa Pergame sur le plateau d’Hissarlik, et les marches, les contre-marches et les combats des troupes dans la plaine entre la ville et le camp.

Pendant deux heures je passai ainsi en revue les principaux événements de Y Iliade, jusqu’à ce que l’obscurité et une faim dévorante me forcèrent de descendre.

Je m’arrêtai à un café, d’où je renvoyai mes cinq

214 INSOMNIE SUR LE TOIT d’uNE ÉTABLE.

ouvriers. Contre mon attente, je n’avais pas trouvé à les utiliser à Ilissarlik ; car, sans faire de petites fouilles, j’avais remporté la pleine conviction que cet endroit est l’emplacement de l’ancienne Troie, et pour faire de grandes fouilles le temps n’était pas propice, car en août le climat est pestilentiel dans la plaine, et la terre est trop sèche. La meilleure époque est avril et mai.

N’ayant rien eu depuis six jours que du pain noir d’orge et de l’eau, je demandai dans le café un peu de viande. On te hâta d’apporter une poule pour me l’apprêter; mais la pauvre bête semblait soupçonner le mauvais tour qu’on allait lui jouer, et elle commença à crier si fort que j’eus compassion d’elle, et que j’offris de payer son prix si on la mettait en liberté. Mais je fis néanmoins un assez bon souper, parce qu’on m’apporta en échange huit œufs, du pain frais et du vin. Ce vin avait été importé de l’ile voisine de Ténédos, car on néglige la culture de la vigne dans la plaine de Troie.

On m’avait préparé un lit dans une chambre de bonne apparence; mais, voyant que les murs fourmillaient de punaises, ce fléau de l’Asie Mineure, je ne voulus pas m’y risquer, et je choisis un gîte sur le toit d’une étable. Mais, à peine m’y fus-je couché, que je me sentis assailli par des milliers de puces, qui ne me laissèrent pas un moment de repos pendant toute la nuit.

Le lendemain, à cinq heures du matin, je partis avec mon guide vers le sud, en suivant toujours les

GEORGIOS MENGIOUSS1S.

hauteurs à droite de la plaine; et, à environ 4 kilomètres de Yénitchéri, sur le rivage de la mer Égée, je passai près d’un autre tumulus conique, qui évidemment n’avait pas encore été fouillé, et qui est, je le répète, selon mon opinion, le tombeau de Festus.

Le rivage a dans cet endroit 33 mètres d’élévation, et le tumulus i5 mètres de haut et 53 mètres de diamètre à sa base.

Immédiatement après, je passai un très- ancien canal artificiel, long de i kilomètre, qui est creusé dans le rocher, à travers le promontoire. Il y a bien aujourd’hui 5 mètres de terre dans le lit de ce canal, qui parait être abandonné depuis des siècles ; ses bords peuvent avoir eu dans l’origine une hauteur de 33 mètres.

Un peu plus loin, j’arrivai aune colline plate de i4 mètres de haut, qui était couverte, sur un espace de 1 66 mètres de long sur 4o mètres de large, des ruines cyclopéennes de quelque grand édifice, citadelle ou temple.

Puis je passai par le beau et grand village grec de Néochorion , où je m’arrêtai dans la maison du démarque, appelé Georgios Mengioussis, homme trèsaimable et très-intéressant, qui s’empressa de me montrer le village et plusieurs anciennes sculptures d’une exécution parfaite, qu’il avait découvertes à quelques centaines de mètres de sa maison, dans des fouilles entreprises par lui sur la pente du rivage de la mer; évidemment une ville a existé dans l’antiquité sur le rivage au-dessous de Néochorion, et sur l’emplacement même de ce village.

216 CONSTANTIN A. KOLOBOS.

Je trouvai dans le marchand Constantin A. Kolobos une autre personnalité très - intéressante , véritable phénomène d’érudition pour ce pays. Il parle et écrit dans la perfection Citalien et le français, et il comprend admirablement bien tous les anciens auteurs grecs. Son érudition m’est d’autant plus inexplicable qu’il se l’est acquise par ses propres études et sans maître, qu’il est né estropié des deux jambes, et qu’il n’a encore jamais quitté son village. Ni son malheureux état, qui le force de rester toujours assis et de se faire porter à bras pour sortir, ni son érudition, ne l’empêchent de suivre son commerce, dans lequel il s’est acquis une grande fortune.

A environ 6 kilomètres plus loin, nous arrivâmes à un autre tumulus funéraire de la mètres de haut et de 5o mètres de diamètre à sa base, qui est appelé Besehica-Tépé , et qui n’a également pas encore été fouillé. Puis nous tournâmes à l’est pour visiter le canal artiliciel que j’ai déjà décrit, et qui conduit les eaux du ruisseau de Bounarbaschi- Sou dans la mer Égée.

Ensuite nous visitâmes le tumulus d’Udjek-Tépé, le pseudo-tumulus d* Æsjrétes .

J’ai déjà donné les immenses dimensions de ce tombeau, qui occuperait seul tout l’espace d’un grand cimetière moderne. Comme il est construit sur un terrain élevé, on le voit à une grande distance dans la mer.

Ce tumulus n’a pas encore été fouillé par l’homme ; mais on y voit plusieurs tanières de loups ou de re-

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