‹ Ithaque, le Péloponnèse, Troie;Chapitre 94 sur 140 · TROIE REBATIE SOUS ÆNÉE · texte numérisé non relu

TROIE REBATIE SOUS ÆNÉE

Pendant deux siècles la tradition nous conserve l’emplacement d’un village disparu, dont les maisons étaient bâties en bois ou en argile, avec des toits de chaume; et il serait insensé de croire que dans un aussi court espace de temps pût se perdre le souvenir de l’emplacement d’une grande capitale de construction cyclopéenne.

Personne ne pourra douter que les Troyens, sous Ænée, n’aient rebâti leur capitale sur l’emplacement de Troie détruite par les Grecs sous Agamemnon ; car ils étaient attachés à cet endroit autant par le souvenir de son ancienne importance que par celui de leurs propres actions glorieuses.

Je ne suis pas parfaitement sûr de quelle manière les maisons de Troie étaient construites; mais, comme j’ai pu me convaincre que les étables de porcs d’Eumée, à Ithaque, étaient des constructions cyclopéennes, de grandes pierres de taille mises l’une sur l’autre sans ciment, je n’ose pas douter que dans l’âge héroïque toutes les maisons n’aient été construites de la même manière. Je ne doute pas davantage que les palais de Priam et de ses fils et les divers temples de l’acropole n’aient été des constructions cyclopéennes, d’un art aussi parfait que le trésor d’Agamemnon à Mycènes, ni que les murs d’enceinte de Troie, construits par Apollon et Neptune (//., VII, 452 - 453 ), n’aient été au moins aussi grandioses et aussi solides que ceux des citadelles de Tiryns et de Mycènes construits par les cyclopes ; car on ne peut attribuer à la main créatrice des divinités

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que des constructions supérieures à celles des cyclopes et des autres mortels.

Il est donc tout probable que non-seulement les murailles de Troie, mais que même les palais, les temples et les simples maisons de la ville, ne furent que partiellement détruits par les Grecs; car l’intérieur et les toits seuls pouvaient brûler, les murs ne pouvaient pas même être endommagés par l’incendie; et si l’on regarde seulement les murailles de l’acropole de Tiryns, dont, selon la juste observation de Pausanias, un attelage de deux mulets ne pourrait pas même remuer la plus petite pierre, on n’a pas de peine à se convaincre qu’une muraille semblable, entourant la grande ville de Troie, n’a pas pu être détruite par l’armée grecque.

Mais, en supposant même que Troie et ses murs aient été détruits de fond en comble , toutes les pierres de taille des constructions cyclopéennes devaient rester sur place, et les Troyens, sous Ænée, trouveraient alors au moins sur l’emplacement de Troie tous les matériaux prêts pour y bâtir leur nouvelle capitale.

Aussi dans toute l’antiquité on n’a jamais eu le moindre doute sur l’emplacement de Troie et de sa Pergame; car selon Hérodote (VII, 43 ) : «Xerxès, en passant par la Troade , avant son invasion en Grèce (ainsi en 480 av. J.-C.), arriva auScamandre et monta à la Pergame de Priam ; car il eut le désir de la voir; et l’ayant vue, et s’étant enquis des choses qui la concernaient, il sacrifia à Minerve llienne mille bœufs, et

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