‹ Itinéraire de NormandieChapitre 8 sur 14 · DEUXIÈME COLONNE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME COLONNE

Pauperibus dando xpo se consociando

Germanus cuius fondi dator extitit huius

Infra quem pulcrum subiit cum carne sepulcrum

Post natale dei martis sub luce diei

In quinquageno primo C ter atque C deno

Oretis xpm qui patrem collocet istum

In celi sede féliciter et sine cède.

Cette épitaphe a été reproduite par D. Pommeraye, Histoire des archevesques de Rouen, 1667, in-fol., p. 5i3.

par les bords d'ouvrages de bronze, et figurée d'une femme de marbre blanc. Les lettres delà légende ont esté ostées et sont gardées au chapitre (i).

Plus bas vers le chœur, autre petite tombe de marbre noir, autour de laquelle est escrit : Cy gist noble dame Blanche de Gamaches, dame de Chastillon et de Gamaches, veuve de Mlc Jean de Chastillon sur Marne, chevalier, laql,e trespassa Pan i4jy, le 24* jour de may.

[F0 20. j Dans la nef, au costé boréal, vers le bas, contre la muraille, sont élevées deux représentations en pierre blanche, prfantes, qui sont d'un vicomte de Vernon, nommé le Cornu, et de sa femme (2).

[F° 22.] Ver non.

Vernon sur Seine, entre Paris et Rouen. — Voyez la page du Pont de l1 Arche, à la tin. — En l'église des Cordeliers (3) est enterrée Marguerite, seur de H uguelin, duc de Bourgogne, première femme de Louis, roy de Navarre, et depuis roy de France, Xe, dit Hutin, qui

(1) Cette tombe n'existe plus, et aucun renseignement ne permet de l'identifier. Il en est de même de la dalle avec effigie féminine dont parle l'auteur un peu plus haut (p. 37). La seule pierre tombale qui subsiste aujourd'hui dans l'église d'Ecouis est celle de Blanche de Gamaches, dame de Châtillon, dont l'épitaphe est exactement rapportée par Du Buisson dans l'alinéa suivant. Cette dalle a été reproduite par L.-T. Corde dans ses Pierres tombales du département de l'Eure, 1868, pi. 19. — R.

(2) Ces jolies statues, détruites à la Révolution, sont figurées dans Millin. — R.

(3) Le couvent des Cordeliers de Vernon avait été fondé par saint Louis, en 1248, et placé sous le vocable de saint Eloi ; il était attenant au château de Vernon.

mourut emprisonnée pour crime d'adultère au Chasteau Gaillart, Tan i 3 1 5, 3oe d1avril. — Chronique de S1 Denys manusc.

Condé sur Iton.

Bourgade à Févesqued'Evreux (i), où S* Leufroy avait estudié (2). — Voyez Ville de Paris, article de S. Leufroy (3). Vita S. Leufredi, addita Surio, edit. Coloniae, 1618. Ex Chronico Lyrinensi Vincentii Barali (4).

[F° 24. J Pont de r Arche

Est, je croy, ainsi dit à cause du beau pont qui y est en fort belle pierre de taille sur la Seine, à 24. arches que grandes que petites, mais les plus grandes sont assez médiocres. C'est une bride (5) au dessus de Rouen, comme Quilbeuf en estoit, et encor à présent le Havre en est une au dessous, mais bien plus éloignée. Y arrivant, vous trouverez le fort qui est fort petit et en une islote

(1) Dès le xne siècle, Condé appartenait à l'évêque d'Evreux qui présentait à la cure. Voir A. Le Prévost, Mém. et notes, etc. t. E, p. 535.

(2) On lit dans la Vie de saint Leufroy : Ad alium vicum, cui Condatus vocabulum est,festinits migravit. Sed cùmnec ibivirum inveniret qui sibi satisfacevet ad omnia quac quaerebat, quant citissime loco cessit, etc. Cite par A. Le Prévost, Mém. et notes, etc. t. I, p. 533. Saint Leufroy n'étudia donc guère à Condé, si même il y séjourna quelque temps.

(3) Du Buisson doit renvoyer le lecteur à l'un de ses manuscrits.

(4) Chronologia Sanctorum et aliorum Virorum illustriuyn et abbatum sacrae insulae Lerinensis, a Vincentio Barrali, Salerno, monacho Lerinensi compilata, cum annotationibus ejusdem. Lugduni, 161 3, in-40.

(5) La lecture de ce mot n'est pas certaine.

environnée de l'eau de Seine. Le sr de Saint Georges, jadis capitaine des gardes du cardinal duc de Richelieu, y est gouverneur pour led. cardinal duc ( i ) ; et le gouvernement vaut beaucoup à cause du passage des bateaux, pour le montage desquels il y a un engin et machine à la tre arche du pont, à Tautre bout duquel est la ville bien close et murée, située sur le penchant du costeau. Ce pont paroist fort neuf; aussy est-il fait depuis Tan 1346 par Philippe de Valois y estant campé avec son armée, teit rompre celuy qui y estoit de vieux, de peur que le roy d^ngleterre, Edoard 3. qui venoit de Basse Normandie, aprèsavoirprisCoustances,Bayeux, S1 LôetCaen, ne s'en saisistet ne passast la rivière de Seine, sur laquelle il feit alors rompre aussy tous les autres ponts, jusques à ecluy de Poissy (2), pour ceste mesme raison, ainsy que raconte Jean Villani, auteur du temps, libro XII, capitolo LXIII, où il l'appelle il ponte ad Arcie, le pont aux arches. — Du Pont de l'Arche, voyez le Supplément de Sigebert, ad ann. 1 198, 1 1 99 .

Vernon .

Vernon, à 8. lieues du Pont de l'Arche, qui sont 3. par de là Gaillon, vers Paris. Et en cest an i3t5, vrayment la veille de P Ascension, dernier jour d'avril (3), fut morte Marguerite, jadis folle et diffamée royne de Na-

(1) Voir plusieurs lettres du cardinal de Richelieu à M. de Saint- Georges dans A. Le Prévost, Mém. et notes, etc. t. II, p. 582.

(2) « Edouard. . . suivit la rive gauche de la Seine jusqu'à Poissy; il eût voulu traverser le fleuve, mais il trouva tous les ponts coupés. » C. Dareste, Hist. de France, t. II, p. 436, édit. de i865.

(3) En i3i5, Pâques tombait le 23 mars.

varre, qui au Ghasteau Gaillart de Normandie estoit emprisonnée, et à Vernon en l'église des Frères prescheurs ( i ) fut enterrée.

Louviers.

Louviers, du diocèse d'Evreux, à 5. lieues grandes de Rouen, ou plutost 6., et à 4. grandes d'Evreux. Elle est bien ceinte de murailles et de fossé sec partout, sinon par le bout oriental où la R. d'Eure passe, laissant entrer un bras gauche dans la ville qui y a un pont de pierre, et qui à sa sortie se rejoint à son corps et passe avec luy le long du fauxbourg S1 Germain, qui est vers le Pont de l'Arche.

Il y a encore un autre fauxbourg et paroice aussy comme cestui cy, dit St François, où est aussy l'Hospital delà ville, dans laquelle il n'y a qu'une seule paroice qui est Nostre Dame, où il y a très bonnes cloches ; et les religieuses Ste Elisabeth qui sont proches.

Il y a 3. portes, sans compter une 4e. petite, ou poterne pour aller à la rivière d'Eure, dite la porte d'Eau (2) ; et sont : la porte du Neufbourg, la porte de Paris, et la porte de Rouen, dessus laquelle il y a bastiment en forme de forteresse (3) comme les citadelles des portes de Cambray, dans lequel loge le Gouverneur, le sieur de la Croisette Raulet, neveu du deffunt gouverneur, le sr du Raulet, prévost général de Normandie (4).

(1) Lire : Frères-Mineurs, ou Cordeliers ; il n'y avait pas de Frères-Prêcheurs à Vernon.

(2) Sur la Porte de l'Eau, voir L. Marcel, Les Rues de Louviers, 1881, p. 346 et suiv.

(3) Sur la Porte de Rouen et sa fortification, voir L. Marcel. Les Rues de Louviers, p. 419 et suiv.

(4) Pierre Le Blanc du Rollct, capitaine de Pont-de-1'Arche en i58g, fut nommé gouverneur de Louviers en i5gi, poste qu'il

V Image est la for! raisonnable hostelerie.

Le temporel apartient à l'archevesché de Rouen, et ce par Peschange ou récompense que prit Richard i. duc de Normandie et roy d'Angleterre à Gaultier de Cousiances, archevesque, pour et au lieu d'Andely que led. Richard prit à soy (estans bien de l'église de Rouen) pour fortifier comme il t'eit d'un chasteau à reprimer les courses des François (i). En récompense duquel lieu Andely il donna Louviers, Diepe, Bouteilles, ferme prez Diepe, Aliermont, terre et forest, et les moulins de la ville, selon qu'il se veoit par ces 4. vers qui en furent faits, et sont rapportés par Jean Dadré en sa Chronologie des archevesques (2) :

Depa, Locus Veris, Aliermont, Butila, mol ta. Depa, maris portus, Aliermont, locus amœnus,

Villa Locus Veris, rus Boutila, molta per urbem : Hactenus hœc régis Richardi jura fuere .

occupa jusqu'en 16 19 et dont il se dessaisit en faveur de son fils Jacques du Rollet ; Jacques mourut en 1620, et Pierre reprit le titre de gouverneur de Louviers qu'il conserva jusqu'en i63o pour le céder à son petit-fils, Anne du Rollet, seigneur de la Croisette, la Londe, etc. Voir L. Marcel, Les Rues de Louviers, p. 26g et suiv.

(1) La charte de Richard Cœur -de -Lion qui consacra cet échange a été publiée dans divers recueils ; le fac-similé en a été donné par Achille Deville, Histoire du Château-Gaillard. Rouen, 1839, page 18 ; elle porte la date du 16 octobre 1 197.

(2) Jean Dadré, Chronologie historiale des archevesques de Rouen. Rouen, Jean Crevel, 1618, in-8°. L'inscription complète était ainsi conçue :

Vicisti, W altère ; tui sunt signa triumphi : Deppa, Locoveris, Alacris Mons, Butila, Molta. Deppa portus maris, Alacris Mons, locus amenus, Villa Locoveris, rus Butila, Molta per urbem, Hactenus hec régis Ricardi jura fuere, Hec rex sancivit, hec papa, tibique tuere.

Gest eschange et accord de Richard et de Gaultier est, ce dit Dadré, rapporté par Matthieu Paris, historien anglois, en l'an i 195.

[F® 36.] Elbeuf.

Elbeuf (i), grand bourgade sur la rive gauche de la Seine et arrousée de travers par un petit ruisseau limpide et impétueus qui sourt et coule du costeau qui est du costé d'occident, proche le bourg. C'est duché et pairie au cadet de la maison de Lorraine (2), et vaut de rente 3o. à 40. mille livres. G^st moitié diocèse de Rouen, dont il est distant de 4 lieues, et moitié d'Evreux, distant de 7., qui sont 1 1 . en tout, faisans les 23. M. P. que l'Itinéraire dWntonin met en la voye Romaine entre Rothomagus

(1) « Elbeuf ou Albeuf, quasi Albifoliitm, vel Albibovium, ab albis forte bobus vel arboribus. Les beaux draps de Moulnier s'y font par un nommé Le Moulnier. » — Du Buisson n'est pas heureux dans ses recherches étymologiques. Son renseignement sur les draps d'Elbeuf est plus intéressant. Les Lemonnier, et non le Moulnier, étaient originaires de la Londe et avaient embrassé la religion réformée. Ils s'établirent à Elbeuf vers la tin du xvie siècle. La question religieuse, unie à certaines relations de commerce, avait plusieurs fois conduit en Hollande Nicolas Lemonnier, ainsi que Richard de Saint-Amand et N. Lecointe, tous deux également originaires de la Londe. Or, ce furent ces trois industriels, notamment Lemonnier, qui commencèrent, en 1607, à fabriquer des draps façon de Hollande. Voir A. Guilmeth, Histoire de la Ville d'Elbeuf, 1842, p. 579, 58o, 595, 600 et suiv.; — A. Join-Lambert, Un vicomte de Briosne, conférencier et théologien à Elbeuf en 16 ho. Brionne, 1891, p. 35.

(2) Elbeuf fut érigé en duché-pairie par lettres patentes du mois de novembre i58i, en faveur de Charles de Lorraine, tils de René de Lorraine, et de ses hoirs mâles et femelles. La baronnie de Beaumesnil a été désunie de ce duché par lettres du 28 janvier 1602. T. Du Plessis, Descript., etc., t. II, p. ^48.

et Mediolanum Aulercorutn, par Yggade, distant 9. M. de RothomagUS,e\ 14. de Mediolanum, qui pourroit bien estre Klbeuf (1), de Rouen auquel il y a quelques pièces de chemin ressemblant fort le Romain, comme cy dessus est dit, allant par la Belle Croix, les Vaux des Moulins et desuz TEssart, le Nouveau monde et Aurival. Il y a encor autre chemin plus bas et au-dessous de la forest, à main gauche du premier, et par lequel je n'ay point esté. Il seroit à voir si d'Elbeuf à Evreux on en trouveroit quelques vestiges.

Gai lion.

Gaillon, Gallio, in Eclogis Francisci Chanvallonii, archiepiscopi Rothomagejisis, fut baillé à Odo Rigault, archevesque, vers Pan 1248 (2), par le roy S1 Louis, avec les seigneuries des terres des Noées, Douvran et Humesnil, en eschange des moulins et vivier de la ville de Rouen, le moulin de Deville au dessous de Roan, et 4. mille livres d'argent une fois payées.

Il fut basti par le ier Georges d'Amboise, qui bastit aussy le chasteau de Vigny (3), et acheva la maison archié-

(i)Du Buisson est l'un des premiers savants, le premier peut-être, qui ait placé Uggade ou Yggade à Elbeuf. Bonnin, Congrès archéol. de France, séances tenues à Louviers en 18 56, l'abbé Cochet, et beaucoup d'autres à leur suite le placent plus exactement à Caudebec-lès-Elbeuf. Voir Cochet, Découvertes d'antiquités romaines et de tombeaux francs à Caudebec-lès-Elbeuf, dans Précis analyt. de V Acad.de Rouen, i856; —A. Le Prévost, Mèm. et notes, etc., t. 1, p. 19; — J. Drouet, Recherches sur U g gâte, Elbeuf, 1887, p. 29 et suiv.; — L. Coutil, La villa gallo-romaine d'Uggate, article paru dans L'Industriel de Louviers, 16 octobre 1897.

(2) Cet échange eut lieu en 1261 ou 1262. Sur ces dates, voir Bonnin, Regest. visit. Odonis Rigaldi, p. 428, note 2.

(3) Vigny, canton de Marines (Seine-et-Oise).

piscopale de Rouen commencée par Guillaume, cardinal d'Estouteville, son antéprédécesseur. De la despense de Gaillon il se repentit, dit Robert Gœnalis, au raport de Jean Dadré en sa Chronologie des archevesques de Roan, se souvenant de l'invective faite par Hugo de Ste Victore contre les abus de son temps : aedificant episcopi domos non impares regum palatiis, et est inhumé dans la chapelle Nostre Dame, avec cet épitaphe au soubz plinthe ou sous plate bande de la cornice, derrière le chœur de la grande église de Rouen (i) :

Pastor eram cleri, populi pater ; aurea sese

Lilia subdebant, quercus et ipsa mihi.

Mortuus en jaceo; morte extinguntur honores, At virtus mortis nescia morte viret.

que Jean Dadré traduit ainsv :

Testois père du peuple et pasteur du clergé ; Je gouvernois le roy , je gouvernois le pape. Je suis mort ; en mourant ces honneurs perdus fay ; Mais ma vertu la mort triomphamment eschappe.

Per quercum Dominus papa Julius II, ait Marcellus, intelligitur, qui de familia délia Rovere, id est robore, seu quercu, erat. Dans la mesme chapelle et en mesme tombeau, priant comme luy, en statue de marbre blanc, est son neveu et successeur, Georges d'Amboise, aussy cardinal, qui fut le dernier archevesquefait par l'élection du chapitre (avant le Concordat de Léon 10. pape, et François ier) en Tan i5i i (2).

(1) C'est le tombeau monumental que l'on voit dans la chapelle de la Sainte Vierge, à la cathédrale de Rouen.

(2) Ce Concordat fut signé le 18 août i5i6. Georges 1er d'Amboise fut élu par le Chapitre archevêque de Rouen, le 21 août 149!); il mourut le 25 mai iSio; son neveu, Georges II d'Amboise, fut élu parle Chapitre le 3o juillet i5io, mais il voulut avant d'accepter renvoyer l'affaire au Pape, qui confirma l'élection le 8 août 1 5 1 1 .

Et vis à vis la sépulture de ces deux Amboiscs cardinaux, primats de Normandie, est celle des deux lieutcnans généraux du roy, gouverneurs et grans séneschaux de Normandie, Pierre et Loys de Bresé, dont Pierre qui estoit père de Louis, de grand seneschal de Poitou fut fait celuy de Normandie, en la conqueste de laquelle il avoit eu grande part et représentation, particulièrement en la bataille de Formigny prez Bayeux, gagnée sur les Anglois. Il gist en statue de cavalier armé, avec sa femme en statue gisante sur un tombeau de pierre élevé ; attenant duquel est continué en marbre pompeux celuy de son fils ( i ) qui y est en scelete, puis revestu debout et vivant, et puis à cheval armé de toutes pièces, que nous avons ailleurs descrit.

Leurs armes sont là comme icy à costé (2). Il est impossible d'en discerner les blasons qui sont autant divers comme il y a de divers escussons, tant là que sur les dehors de la porte Bouvreul et dans l'église S1 Godard, où ces armes là sont, que par tout la bordure ou orle et filet environnant la bordure du petit escusson est d'or. Au harnois du cheval de Loys de Bresé, le fils, cestescus-

(1) « Décédé l'an 1 5 3 1 , le 23e juillet. Louis de Brezé a aussi son éloge en vers r'rançois ». Des deux tablettes qui le contenaient, la première seule est conservée; l'inscription a été intégralement reproduite par A. Deville, Tombeaux de la Cathédrale de Rouen 9 18^7, p. 124 et 125. Sur les tombeaux des Brézé, voir Voyage archéologique et liturgique en Normandie, par l'abbé Bertin, 1718, p. 19 et 20.

(2) Il y a en marge du ms. de Du Buisson Aubenay un croquis informe figurant les armoiries de Brezé que Du Buisson décrit ainsi dans une autre note. « Armes de Bresay : d'azur semé de croisettes d'or, et en cœur orlé de 3. pièces, or, a\ur et argent; ou : d'azur à l'orle de croisettes d'or, à l'écusson d'argent en cœur, à la bordure de 2. pièces d'azur et d'or ».

son est d'argent, son orle ou filet qui l'environne est cTor, comme dit est, et les croisettes, dont le bord du champ est semé, sont aussy d^or. Es ornemens de l'église, qui sont très riches, donnés par ceux de Brezé, les pièces sont comme dessus est dit, et le champ d'azur, comme aussy les armes de François de Harlay de Ghanvallon, archevesque, qui équartèle de Brezé.

[F° 28.] Pour ceux de Bigars.

Guillelmus, Dei gratia Rex Angliae etdux Normaniae, archiepiscopis, episcopis, vicecomitibus, baronibus, seneschallis, justiciariis, praepositis, ballivis et omnibus fidelibus totius terrae nostraead quos praesens cartha pervenerit, salutem in Domino. Sciatis quod pro rememoratione magnorum atque potentissimorum factorum Roberti scutiferi de Bigars, domini de Londa, et fratris ejus Johannis de Bigars, domini dOrival quae nobis reddiderunt tam citraquam ultra mare in conquestu regni nostri Anglorum, etiam quod sint nobis consanguinei consanguine juncti propter comités Bellimontis unde orti sunt herede masculino ; et ut aliquomodo sint remunerati pro magnissumptibusquos fecerunttam in munitioneplurium navium quam aliunde, dedimus et feodavimus omne jus quod ad nos pertinet in castellania, balliagio, plenaria justitia et foresta de Londa, consistentibus in quinquaginta parrochiis quai vulgo dicuntur sergentariam et vicecomitatum de Londa, quam volumus in posterum vocari de Londa, ob facta heroica dicti Roberti mililis quae fecit supra mare in conspectu nostri exercitus ; de qua feodatione dictus milles reddet in festo sancti Michaslis, apud receptam dominii nostri in castello Rothomagensi , in avena octo modios novem sextaria, ad mensuram

gallae Rothomagcnsis. Haec prcsens feodatio nocerc non poterit juri, libertati cl consuetudini quam habet de Londa Coin m in, in dicta foresta de Londa ; de qua castellania, balliagio et plcnaria justitia volumus et jubemus quod pned ictus milles et sui hceredes de cetero habeant et possideant, et de praedicto donoet feodatione gaudeant in futuro, bene et in pace, libère et quiète, nihil nobis retinentes, nec haeredibus et successoribus nostris, nisi praedicta avena. Testibus Guerino Ebroicensi episcopo ; abbateVandregilli; Joanne comité Bellimontis.etc. Datum Rothomagi, anno quinquagesimo secundo regni nostri. Sigillatum per manus Joannis Ebroacensis, decimo octavo Kalendas aprilis (i).

[F0 29.] Ricardus, Dei gratia, rex Angliae, dux Normaniae, Aquitaniae, cornes Andegavensis, archiepiscopis, episcopis,abbatibus, comitibus, vicecomitibus, baronibus, forestariis, justitiariis et fidelibus totius Normaniae,sal.utem. Sciatis quod sub conquestu, inter Henricum scutiferum de Bigars, castellanum de Londa, et Thomam, scutiferum de Londa Commin, pro rationedominii et tenu-

(1) Nous ne connaissons cette charte et la suivante que par les copies qu'en a données D. Libert à Du Buisson-Aubenay et que reproduit notre ms. Leur style n'est pas sans inspirer des doutes; il y a là une mise en scène très propre à flatter les sires de Bigars, mais qui n'était guère alors en usage. Le roi qui octroie la charte ne pourrait être que Guillaume le Conquérant ou Guillaume le Roux, mais ni l'un ni l'autre n'ont régné cinquante-deux ans. Les longs règnes d'Henri Ifir et d'Henri II ont été tous les deux de trente-cinq ans. On voit figurer comme témoin Guarin, évêque d'Evreux ; or, Guarin de Cierrey occupa ce siège de 1 193 à 1201. Il est donc absolument impossible de concilier toutes ces dates. La charte de Richard Cœur-de-Lion se présente mieux ; mais comme elle n'est que la confirmation de la première, il est prudent de faire d'expresses réserves.

rae justitiae decernimus et ordinavimus quod dictusCommin, pro ratione dominii hommagium reddet Henrico, etiam pro omnibus aliis feodis insuo comitatu, qui tenebitur relevare de justitia dicti Henrici, ut olim continebatur in quinquaginta duabus parochiis sergentariae de Londa, juxta voluntatem Guillelmi aeternae memoriae parentisnostri, quam volumus subjici oneribus octo modiorum novem sextariorum avense redditus debitae pro eo jure quod habebamus in castellania, balliagio, plenaria justitia et foresta de Londa. Itaque volumus et jubemus ut ille et successores ejus plane et in pace gaudeant in dicto tenore. Testibus Henrico de... etc. Datum Rothomagi anno i° regni nostri.

Ex D. Libert, ordinis Cisterciensis monacho, procuratore religiosae Domus de Fontibus Gerardi, juxta Pontem S. Pétri ad Andellamfl., diœcesis Rothomagensis (i); cujus domus s eu monasterii abbatissae duae, amita et neptis, de familia de Bigars, marchionum de Londa, ambae viventes anno Christi 1643 .

Le Pont St Pierre. Rivière d'Andelle.

Barons du Pont St Pierre.

Le Pont S1 Pierre (2). — C'est un bourg à 4. petites lieues de Rouen, tirant à Torient. La rivière d'Andelle (3) y passe en 3. bras tout à travers. Elle ha sa

(1) La copie de ces deux chartes est bien de l'écriture de D. Libert, parfaitement conforme à celle de sa lettre autographe signée, reproduite à la page 68.

(2) Saint-Nicolas-de-Pont- Saint-Pierre, canton de Fleury-sur- Andelle (Eure).

(3) « Charles ge, par lettres patentes de i5y3, commença à la rendre navigable par le ministère de Durescu, sieur de Bonnemare, inten-

source près de Forges, au dessus de la forest de Lyons, laquelle elle costoye au nord, et vient, après avoir receu en sa rive droite le Chef de l'Eau R., à Nostre Dame de Nojeon, à présent Charleval, jadis de l'ordre de S1 Benoist, et à présent sécularisé, où elle reçoit en sa rive gauche les eaus qui viennent de l'abbaye de Mortemer, ainsi dite à cause dalles ; puis passe à Fleury et de là à Radepont (i), et puis le long du monastère de filles de Cisteaus de Fontaine Guerard, ainsy ditàcausede 3. ou 4. gros ruisseaus de fontaine qui y tombent, va le long de Douville droit au Pont S1 Pierre, lavant de la rive gauche les jardins dont la moytié est un marais, et puis les fossés du chasteau qui est bien ardoisé à grand toit et plusieurs petites pointes, et de là coule à travers le bourg, comme dit est, de là par la prairie ; puis une lieuë au dessous, et un peu par de là la pointe élevée et le prieuré des Deux

dant du chasteau royal de Charleval. Mais la mort du roy, en 1574, interrompit tout. Vide in monimentis nostris MS. normanicis, chartularia de l'abbaye de Fontaine Guerard, p. 6. Elle reçoit en sa rive droite une rivière qui sourt de deux sources sous un grand <irbre de la paroice du Chef de l'eau, Caput aquae, et de là par Haironchel, Rebez ou Rebec et le Hairon, entre en Andelle, Albeuf tenant la pointe de terre entre les deux rivières confluentes. De là, grossie, va par Croissy à Vaqueuil et au moulin de ce lieu. Là elle reçoit en mesme rive droite une autre R. qui vient du village prez la rivière et passe à Boiseau, Blainville et Ry, S* Arnoul et St Denys, moulin de Vaqueuil, puis avec Andelle vient à Peruel, à l'abbaye de Lisle Dieu, Transières, Charleval, prieuré jadis dit de Nogeon, et puis reçoit en rive gauche la rivière de Lourleau, qui venant d'au dessous de Lyons par Rozay, se grossit de la rivière de Fouillebroc, qui sourdant non loin de Lourleau mesme, passe à Mortemer, abbaye de Cisteaus, Mortuo mari seu aquis, et vient à Manesqueville entrer en Lourleau, et de là ensemble entrent en Andelle au dessous de Charleval, puis souz le nom d'Andelle descend à Fleury, etc. » (1) Radepont, canton de Fleury-sur-Andelle (Eure).

Amans, jadis de Tordre de S1 Augustin, à présent apartient au collège des Jésuites de Rouen (i), qu'elle laisse en haut à main gauche, et l'église paroiciale de Pitres qu'elle laisse un peu plus près à main droite, elle s'en va en la rive droite de la Seine, au lieu dit Gueule cTAndelle, vis à vis de Pose, qui est un village un peu au dessus des Dens où Eure entre en Seine, situé de l'autre costé sur la rive gauche de Seine.

Geste rivière porte bonnes truites, est claire et limpide et bien forte. Par elle on laisse aller tous les ans, vers la fin de l'esté et en automne, les bois de la forest de Lions (foresta de Lionis, in Menologio ordinis Cisterciensis, de B. Alexandro Mortui Maris fundatore (2), vel de LeonibuSy in Chartulario Fontis Gerardi), dont les marchans ont acheté les coupes, et vont flottans, non pas par radeaus comme les bois de Bourgogne descendans par Seine à Paris, mais séparément et busche à busche. Et les monniers (3) sont tenus de laisser, durant un jour ou deux que ce bois flote et descend, leurs ais-

(1) Le prieuré des Deux-Amants avait été fondé avant le milieu du xue siècle. — « La mense priorale a été unie au collège des Jésuites de Rouen par bulles du pape Paul V des années 1607 et 1617, et par lettres patentes de l'an 1649. La mense conventuelle fut donnée en 160^ aux réformés delà Congrégation de France qui ont rebâti à neuf l'église et tous les lieux réguliers; la nouvelle église a été dédiée, le 22 septembre 1726, par M. Jean Caulet, évêque de Grenoble». T. Du Plessis, Descript., etc., t. II, p. 332. Voir Millin, Antiquités nationales, pi. XVII ; Archives de l'Eure, série H. 846 à 863 .

(2) Le B. Alexandre tut le premier abbé de Mortemer, en 1 1 34. Il en est considéré comme le fondateur; mais Henri 1er, roi d'Angleterre, donna à l'abbaye, dès le commencement, des biens considérables ; l'impératrice Mathilde et Henri II continuèrent ces largesses.

(3) Meuniers.

seaux et pales ouvertes afin qu'il passe, et ont droit de pescher et prendre celuy qui se noyé, comme ils parlent, c'est à dire qui trop abreuvé d'eau ou accroché (à cause dequoy ils laissent la rivière exprez peu nette et pleine de fortes herbes), coule à fond. Le baron du Pont Saint Pierre ha droit aussy d'en prendre au passage derrière son chasteau certain nombre réglé et à quoy les marchans sont abbonnés (i). Quand il a floté et est descendu jusques à la Gueule dCAndelle (ainsy appelle-t'on l'endroit où ceste rivière s'embouche en Seine), on le met en pile sur le bord de Peau pour le laisser essuyer et sécher, et puis chargé en bateauspour estre dévalé à Rouen ou monté à Paris. Ce bois est de charmes, trembles et bouleaus, mais pour la plus grande partie de haistre, et brûle très bien.

En ce bourg il y a deux paroices, S1 Pierre qui est près du chasteau et du bourg, et lui a donné le nom de Pont S1 Pierre, à cause du pont principal qui est dans le bourg sur la rivière d'Andelle de lad. paroice S1 Pierre, et S1 Nicolas qui est hors du bourg, assez à part, du costé de Rouen et vers occident. De toutes les deux églises est seigneur le baron du Pont S1 Pierre, de la maison de Roncerolles, [f° 3i]qui sont barons de Heuqueville (2), terre belle et illustre à 2. lieues de là vers Andely, les premiers barons de Normandie, tiltre qui passe aussy aus seigneurs du Pont S1 Pierre à cause qu'ils sont de la maison des barons de Heuqueville, quoyque plusieurs estiment que la seigneurie du Pont S1 Pierre n'est pas

(1) Sur ce droit des barons de Pont-Saint-Pierre, voir A. Le Prévost, Mém. et notes, etc., t. Il p. 602 et suiv. — Sur le flottage pratiqué sur la rivière d'Andelle, voir Gh. de Beaurepaire, De la Vicomte de Veau de Rouen, p. 223 à 233.

(2) Heuqueville, canton des Andelys.

baronnic. Toutesfois, dans les chartes de l'abbaye de Fontaine Guerard, il y a un vidimus par devant les tabellions de Rouen, fait le 26e juillet i486, d'un extrait de la Chambre des comptes de Paris que feit faire un Olivier le Daim, qualifié baron de Pont S1 Pierre, d'une information jadis faite faire par un chevalier anglois Jean de Pessemersh (1) touchant les seigneuries de Noion, Radepont, le Pont S1 Pierre, Bellefosse et Léry; et en une charte de la fondation du prieuré des Deux Amans, de Tordre de S1 Augustin, sans date, par Robert, fils Robert comte Le Guère, et Pierre ou Guillaume d'Albanie, qui donne aud. prieuré viginti solidos andegavenses in meo vicecomitatu de Ponte Sxi Pétri annuatim etc. y il semble que ce soit la vicomte demeurée à Douville, comme nous dirons cy aprez. Ce Robert Le Guère est qualifié comte de Leycestre en la charte de fondation qu'il feit du monastère de Fontaine Guerard, vers Tan 1200, avec sa femme Perronnelle, et estoit fils d'un autre Robert, aussy dit comte Le Guère ou Guerre. Et toute ceste vallée, en ce temps la, estoit possédée par seigneurs anglois, aprez lesquels un Olivier le Daim, cy dessus mentionné, tint vers Tan i486 la baronnie du Pont S1 Pierre. Outre laquelle baronnie il y a aussy la prévosté du Pont St Pierre qui appartenoit encor en l'an 1 5 18 à la royne d'Aragon, de la maison de Foix, comme il appert par chartes de Fontaine Guerard. A présent, tant la prévosté que la baronnie sont en la maison de Ronceroles ou Roncheroles, de laquelle il se trouve es chartes susdites en l'an

(1) Le 28 avril 14 19, Henri V donne à Jean Pesscmersshe, ccuyer. toutes les terres et domaines « que fuerunt Alani Rohen militis, rebellis nostri, infra ballagia nostra de Caux et Gisors, habend, et tencnd.etc.,usque ad valorem DCC scutorum perannum, etc. » (Rôles normands de Bréquigny, n» 473.)

1499 ^c ' °- juillet, que haut et puissant seigneur, monsieur Pierre de Roncheroles, chevalier, baron de Heuqueville et du Pont S1 Pierre, acquiesce vers Ysabeau de Maromme, abbesse de Fontaine Guerard, au payement de ioo. sols de rente pour la célébration d'un obit que les religieuses font pour les seigneurs du Pont S1 Pierre ; led. obit tonde l'an i 23 1 par Jean de Hangest, chevalier, seigneur du Pont S1 Pierre, qui, selon qu'il appert, y succède ausd. comtes le Guère, et confirmé par Renaud Grey de Ruthin (i), chevalier, seigneur de Heuqueville et du

(i) Les Gray ou Grey étaient originaires de la paroisse de ce nom (aujourd'hui Graye, canton de Rycs, arrondissement de Bayeux). Anquetil de Grey paraît avoir suivi Guillaume le Conquérant en Angleterre. La fortune de cette famille commence réellement à Henry de Grey, auquel le roi Richard donna, en 1194, la baronnie de Turrock, dans le comté d'Essex. Il fut le fondateur de la branche aînée, dite de Codnor. L'un de ses fils, Jean, fut le chef de la branche des Grey, seigneurs de Wilton et de Ruthyn. Roger de Grey, fils de Jean, 3e baron de Wilton, et de Mathilde Basset, sa seconde femme, fut le premier baron de Ruthyn, dont la descendance appelée au Parlement dans la personne de Roger de Gray, en 1234, s'éteignit à la onzième génération en la personne de Henry de Grey, troisième du nom de la branche de Ruthyn, mort sans postérité en 1639. Cette branche a fourni huit comtes successifs de Kent, depuis la création d'Edmond Grey, seigneur de Ruthyn, le 3 mai 1463, jusqu'à Henry IIl?, mort en i63g. (Recherches sur le Domesday ou Liber Censualis d'Angleterre, par Lechaudé-d'Anisy et de Sainte-Marie. Caen, 1842,1. 1, p. i66etsuiv.).Cequi suit concerne plus personnellement Renaud de Ruthyn, dont il est ici question. Le r: juillet 1419, le roi d'Angleterre accorde à son écuyer, Henry Noon, le fief et le château de Condé-sur-Noireau, la terre et revencionem — sans doute le revenu — d'Heuqueville et de Pont-Saint- Pierre, qui appartenaient à Isabelle de Hangest. absente. (Rôles normands et français de Bréquigny. Caen, 1 858, p. 10 1, no 620.) Le i«r décembre 142 1, le roi donne à Réginald (Renaud) de Grey tout ce que Henry Noon possédait en Normandie, à l'exception du

Pont St Pierre en partie, en Tan 1426. Aprèz lesquels vint Jean de Pessemersh, puis Olivier le Daim qui semble avoir esté françois, vers Pan i486. Et enfin les sieurs de Koncheroles, qui est une terre en ce voisinage là, vers orient, dont ils ont pris leur origine et retenu leur nom.

Il y a aussi une desd. chartes, du 23. juin 16 14, qui est de hauts et puissants seigneurs Mres Pierre de Roncheroles, seigneur et baron du Pont S1 Pierre, chevalier de Tordre du Roy, gentilhomme ordinaire de sa chambre, seneschal et gouverneur en Ponthieu, seigneur aussy de la Ferté lez S* Riquier et de Douville, père, et de Pierre, son fils, baron de Marigny, comme ils quittent et remettent une rente de 3. livres 16. sols à l'abbaye de Fontaine Guerard, moyennant qu'elle leur envoyé et fournisse tous les ans deux chapeaus de roses vermeilles au jour et feste de S1 Pierreet S1 Paul : ceste charte seelée de leurs armes que l'on veoit bien estre équartelées, mais sont mal reconnoissables. Mais elles sont es églises du Pont S1 Pierre, es litres du dernier mort baron, ainsy : équartelées, au ier et 4e d'argent à 2. fasces de gueules ; au 2e et 3* d'argent à la croix de gueules chargée de 3. coquilles d'argent ; sur le tout : de gueules à 3. pals de vairé, au chef d'or.

Quant à Marigny (1), ils l'ont d'Enguerran de Maridomaine et château de Condé-sur-Noircau. (Id., p. 189, n° io5q.) C'est donc bien à Renaud de Ruthyn qu'était échu le domaine de Pont-Saint-Pierre. On voit, à la date du 23 décembre 1420, un Jean Grey de Ruthyn, nommé, par le roi d'Angleterre, capitaine de la ville et château de Gournay, avec tous les profits y annexés. (Id. , p. i5i, no 899.)

(1) Marigny était un fief de haubert situé près de Dampierre-en- Bray, canton de Gournay (Seine-Inf.). Voir A. Le Prévost, Mém. et notes, etc., t. II, p. 35. Nous ne voyons pas pourquoi Du Buisson dit dans une note, en marge de son ms. : « Marigny est marqué dans une carte de Normandie entre Gisors et Lions. »

gny, comte de Longueville, duquel ils ontaussy Escouy, à 3. lieues du Pont S1 Pierre, vers Paris, et où il est enterre, et aussy où ils se t'ont inhumer.

[F0 32.1 Le duc de Rais en possédoit la moitié avec le chasteau du Plessis que le baron du Pont S1 Pierre a acquis depuis 40. ans, ayant à cest effet vendu au feu sieur de Moleuvrier, père de la présidente de Bernières, du nom de Puchot, par 70. mille livres, Beuzemouchel, Yébleron et Rouville (1), 3. beaus villages et grands riefs en Caux, avec revenu de huit à neuf cens escus par an. En' ce chasteau du Plessis, Charles de Ronceroles, fils Pierre, est détenu durant la démence en laquelle il est tombé, aprez avoir eu deux fils de sa femme, fille au feu sr de Bussy Lamet.

Le chasteau du Pont S1 Pierre paroist assez par dehors à cause des corps de logis aux coings tourelles en pointes, le tout ardoisé (2). Par le dedans est en rondeur irrégulière et de peu d'apparence. Il a beaux fossés pleins d'eau, et la R. d'Andelle tout entière qui passe tout contre du costé du nort et rapproche de sa rive gauche, puis va passer en 3. bras à travers le bourg. Ainsy led. chasteau est entre la prairie et rivière, et les costaus chargés de bois qui lui sont au sud; au pié desquels, au dessus de Pentrée du bourg, est l'église S1 Pierre, Tune des paroices

(1) Beuzemouchel, canton de Bolbec; Yébleron, canton de Fauville; Rouville, canton de Bolbec (Seine-Inf.). Françoise Puchot avait épousé Charles Maignart de Bernières, président au Parlement, mort à l'âge de trente-huit ans, le 10 mars 16^2; son tombeau était aux Capucins de Rouen. Farin, Hist. de la ville de Rouen, 1710, t. III, p. 41 1.

(2) Sur le château de Pont-Saint-Pierre, voir L. Régnier, L'Eglise Saint-Nicolas de Pont-Saint-Pierre et les châteaux de Douville et de Logenpré. Caen, 1909, p. 17.

dont le patronnage apartient aux moynes de {en blanc) ( i). Et à l'autre bout et sortie du bourg est l'autre paroice de S1 Nicolas et S1 Romain, dont le patronnage apartient à l'abbé de Lyre, qui a aussy là tout auprez le prieuré de S1 Crespin, joignant Romilly, qui est au dessouz du Pont S1 Pierre, entre le costé droit de la rivière et le pié des costaus de la forest de Long Bouël, dans laquelle forest il avoit aussy la censé de l'Estoquey, qui lui fut quittée par Alice ou Alix de Villers, abbesse de Fontaine Guerard (cy après mentionnée), en Tan 1446, pour et au lieu de 16. muys de grain que lui devoit la censé du Cardonney de lad. abbaye de Fontaine Guerard, comme il appert par l'extraict que nous avons des chartes de lad. abbaye, pag. 3. et 5.; laquelle censé de l'Estoquey a esté par lui baillée en eschange ou vente au sr de Caveron qui y demeure (2).

Dans ceste église de S1 Nicolas, au milieu du chœur, est une tombe plate de pierre dure, gravée d'un personnage nuë teste et sans barbe, vestu de longues tuniques ; à ses pies sont 2. lyons ou léopards, à ses deux costés fleurs de lys à chacune de ses deux épaules et au sommet de la teste; une demi boucle ou bossette de cuivre; et des anges figurés dans la pierre es deux coins, et entre ces deux coins, tout au mi lieu du bord de la tombe, un bras qui sort des nues ; et tout autour est escrit : Chy gist Bertrand le chastellain de Radepont. Dex H face veray pardon de tous les péchés que fet a puis que sa vie commencha (3). — Dans l'église, litre et ceinture funèbre

(1) L'église Saint-Pierre était à la présentation de l'abbé du Bec.

(2) Voir plus loin ce qui se rapporte à l'abbaye de Fontaine- Guérard, p. 168 et suiv.

(3) Cf. L. Régnier, V Eglise Saint-Nicolas de Pont-Saint-Pierre, etc., p. 14, avec un dessin de cette dalle funéraire, qui se voit encore dans l'église de Pont-Saint-Pierre.

avec les armes du baron du Pont S1 Pierre. A costé de ceste église, vers Le nord ouest et costau de la l'orest de Longboel, est une petite chapelle et ermitage habité par un ermite prebtre de ceste paroice là.

Maisons le\ Pont S1 Pierre. — A une canonnade plus ault vers l'est et en remontant la rivière, au costé droit d'icelle assés proche, intercedentibus pratis paucis, est, au pié dud. costau de Longboel, située une jolie maison composée d'un corps de logis, petit mais fort accommodé et logeable; et au bout, double galerie basse et aulte de 35. pas de promenade, et au bout une chapelle fort jolie, dont le patron est S1 Jaques de Galice. Un fief appelé Maisons, relevant du Roy et apartenant depuis plus de cent ans aux Maignart sieurs de Bernières, qui portent pour armes : d'azur à une bande d'argent chargée de 3. quintefeuilles de pourpre (i). Sur la façade du corps de logis, à Pun des bouts, sont quatre vers faits par Mire Charles Maignart sr de Bernières, président au Parlement de Rouen, qui fut père de Charles 2e, aussy président, père de Charles 3. conseiller des Requestes du palais à Paris, en cest an 1640. Ce Charles ier fut fils de Jean, président en la cour des Aydes de Normandie, qui fut fils de Thomas, conseiller en la mesme cour (2), dont les pourtraicts sont en la galerie haute de lad. maison et dans la salle de la Rivière Bourdet. Ce Thomas fut fils de Guillaume (3) dont est fait mention es chartes de

(1) « Armes de Maignart qui sont veneus de Vernon, et sont anglois d'origine. »

(2) Thomas Maignart, mort en 1 5 5 9 , et sa femme Catherine Durand, décédée en 1 557, avaient leur sépulture dans le chœur de l'église de Sainte-Croix-Saint-Ouen. Farin, Hist. de la ville de Rouen, 1710, t. II, p. 419.

(3) Guillaume Maignart, sieur de Bernières, était fils de Richard Maignart, sieur de la Rayne, fief situé à Tourny, près Vernon, lieu-

l'abbaye de Fontaine Guerard, par l'une desquelles il est dit qu'il prend à fieffé de l'abbaye susd. par 24. sols de rente foncière les terres de la Quevereuë, qui sont ce qu'on appelle la Garenne, ou la coste au dessus de la fustaye et jardin dud. lieu de Maisons, et depuis le long de lad. coste vers l'abbaye susd., jusques au lieu qui donne un écho vis à vis du vieil et ruiné chasteau de Douville; lad. charte du 23e d'octobre i5i2, en laquelle il est qualifié coner en l'Eschiquier de Normandie; et en 1 5 1 6, le mesme, en qualité de conseiller au Parlement et commissaire d'iceluy, donne une sentence tout au long énoncée au profit de lad. abbaye (1).

Or ces 4. vers sont :

Ut proavis et avis et patri, villula, cultam Haeres excolui te quoque qnam potui,

Sic faxint superi te nati, te quoque nepotes, Longa flor entes posteritate, cotant.

[F° 33. | Puis à Pautre bout de la façade, il y a ces deux :

Fœlicem dominis qui me neget ? Ante voluptas Patris eram ; nati sum modo deliciœ.

Il y a un jardin derrière la maison, et entre elle et le costau dit de Quevereuë où est la Garenne abondante aux yeuvres (2), au dessus duquel est la forest de Long boël,

tenant-général au baillage de Gisors, anobli en 1470, mort le 27 septembre 1493. Sur la famille Maignart, voir Recueil des présidents conseillers, etc. de l'Echiquier et du Parlement de Normandie, par Bigot de Monville, 1499 à i55o, publié par M. G. -A. Prévost, Rouen, 1905, p. 92.

(1) 11 fut inhumé dans le chœur de l'église de Sainte-Croix-Saint- Ouen, et, selon Farin, il serait mort en 1 5 14 (lisez 1524). (Hist. de la ville de Rouen, 1710, t. II, p. 419).

(2) Yeuvres, lièvres; c'est encore la vieille prononciation normande.

et au bout du jardin et pie du costau, bois de haute fustaye, t rai x nés, haistres et ouïmes, et au costé vers orient, un beau canal d'eau vive dérivé de la rivière.

Sortant de ce costé là, vous allez entre le costau et la rivière jusques à l'endroit que vous la trouvez si prez du costeau qu'il n'y a qu'un chemin et passage de 2. charrettes à dire de Pun à l'autre. En cest endroit, estant monté un peu sur la coste, vous faitez un écho par dessus la rivière à l'opposite costeau qui est du costé du chasteau et église du Pont S1 Pierre, et droit pardessus le chasteau de Douville (1), qui est un vieil chasteau basti par les Anglois et démantelé (2). Il est en pierre blanche à petits quarreaus, situé en une isle de la rivière d'Andelle, qui deux cens pas au dessus de là se sépare en deux bras, dont le grand et droit continue le long du costau de Piru ou Périé qui est au nord, et qui aboutit et se continue par nostre Queveruë ; le plus petit à gauche entre en la vallée, et va cercher ( 3 ) l'autre costau qui est au su, et puis se rejoint au droit au dessous dud. chasteau (qui est enfermé entre les deux) et du village ou paroice

(1) « Il y a vicomte dans en 1 578, entre les chartes

de Fontaine Guerard. Il y a aussy fief dans le chasteau qui apartient aux barons du Pont-Saint-Pierre. Cela jadis apartenoit à Estienne de Longchamp, chevalier, et à son fils Baldricus, qui en l'an 1 2 1 3 confirma la charte de donation que son père avoit faite à Pabbaye de Fontaine Guerard de la dixme de tout le pain cuit ou mangé au chasteau de Douville. Et auparavant ce pouvoit estre Robert, comte de Leicestre, fils Robert comte le Guère et fondateur de l'abbaye de Fontaine Guerard, vers l'an 1 198; car en une charte mentionnée cy dessus, p. 3., il parle de sa vicomte du Pont Saint Pierre qui n'est aujourdhuy autre que celle de Douville. »

(2) Sur le château de Douville, voir L. Régnier, L'Eglise Saint- Nicolas de Pont- Saint-Pierre, etc., p. 18 et suiv.

(3) Chercher.

de Douville, apartenant au chapitre de chanoines de N. Dame de Rouen; et puis, à une petite canonnade au dessous, arrive au chasteau du Pont S1 Pierre. Et environ autant au dessus dud. chasteau ruiné et du bourg ou village de Douville, et entre la rivière d'Andelle et luy, il y a une aulnaye dans un marais de la prairie où tous les ans, au mois d'aoust, viennent d'ailleurs certains oyseaus de marais qu'on appelle cocouans (i), et sont gros comme les ralles d'eau, dont il y a aussy là. Ils font leurs petits dans cette aulnaye, et sont si gras et si délicats qu'il n'y a sarcelle ny bécassine qui les vaille. Les paysans les prennent au lacqs sur la fin de septembre, et les vendent 3. sols pièce, pour plus ou moins selon qu'il y en a eu abondance.

Fontaine-Guerard (2). — De cest endroit qui est vis à vis du chasteau de Douville, allant entre le costau du nort et le grand bras de la rivière d'Andelle, à une bonne canonnade, vous arrivés au monastère des Dames de l'ordre de Cisteaus dit Fontaine Guerard, à cause d'une ou plusieurs fontaines de belle eau dont Tune est hors l'enclos dud. monastère, tout contre la muraille, et l'aborde, et à 20. pas de son bouillon entre en la rive droite de la rivière. L'autre est dans l'enclos et au jardin prochain des religieux procureurs et confesseurs des

(1) On ne trouve pas le mot cocouans dans les dictionnaires normands. Le préfet Masson de Saint-Amand, dans le Mémoire statistique du département de l'Eure, dressé en 1804, dit que l'on rencontre, au nombre des oiseaux de passage, « les râles de genêt, les grèbes, les cocoings ou marouettes; ce dernier gibier est délicat et estimé ». Aujourd'hui, on chasse encore la marouette dans la vallée de la Risle.

(2) « Fontaine Guerard, abbaye de six ou sept mille livres de rente. Monasterium B. Mariae de Fonte Gerardi ou de Fontibus Girardi. »

Dames ; la 3° dans la cour ou clos des Dames mesme, qui sont à présent gardant la closture, et se laissent pourtant veoir en grille. Toutes ces 3. fontaines, et particulièrement les deux de l'enclos des Pères et des femmes sont merveilleusement belles, et s'en veoyent les gros ruisseaux tomber par dessous les murailles desd. enclos; et dit on qu'il y en a une quatrième qui est par de là l'enclos des Dames, vers Ratepont, qui est la plus belle et la vraye fontaine Gérard.

La court publique entre le département des hommes et celuy des Dames est petite, et aboutit au pied du costau dit de Piru (ou Périé aujourd'huy) dans la charte de fondation dud. lieu par Robert le Guère, comte de Leycestre, vers l'an 1 198 (1), comme il est recueilli par l'extrait des chartes que nous en avons, confirmée par Gautier, archevesque de Rouen, certainement en Tan 1204, avec aussy confirmation des roys Jean d'Angleterre, Philippes Auguste de France, S1 Louis et autres suivans pour les privilèges que le monastère ha en la prairie et rivière qui les borne vers le su (2), et en la forest de Long Boel royale (3), et dont portion toutesfois apartient à présent aux barons du Pont S1 Pierre.

Au fin commencement il y eut une prieure, et puis ce furent des abbesses, dont la 21e est vivante Dame Elisabeth de Bigars de la Londe.

Sur la ire hauteur du costau, et dans l'enclos mesme

(1) L'original de cette charte est conservé aux Archives de l'Eure, H. 1227. M. Georges Bourbon la place entre les années 1184-1190. Inventaire, etc., p. 2^7.

(2) Sud.

(3) « Forest Long boyel, c'est à dire boyau, p.irce qu'elle est suivant une coste longue et estroite. Toutesfois la carte du pays de Caux marque un village de Long boel. »

du monastère, est un vignoble, et encore plus aut dans le mesme costau, hors de l'enclos ; le vin est clairet et peu bon. Au ault de la court est la chapelle de la ire fondation (i), selon qu'en l'ordre de Cisteaus ils observent d'en faire une avant et attendant que la grande église se face. Elle est icy vis à vis de lad. chapelle et de médiocre grandeur. Dans le chœur des Dames est la sépulture en marbre d'une comtesse d'Aumale, de laquelle voyez nostre Extraict des Chartes de Fontaine Guerard, pag. 2. Dans le cloistre de collation, il y a plusieurs abbesses, comme aussy ailleurs, comme nous avons dans led. Extraict un catalogue des abbesses. Dans le chœur des hommes, dans la paroy du coin évangélique de l'autel, est une sépulture élevée assés haut, de femme gisante, en pierre, sans légende, et croit on que c'est une comtesse de Blois dont est fait mention en l'Obituaire du monastère (2).

LF° 35.]

La galerie de Maisons le\ Pont Sx Pierre du Président de Bernières.

Blanda ruris otia.

Quaeris quid ista porticus dominum juvat ? Molestiarum franger e hic nubem solet; Hîc protoplasti relegit lapsus graves, Fatale pomum funditus quem perdidit.

Autfœta curis evolutat pectora,

(1) Cette chapelle existe encore, parallèlement à l'église abbatiale.

(2) Sur les sépultures Je l'abbaye de Fontaine-Guerard, voir plus loin, p. 194 et suiv.

Versuque ludil et logis pedestribus, Exercitando corpus. Hîc remittere, Hîc vacare publicae gaudet rci ; Vel mente multos credula fingit polos, Latèque regnans per superbae limiria Asiae vagatur subdititius satrapes, Quadraque quod bos assolet in argentea.

Hybernis at si tumeat aer nubibus, Hic subdiales providus vitat minas, Librosque volvit qui bonos mores juvent, Vitamque sanctis instruant virtutibus .

Hîc ego fugaces vetulus annos computo, Et sortis agito lubricos casus meae ; Mortemque prospérant nec precornec deprecor. Non mordet illum scilicet qui crimina Vitae perosus rore fletus eluit, Et usquequaque gloriam libat Deo.

Hîc et proseucham facio non incommodam, Non ut dolosa flagitem super os prece Sed (en blanc) pura numen aeternum colam. Illos in usus hanc paravi porticum.

Bernières. Mesures.

Ancien partage et 2e portion du fief de Tony (1), relevant d'Andely et comté de Gisors. Vignobles. Petite mesure est de 22. pies la perche, et le pié 11. pouces. La grande mesure du Roy, 24. pies la perche, et le pié 12. pouces. L'acre est de 4. vergées, chacune de 40. perches, qui font 160. perches, dont les 100. font Tarpent. — Diocèse d'Evreux. Maignart seigneur et patron.

(1) Bernières et Tosny, canton de Gaillon (Eure).

[F° 36.] Pistres. — Pistae,

Auprezdu Pont S1 Pierre, vers le Pont de l'Arche, environ la moitié du chemin, est le village de Pistres (i), prez Gueule d'Andelle, c'est-à-dire l'embouchure de ceste rivière en celle de Seine.

Pistrae ou Pistae ; concilium habitum Pistis (2). De quo vide tomo 2. Autor. Histor. franc. And. Du Chesne, ex Chronico Fontanellense. Là estoit une forteresse, herribergium Caroli Calvi contra Normannos ; in Ocello insula Sequanae (verius peninsula) hodie burgo Oixel (3). Ibi etiam visitur septum, seu brolium, barbaro vulgo Parcum Ludovici XI (4), de quo in Historia ejus quae gai lice conscripta et nuncupata est Chronique scandaleuse. 4

[ F° 38.] Monsieur,

Je vous remercie très humblement de vostre souvenir, et suis fort mary que le manque que j'ay de cheval pour

(1) Pitres, canton de Pont-de-1'Arche (Eure). Sur les nombreuses fbrmeslatines de ce nom, voir de Blosseville, Dict. topog. du dép. de l'Eure, 1878, p. 168.

(2) Il se tint trois conciles à Pitres, en 861, 864 et 86g. Voir D. Bessin, Concilia Rotomag. provinciae, 1717, p. 18 à 27.

(3) La question d'Oissel ou Oscelle a fait verser des flots d'encre depuis le xvme siècle. Voir L. Delisle, Cartulaire normand, p. r, qui place ce lieu près de Pont-de-rArche ; — et l'abbé Cochet, La Seine-Inférieure hist. et archéol., if cdit., p. 1 56 et 1 57, qui ne se prononce pas, mais qui, se ravisant un peu plus tard, dit dans son Répert. archéol. du dép. de la Seine-Inférieure, 187 1, col. 336 « qu'on peut opter pour Oissel. » — Jules Lair a démontré que Oscellus était situé près de Jeufosse, canton de Bonnières (Seineet-Oise).

(4) Les Carolingiens eurent une résidence royale à Pitres; mais on ne voit pas que Louis XI y ait jamais demeuré ; Du Buisson veut évidemment parler de Plessis-lès-Tours.

maintenant me prive de vous tenir compagnie à Pistres cette aprez disner. Tout ce que j'ay peu aprendre de lV.ntiquité de Pistres est qu'il y a une acre et demye de terre enfermée de haultes et anciennes murailles, appelé la Salle( i ), qui ont apartenu à feu Jehan d' Anfreville, escuyer, sieur de Mézières, et à présent apartiennent à Monsieur de Canteleu Halle, conseillera Rouan. Si vostre voyage de Rouan ne vous eust pressé, je me fus donné l'honneur de vous aller visiter et rendre mes debvoirs comme à celuy que j'honore extrêmement et désire estre toute ma vie Le très humble et obéissant serviteur

D. L. Libert.

De Fontaine Guerard 6 d'octobre 1642.

Monsieur, Monsieur Du Buisson, aux Maisons (2).

[F0 39. j [Minute autographe de Du Buisson-Aubenayï\ — Mon bonheur estoit til quil y eust autre occasion par deçà de vous y rendre témoignage de mes obéissances, je rapprendrais de vous Madame avecques Joyeextresme et benirois lheureux succez de ceste lettre qui va vers vous a dessein de vous en demander le commandement et vous asseurer que je suis

Madame Vostre très humble et très obéissant serviteur

N. Buisson Aubenay.

De Rouen chez Me Hapedé procureur en Parlement (3), le xiije d'octobre 1642.

(1) Sur les constructions reconnues à la Salle, voir L. Coutil, Les Fouilles de Pitres{Eure). Gaen, 1901, p. 12 à 14.

(2) Du Buisson se trouvait à cette, date chez le président Maignart de Bernières, a Maisons-lès-Pont-Saint-Pierre.

(3) Une lettre de Du Buisson à d'Hozier est datée « de Rouen, chez M. Happedé, le 6" jour d'aoust i638. » Elle a été reproduite par M. Saige, Journal des guerres civiles, t. II, p. 3o2.

[F° 3o v°. | Pagus Madriacensis.

Pagus Madriacensis. — Sli Leufredi, in pago Matricensi. — Madriacensis, in diplomate S,j Dionysii (i), in Notis Gothefrid. Vindocin.,\. II. — Pagus Madrecisus, Capit. Caroli Calvi. Missi autem et pagi per missaticos, etc., p. 1 1 3, artic. g : « Missi etc. in Ebrecino, Stampiso, Gastriso, Pincesiso (Poissy, Chastres, Estampes, Evreux), Madreciso », (entre Vernon, Poissy et Evreux) (2). Ad quae Sirmundus ita : In legatione Caroli Magni, cujus partem nobisexhibuit codex Metensis : « In Cenomanico, Oxmensi, Lisuino, Bajocassino, Constantino, Abricantino, Ebrecino et Madricensi, et de illa parte Sequanae Rodomense, Magenardus episcopus et Madelgaudus (3).» Madriacensis pagus in utroque cum Ebroicensi, ut vicinus, conjungiter. Situm enim in hoc pago fuisse monasterium Sli Leufredi, docet Caroli Simplicis diploma (apud Aimoinum, lib. 5., cap. 42. Et S[i Leufredi vita, cap. 10, in Chronologia Lerinensi Vincentii Barrali. — Aimoinus, 5., 42 : Roberti Comitis Andegavorum (4), qui fuit vir Saxonici generis, duo filii, Odoet Robertus, etc. Odo, tutor Caroli Simplicis, unctus

(1) Diplôme de Pépin en faveur de l'abbaye de Saint-Denis vers Tan 750.

(2) Le pagus Madriacensis s'étendait jusqu'à Mantes, mais non jusqu'à Poissy, qui était le chef-lieu du pagus Pinciacensis. Sur les limites du pays de Madrie, voir J. Béranger, Le Pagus Madriacensis. Evreux, 1906, in-8°, avec une carte.

(3) Capitula missis dominicis data. (Ann. 802.) Pat. lat., XCVII, col. 2^5.

(4) Robert Le Fort, comte de Paris. 861, comte d'Anjou, 864, de Blois, 865, abbé de Saint-Martin de Tours, 866, mort près Brissarthe la même année.

licet relue ta ns (i). DiplomaCaroli Simplicis datum 2°iJ. martii, indict. 6., red intégra nie 2 1 ., largiore vero haereditatc indepta, Compendii palatio (2),quorex abbatiam donavit, quac nuncupatur Grux Sancti Audoeni,(( cujus caput est in Madriacensi pago, super flumen Auturae, Sancto Germano ejusque monachis ad eorum jugiter mensam (3), praeter partem ipsius abbatiae quam annuimus NormannisSequanensibus, videlicet Rolloni suisque coin iti bus, pro tutela regni. » Ubi Dubreuil, in margine, ad partem Normannam sic habet : « Ea est quae etiam nunc Vulcassinum normannicum dicitur, le Vexin normand. »

In Vita S . Leufredi, cap. 20., alibi, fol. separ.

In Martyrologio Gallicano, ad xi. cal. julii : In pago Madriacensi, Ebroicensisdiœcesis,depositio S. Leufredi abbatis et confessons.

(i)« Aivnoinus auctor est, Ludovico Balbo mortuo, Francorum primores Caroli ejus filii in cunis agentis aetatem exercendae dominationi incongruam, ut erat, arbitratos, Odonem, licet reluetantem, tutorem pueri, regnique gubernatorem elegisse. » Annal, bened., édit. de Lucques, III, p. 263. Eudes, né vers 858, comte de Paris, couronné roi de France à Compiègne le icr janvier 888, mort en 898. Ce passage du ms. de Du Buisson n'est intelligible qu'en mettant en parenthèse ce qu'il a écrit depuis Apud Aimoinum, jusqu'à unctus reluctans.

(2) Mabillon, en analysant ce diplôme en donne ainsi la fin : « Datum II. idus Maii, indictione VI. anno XXVI. régnante Karolo gloriosissimo rege, redintegrante XXL, largiore vero haereditatc indepta VI. Actum Compendio palatio. » Annal bened., édit. de Lucques, III, 334. D. Bouillart, qui donne le texte entier du diplôme, met II. idus martii. (Hist. de V abbaye royale de S.-Germain-des- Pre\. Pièces justificatives, XXIV).

(3) Cette union paraît s'être maintenue pendant le xe siècle. Lebeurier, Notice sur V abbaye de La Croix-Saint-Leufroy . Evreux, 1866, in-8*>, p. 5.

In Martyrologio Usuardi : xi. Kal. Jul. In pago Madriacensi, S. Leufredi, confessons.

In Martyrol. Rom. : In pago Ebroicensi, S. Leufredi abbatis.

In Martyrologio S. S. Ordinis S. Benedicti : xi. cal. jul. In pago Madriacensi, S. Leufredi abbatis et confessoris, etc.

In Vita S. Audoeni, Surius, tom. 4. : Locus ille, ubi Leutfredus templum in honore S. Crucis et S. Audoeni condidit, dicitur deparochia Rothomagensisepiscopi.

In Gallia christiana Roberti (1) : Monasterium Madriacense Crux Sli Leufredi.

In Notis Sirmundi, ad. lib. 2. Gothefridi Vindocin., Epist. 16., ubi de leuga, seu leuva (2), pro spatio, mensura et termino sumpta in praecepto Garoli Magni, quo villas Faverolas et Norontem (3), in pago Carnoteno (Noron prez Nogentle Roy), cum sylva Aquilina monasterio S. Dionysii donat his verbis : Insuper et cum foresta ad eas pertinente quae vocatur Equalina(4), etc., videlicet contra pagum Madriacensem pervertit leuva usque ad Petram fictam (5) (Pierre ficte prez Passy) ; deinde ad Montem presbyteri (6) ; deinde ad Gondatum

(1) Claude Robert, Gallia christiana, 1626, in-fol.

(2) Selon certains, il faut Vire lemnia, id est silva. Voir Du Cangc.

(3) Faverolles, canton de Nogent-le-Roi (Eure-et-Loir). Noron (id).

(4) La forêt d'ivelines.

(5) Il y a dans le texte du diplôme : deinde ad Molarias super Victriacum, deinde ad Montem presbyteri, etc. Diplôme de Charlemagne en faveur de Saint-Denys, ann. 774, Patrol. lat., XCVIl, col. 933 et 934. Molariœ, Villers-les-Morhiers (Eure-et-Loir).

(6) Mons presbyteri, Prémont, commune d'Ouerres. près de Nogent-le-Roi; Gondatum, Condé-sur-Vesgres, canton de Houdan (Seine-et-Oise) ; Cuculosa, La Queue-les-Ivelines. canton de Montfort-1'Amaury (Seine-et-Oise). Voir J. Béranger, Le Pagus Madriacensis, p. i3 et 18.

usque ad Cuculosa ; 2a leuva, contra pagum Pinciaccnsc (Poissy) pervenit ad Codonarias,deinde ad Vennas usque ad Aureovallo, deinde Levicias (Levis prez Montfort) ; 3" lcuva, contra pagum Parisiense de Ulfanciacas pervenit ad Campum dominicum, etc.

[F0 40 v°. | In veteri legendario MS. diœcesis Ebroicensis, in folio, pergameneo, ex Bibliotheca Domini Joannis Bigot, Consiliarii Régis in Curia subsidiorum Norm., Domini de Sommesnil, Vita Sancti Leufrédi, lectione 4. : « Egressus autem urbe, B. Leufredus postmodum devenit in fines Madriacensis pagi, ad locum quidem insignem, nullis tamen habitaculis adornatum, etc., per vallem illustrem, juxta fluvium Acturam, ubi via erat ab occasu in orientem, et per eam alia via ducebatur a meridie in septentrionem, in similitudium crucis, etc. Ubi vir Dei, S. Audoenus, episcopus Rothomagensis, dum provincias diversas(parochias suas, in édita S. Audoeni Vita, 24. augusti, apud Surium, nam cum suis parochiis Ebroicensis locus ille), paragraret olim, vidit signum sanctae Crucis miro fulgore radians etc. Et ex ligno aratri empto, signum Crucis ibi erexit, sanctorumque reliquias ibi collocavit etc. Vicinis tantaere inovitate stupefactis, quidam eorum casulam horrei sui super pignora sanctorum stabilire curavit. Hune denique locum vir Dei Leufredus, post aliquot annos decessionis sancti Audoeni archiepiscopi, invisere tentavit ; visoque loco et ameenitate ejus, eo quod esset aquarum, nemorumque et vinearum fertilitate jocundus (sic in diplomate Caroli Simplicis anno 918), miraculorum quoque prodigiis, etc., domum sacram Domino Deo ibi construere acceleravit in honorem sanctae vivificae crucis, et S. S. apostolorum, ac praecipue confessons Christi Audoeni pontificis, atque in loco altare statuit ubi crux

semitarum apparuerat ; sed et post modicum tcmpus, congruentibus habitaculis eamdem cellulam cinxit, atque monachorum conversatione nobilitavit, etc. »

Apud Surium, edit. Colon., in grandi folio, 1618, Vita S. Leufredi abbatis, prout in Chronologia Lerinensi edidit ex MS. Biblioth. S. Germani de Pratis Vincent. Barali, Salernus, cap. 10, iisdem prorsus verbis, addit :

Per id tempus episcopus Rothomagensis erat Ansbertus, Ebroicensis Desiderius, distans 2. leucis a cella S. Leufredi ; Carolus Martellus majordomus erat sub Dagoberto rege, Ghildeberti filio, et ejus filium Griphonem sanavit. Flumen Aucturae monasterio (S. Leufredi) a plagâ meridianâadjacet. Vixit sub Ghildeberto, Dagoberto et Chilperico junioribus. Obiit xi° calendas julii (21 junii), sepultus in ecclesiaquam ipse in honore B. Pauli apostoli fundaverat, post 48. annos praepositurae. Translatus esta Joanne, episcopo Dolensis ecclesiae et abbate loci illius, in seniorem basilicam quae aedificata est in honorem vivificae Crucis et S. Audoeni. — Et en marge il y a : 85 17 22 junii; sed id a Gunberto, episcopo Ebroicensi, factum habet Jacobus Dubreuil, in Chronicis (1). « Temporibus Garoli Simplicis, Franc, régis, monachi S. Audoeni (quae nunc est Stj Leufredi) abbatiama Normannis expileatam et pêne dirutam deseruerunt, et cum sacris corporibus Audoeni archiepiscopi, Turiani Dolensis praesulis, Leufredi et Agofredi fratrum, ad cœnobium S. Germani de Pratis venerunt etc. (en marge : 918.) ubi remansit illud sacrum corpus Leufredi quod

(1) Chronicon abbatumregalis monasterii Sancti Germani a Pratis, auctore Jacobo Du Breul ejusdem monasterii monacho. Cette chronique est imprimée dans son édition de V Histoire de France écrite par Aimoin. Paris, i6o3, in-fol.

hodieque ibi asservatur, et impetrandae sercnitatis causa, solet solenni processione aliquando deferri. »

In Martyrologio Usuardi, per Molanum, i5M3, Antuerpiae edito in-&°, ad xi. kal. julii : « In pago Madriacensi, S"' Leufredi confessons. » At in MS. Domini Joan. Bigotii : In pago Ebroicensi, S1' Leufredi abbatis. — Sic in Martyrol. Romano per Baronium : In pago Ebroicensi, S1' Leufredi abbatis. — Petrus de Natalibus, lib. 5. cap. i 36 : Leufredus abbas claruit tempore Justiniani imperatoris 2., parentibus christianis, pago Ebroacensi ortus, relicto seculo, prope urbem in parva cellula morabatur, etc.; in pace quievit xr. kal. julii.

[F0 42. | Faverolas (1) in pago Madriacensi ; Norontem in pagoCarnotino; Foresta Aequalina, vel Aequilina. Contra pagum Madriacensem perveniat leuva ad Petram fictam deinde ad Condatum usque et Guculosa.

2a Leuva contra pagum Pinciacensem, perveniat ad Condonarias, deinde ad Vennas usque Aureo vallo, deinde Levicias.

3a Leuva contra pagum Parisiacum de Ulfaxiagas, pervenit ad campum Dominicum, deinde Wilgeverti, deinde ad Sarnetum, usque ad cellam Sli Germani.

Deinde per illam stratam quae pergit ad Vêtus monasterium contra pagum Stampinsem, pervenit leuva ad Resbacium, deinde ad Frumentarias.

Inde ad Waranceras contra pagum Carnotensem (Garancières), pervenit leuva ad Putiolos, inde ad Pucillitos, inde ad Hillinivillam (Liniville).

Inde ad Wadastivillam (Wasseville) ad illud Pirarium, deinde ad villam Fronam quae fuit Stephanone, inde ad

(1) Tout ce passage n'est qu'un extrait plus long que le précédent du diplôme de Charlemagne, de 774, en faveur de l'abbaye de Saint- Denis.

Calmontem, deinde ad illam stratam quae pergit ad Helmoredym, inde ad Longum lucum et Senonevallem super Nigevellam, etc.

Villas de Madrei, de Madriaco, Bretinevallis et Lirtenevallis, etc.

Extraict d'une charte de M. du Bouchet (i), copiée d'un original gardé à Sf Denys, et référé par Doublet (2), commenceans : Karolus gratia Dei rex Francorum et Longobardorum, etc. Cedimus pro animae nostrae remedio, vel pro genitore nostro, quondam bonae memoriae Pipino, etc.

[Au dos de ce feuillet 42, on lit :] A Monsieur du Buisson.

Vos très humbles serviteurs,

S. G. Cramoisv (3).

(1) L'historien Jean Du Bouchet appelait Du Buisson «son maître». Voir Saige, Journal des Guerres civiles ; «Notice sur François-Nicolas Baudot, seigneur du Buisson et d'Ambenay », t. I, p. vij. Du Bouchet est l'auteur des Origines de la maison de France. Paris, 1646, in-fol.

(2) D. Jacques Doublet, Histoire de Vabbaie de Saint-Denis en France, Paris, 1625, 2 vol. in-40. C'est bien du diplôme de Charlemagne de 774, pour Saint-Denis, que les correspondants de Du Buisson ont extrait ce qui précède.

(3) En janvier 1649, Sébastien Cramoisy était receveur des taxes de Paris. {Journal des Guerres civiles, t. I, p. 107, 1 34.) Dans une lettre datée « De la Haye en Hollande, le 21 mars i638 », Du Buisson écrivait à d'Hozier : « J'en écrys aussy à M. Gaffarel, auquel je vous prie d'addresser le porteur, et au cas que ledit sieur Gaffarel ne fust pas à Paris, je vous prie de faire vers le jeune Cramoisy, que j'ai veu icy, passant sur son retour d'Hambourg, à qui je baise les mains, comme à M. son père et son oncle, que le porteur puisse vcoir dans les livres manuscrits de la Librairie de Monseigneur le Cardinal s'il y trouverait ce qu'il cherche. » Journal des Guerres civiles. Appendice, t. II, p. 3oo.

I F" 43-1 Remarques sur plusieurs villes, places, rivières et chemins qui sont en Normandie et voisinages deçà et delà de la R. de Sene.

Pontoyse (i).

Les Cordeliers sont au haut de la ville (2), dans une grande place, joignant laquelle vers l'occident est la maison de i'archevesque de Rouen (3), dont le spirituel s'estend jusques là, le grand vicariat de Pontoyse dépendant de luy, comme il prétend, quoyque le grand vicaire ait procez contre lui en Tan 1637. Ceste année, le chœur desd. Cordeliers se refaisoit à la mode des religions réformées, c'est-à-dire qu'il y aura un sanctuaire derrière lequel le chœur des religieux sera, sans que le peuple les voye.

Dans une chapelle australe de la nef, et en la paroy qui la sépare de la nef, il y a un épitaphe en demi relief de marbre

(1) « Il y a un chasteau dans lequel est le gouverneur, tout au fin ault de la ville et commandant au pont. Là est l'église collégiale de chanoines bien prébendes, dite St Mellon, qui, selon la Chronologie des archevesques de Rouen par Jean Dadré, fut le premier tenant siège d'évesque à Rouen, vers l'an 265, où il mourut et fut enterré en l'église S1 Gervais des fauxbourgs, d'où soubz la venue des Normans il fut transporté dans le chasteau de Pontoyse, en l'église dite de son nom. »

(2) Il ne reste de leur couvent qu'une ou deux fenêtres de l'église, dont le style indique le xve siècle. — Du Buisson a déjà relevé, p. 204, d'autres épitaphes de cette église. — D.

(3) Cette maison, élégante construction du cardinal d'Estouteville, abrite aujourd'hui le musée de Pontoise, après avoir été soigneusement restaurée en vue de cette destination, aux frais de M. et Mme Tavet. — D.

blanc, un enfant gisant en jaquette; au-dessus, la date 1593, et au-dessous est une plaque de marbre noir inscripte en lettres d'or ainsy : Carolo Novillaeo Infanti desideratiss. quemvixnatum, mens XXII ., dies XXVIIII . Sub oculis patris, avi, proavi, sinu matris amantiss. mors crudelis rapuit. Carolus pater, Margareta Mandeloîia mater, Nicolaus avus, Magdalena Albaspinna avia, Nicolaus proavus Villaregii filio, nepoti, pronepoti, turbato naturae ordine, heu superstites, animulae suavissimae non sine lacrymis posuere (1).

En la paroy opposite, qui est australe de ceste chapelle mesme, est un autre pareil épitaphe, mais bien plus grand, et costoyé de deux colomnes canellées de marbre blanc, ordre barbare pour Corinthe, avec le frontispice au dessus, auquel se voyent les armes de Neuville- Villeroy, qui sont trois croiseites (2), parties des armes de Mandelot qui sont d'une fasce (3). Dans le tympan ou intercolomneest une dame au naturel, vestuë, gisante, en marbre blanc de demi relief fort beau, et plus bas est une plaque de marque noir inscripte de lettres d'or ainsv : Cy gist haulte et paissante dame Marguerite de Mandelot, dame d'honneur de la royne mère du Roy, femme de Mire Charles de Neuville, baron d^Halincourt, chevalier des deux ordres du Roy, capne de cinq1* hommes d'armes des ordonnances, gouverneur et lieutenant pour

(1) Cette inscription a été publiée en 1879 par H. Le Charpentier clans le premier volume des Mémoires de la Soc. histor. du Vexin, p. 55, d'après les manuscrits Pihan de la Foresi. — D.

(2) D'azur, au chevron d'or, accompagné de trois croix ancrées du même. — D.

(3) D'argent à la fasce d'azur. — L'écu parti dont il est ici question a été retrouvé par H. Le Charpentier et se trouve maintenant au musée de Pontoise, — D.

Sa Majesté à PontoySê et pays du Vexin le francoys, laquelle décéda le jc juillet t5gS. — Plus bas sont vers françois et éloge latin (i).

Mr cTHalaincourt (Alaincourt, Alani Curtis, ut conjicio, est 7. lieues par delà Pontoyse vers Rouen, et à costé de Magny; assez belle maison située en un fonds, entre cos-

(1) Ces inscriptions, recueillies dans les manuscrits Pihan de la Forest, ont été publiées, les unes par MM. François et Le Charpentier, à la suite de leur réimpression des Antiquités et singularités de Pontoise, par Noël Taillepied (1876, p. 140); les autres par H. Le Charpentier dans les Mémoires de la Soc. histor. du Vexin, t. 1, 187g, p. 55. Mais la note de Du Buisson renseigne mieux sur la disposition du monument funéraire de Marguerite de Mandelot. — D.

Cette note est même particulièrement précieuse, car elle permet à la fois de retrouver l'effigie qui décorait le monument et de détruire une légende contre laquelle, d'ailleurs, de bons esprits n'avaient pas craint de s'élever. C'est l'image de Marguerite de Mandelot et non celle de Gabrielle d'Estrées que représente le fameux bas-relief en marbre blanc à la femme couchée et accoudée qui figure au musée de Laon. Les faits suivants autorisent à ce sujet toute affirmation. D'une part, Gabrielle d'Estrées n'eut jamais de mausolée à Maubuisson : le silence de Du Buisson-Aubenay concorde a cet égard avec le silence de tous les documents utilisés ou publiés par MM. Dutilleux et Depoin (L'Abbaye de Maubuisson, histoire et cartulaire, p. 45-46 et 143). D'autre part, le bas-relief, envoyé à Laon en 1819, après la suppression du Musée des monuments français, avait été acheté par Lenoir, pour cet établissement, d'un habitant de Pontoise. (Cf. Archives du Musée des monuments français, t. 111, p. n3 et 3u, dans la coll. de Y Inventaire général des richesses d'art de la France.) Quant à l'origine de la fausse identification du portrait avec celui de Gabrielle d'Estrées, il suffit de connaître tant soit peu l'histoire de la célèbre fondation de Lenoir pour savoir à qui l'attribuer. — R.

taus (i), tout proche S. Gervais (2), village par où passe la chaucée romaine cy aprez), estoil lors gouverneur, et par engagement seigneur de Pontoyse, qu'il a depuis baillée au cardinal duc de Richelieu qui y a un sien lieutenant dans le chasteau. Depuis et à présent, il est gouverneur de Lyon, Lyonnois, Forest et Beaujeulais, ayant succédé en ces charges à son beau père le sieur de Mandelot(3).

Rivière de Vione. Pont de Pontoyse. — Sortant de Pontoyse à la porte de Paris (4), voyez le ruisseau ou ru de Vione qui y est conduit et passe sur un canal ou aqueduc de bois, et, coulant par le bas de la ville vers la rivière d'Oyse, fait mouldre plusieurs moulins, et au dessus de THospital passe sus la muraille de la ville et entre en Oyse un peu au dessous du pont, lequel est hors icelle ville, et y joint le fauxbourg vers Paris. Il est de 8. à 10. arches de pierre et à 2. ponts levis, un à chaque bout, estant comme une isle dans la rivière d'Oyse. Il soustient des maisons, moulins et boucheries.

Plus avant dans le fauxbourg, vous voyez l'autre bras du mesme ru de Vione, qui est le vray et naturel bras, passant au bout du fauxbourg tout à travers, et allant dans

(1) Une monographie complète et abondamment illustrée du château d'Alaincourt a été donnée en 1906 par M. Régnier {Statistique monumentale du canton de Chaumont-en-Vexin, IX, p. 54ïo3). — D.

(2) Saint-Gervais, canton de Magny-en-Vexin (Seine-et-Oise).

(3) Sur Charles de Neuville, seigneur de Villeroy et d'Alaincourt. voir p. 22, note 2.

(4) Tout ce passage, jusqu'à la rin du fr 43, a été publié par M. Depoin dans une étude sur la Chaussée dite de Jules César et sa véritable origine {Bull, de la Commission des antiquités et des arts de Seine-et-Oise, XXIX, 1909). — R.

Si

la rivière entre la ville et l'abbaye de S. Martin (r). Il passe le long de la Grange Trianon, belle maison qui est au costé boréal dud. fauxbourg (2); et un peu au dessus de ceste maison est extraict et tiré de sa rive gauche le petit bras qui passe par la ville.

Via militaris. — A l'issue du fauxbourg, vous trouvez le grand chemin hault élevé et pierre en droite ligne venant de l'abbaye S1 Martin, et traversant à angles aigus et obtus le chemin de Pontoyse par le Bordeau de Vigny (3) (ainsy dit à cause qu'il borde la paroice de Vigny qui ne s'estend que là et pas plus oultre) (4) à Magny. On l'appelle la vieille chaucée, aucuns la chaucée de Brunehault, ceux qui raffinent : la chaucée de Gaesar (5). Il passe à travers Arcueil (ab arcubus, id est aquaeductibus),o\x Ton m'a dit qu'il y a encor des restes d'ouvrages antiques, puis à Estrées et au Roquet, territoire où il y a encor une vieille mazure, de là à S1 Gervais, village plein de rocs, et au dessus est beau, et passe à la veué de Alaincourt, très beau, et par la Chapelle en Vexin

(1) C'est la troisième fois que l'auteur donne quelques-uns des détails qui précèdent. Voir p. 5 et 21.

(2) C'est la propriété appelée aujourd'hui Marcou ville ; elle fut longtemps possédée par la famille de la Grange et porta aussi le nom de fief Boivin. — D.

(3) Vigny, canton de Marines (Seine-et-Oise).

(4) On a proposé une autre étymologie plus scabreuse, que semble autoriser la situation du hameau sur un chemin très fréquenté — R.

(5) Le nom de Chaussée Brunehaut n'a jamais été donné, que nous sachions, à la voie de Paris à Lillebonne. M. Depoin a proposé de reconnaître une création de Julien dans cette chaussée, que les textes du moyen âge appellent tantôt « chemin de Jules César », tantôt « chemin Julian César » {La Chaussée dite de Jules César et sa véritable origine, dans Bull, de la Commission des antiquités et des arts de Seine-et-Oise, XXIX, 1909). — R.

descend à S1 Clair sur Epte (i). Là est le lieu, hors le bourg, au dessus d'iceluy, proche la rivière et dans la prairie, où S1 Clair eust la teste coupée (2). Cela est vis à vis du tertre et chemin élevé où l'on retrouve la droiteure de nostre chaucée, et y a apparence, par les raisons de la veuë aussy bien que celles de Phistoire, que ceste chaucée passast par là où S1 Clair souffrit la mort et le supplice. Nam martyres ad vias publicas, exempli causa, plectebantur ut sontes.

[F° 44.] Sur ceste mesme chaucée, principaux villages en cest ordre : Tillers, Richeville, Suzé, Fraixnelles, Muchygros la chaucée, et puis Escouy. De là elle va par Ratepont, la Neuville Champ d'oiseau, le Maisnil, etc. Par de là Rouen on m1a dit quelle se trouve descendant le costau au dessous de Maromme, S1 Thomas de la Chaucée, descend à Vieux, se retrouve à S1 Arnoul par

delà Caudebec (3) ; faut veoir si elle passe avant la

ville de Caudebec.

(1) Arthieul, Saint-Gervais, la Chapelle-en-Vexin, Saint-Clair-sur- Epte, communes du canton de Magny-en-Vexin ; Estrées, le Roquet, hameaux de Saint-Gervais.

(2) Ce lieu est encore vénéré sous le nom d'ermitage de saint Clair. — Sur la vie et le martyre de saint Clair au ixe siècle, voyez les ouvrages spéciaux de Robert Denyau et, mieux, les Acta sanctorum (Novembris, t. II, pars prior, 1894, p. 436-455). — R.

(3) Les Thilliers-en-Vexin, canton d'Etrépagny ; Richeville, id.; Suzay, canton des Andelys; Frenelles, hameau partagé entre Boisemont et Corny, id. ; Mussegros, commune réunie à Ecouis, canton de Fleury-sur-Andelle; Radepont, id. (Eure). La Neuville-Champd'Oisel, canton de Boos; Le Mesnil-Esnard, id.; Maromme. cheflieu de canton ; Saint-Thomas-de-la-Chaussée, réuni à Roumare, canton de Maromme ; Les Vieux, village de Saint-Paèr, canton de Duclair; Samt-Arnoult, canton de Caudebec (Seine-Inférieure).

Roan.

Kouen, très beau quay et des plus beaus de l'Europe, s'allargit et s'embellit tous les jours. — La Bourse. — La Romaine ou Douane; force sucreries ou sucrerières, force teintureries, force corderies, force taneries(i).

Dans les Carmes (2), grande place ou salle ouverte à un costé de leur cloistre, à un des bouts duquel il y a une salle fermée où se fait l'assemblée pour les francs fiefs de la province. A Tautre bout est un lieu ballustré, fort élevé, où se font tous les ans les Palinods du Puy Nostre Dame (3). Là se veoit un tableau, escrit en lettres d'or à demi effacées, où il est dit que le i3. décembre (jour ordinaire desd. palinods ou poésies, comme le jour du prix des Musiques dans Nostre Dame de Rouen est le 23e de novembre, jour de Ste Cécile) 1 5j3 (4), tel y dénommé

(1) « Le s* de Sommesnil Bigot, conseiller en la cour des Aydes, ha une ville de Rouen en carte faite à la main où sont toutes les rués. »

(2) Les Carmes, dits Grands-Carmes, avaient été établis à Rouen dès 1260.

(3) Sur les Palinods de Rouen, voir Ballin, Notice historique sur V Académie des Palinods. Rouen, 1834, in-8° ; — le même, Suite à la Notice historique sur l'Acad. des Palinods de Rouen. i83g, in-80 ; — le même, Deuxième suite à l'histoire, etc. 1844, in-8°; — Ed. Frère, Une Séance à V Académie des Palinods en 1640. 1867, in-80 ; — Approbation et confirmation par le pape Léon X des statuts et privilèges de la confrérie de V Immaculée Conception, dite Académie des Palinods. Rouen, 1864, pet. in-40; — A. Guiot, Les trois siècles palinodiques ou histoire générale des Palinods de Kouen, de Dieppe, etc., publiés par l'abbé Tougard. 1898, 2 vol. in-8».

(4) « En l'affiche des Palinods de 1637, il y a pour le sonnet l'Anneau d'or, que je croy estre icy appelle Signet attribué au rondeau, auquel led. Palinod de l'an 1637 n'attribue point aucun

remporta la Palme pour le premier prix qui est du chant royal; un autre le Lys pour le débatu, c'est-à-dire pour avoir contesté le premier prix ; un autre le Rosier pour la ballade; un autre le Signet pour le rondeau; un autre le Miroir d'argent pour Tode; un autre la Coronne pour le sonnet; un autre le Chapeau de laurier pour le premier épigramme qui est le latin, et lequel excepté, toutes les autres poésies sont françoises; et le dernier YEstoille pour le second épigramme qui est françois. Ces prix et le disner se donnent par le prince, lequel s'élit annuellement par les princes et maistres des autres années passées.

En ce mesme cloistre, tout à l'entrée, se veoit l'histoire des religieux Carmélites qui furent par le roy S. Louis amainés de Terre sainte en France. Ils ont Phabit noir et la chappe blanche rayée de filets ou bandes noires de haut en bas (i).

S1 Nicolas est une des paroices de Rouen. Là, en une maison joignant le bout de Tatre et la porte pour d'iceluy entrer dans le bout de l'église, s'est n'aguères trouvé un grand nombre de médailles antiques. Là estoient les anciennes murailles de Rothomagus . De cest atre à Nostre Dame on va par une rue dite la Croix de fer, où

prix. Mais il adjouste 3. autres prix qui ne sont pas icy, à sçavoir, pour l'ode pindarique la Ruche, et pour les stances, le ier la Tour, et le 2e le Soleil. Voyez le livre imprimé à Rouen avec approbation de l'an 1614, intitulé Recueil des vers faits à la louange de la Conception Nostre Dame; tout le dernier iueillet qui parle des prix et choix des vers et du concert ».

(1) « Carmes violés, piolés. Voyez les Carmes de Paris. » — «< Piolé, moitié d'une couleur et moitié d'une autre. (Il est piolé comme la chandelle des Rois.) » {Dict. de la langue françoise ancienne et moderne, par Pierre Richelet. Lyon, 1759, in-fol., t. III, p. 147). Les Carmes avaient autrefois des chapes barrées de blanc et de tanné, ce qui les fit appeler les Barrés.

est la maison d'un présidcnten Parlement dit Happedé(i), dont la paroy mitoyenne à celle dite l'Arsenal, jadis la Tour d'argent, aparienant aux sieurs du Vieil Roan, tenue par Daubin, cap" de la Compagnie des arcbusiers du guet (2), est très espoisse, et comme de 3. cens ans d'antiquité, en large quarreau de pierre blanche quarréc, les caves de maisme; et la tradition porte que c'estoient là les murailles de Rouen du temps des Anglois, et dans le circuit desquelles S1 Lô (3) et Nostre Dame la ronde (4), seule des 33. paroices de Rouen (5) en laquelle le Roy est patron et présentateur à la cure et aus canonicats qui y sont aussy, place ou quartier du Palais, encores non basti comme il est depuis, estoient compris; et tout le ault de Rouen vers le pays de Caux estoit hors la ville, comme aussy tout le fin bas (6). Le quay et les murailles qui sont

() Voir plus haut, p. 69, note 3.

(2) Sur la compagnie des arquebusiers, voir Farin, Hist. de la ville de Rouen, édit. de 17 10, t. I, p. 288.

(3) Sur l'église Saint-Lô, voir Farin, Hist. de la ville de Rouen, édit. de 1710, t. II, p. 235 ; — Ch. de Beaurepaire, Note sur l'église de Saint-Lô, dans Mélanges hist. et archéol., 1897, P- 431*

(4) Voir Farin, Hist. de la ville de Rouen, t. II, p. 25g; — Ch. de Beaurepaire, Notes sur Notre-Dame de la Ronde, dans Nouveau recueil de notes hist. et archéol., 1888, p. 47.

(5) « 33 paroices à Rouen, entre lesquelles est Saint Candre le vieil (car en la rué' aux Ours est Saint Candre le jeune), en la rue et tout prez la porte du Bac, qui est du diocèze de Lisieux, et pour ce les samedys entre Noël et la Chandeleur on y mange poissons et fait on maigre ». Par privilège et coutume, on faisait gras dans les diocèses placés sous le patronage de la Sainte Vierge; on appelait ces samedis, samedis andouillers.

(6) « Pourpris de Rouen antique et romain. Msr le président et conseiller Bigot le tiennent pour avoir esté par le bas de la Cour des Aydes et Nostre-Dame, remontant pour comprendre St Nicolas, la rue de l'Aumosne, St Lau, la Poterne, et se venant à réserver par l'horloge du Palais ; mais au derrière de St Lau, et joignant l'hostel

dessus à présent estoient lors inondées de la rivière jusques au dessus des Cordeliers, au dessous desquels est la maison des Marchands et de la Douane, où tous marchands qui abordent là vis à vis d'elle au quay deschargent leurs marchandises, qui y sont pesées ou vérifiées et payent les droits des fermiers du Roy; laquelle maison on appelle encor à présent la Romaine (i).

Il y a bien outre cela la Vicomte, vis à vis de S1 Vincent, ou est le poids du Roy, où se pèsent les marchandises (2) ; et la Romaine est moderne, car es siècles du vieil Rouen, la rivière inondoit jusques au ault du costau et penchant de la ville vers la rivière, allors que Testre ou atre de Nostre Dame estoit le port au foin, et les Cordeliers estoient dans une isle (3), qnod est novissimum, puisque

St Lau ou logis du i* président Faucon de Ris, est l'hostellerie de la Ville de Paris, dans laquelle en bastissant on a trouvé des murailles antiques, et y en a encore des restes. Les archives de l'Hostel de Ville et de Nostre Dame et plus encore de St Lau de ce feront foy ». — Sur l'emplacement du Rouen gallo-romain, voir Cochet, La Seine-Inférieure hist. et archéol., 2e édit., 1866, p. io5 à n3.

(1) « Ainsy dite à cause que l'on y poise à la mode romaine, statera, quae est libra pensa (ou dixième du poids du Roy qui est avec deux balances ou banquart, lancibus vel bilance) comme les teliers et tisserans ont en Normandie, et les bouchers pour peser leurs chairs ».

(2) Sur le poids de la Vicomte, voir Ch. de Beaurepaire. De la Vicomte de VEau de Rouen. i856, p. io5 et suiv.

(3) Les Cordeliers furent d'abord établis, en 1228, dans le Clos Saint-Marc, qui était alors en dehors de la ville ; mais ces religieux n'étant pas dans un lieu commode, l'archevêque Eudc Rigaud, qui était de leur ordre, c( employa tout son crédit pour leur en trouver un autre, qui est celui où est maintenant construit leur monastère, qui étoit en ce temps une grande place vuide, appelée Donjon, où l'on voyoit encore les ruines du château de Raoul, premier duc de Normandie ». Farin, Hist. de la ville de Rouen, t. III, p. j>i8. Ce

les Cordeliers ne peuvent pas estre bastis que depuis 400. ans; mais peut estre veut on dire seulement le sol où depuis ils ont esté bastis, du temps du vieil Rouen, ante annos mille, estoit une isle. De cecy il faut veoir le livre des Antiquité^ de Rouen fait par Taillepied, Cordelier; et Jean Dadré, en sa Chronologie historiale des archevesques de Rouen, dit que Rouen, appelée par Sigebert en ses Chroniques parlant de l'archevesque Rémy en l'an 745 ou environ, par la Vie de Charlemagne tirée de S1 Eparch d'Angoulesme (1), par la Chronique de Flodoard, parlant des Normans, fœdus de Rodomo prorumpentes, et par un MS. qui est es archives de Rouen (je croy qu^il entend la librairie du Chapitre (2) qui est au costé boréal de Péglise cathédrale), Rodomus, quasi Romanorum domus, comme Cadomus, par Paul

changement eut lieu en 1246. Voir T. Du Plessis, Descript., etc., t. II, p. 62 ; — Notes sur l'emplacement du couvent des Cordeliers de Rouen, par Ch. de Beaurepaire, dans Nouveaux mélanges hist. et archéol., 1904, p. 431.

(1) Saint Cybar, Epachius, reclus et prêtre à Angoulême, mort en 58 1. Il y avait à Angoulême une importante abbaye sous le vocable de Saint-Cybar; c'est évidemment de sa bibliothèque que provenait le ms. de la Vie de Charlemagne.

(2) « Bibliothèque de l'église de Rouen, dont l'entrée et escalier de belle pierre blanche est au bout boréal de la croisée de lad. église cathédrale, et au dessus dud. perron est, contre la paroy de lad. bibliothèque, escrit ce distique en lettres d'or :

Si quem sancta tenet meditandi in lege voluntas, Hic poterit sacris residens intendere libris. « Elle est ouverte d'ordre depuis g. heures du matin jusqu'à 3. heures de soir, gouvernée par les deux frères Prévost, dont l'aisné est chanoine, l'autre a cent escus d'appointement du chapitre ». Voir l'abbé Langlois, Recherches sur les Bibliothèques des Archev. et du Chap. de Rouen. 1 853, in-80 ; — le même, Nouvelles recherches sur les Biblioth. des Archev. et du Chap. de Rouen. 1854, in-8°.

Emile, est expliqué Caii domus. Toutesfois, comme dit le maisme Dadré, Rothomagus est plus en usage que Rodomus, soit de Roth, idole que S. Mellon destruisit, comme il se chante en son hymne : Extirpato Roth idolo(i), ou de Roth tudesque qui signifie rouge, à cause que, selon Robert Cœnalis, le pont de Rouen estoit rouge et de brique.

Rivière de Rysle (2). Rivière de Sie.

Rysilis, in veteribus chartis dominii de Albenayo pertinentibus ad Baldos nobiles. Nous l'avons ailleurs descrite de sa source. De Lyre, elle s'en vient par le moulin dit de Chalet à cause du Chalet, petit hameau dont estoit le premier abbé de Lyre, de Caleto, puis par le moulin de Quinquempoix, par S1 Aubin sur Rysle, gentilhommière, par Champignoles et Moulin Chapel,

(1) Extirpato Roth idolo, Fides est in luminc ; Ferro cinctus, pane solo, Pascitur et flumine ;

Post hœc junctus est in polo, Cum sanctorum agmine.

Nous avons longtemps cherché cette strophe, et nous l'avons rencontrée dans Dawson Turner, Account of a tour in Normandy. 1820, t. I, p. 227. Mais il importe surtout de consulter l'ouvrage du chanoine Sauvage, Actes de saint Mellon, t. I, p. n3 à i23 ; il donne l'office du saint, d'après le Bréviaire de Rouen, imprimé en 1491 par Martin Morin ; la fameuse strophe appartient à l'hymne de Matines; la lecture vraie serait :

Extirpato Rothi dolo (p. 116).

(2) Ce paragraphe serait mieux à sa place à la page 122 et suiv., où il est parlé de la Risle.

autre gentilhommière à ceux du surnom de Pommereul, et rase Ferière, bourg (Ferraria, a ferri fodinis et etiam fabricis quac hic ulim, ut fama est, et nunc quoque instaurantur)\ et de là elle commence à diminuer, passant en certains lieux spongieux et caverneux qu'on apelle bétoires, quasi bibitoria, quod ebibant aquas ; passe au dessous du bourg de Chastel, situé sur le costau de la rive gauche, au bout oriental duquel est le prieuré de l'ordre de S. Estienne de Grammont, vis à vis duquel la rivière au pié de ce costau est comme un ruisseau qui se passe sur de petites planches, et va au moulin de Grammont, puis au moulin de Bougy, au dessous duquel, vers Grolay, elle tarit et se perd dans les bétoires tout à fait en esté, et au bout d'une lieuë et demie resourt et renaist au dessus du moulin pour ce appelé le moulin de la Fontaine, 1/2 lieuë au dessus de l'église de Vieilles et de Beaumont le Roger. Mais en hyver elle ne tarit point, ains roule par un vallon de la forest de Beaumont depuis led. moulin de Bougy jusques au moulin de la Fontaine, et de là par Beaumont le Roger comme dit est.

Rivière de Sie. — Sourt dans le pays de Caux ( 1 ) et s'en vient passer à Sauqueville, entre Tostes et Diepe, et puis à S1 Aubin sur Sie. Elle est estroite, mais rapide et bien remplie, grosse comme Risle à Bailly (2) et sous Aubenay ; puis enfin elle s'en va entrer en mer au port de Pourville, une demie lieuë à costé de Diepe (vers Fécamp et le Havre), au dessous d'Appeville (3).

(1) La Scie prend sa source dans une prairie de Saint-Victorl'Abbaye, canton de Tôtes.

(2) Bailly était un fief sis à Ambenay, canton de Rugles (Eure).

(3) Pourville et Appeville sont aujourd'hui réunis à Hautot-sur- Mer, canton de Dieppe.

[F°45 bis.~\ Rouen.

Eglise primatiale commencée par Parchevesque Robert, vers l'an tooo, et parachevée par Parchevesque Maurice en l'an to63. — Jean Dadré en sa Chronol. histor. — Plus avançans, Péglise primatiale estoit S1 Godard, d'où le corps S1 Romain fut apporté en la châsse à Nostre Dame, sous l'archevesque Guillaume, vers to8o, et le privilège de la fierté S1 Romain commencé sous S1 Ouen et roy Dagobert, continué et relevé en Testât où depuis il a esté.

Dans Péglise Nostre Dame de Roan, tout au bas de la nef, du costé austral, est dans une grande chapelle la paroice de S1 Estienne, dite S1 Estienne de la grande église, en devers de S1 Estienne du bout du pont (i); comme S1 Martin sur Renelle (2), (petit ruisseau qui sert

(1) C'est Saint-Etienne-des-Tonneliers. Voir Farin, Hist. de la ville de Rouen. 1710, t. Il, p. 299 et suiv.

(2) « Reginivilla rivus, seu Rivinella, a sa source sous le quartier du chasteau dans deux cryptes très belles et bien voultées en forme de cisternes où il jette grande abondance d'eau, d'où force canaux la portent aux fontaines jaillissantes de la ville et en un bassin sous le plan de la rué où l'on descend avec degrez prez la porte de Bouvreul d'où puis aprez le ruisseau de Renelle coule par les rués des Convoyeurs, d'où tournant à gauche vers le Marché neuf ou de St Jean par un cours caché, descend vers l'Hostel Dieu et à la grande rivière ». — C'était la fontaine Notre-Dame, « dont la source est sous la terrasse qui environnoit autrefois le Vieil Château ». Voir Farin, Hist. de la ville de Rouen, édit. de 1710, t. I, p. 53. D'après Toussaints Du Plessis, « le ruisseau qui part de cette source (Gaalor) étoit appelé anciennement le Roignon, ou plutôt le Reneau, et plus communément la Renelle ; il a donné son nom à la rue de la Renelle par où il passe, et à l'église de St Martin sur Renelle. Ilcouloit sur terre au travers d'une petite prairie, mais depuis la distribution de ses eaux, ce n'est plus aujourd'hui que le trop plein des fontaines; il coule sous le pavé et on l'a abandonné aux tanneurs ». (Descript., t. II, p. 11).

aux convoyeurs et descend Je devers le chasteau et porte liouvreul) en devers de S1 Martin du bout du pont(i). Nostrc Dame a de long temps (sinon de tout) esté la métropolitaine, quoy que aucuns estiment que ça esté S' Godard, où S' Romain est enterré.

L'église des Jésuites, au dessous de leur collège, dont le bout ou grand portail n'est pas encor achevé au jour de Tan 1 638 (2), est belle; les voûtes un peu basses, mais à très beaux cordons, et une très grande croisée passant au dessus du sanctuaire qui est tout le chœur, ayant un mre autel d'ordre de Corinthe à colonnes torses, toutes dorées, et 3. images des S. S. de France, Louis au frontispice, sur la niche de Fimposte droite, Charlemagne, et en celle de la gauche, Clotilde. Tout l'ouvrage de l'église est de belle pierre blanche équarrie, avec piliers quarrés et pilastres d'ordre de Corinthe fort bien fait, et la frise est de moresques (3) et arabesques portant des rondeaux ou cartouches remplies de L et de IHS. En la feste du Nom de Jésus, ou Circoncision, premier jour de l'an 1 638, un Père chanta la messe qui fut repponduë par un chœur de musique placé aux orgues sur la tribune ou voûte, au dessus de la chapelle australe du sanctuaire. Des séminaristes étudians au collège servoient l'officiant et disoient l'épistre et l'évangile.

(1) Sur Saint-Martin-du-Pont, voir Farin, Hist. de la ville de Rouen. 1710, t. II, p. 292 et suiv.; — Ch. de Beaurepairc, Derniers mélanges hist. et archéol., 1909, p. 46 et g5.

(2) C'est aujourd'hui la chapelle du Lycée. Voir Ch. de Beaurepaire, Note sur la chapelle du Lycée Corneille dans Dernier Recueil de notes hist. et archéol.. 1892, p. 1; — G. Dubosc, Rouen monumental au XVIIf et au XVIII* siècle. Rouen, 1897, p. 91 à 96.

(3) « Peinture faite à la manière des Mores ; ce sont des grotesques et des figures qui n'ont rien de régulier ». Dict. de la langue françoise ancienne et moderne, par Pierre Richelet, t. II, p. 667.

S1 Amand est paroice et aussy monastère de filles qui a son église contiguë (i); les religieuses gardent closture et ont des parloirs grillés à leur chœur. Uabbesse est fille du feu mareschal de Souvray (2), grand veneur du roy Louis i3., dont les armes, bandées de 10 pièces d'or et d'azur, sont es portaus en pierre, en blason sur les vitres du chœur des hommes qui est rebasti de neuf. Tout devant le grand [autel] est une tombe de pierre de Vernon, à raiz de terre, tout alentour de laquelle est escrit : Cy gist messire de Souvré, chevalier des ordres du Roy, sieur et baron du Renouai d, Messey et autres sieuries, lequel décéda en ceste maison le 22e juillet i635. — Ses armes sont équartelées au Ier et 4e bandé de 5 pièces

sur champ (le blason des vitres le met sans champ,

bandées d'or et d'a{ur de 10. pièces, et ainsy sont elles aussy es vitres des Jésuites), et au 2e et 3e semé d^hermines.

Eglise Nostre Dame. Dans la grande église, en la chapelle S* Romain, au costé droit de la nef de Téglise, Tépitaphe de Rollon, 1 cr duc de Normandie, mort en 9 1 7, estoit ainsy :

(1) « L'abbaye de Saint-Amand possédait au xvr siècle une église pour ses religieuses qui faisait suite à une église spécialement affectée à l'office paroissial ». Ch. de Beaurepaire, Nouveau Recueil de notes hist. et archéol., 1888, p. 168. N'était-ce pas là ce que l'on appelait le chœur des hommes ? Voir aussi T. Du Plessis, Descript., etc., t. Il, p. 45 ; — Farin, Hist. de la ville de Rouen, édit. de 1710, t. III, p. i52 et suiv.

(2) Anne de Souvré, abbesse de Saint-Amand au mois de mars i63o, morte en i65i. Voir De la Quérière, Descript. historique des maisons de Rouen, 1. 1, p. 202, et t. Il, p. 2^9.

Rollo férus, fort is, quem gens Normannica mortis Invocat articulo, clauditur hoc tumulo.

Ipsi provideat tua sic clementia, Christe, Te ut semper videat cœtibus angelicis (i).

Rapporté par Jean Dadré en la Chronologie des archevesques de Rouen. L'épitaphe n'y est plus, mais l'effigie priante dessus y est avec ces mots : Rollo dux Normaniœ.

En la chapelle Ste Anne, opposite à celle de S' Romain, est la statue de Guillaume Longue espée (2), semblable à celle de Rollon son père, aussi coronnée et vestuë à la ducale, debout, tenant contre la paroy, et les pies assis sur léopards qui lui servent démodions et appuysj 3). Prèscestecy il y a : Guillermus dux Norm. g42., et son épitaphe est à costé. Dadré dit que les corps de ces deux ducs furent portés en l'abbaye de Fescamp (4) du temps de l'arche-

(1) L'Histoire et cronique de Normandie. Rouen, Martin le Mesgissier, i58i, p. 20, donne l'inscription en ces termes :

Dux Normanorum cunctorum norrna bonorum, Rollo férus, fortis, quem gens Normanica mortis

Invocat articulo, hic jacet in tumulo.

Ipsi provideat tua sic clementia [Chris] te, Ut semper videat cetibus angelicis (te). Voir A. Deville, Tombeaux de la Cathédrale de Rouen, 1837, p. 12.

(2) Sur le tombeau de Guillaume Longue-Epée, voir A. Deville, Tombeaux de la Cathédrale de Rouen, p. 19 et suiv.

(3) L'abbé Bertin (Voyage archéologique, etc., p. 23) dit qu'on voit sous ses pieds un chien ou un loup. Mais le même auteur, parlant de la statue de Rollon, dit (p. 24) que « sous les pieds de cette figure il y a deux animaux qui se tournent le dos, et qui paroissent être deux léopards ; le tout sans inscription. On dit que c'est Rollon, 1er duc de Normandie ».

(4) L'archevêque Maurille avait fait transporter, en io63, dans la chapelle Sainte-Anne, les ossements de Guillaume, d'abord enterrés dans l'ancien sanctuaire. Voir A. Deville, Tombeaux de la Cathédrale de Rouen, p. 24.

vesque Maurice qui fit achever l'église cathédrale en Tan io63.

En ceste mesme église, prez les fonts, gist Jean, archevesque, tué (i) par les moynes de S1 Ouen, en règne de Guillaume le bastard, avec un long épitaphe et éloge que led. Dadré ha. Guillaume, qui lui succéda en Tan 1079, fut enterré dans le chapitre qu'il avoit fait bastir (2), avec épitaphe qui est gravé et est raporté par led. Dadré.

A Rouen, il y eut jadis un pont de pierre de taille (3) dont il reste encor environ la moitié et bout de devers la ville venant au quay. Le bout vers le fauxbourg S1 Sever fut emporté en un hyver, il y a plus de 3o. ans. On a tenté depuis à diverses reprises de le refaire, mais en vain, à cause du mauvais fonds et terrain, de la grande profondeur de Peau, et de la force de la marée qui va et vient de 6; heures en 6. heures.

Environ 60. pies au dessus on a basti un pont de 19. grands bateaus (4) traversés de poutres couverts d'ais, ayant 3oo. pas communs de longueur er presque 20. de largeur. Vers les deux bouts, il est sans gardefous ni rebord; par long espace, en son mi lieu, il a un rebord élevé de deux ou trois marches avec la veille ou gardefou de chasque costé ayant environ 4. pas communs de largeur, par où vont les gens de pié. Entre ces deux rebords

(1) Jean d'Avranches, archevêque de Rouen, ne fut pas tué, mais étrangement molesté par les moines de Saint-Ouen et leurs partisans. Sur cette singulière affaire, voir le long récit donné par le Gallia christ., XI, col. 32 à 35.

(2) L'archevêque Guillaume Bonne-Ame mourut en 11 10.

(3) Sur le vieux pont de Rouen, voir Farin, Hist. de la ville de Rouen, t. I, p. 379 et suiv. ; — T. Du Plessis, Descript., etc., t. II, p. 16 et suiv.

(4) Sur le pont de bateaux, voir T. Du Plessis, Descript., ttc, t. II. p. 17.

est le milieu de la largeur du pont, ayant d'un rebord à l'autre 10. à 12. pas communs de largeur, et est terré et pave. C'est par là que passent les chevaus etcharois. Au boni vers le fauxbourg. qui, comme dit est, est sans rebords, il y a des grues et des engins à bec ou crochet de fer où des cordages attachés lèvent 3. ponts levis ou un pont levis séparé en trois pans situés entre deux bateaus ; par cest espace ouvert passent les petits bateaus qui montent ou descendent la rivière. On en lève aussy pareillement un autre de trois pans aussy entre deux autres bateaus prochains; en sorte que les crochets qui lèvent le bateau qui les porte avec les pivots et soustiens du premier pont trouvant le second, contre lequel il appuyoit, levé et ouvert contre l'autre bateau, se recule de tout ce second espace levé et ouvert contre l'autre bateau prochain de devers le second, pour et ainsy laisser libres et ouvers les deux espaces auparavant couverts desd. deux ponts, et dont il tenoït et occupoit le milieu, lequel il a

quitté, à ce il est aydé par deux poutres qui

l'attirent par les deux bouts du bateau prochain, et ainsy reste une grande ouverture de 27. pies de largeur pour le passage des grands bateaus qui montent et descendent, et aussy pour les glaces qui ont déjà plusieurs fois endommagé le pont, la Seine estant subjette à geler (1) et à prendre jusques à souffrir et porter les charois, nonobstant le flux et reflux qui ne laisse point d'aller. Les navires, dont il y en a jusques à 200. tonneaus de port, barques, tiibots et heus(2), ne montent point jusques aud. pont, et

(1) « Comme j'ay veû le second jour de l'an 1 638, que led. pont commença à estre ouvert et démonté tous les jours suivants ».

(2) « Flibot, vaisseau moyen qui est armé en course et qui pour l'ordinaire a le derrière rond ». (Richelet, Dict. de la langue française. iybi, t. Il, p. »4i). — « Heu, petit vaisseau marchand qui

demeurent au dessous de celuy de pierre qui est rompu, au havre vis à vis de la Bourse et de la Romaine qui est la Douane. Au milieu du nouveau pont, il y a un des 19. bateaus qui est couvert en poupe et à chambre où couchent des hommes qui jour et nuit, pour 1 2. sols de gages, veillent à la conservation et réparation du pont, tant contre les incendies des meschants que l'effort des eaux et les survenues des glaces, et sont payés par la ville, qui a fait, de l'argent levé sur la province, faire led. pont par les nommés Loisel, architectes de Rouen mesme (1). [F° 46.] Roan (2), Rothomagus, ville 3o. lieues au dessoubz de Paris, sur la rivière de Seine qui passe contre les murailles, faisant un quay du costé de Poccident de lad. ville, auquel abondent, avec la marée, force vaisseaus anglois, hollandois, espagnols, et des Indes et Terres neuves, pleins de toutes sortes de marchandises (3). — Voyez de Rouen nos remarques sur les Antiquité^ de Du Chesne .

est fort plat de varengue et dont la couverture s'élève de proue en poupe d'un demi-pied, ou environ, plus que le plat-bord. Le heu est propre à transporter des marchandises sur de grandes rivières ».

(1) Nous savons, par des documents publiés par M. Ch. de Beaurepaire, que Pierre Loysel, sieur des Perrières, lors de l'entreprise d'un nouveau pont de pierre, qui fut abandonnée, avait comme associés des architectes célèbres, Jean Androuet du Cerceau, architecte du Roi, et Charles de Ry, architecte des bâtiments de la duchesse douairière de Longueville. Ch. de Beaurepaire, Note sur la construction du pont de Rouen au XVIte siècle, dans Dernier Recueil de notes hist. et archéol., 1892, p. 148 à 1 53.

(2) « Roan. Grande ville par le dénombrement fait au logement des gens de guerre commandés par Gassion dedans Rouen, le 3 Ie jour de décembre 1639 ».

(3) Pour une période antérieure, on peut consulter : Notes sur la Navigation à Rouen au moyen âge, par Ch. de Beaurepaire, dans Dernier Recueil de notes hist. et archéol., 1892, p. 246 à 272.

J'adjouste qu'à Rouen se voyent force crucifix cloués à 4. clouds, comme aux Filles de S1* Glaire ( 1 ), es Capucins (2) hors ville, à Sotteville, prez le prieuré de Sle Catherine de Tordre de Grammont (3). Il est vray que la plus belle pièce, touchant cela, est le petit crucifix fait à l'aiguille qui est en Festoie de S1 Licin (4), dans l'église S' Julian, laquelle ils tiennent estre vieille de mille ans, car S1 Licin mourut l'an 63 1. Il est couvert ou vestu comme de grègues, et est sans coronne, ayant les cheveux de soye jaune. — Voyez nos Notes sur V Itinéraire de

Es Jacobins de Rouen, il y a de ces crucifix à 4. clouds,

(1) Les Religieuses de Sainte-Claire furent établies à Rouen, en 1481, par Jean d'Estouteville, seigneur de Torcy, chambellan du roi.

(2) Les Capucins s'établirent d'abord, en i58o, au faubourg de Martainville, au pied de la montagne Sainte-Catherine, en un lieu appelé Jéricho, vers la fontaine Jacob. Mais en 1 5g 1 , Henri IV étant venu assiéger Rouen, le duc de Villars, lieutenant-général du gouvernement de Normandie, fit raser les murs des Capucins qui rentrèrent dans la ville, et en 1599 commencèrent leur établissement à Sotteville. Farin, Hist. de la ville de Rouen. 1710, t. III, p. 403 et suiv.

(3) Les Religieux de l'ordre de Grandmont furent fondés en 11 56 par Henri II, roi d'Angleterre, et établis dans la forêt de Rouvray ; peu de temps après, ce prince leur donna son parc, qui, en s'étendant au dessus de Rouen sur la rive gauche, comprenait même tout le lit de cette rivière, depuis le pont de pierre jusque vers Eauplet. T. Du Plessis, Descript., etc., t. Il, p. 59.

(4) Saint Licin, Lézin, Licinus, évêque d'Angers au vie siècle, fêté le 14 février. Sa légende est représentée dans une verrière du xvi' siècle à Blosseville-ès-Plains (Seine-Infre). Cf. Ulysse Chevalier, Bio-bibliographie. igo5, col. 2827. Le prieuré de Saint-Julien, à Quevilly, était destiné aux lépreuses; fondé en 11 83 par Henri II, roi d'Angleterre. Farin, Hist. de la ville de Rouen. 171 o, t. III, p. 141.

et plus en relief et en peinture, aussy anciens que le monastère. Il fut fondé par S1 Louis, comme porte l'inscription au bas d'une image de S1 Louis : S1 Louis fondateur de céans, 1 246. Là est une sépulture de pierre portant une statue gisante en pierre, vestuë à la dominicaine, avec le chapeau de cardinal, et est escript au bout : Icy est le tombeau de frère Nicolas de Fréauville, religieux profès de céans, confesseur du Roy Philippe le Bel, archevesque, cardinal créé soub\ le tiltre de S1 Eusèbe par le pape Clément 5. — Là sont quelques sépultures et blasons de la maison de Mouy ( 1 ) .

S1 Ouyn, abbaye de Bénédictins, soubs la commende du comte de Soissons qui en retire 3o. mille livres de rente (2). Il y a le logis abbatial, ou logis du Roy, basti par l'abbé Boyer qui vivait l'an i5o8 (3). L'église est de ce temps (4), comme il paroist par les armes dud. abbé qui sont par dedans en la nef, et au pignon par dehors. Elle est néantmoins de deux pièces, car le chœur, de 5o. pas environ de long, est plus ancien que la susd. nef, de 120. pas de long. La croisée est estroite de 10. pas, et

(1) Sur les nombreuses sépultures de l'église des Jacobins, voir Farin, Hist. de la ville de Rouen. 1710, t. III, p. 3o8 à 3i6.

(2) Louis de Bourbon, comte de Soissons, auquel les revenus de Saint-Ouen furent donnés par Henri IV et conservés par Louis XIII. Le Gallia christiana ne le compte pas, à juste titre, au nombre des abbés.

(3) Antoine Bohier fit construire le palais abbatial en i5o3 et années suivantes. (Gall. christ., XI, col. 154). Voir Ch. de Beaurepaire, Notice sur le logis abbatial de Saint-Ouen, dans Nouveaux mélanges hist. et archéol., 1904, p. 100.

(4) Sur les dates de la construction de l'église de Saint-Ouen, voir Quicherat, Documents inédits sur la construction de Saint-Ouen de Rouen, dans Mélanges d' 'archéol. et d'hist. — Moyen âge. 1886, p. 2 1 5 ; — Ch. de Beaurepaire, Dates de la construction de Saint- Ouen de Rouen, dans Notes hist. et archéol., iSS3, p. 24 et 244.

longue de 5o. à 60. Ainsy tient on que ceste église est plus longue de 10. pas que Nostre Dame et plus large d'un pié, et qu'elle fut commencée par l'abbé Nicole, fils naturel de Richard 3 (1); cestui là mourut l'an 1 122 ou 1022 (2), et sont tous deux enterrés là dedans.

Henry 3., Hls de Henry 2. roy d'Angleterre, gist à Nostre Dame de Rouen, au costé ou partie gauche du grand autel (3), ce dit amplement le Supplément de Chronique de Sigebert, ad ann. 1 1 82 .

[F° 47.] Rivière d'Eure.

Rivière d'Eure passe à Aquigny (4), Aquiniacum, ab aquis scilicet, où elle reçoit la rivière d'Iton, qui passe au bout des Planches (5), ou bien c'est Eure mesme qui y passe. — Vide alibi in Urbibus et flum. Galliae. — De là elle s'en va passer tout contre Louviers, à l'orient, et de sa rive gauche maisme laisse aller un petit bras dans la ville où il y un pont de pierre, et à la sortie d'icelle, il se rejoint à son corps qui fait plusieurs islotes, fait moudre plusieurs moulins, et, séparé qu'il est, au dessous desd. moulins et au commencement du fauxbourg et

(1) Nicolas, quatrième abbé de Saint-Ouen, mourut probablement en 1092. Sur cette date, voir une longue dissertation dans le Gallia christ., XI, col. 141 et 142.

(2) Richard III mourut en 1026. (Annales Uticenses, dans Ord. Vital., édit. Le Prévost, t. V, p. i56).

(3) Sur la sépulture d'Henri le Jeune, frère de Richard Cœur-de- Lion, mort le 10 juin n83, voir A. Deville, Tombeaux de lacath. de Rouen, p. 166.

(4) Acquigny, canton de Louviers. Voir l'abbé P.-F. Lebeurier, Notice hist. sur la commune d1 Acquigny avant 1790. Evreux, 1862, in-8«.

(5) Les Planches, canton de Louviers.

paroice S1 Germain de Louviers, en deux canaux, est

guayable et plat en l'un et en l'autre ; puis se remet en

un et coule le long dud. fauxbourg, et s'en va passer au

bout austroriental du Vaudreuil (i), grande et longue

bourgade où elle a un beau pont de pierre (ou deux). —

Vide nos alibi in Itinere Rothomago Lutetiam par

Gaillon, Mante et Vernon. Et puis passant au dessous de

Léry (2), grand village où il y a un fort vieil bastiment

descouvert qu'on appelle la Maison du Roy '3), et des

jardins et costaus exposés à l'orient, plantés de pétun ou

tabac (4), par rangs droits comme arbres, et dont les

souches et troncs restant aprez la moisson, ressemblent

les cosses ou cardes des plus aults et gros artichauts, ou

les troncs des plus grands chouls qui se voyent. Enfin

elle s^n va, vis à vis du milieu du village de S* Pierre

des Dens (5), situé à l'autre rive qui est la droite de

(1) Le Vaudreuil comprend Notre-Dame et Saint-Cyr-du-Vaudreml, deux communes distinctes, canton de Pont-de-rArche(Eure). (2) Léry, canton de Pont-de-1'Arche (Eure).

(3) Ou plutôt Maison de la reine Blanche. La reine Jeanne, femme de Charlcs-le-Bel, avait à Léry un château qu'elle habita avec sa fille Blanche de France. Ce château a été détruit dans un incendie en 18 14, et en 1840 on abattit les murailles et les portes sculptées qui restaient. Des vues de ces ruines figurent dans les Monuments inédits, de Willemin, et dans les Voyages de l'ancienne France, de Taylor et Nodier. Voir A. Le Prévost, Mém. et notes, etc., t. II, p. 304; — De la Quérière, Description des maisons de Rouen, t. I, p. 35.

(4) Savary, dans son Dictionnaire du commerce, 1723, dit que le tabac était cultivé en Normandie aux environs de Léry, du Vaudreuil et de Pont-de-1' Arche.

(5) La paroisse des Damps, placée sous le vocable de Saint-Pierre, était à la présentation de l'abbé de Jumièges. L'ordonnance de Louis XIV, du 22 juillet 1681, réglementant le commerce du tabac,

Seine (i), entrer en la gauche de lad. Seine qui est blanchastre et verte et limpide, faisant une pointe de terre à la jonction entre les deux rivières, dite la pointe des Dens, vis à vis la maison de Rouville (2), qui est en l'autre costé de la Seine, et un 1/2 quart de lieue au dessus du Pont de PArche.

Rivière tflton.

Rivière d'Iton vient par Breteuil, Condé, Danville ou Dam ville (3), Dotnini villa, fourche à une canonnade au dessus d'Evreux, et de son lit naturel va à main gauche par la prairie et abbaye S1 Sauveur, de filles (4), et par un canal fait à la main s'en va à main droite et

excepte Je ses défenses Léry, les Damps et le Vaudreuil, auxquels le roi permet la culture de cette plante en la manière accoutumée (art. i5). A. Le Prévost, Mém. et notes, etc., t. II, p. 3.

(i)Du Buisson commet ici une erreur : le village des Damps est sur la rive gauche de la Seine.

(2) Rouville, hameau d'Alisay, et îJe ; plein fief de haubert relevant de la vicomte de Pont-de-1'Arche. Voir l'abbé Lebeurier, Histoire de la commune d'Alisay avant i7go (Rouville), p. 356, dans Notices réunies publiées en 1900.

(3) Condé-sur-Iton, canton de Breteuil ; Damville, chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Evreux.

(4) L'abbaye de Saint-Sauveur d'Evreux fut fondée vers 1060, par Richard, comte d'Evreux ; le monastère ayant été ruiné en 1 125 dans la guerre entre Henri 1er, duc de Normandie, et Amaury, comte d'Evreux, l'abbaye fut transférée, vers la fin du xne siècle, au pied de la côte Saint-Michel, par les soins de Garin, évoque d'Evreux, et de Simon de Montfort, comte d'Evreux. A. Le Prévost, Mém. et notes, etc., t. II, p. 69. — Une tourelle de la Renaissance, seul reste encore appréciable de ce monastère, a été récemment démolie. Voir Robert Anchel, Quelques notes sur l'abbaye de Saint-Sauveur d'Evreux, dans le Bulletin de la Société des Amis des Arts du dép. de l'Eure, XXV, 1910.

tout droit au fauxbourg S1 Taurin, à l'entrée duquel ce canal laisse échapper de sa rive gauche un autre petit canal qui fait moudre le moulin, et coule par tout à travers la court de l'abbaye de S1 Taurin, d'hommes, de Tordre de S1 Benoist (i). Là est la châsse de S1 Taurin, icr évesque d'Evreux, et la corne qu'il arracha au diable, ou taureau endiablé (2) . Ce petit canal se va de là rendre dans le lit naturel de Tlton, vers l'abbaye S1 Sauveur : mais l'autre canal manufaict va le long du fauxbourg S1 Taurin, et, dans le fauxbourg S1 Léger, ce me semble, qui est à l'orient et comme on va à Louviers, se rejoint au lit naturel.

Ainsy la ville d'Evreux est comme une isle embrassée

(1) L'abbaye de Saint-Taurin, fondée peut-être vers la fin du vne siècle, fut reconstruite ou plutôt fondée à nouveau par Richard II, duc. de Normandie, à la fin du xe siècle. — Sur cette question, voir Louis Debidour, Essai sur Vhistoire de l'abbaye bénédictine de Saint-Taurin d'Evreux jusqu'au XI Vt siècle, dans Recueil des travaux de la Société libre de l'Eure, année 1907.

(2) « C'est une ancienne tradition que le démon ayant été ainsi vaincu par le saint, une des cornes du buffle qui l'attaqua lui demeura entre les mains pour servir de marque de sa glorieuse victoire, et cette corne, qui est d'une grandeur singulière, est encore présentement (1694) conservée et montrée dans la célèbre abbaye de Saint-Taurin d'Evreux. Je ne fais point difficulté de parler de cette tradition après Messire Claude de Sainctes qui a été évêque de cette ville...; ayant réformé le bréviaire d'Evreux, il y a mis la tradition dont nous parlons, et qui se trouve dans le livre des Antiquités de cette ville. » Boudon, grand archidiacre d'Evreux, Vie de S. Taurin, chap. III, édit. Migne, t. III, p. 749. — Le préfet Masson de Saint-Amand (Essais historiques et anecdotiques sur l'ancien comté, les comtes et la ville d'Evreux, 18 13, p. 143, note) raconte la légende de cette fameuse corne conservée à l'abbaye, mais il y ajoute un détail assez imprévu : lorsqu'on l'approchait de son oreille, il s'en échappait la plaintive réclamation : « Taurin, rends-moi ma corne ! »

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par ces deux bras d'Iton. Unde pater (?) quam maie scripscrit nomcn urbis Evrcux datnm a fluvio Eure ; longe enim abest ab hac urbe fluvius ille Audura. Car lton, de ce fauxbourg oriental dT.vreux, s'en va passer lîravigny (i), village à 1/2 lieuë, coule sous un beau pont de pierre par sus lequel on la passe allant à Louviers ; puis, ayant circuy, revient passer au bout des Planches [a plancis, seu ligneis pontibus forte olim sitis), sous un autre plus grand pont de pierre, et à une canonnade de là entre et influe en Eure, au dessous d'Aquigny, village et prieuré, ab aquis duabus Aquiniacum dictum, où elle perd son nom, 3. grandes lieues au delà d^vreux, vers Roen. De Itone similiter hallucinatus Freyus, in Admirandis Galliae (2), scripsit fluviolum illum terra absorberi, rursumque reddi; nam de Rysili seu Rysla hoc scribi débet.

Prieuré des Dames de Chaire Dieu près Bourg sur lton (3).

(Coppye.) (4) Robertus(5), cornes Leccestriae et dominus Britolii, R. Dei gratia Ebroicensi episcopo (6), et

(1) Gravigny, canton nord d'Evreux.

(2) Jani Caecilii Frey, Admiranda Galliarum. Parisiis, 1628, in-80.

(3) Bourth, canton de Verneuil-sur-Avre (Eure). Le prieuré de Chaise-Dieu, de l'ordre de Fontevrault, avait été fondé au xne siècle. — Voir aux Archives de l'Eure le fonds du prieuré de Chaise-Dieu. H, r4ig-i43g.

(4) La copie de ces deux chartes est d'une écriture différente de celle du manuscrit courant.

(5) Robert II, comte de Leicester et seigneur de Breteuil, mourut en 1 167.

(6) Rotrou de Warwick, évêque d'Evreux de u3y à n65, puis archevêque de Rouen.

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omni clero et cunctis baronibus suis de honore Britolii, salutem. Notum sit vobis omnibus quod dominus Hugo de Deserto se suaque concessit feminis Deo servientibus in Casa Dei, et de meo feodo ea quae concedere voluissem. Quapropter, sancto consilio R. Ebroicensis episcopi, concedo feminis Deo et béate Marie de Deserto (i), donoque Hugoni ; et hoc factum est consensu Gaufridi de Deserto et fratrum cum eo commorantium ; et preterea hoc quod habebat predictus Hugo apud Belfou et Carunvillier (2), et cuncta alia que de me habebat circa forestam Britolii, prêter clausum de Deserto, etx. acras terre iuxta boscum Ernauldi et molendinum de Ambenay (3), et duos burgensesapud Britolium, feminis Deo servientibus in Casa Dei concedo, eteciam libram de haia quam Ernaldus de Bosco illis concessit; sedc. iiij. solidosprecipio ut habeant femine Deo servientes ad remedium agrotarum et ad victum conventus. Testibus istis : Rotrodo Ebroicensi episcopo; Hilderioabbatede Lira; Willelmo decano(4); Rogerio archidiacono; Ricardo archidiacono ; Ernaldo de Bosco ; Guillelmo de Morvilla ; Herveo de Harrechort ; Rie. Furnel ; Gilleberto de ; Gauquelino

(1) Le prieuré de Notre-Dame-du-Désert (commune de Bémécourt, canton de Breteuil (Eure) fut fondé en 11 25 par Robert 1er, comte de Leicester et seigneur de Breteuil. Voir A. Le Prévost, Mém. et notes, etc., t. I, p. 25 1 .

(2) Beaufour, hameau de Bourth ; Chéronvilliers, canton de Rugles (Eure).

(i) Bois-Arnault et Ambenay, canton de Rugles.

(4) Guillaume de Glos, doyen du chapitre d'Evreux, qui reparaît dans la charte suivante, fut doyen de ii5o à 11 57. Voir M. l'abbé Guéry, Chapitre épiscopal d'après le Grand pouillé du diocèse d'Evreux, 1906, p. 20 et 125. — Hildier, abbé de Lyre, souscrit une charte en 1142; il est remplacé en 11 48 par Guillaume IIe. (G allia christ,, XI, col. 646.) Quelles dates sont les bonnes ?

; Gilberto hlio Fulcodi ; Haldoz de ;

Gillebcrto de — Sur icellc charte est escript :

Res pondit et in via virtutis sue paucitatem dierum nuncia michi ( i ) .

Autre coppye. — Rfotrodus] Dei gratia Ebroicensis episcopus, universis fidelibus et fîliis sancte Dei ecclesie, salutem in Domino. In memoria gestorum provide littera committitur, et servata eciam postera ad excludendas lites famulantur; proinde fraternitati vestre per presencia scripta significare opportunum duximus quidem in presencia nostra concessum et diffinitum consillio et assensu nostro, et Roberti comitis Leicestre, qui hoc idem testimonio scripti sui etsigilli confirmât, et assensu Gaufridi de Deserto solebat habere antequam et fratrum suorum, quod monache de Casa Dei in perpetuum habebant singulis annis c. et iiijor solidos in prepositura Britolii, quos beata Mariae de Deserto habebat hic, antequam frater Hugo pie recordationis se et sua predictis mulieribus concessisset, prêter hoc quod habebat predictus Hugo apud Belfou et apud Charunvill, etcuncta eciam quae de comité habebat circa forestam Britolii, prêter clausumde Deserto, et decem acras terre juxta Boscum Ernaudi et molendinum de Ambenaio (2), et duos burgenses apud Britolium. Statutum vero fuit quod quod isti c. et iiij. sol. essent ad victum conventus et maxime ad remedium egrotarum. Ut autem hoc firmum fieret, testimonio et auctoritate nostri sigilli et scripti in eternum mansurum firmamus. Huic rei interfuerunt : Hilderius tune abbas Lyre; Guillelmus de Gloto tune decanus Ebroicensis;

(1) Psalm. CI, 24.

(2) « C'est le moulin de l'Ermite à Ambenay, apartenant au prieur du Désert. »

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Rogerius et Ricardus archidiaconi ; Ernaudusde Bosco; Guillelmus de Marville ; Herveus de Harrecort.

Collation faicte desdictz articles tirez sur un marteloge en parchemyn rellié, couvert de cuir blanc, fermans à crochetz de cuyvre, représenté par Me Robert de la Mare, procureur recepveur des Dames relligieuses de Ghaize Dieu, auquel led. livre a esté rendu par nous, tabellions roiaux à Rugles soubzsignez, instance et requeste de noble homme Me Cyprian Baudot, sieur d'Ambenay (i), et requerans pour luy valloir et servir ce qu^l apartiendra. Faict ce neufe jour d'apvril mil six cents treze, par devant Me Jehan Jullien et Robert Lamoureux, de Vaux .

Delamare. J. Jullien. C. Ligat. i6i3.

[F° 5o.] De Rouen à Evreux

De Rouen allant à Evreux, vous allez ordinairement par le Pont de l'Arche et Louviers ; et se comptent de Rouen au Pont de P Arche 3. bonnes lieues, et de là à Louviers 3. petites, puis 4. bonnes à Evreux, qui sont 10. en tout. Et si on en compte unze, qui sont 22. milles d^talie, autant que l'Itinéraire d'Antonin, itinere Rothomago Lutetiam, on met de Rothomago à Yggade, ix, et de là à Mediolanum Aulercorum, qui est Evreux, xiv. Sanson, in Veteris Galliae tabula, prend Yggade pour le Pont de l'Arche.

De Rouen au Pont de l'Arche vous allez par 2. ou 3. chemins (2) commençans du fauxbourg de Martinville

(1) Cyprien Baudot, écuyer, conseiller du roi, lieutenant de la vicomte de Concheset de Breteuil, était le père de l'auteur de Y Itinéraire de Normandie.

(2) Les chemins de Rouen à Pont-de-1'Arche sont indique's également dans la carte de Cassini.

par le basducostau de Nostre Dame de Bonsecours (i), tout le long de la rivière au port S1 Ouyn, et de là montant une costc sur laquelle il y a quelques apparences ressemblans à vestiges de chaucée romaine, vous redescendez dans la plaine et arrivez au fort et bout du pont du Pont de l'Arche.

Quand vous estes sur ceste coste ou aulte bruyère, vous pouvez prendre à main gauche, et allez descendre au bout du bourg d'Alizay (2) d'où par la plaine vous trouverez un chemin fait à la main, relevé de douves et de fossés plantés d'épines des deux costés, qui nous maine droit au fortsusd. en bout du pont du Pont de l'Arche.

Encore un autre chemin au bout du fauxbourg de Martinville. Au lieu de prendre droit le long du costau par au dessous de Bonnes nouvelles (3), vous prenez à main gauche par au dessus, et montez sur la pelouse du fort Ste Catherine jusques au chemin de Paris. De là vous treuvez trois ou quatre chemins divers à travers champs qui vous mainent au Pont de l'Arche. Mais le plus grand et le plus hanté est celuy de main gauche par la Chaucée Romaine qui [passe] par le Maisnil tout à travers et par le moulin de Franqueville, va aussy, tout à travers de la Neuville champ d'Oyseau (4), descendre à travers les bois dans Ratepont. De ceste voye qu'ils ap-

(1) Le ms. portait : « Notre-Dame de Bonnes nouvelles », qui a été biffé et remplacé par « N.-D. de Bonsecours ».

(2) Alisay, canton de Pont-de-1'Arche (Eure).

(3) Ici l'erreur n'a pas été corrigée; on y suppléera. On lit en note dans le ms : « Ibi videndum an in Monte sanctae Catharinae pro templo de Nostre Dame de Bonsecours scriptum sit erronée Nostre Dame de Bonnes nouvelles, quae sane alibi exstat ultra Sequanam versus Sottevillc et suburbium Su Severi nomine dictum. »

(4) La Ncuville-Champ-d'Oisel, canton de Boos; Notre-Dame de Franqueville et Saint-Pierre de Franqueville. id. (Seine-Inf.).

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pellent la Chaucée d'Enguerran de Marigny, et le Vieu chemin de Paris, comme il est en effet, vous treuvez quelques vestiges apparents jusquesau moulin à vent de Franqueville ou de Bréval ; et en cest endroit vous quittez la romaine voye qui s'en va en ligne droite, et vous prenez un ply sur vostre main droite dans un creux ou vallon, et remontant par chemin à travers champs et rangées d'arbres, allez descendre par un ou deux, veoir trois divers chemins, dans le milieu du bourg d'Alizay, d'où, par ce chemin relevé et bordé de hayes cy dessus dit, ou par un autre tout semblable dont vous allez gaigner le bout à la porte de Rouville, belle maison, vous arrivez comme dessus au fort et bout du pont du Pont de l'Arche. Mais ces chemins relevez, dits les Hayes de Rouville et chemin d'Alizay, n'ont que 4. ou 5. cens pas de durée, ont bien la droiteur mais non point la tumeur ou bossage, ni le pierrotage d'un chemin romain ; de sorte que l'intervalle de VI III. M. P. ne se trouvant pas maisme entre Rouan et le Pont de l'Arche, et ceste place estant moderne, je necroy pas que ce puisse estre Yggade de l'Itinéraire romain.

De là toutesfois il y a 7. lieues jusques à Evreux, qui seroient les xnir. milles que l'Itinéraire susd. met entre Yggade et Mediolanum. On y va par divers chemins. L'ordinaire passe la forest et descend à Louviers. Un autre va comme le chemin deGaillon, qui est celuy de Vernon et Mante et Paris ; et comme il arrive à deux croix au dessus de Léry, il quitte le chemin deGaillon, et, laissant le Vaudereuil à main gauche, prend à droite montant à travers les terres, passe le long de Maigremont et Maison Cauchoise droit au fauxbourg de St Germain et porte de Rouen de Louviers. Il y en aura un 3e le long de Seine, les Dens, où Eure conflue en Seine, à Vau de Rueil et le

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fauxbourg S' Germain de Louviers. Et cestui cy je ne l'ay point t'ait ; non plus que de Louviers à Evreux, qui sont 4. lieues, par Ste Barbe (1), les Planches, le Boulay au dessus de Normanville (2) et Gravigny.

Reste donc que Yggade de l'Itinéraire romain soit Elbeuf (3), où de Rouen on va par 2. ou 3. chemins, et tousjours 4. lieues qui valent bien les IX. M. P. de l'Itinéraire. Le icr et ordinaire est de passer l'eau à Roan maisme, et prenant la forest parla Belle Croix et banlieue où vous voyez quelques ressemblances de voye romaine, droites, élevées et pierrotées par le fin milieu des sables, puis à l'orée au bord gauche de la grande route et à la droite aussy ; item, encor à gauche et au ier vallon que Ton trouve, dit le Vau des moulins, et tout depuis ceiuy là jusques au 2e. dit le Vau de su, à la descente et abord duquel il y a un très beau vestige. Mais depuis lors vous entrez dans le village de TEssart, et de là vous descendez au Nouveau Monde, où vous tournez obliquement à maingauche, et, par Aurival, village surle borddelarivière, suivez tousjours à contrefil de l'eau sur la rive gauche jusques dans Elbeuf, sans vestige apparent, sinon que par tout le chemin n'est que trop large, en aucuns endroits il est ferme et élevé, et n'y a d'autres apparences sinon au nom d'Aurival (4), Auri vallis, qui est romain, et de l'Essart, qui est gaulois antique.

(i) Le couvent de Sainte-Barbe, situé sur la paroisse du Mesnil- Jourdain, mais tout près de Louviers, avait été fondé en 1470 par Arthur d'Hellenvilliers, seigneur du Mesnil-Jourdain ; il était destiné À recevoir des religieux de S1 François. Voir L. Marcel, Les Rues de Louviers, p. 682 et suiv.

(2) Le Boulay-Morin et Normanville, canton Nord d'Evreux.

(3) Sur l'identification avec Elbeuf, ou plutôt Caudebec, voir la note 1 de la page 47.

(4) Orival, canton d'Elbeuf (Seine-Inférieure).

Le 2e chemin est d'aller de Rouen par le port S1 Ouin, et aller passer l'eau vis à vis et tout devant Elbeuf, et par ce chemin n'y a aucun vestige de chaucée romaine.

Le 3e est de passer l'eau à Rouen, aller par la prairie au dessous de la forest, et repasser encor l'eau une fois vers Elbeuf ; ou bien aller gagner Aurival, qui est le chemin que je n'ay point fait.

|F° 5i.] Evreux.

Ceste ville est située en un fond de prairie, ni plus ni moins, et fort de la ressemblance d'Oudenarde (ou vieille prairie), ville sur l'Escaut, en Flandre flamingante. Evreux est mesme environnée de deus rivières, dont l'une vient de Breteuil, par Condé et Damville, et ailleurs par nous descrite ; jusques là elle s'appelle Iton. De Danville (Domini villa), 3. lieues de Breteuil, elle vient en une paroice nommée Virolet (i), non loin de l'ermitage du Gault (2), et là, au lieu appelé Kiton (corruptè forte pro Iton, unde amni nomen, vel ab amne loco datum), ou Squiton (3), elle tombe en une bétoire ou trou où elle se

(1) Villalet, canton de Damville. On trouve Viraletum dans une charte de 1280 (De Blosseville, Dict. topog. du dép. de l'Eure, p. 2^2 ; — et A. Le Prévost, Mém. et notes, etc., t. III, p.3j6).

(2) L'ermitage du Gault ou de Notre-Dame-du-Gaud était situé sur la paroisse des Baux-Sainte-Croix, canton Sud d'Evreux ; aujourd'hui la Chapelle Saint-Gaud. Voir A. Le Prévost, Mém. et notes, etc., t. I, p. 196, et t. II, p. 546.

(3) Kiton et Squiton ne figurent pas dans les répertoires topographiques. C'est une corruption fort reconnaissable du nom de Sec- Iton que l'on donne au lit desséché de l'iton, lorsqu'il disparaît dans des gouffres souterrains en s'infiltrant dans le sable qui forme son lit. Il reparaît à 6 ou 7 kilomètres au-delà à Glisolles par la Fosse-aux-Dames. Un aqueduc amenait l'eau de l'iton à l'établisse-

perd et oste de la veuë, comme si cest endroit estoit percé ; d'où vient le proverbe : Il est de Virolet, il a le eu percé. De Kiton elle passe sans estre veuë souz un large costau, et au bout d'environ 1/2 lieuë vient de l'autre costé dud. costau, vers le nord, resourdre et sortir au moulin à papier de Grisoles (1), ubi comitem habet (si t amen non ex cipit hospitem), une autre rivière d'environ mesme grandeur.

Ceste cy sourt es Vieux Conches (2), où, à son origine, elle faisoit cy devant aller une grosse forge à fer, et de là, au bout de 1/2 lieuë, poussoit son petit ruisseau à Conches, villette d'une seule rue, où il y a une seule paroice de Ste Foy (outre S1 Etienne qui est au fauxbourg) (3), et un chasteau, ouvrage des Anglois (4), pour le comté de Conches et de Breteuil, (il y a encore vicomte de Conches et de Breteuil. et siège d'Election à Conches,) et dont est gouverneur le sr de Pommereul Bellegarde (5) .

ment romain du Vieil-Evreux. Voir Rêver, Mémoire sur les ruines du Vieil-Evreux, 1827, p. 27. Dans cet ouvrage (p. 141), Rêver cite un Mémoire sur les rivières de Normandie qui entrent en terre et reparaissent ensuite par Guettard, Académie des Inscriptions, année 1768, p. 282.

(1) Glisolles, canton de Conches (Eure).

(2) « R. de Conches, qui en l'esté de 1640 est tarie en sa source, et la grosse forge convertie en verrerie ».

(3) Une troisième paroisse, Notre-Dame-du-Val, s'étendait autour du faubourg Saint-Etienne. Voir A. Gardin, Notice historique sur la ville de Conches. Evreux, i865, in-8°, p. 71.

(4) Le château de Conches datait du xic ou xne siècle, mais on y avait ajouté plusieurs constructions au temps de Charles le Mauvais, comte d'Evreux. Charpillon et Caresmc, Dict. hist. de l'Eure, t. I, p. 80 5.

(5) La charge de capitaine-gouverneur de Conches était remplie en i636par Tanneguy de Clinchamp, baron de Pommereuil. Charpillon et Caresme, Dict. hist.de l'Eure, t. II, p. 23o.

Ce ruisseau, passant en une vallée estroite entre lad. ville du costé du nort et une belle abbaye de S1 Benoist (où la réforme depuis environ i63o est introduite par l'abbé de la maison de Quenel) ( i ) , y reçoit Tayde et subvention de plusieurs sources et bouillons qui l'augmentent, en sorte qu'à une mousquetade de là, c'est comme une rivière qui s'élargit, ayant sur le costeau de la rive et main droite la maison que led. abbé ha fait bastir pour son particulier, à cause du voisinage du Fraisne Quenet [2) qui est à son neveu, élongné d'une bonne canonnade seulement sur la main droite.

Delà, la rivière s'en va, au bout d'une lieuë, raser de sa rive droite la maison d'Angerville (3), patrimoine de ceux du nom de Boulenc, recepveur des Eaus et Forests du bailliage d'Evreux, et depuis peu baillée en eschange au seigneur de Grisoles (4) qui est un village assis, une mousquetade plus bas, à l'autre rive qui est à gauche, et ayant une gentilhommière d'apparence sur le costau, accompagnée d'un parc et bois tirant vers Evreux, au ault duquel se veoit une croix plantée à la bouche d'une marnière, ou marlière, qui est un puits à tirer marie, bien profond, et dans lequel le susd. sieur de Pommereul, gouverneur de Gonches, tomba tout à cheval, piquant à la chasse, il y a viron vingt ans, et y fut trois jours ayant un

(1) Gabriel de Quesnel, abbé commendataire de Gonches de 1584 à 1646.

(2) Sur Fraisne-Quenet, voir A. Le Prévost, Mém. et notes, etc., t. II, p. 1 36 ; — Gharpillon et Caresme, Dict. hist. de l'Eure, t. 11, p. 260.

(3) Angerville, ancienne paroisse réunie à Glisolles. Le fief était passé, au xvie siècle, à la famille de Boulenc.

(4) La famille Boulenc conserva jusque vers le milieu du xvii* siècle la seigneurie de Glisolles, qui fut alors adjugée au président de Maisons, avec le domaine de Gonches, Breteuil et Evreux.

Il;

chien >]ui le suivoit et tomba sur luy, tousjours sur son estomach qu'il réchauffa et lui sauva le cœur et la vie. Ils furent le 3(' jour trouvés et tirés de là, le cheval enrageant et furieux de faim, le chien mourant et qui en mourut, et le maisire à demy mort, et qui néanmoins en est reschappé, et vit encore, 1640, mais ha longtemps esté mal sain et endommagé de son esprit. Vis à vis de ce costau de Grisoles est dans la prairie, par de là la rivière de Conches et proche d'un autre costau qui est au sudest de lad. prairie et vallée, un moulin à papier qui est au seigneur de Grisoles, Mr de Longueil, sieur de Maisons, premier président de la cour des Aydes de Paris. A ce moulin ressourt la rivière d'Iton qui s'estoit perdue (1), et laquelle depuis là s'en va tousjours par la mesme vallée et prairie jusques à Evreux, par l'espace de 2. lieues, ayant pour jointe, ou fort de proche de soy, la R. de Conches cy-dessus, laquelle à 1/4 de lieuë de là passe à la Bonneville, village et gentilhommière, et à la sortie de là à l'abbaye de la Noë (2), laissant mesme de sa rive gauche aller un bras de son eau par le travers des courts et parc dud. monastère, et de là, par une lieuë et plus, s'en va à Evreux.

[F° 52.] Rivière de VIton. — A l'abord et à une bonne canonnade prez de la ville d'Evreux, vous passez la

(1) « R. d'Iton ressourdans au moulin de Grisoles; vide Jan. Caecilii Frey, Admiranda Galliae. »

(2) L'abbaye de la Noë, de l'ordre de Giteaux, avait été fondée en 1144, par l'impératrice Mathilde, fille d'Henri 1er, roi d'Angleterre. Voir A. Le Prévost, Mém. et notes, etc., t. I, p. 362; — Archives de l'Eure, série H, 663-707 ; — G. Bourbon, L'ancienne abbaye de la Noë, à la Bonneville, dans Bulletin de la Soc. des amis des arts du dép. de l'Eure, année 1892; — L. Régnier, Les stalles de l'abbaye de la Noë, dans Album artistique et archéol. de la Soc. des amis des arts, etc., 3f série, 1907, pi. XV à XVIII»

rivière à guay, ou sur un pont de bois, et la laissez ; puis aprez allez à vostre main gauche par derrière et au nord de la ville vers l'abbaye de S. Sauveur, de filles de maison; et à une mousquetade dud. pont, vous trouvez un autre bras que vous suivez à vostre main droite jusques à l'entrée du fauxbourg S. Taurin, où de sa rive gauche elle laisse aller un bras à travers l'abbaye, qui est de S1 Benoist, lequel va vers S1 Sauveur rejoindre la première rivière, et le reste de lad. seconde suit le long dud. fauxbourg, par derrière les Gordeliers (i), le long de la ville au su et à Test, entrant dans les fossés et en resortant par devant les Jacobins (2), puis le long du fauxbourg S1 Léger, au dehors duquel elle se rejoint à la ire rivière, et toutes deux ne sont plus qu'une seule sous le nom d'Iton qui, par Louvigny (3), paroice, s'en va, par un grand arc qu'elle fait sur la main gauche, rendre au bout du village de Planches (4), à 2. lieues d'Evreux, où elle est large et claire, et se passe sur un pont de pierre à 8. arches, au dessous duquel pliant vers le nordest elle s'en va, à une petite canonnade, entrer dans la rivière d'Eure à Aquigny (Aquiniacum ab aquarum concursu) , beau prieuré dans un gros village où la comtesse veuve douairière de la Roche Guyon, et fille de Matignon en Basse-Normandie (5), ha une jolie maison et demeure le

(1) Le couvent des Cordeliers avait été fondé vers 1254 sous l'épiscopat de Raoul de Grosparmy.

(2) Les Dominicains furent introduits à Evreux en i26i);leur église, dédiée à saint Louis, fut la première de France placée sous le vocable du saint roi. Voir le P. Chapotin, Le couvent royal de Saint-Louis d'Evreux, 1890, p. 2 et 9.

(3) Lisez : Gravigny.

(4) « Plancae, a ponte ibiolim ligneo, seu plancis super Itonem. »

(5) Catherine-Gillone de Matignon avait épousé en 1621 François de Silly, comte de la Roche-Guyon et baron d'Acquigny ; il mou-

long du costau qui borne la vallée vers l'est. Et sortant d'Aquigny, elle fait un ply avanceant sur la main gauche par Pinterville, paroice à la rive droite, pour regagner le costau opposite, où lez Pénitents du Tiers ordre de S1 François ont basti depuis 10. ans le couvent de Ste Barbe (t), à la veuë et à une canonnade de Louviers.

Mais dans ceste pointe, langue ou bec de terre qui est entre Aquigny et Ste Barbe, au défaut et ouverture du costau qui est à l'ouest, est située la maison et parc du Becdale (2), appartenant à Mre de Tilly de Rouen. Près de Ste Barbe, elle arrive à Louviers et passe au dessous de la ville qui est à sa gauche et arrousée de quelques rameaux de ses eaux.

[F0 53.] A Monsieur, Monsieur du Buisson Ambenay logé rue des Poullies à la Fleur de lis rouge

port deux solz. à Paris (3).

Liste des noms des bénéfices du diocesse d'Evreux. Dignitez. Monseigneur TEvesque d'Evreux Monsr le doyen d'Evreux L'archidiacre d'Evreux

rut au siège de la Rochelle, le 19 janvier 1628, sans laisser d'enfants. Sa veuve lui fit élever un monument qui se trouve encore dans l'église de la Roche-Guyon. Voir Emile Rousse, La Roche- Guyon, 1892, p. 117 et 473 ; — Lebeurier, Notice sur la commune d'Acquigny avant 17 go.

(1) Le couvent de Sainte-Barbe, fondé en 1470, comme nous l'avons dit plus haut (page 109), eut pour principaux bienfaiteurs Henry IV et le seigneur de Tilly. En 1604, le cardinal du Perron, évêque d'Evreux, y introduisit la réforme du Tiers-ordre de Saint- François. A. Le Prévost, Me'm. et notes, etc., t. II, p. 402.

(2) L'ancien manoir de Becdal existe encore aujourd'hui, à l'extrémité d'Acquigny, du côté de Louviers ; une partie date du xve siècle, une autre du xvne.

(i) Du Buisson avait, en 1641, quitté la rue des Rosiers et l'hôtel d'Estampes ; il logeait rue les Poulies, à la Fleur de lis rouge. (Journal des Guerres civiles, Notice, pag. xxx).

né

L'archidiacre du Neufbourg L'archidiacre d'Ouche (i) Le chantre de l'église cathédrale Le Thésorier de lad. église.

Le Pénitencier de lad. église.

[F° 54.] Evreux.

L'église S1 Louis des Jacobins d'Evreux est hors la ville, du costé du levant et proche des fossés de la ville par lesquels coule la R. d'Iton. Au portail de dessus la rué" et de l'entrée en la court devant l'église, armes de Jenlis en relief de pierre, avec ces mots JESV. JESV. JESV. Ces mesmes armes sont aussy en relief de pierre au frontispice et dessus du portail de l'église, et dans les vitres tant du chœur que de la nef, laquelle un seigneur de Genlis, qui estoit gouverneur d'Evreux, feit allonger et accroistre (2). L'église fut bastie du temps de Tévêque Philippe de Cadurco, qui donna, ou permit aus Jacobins ceste place. 11 est enterré tout devant le grand autel, et si proche que les pies de sa tombe, qui est de cuivre ou de bronze figurée d'un per-

(i)L'archidiaconé d'Evreux comprenait les doyennés de la Croix, d'Ivry, de Vernon et de Pacy ; celui du Neubourg, les doyennés de Louviers et du Neubourg; celui d'Ouche, les doyennés de Breteuil, de Laigle, de Lyre, de Nonancourt, de Conches, d'Ouche et de Verneuil.

(2) Ce doit être Adrien de Hangest, sieur de Genlis ou Jenlis, bailli et capitaine d'Evreux, qui fut chargé par Louis XI de faire rebâtir le chancel et le clocher de Saint-Nicolas d'Evreux sur le district duquel était situé le château d'Evreux. Le Brasseur, Hist. civile et ecclés.du comté d'Evreux, p. 3o8; — Le Batelier d'Aviron, Mémorial historique des évêques d'Evreux i865,p. 125.

sonnagc gisant, à l'épiscopale, sont couverts du marchepié de Pautel mcsme. On lit encore ces mots :

Continet haec fossa Philippi praesulis ossa, Quem, precor,ad cœtus cœlestes collige, Christe.

Le reste est caché sous led. marchepié jusque :

bis C. bis quater X. semel I.

Luxit et augusti B. tercia funere justi (i).

Plus bas, tout devant le liétrin qui est au milieu du chœur, est une tombe de pierre toute usée où Ton lit encor : Cy gist Peronelle de Navarre, abbesse de S1 Sauveur.. . (2). Le reste est effacé. C'est de S1 Sauveur, à l'autre costé de la ville.

Dans la nef, tout devant la chapelle du Rosaire, tombe

(1) Le Batelier d'Aviron (Mémorial historique, p. 79) donne ainsi l'inscription funéraire de Philippe de Cahors :

Continet haec fossa Philippi praesulis ossa, Quem, praecor, ad cœtus cœlestes collige, Christe. Hinc obitum disce migrantis ad atria cœli Per semel M. bis C. bis quater X. semel I. Luxit et augusti B. tertiafunera justi.

Le Gallia christiana donne six vers à cette inscription, en mettant comme troisième vers :

Nam pavit laetus in egenis saepe tuis te.

Le Brasseur reproduit le ms. de Le Batelier. La lettre B, au dernier vers, est une des lettres dominicales ; le jour où elle revient pour la troisième fois au mois d'août, est le 21, date de la mort de Philippe de Cahors. (Mémorial des évêques d'Evreux, édit. Lebeurier. i865, p. 79). La dalle de bronze de Philippe avec son effigie en relief se trouve dans les dessins de Gaignières (Bouchot, Inventaire, etc., t. I, p. 285). On y lisait le nom du fondeur, Guillaume de Plalli mefecit. — Plailly, canton de Senlis (Oise).

(2) Probablement Petronilla 1* (24e abbesse de St Sauveur d'Evreux) occurrit 16 octobris i358 in chartis, D. de Gaignières. Gallia christ., XI, col. 657.

de pierre figurée d'une femme voilée, et autour est escrit : Cy gist damoiselle Marguerite Roq par en son vivant femme de noble homme Geoffroy de Quincarnon, seigneur de Rousseaus, laquelle décéda le 3e juin i525 ( i ). — Il y a pour armes 3. fers de lance et une estoile au cœur, parties d'une bende... (sic). Il y avoit, selon ce que m'a dit le sacristain, autrefois dans lad. nef, une tombe élevée sur 4. lyons de pierre que le sr de Melleville Le Doux, lors lieutenant général à Evreux, et depuis Mtre des Requestes (2), fit enlever.

En une chapelle qui estoit aussy au costé boréal du grand autel du chœur, et qui est à présent démolie et ostée, estoient les sépultures des Srs de Genlis, desquels Srs de Genlis les armes sont es vitres tant delà nef que du chœur, d'argent à la croix de gueules chargée de 5. coquilles d'or. Elles se treuvent alliées ou parties de celles d^mboise, qui sont palées d'or et de gueules de six pièces. Et en une vitre au costé boréal, elles sont parties d?or à lafasce de gueules accompagnée de 3. tourteaus d'azur, 2. en chef et 1 . en pointe, lesquelles armes

(1) Geoffroy de Quincarnon, originaire de la paroisse de S1 Pierre d'Evreux, avait été anobli par les francs-liefs, lan 1481, à cause du fief d'Asseville, sis en la paroisse de Marbeuf (Lebeurier, Etat des anoblis de Normandie, etc., 1866, p. 177). Le fief des Rousscaux était situé à Epreville, près le Neubourg. — Sur la famille de Quincarnon, voir encore Les Archives héraldiques d'Evreux, par le vicomte de Burey, p. 289.

(2) Claude Le Doulx de Melleville avait obtenu, le 26 mai 1 697, sur la résignation de Jean Le Doulx, son père, les lettres de provision de Totrice de lieutenant-général civil et criminel au bailliage et siège présidial d'Evreux. Il résigna ces fonctions en 161 7, et fut nommé maître des Requêtes ; mort en mars 1641. Ch. Molle, Notice génial. sur la famille Le Doulx de Melleville. Additions et justifications. Evreux, 1890, p. 9 et suiv. — Voir encore, Tallemant des Réaux, Historiettes, t. II, p. 187 et ig3.

ii9

sont aussy en relief de pierre aux portaus. En cesie mesme vitre du COSté boréal du chœur sont représentés priants, sous pavillons rouges à franges d'or, à genoux sur quarreaux rouges et tapis de pié, chacun à part, un sieur de Gcnlis armé et ayant sa casaque d'armes semée de coquilles d'or, ses armes pleines cy dessus descritcsau dessous de luy, et sa femme ayant ses armes cTor à la fasce de gueules accompagnée de 3. tourteaus d'azur comme cy dessus ( i).

Es vitresdu mesmecostésont,outrelesarmesd'Arragon, celles de France, parties de Bretagne et autres ; certaines a rmes de gueules à 3 . chevrons d'or, dont aussy la casaque d'un chevalier représenté priant, en ceste vitre là, que Ton m'a dit estre les armes de Garencières (2). Mais dans la nef du costé austral, il y en a au contraire d?or à 3. chevrons de gueules, comme celles du Plessis Richelieu. Et y a aussy une dame d'Ivrie (ainsi porte un escriteau sur le verre) priante, et m'a t'on voulu asseurer que c'estoient les armes de Garencières, duquel nom et maison est le s1' de Courcelles sur la rivière de Gharentonne, au dessus de Cerquigny, ainsy que j'ai veû en la litre de son église, en l'an 1640. Il y a aussy plusieurs autres armes comme celle cy, d'azur à Vorle de 6. anneaus d'argent, que l'on m'asseure estre de Vieupont, parties d'or à 2. fasces de gueules, que Ton me dit estre d'Harcourt (3). Et d'autres au contraire, de gueules à

(1) Jean de Hangcst, sieur de Genlîs, avait succédé à son père, Adrien, dans sa charge de capitaine du château d'Evreux. Il avait épousé Marie d'Amboise. Devenu capitaine du château de Rouen en 1480, il fut enterré en 1490 dans l'église des Célestins de Rouen. Farin, Hist. de la ville de Rouen, 17 10, t. 111, p. '$■]$ et 376.

(2) Peut-être Jean de Garencières, sire de Croisy, au xv° siècle.

(3) Ce blason rappelait le mariage contracté, le 28 août 1401, par Yves de Vieuxpont avec Blanche d'Harcourt.

2. fasces d'or. Item, tout au bas à costc de Tautel, et en la droite australe, d'or au lyon d'a\ur, au chef de gueules, parties d'azur à la bande componée d'argent et de gueules (i). Et en quelques autres dans la nef du costé boréal, d'argent à la bande d'azur à 3. sautoirs ou fers de moulin d'or, une crosse passée par dessouz et surmontant pour servir de tymbre, qui sont de l'évesque le Veneur de Carrouges. Ces mesmes armes sont encor ailleurs en relief. Et sur le devant et haut du portail de la chapelle du Rosaire, en relief mais peints, les blasons d'azur au chevron d'argent accompagné de 3. lyres ou harpes d'or, 2. en chef et 1. en pointe, qui est de Davy sr du Perron, abbé de Lyre et évesque d'Evreux, depuis cardinal du Perron. Item, d'or à la croix d'azur cantonnée de 4. comètes ou soleils de gueules, qui est de Huraut (2). Item, de vairé au chef chargé d'un chef de cerf sommé d'or et d'un léopard ou lyon passant d'or aussy, qui est de Hennequin (3). Item, de gueules à la

(1) Ce vitrail avait sans doute été donné par Thomas Bohier, général des finances de Normandie, et Catherine Briçonnet, sa femme. Thomas mourut en i523.

(2) Hurault de Cheverny. Sur cette famille, voir Somménil, L'abbaye du Valasse, t. II, p. 161. — Denis Hurault fut abbé du Breuil-Benoist (diocèse d'Evreux), de i582 à 1602. C'est peut-être son monument funéraire qui a été retrouvé dans l'ancien couvent des Cordeliers d'Evreux. Voir Les Archives héraldiques d'Evreux, par le vicomte de Burey, p. 190.

(3) Trois Hennequin furent abbés de Bernay : Aymar, évêque de Rennes, mort en i5(j6; Jérôme, évêque de Soissons, mort en 16 19, et Dreux, conseiller-clerc au Parlement de Paris, mort en i65i. Les Hennequin, seigneurs de Villermont en Champagne, blasonnaient: vairé d'or et d'azur, auchef de gueules chargé d'un lion d'argent passant. Dans le Catalogue des gentilshommes normands publié d'après les recherches de 1666, de Magny, t. I, p. 84, cite: Hennequin, écuyer, sieur de la Fague, de Saint Aubin, de Vassy, etc.

fasce d'argent chargée de 3. tourtcaus ou boules d'azur et accompagnée de 3, bouleaus d'or, qui est de Boulenc (i), seigneurs jadis d'Angerville, à présent de Bailleul, lesquelles armes se trouvent alliées aux autres où il y a un lyon.

Abbaye de Lyre sur la R. de Rysle.

Placet interdum nova mutatio rerum, Quam ut honestam aprobat communis usus.

Ponunt antiqui varios rerum eventus; Post multos annos, prospéra sequi videmus, Lirensi loco primitus nigri coloris, Fundatus ordo qui multis Jloruit annis; Et post ibidem ex Becco pater assumptus Per quem hic ordo, tune nigery albus efectus. Sed fratres nostri qui Angliœ morabantur Colorem antiquum dimitere noluerunt.

Hic albi monachi ; nigros insula tenebat; Duplo colore hic ordo divisus erat.

Astorgius abbas (2) hanc videns varietatem Putavit justum ordinem tenere primum.

élection d'Evreux, maintenu le 16 août 1666; il blasonnait : d'argent à la bande componée d'azur et d'or de six pièces. Hennequin, écuyer, sieur de Boismorin, fut maintenu en l'élection d'Evreux, le 8 janvier 1667. D'argent, à la bande componée d'azur et d'or, surmonté d'un lambel à trois pendants d'azur. Les Archives héraldiques d'Evreux, par le vicomte de Burey, p. 187.

(1) Sur cette famille, voir Les Archives héraldiques d'Evreux, par le vicomte de Burey, p. 36.

(2) Le ier juillet 1 3g3, Clément VII autorisa l'abbé Astorge de Beauclerc et les moines de Lyre à reprendre les vêtements noirs. Raoul, huitième abbé, qui avait été moine du Bec, avait introduit, au

Hic et conventus unanimi voluntate Jussu papali usi sunt antiquitate :

Anna mileno trecentum quater viginti, Tredecim ultra oportet addere ibi, Papae démentis vo lente lege primeva, Laus DeOy Lirae facta resumptio nigra.

Lequel Astorgius donna permission cTéchanger l'église de Rugles à un apellé le Mercier, seigneur de Rugles ( i ) , lors et viron cest an 1393, et luy permist de la mètre où elle est, dont le chancel est sur Lire, au fief d^Aubenay, avec le derrière du cœur et jardin du curé.

LFo 58.]

Rivière de Ryle. — L aigle. — Rugles. — Lyre.

Ryla, vel Rysla, vel Rugilla, vel Rysilis, ut infra, ha sa source sur la terre de Ryllé, diocèse de Séez, et gentilhommière. Cette source est dans les bois de Louvigné et s'appelle Rile, coule dans l'estangde Rylé voisin et le nourrit, et à la sortie fait moudre le moulin de Rilé, puis passe à travers Pestang de S. Wandrille (2), paroice dont Téglise est sur le bord, et au bout d'une 1/2 lieuë de sa source, entre dans le village de Planches (3), ainsy dit

xiie siècle, à Lyre, les vêtements blancs (Gallia christ., XL, col. 646 et 648). La bulle de Clément VII est reproduite dans le Neustria pia, p. 538, mais elle est, par erreur, attribuée à Clément VI, et datée de i352.

(1) Jean Le Mercier, seigneur de Novéant et Neuville en Laonnois, devint seigneur de Rugles vers i385 ; il tut ministre de Charles VI, de 1 386 à i3o,2. Il mourut avant r 397. Voir A. Le Prévost, Mém. et notes, etc., t. III, p. 49.

(2) Saint-Wandrille-des-Bois, canton du Merlerault (Orne). La Risle prend naissance au pied des buttes de Louvigny

(3) Planches, canton du Merlerault.

pour ce que se divisant en deux bras l'un et l'autre guayables, il y a des planches à tous les deux pour passer les gens de pté ; au sortir se rassemble, et taisant une jolie prairie avec force moulins, s'en va serpentant comme un petit ruisseau renfermé en bords assez aults, niais si peu larges que par endroits un bon sauteur les peut passer; vient à Stc Colombe sur Rysle, paroice dont l'église est du costé de la rive droite, i . lieue de Planches, et au bout de lad. église, un ruisselet venant de devers les terres et du sud tombe en elle et renfle ; puis au bout d'une petite lieuë vient à S1 Hilaire, gentilhommière et paroice du s1 de la Bractière, du maisme costé, ayant à l'autre costé gauche la paroisse de Beaufy (i); puis à 1/2 lieuë de là reçoit un gros ruisseau torrentueux nommé Aubette, qui vient d'une ou deux lieues de là du costé sud et de la forest de Moulins en la Marche; puis à 1/2 lieuë de là, la Risle, qui sépare les diocèses de Séez et d'Evreux, vient à Aube (2), église paroiciale du mesme costé et gentilhommière dont elle fait aller les moulins à blay et les forges à fer. De là, au bout d'une autre petite lieuë, vient à Ré (3), paroice du diocèse d'Evreux, prieuré et gentilhommière du sr du Mesnil Guyon, jadis lieutant général d'Alençon, et là elle est grossette et légitime rivière: puis, au bout de 3/4 de lieuë, arrive à la porte de Laigle où elle reçoit un ruisseau venant aussi devers Moulins, appelé le Gru, à la planche du Gru, puis entre dans Laigle (4), gros bourg, baronnie du ressort de la

(1) Beaufay, canton de Laigle (Orne)

(2) Aube, canton de Laigle.

(3) Rai, canton de Laigle.

(4) Sur l'histoire de Laigle on peut consulter le savant ouvrage de G. Vaugeois, Hist. des antiquités de la ville de Laigle et de ses environs. 1 841 , in-8".

vicomte de Verneuil, bailliage cTAlençon, mais diocèse d'Evreux. Il est ceint de murailles et fossés, et ha au dedans la paroice S1 Martin (i), au dehors, vers est et sud la paroice S1 Jean et la Magdelaine, à présent monastère des Pénitents du 3. ordre S1 François, et vers est et nord, la paroice S1 Barthélémy, par où sort la rivière de Rysle, ayant arrousé le bourg dans lequel elle se passe sur ponts. Puis, par au dessous du prieuré de S1 Sulpice, en la gentilhommière de la Ghaize et église paroiciale de S. Santin, i. lieuë, elle vient au dessous de Herponzay (2) et de la gentilhommière de Morteaus (3) au sr de Vieupont, passer au moulin de Morteaus, et de là à Rugles, divisée en deux bras passables par deux ponts de bois, petit et grand, et faisant moudre deux moulins, i . autre lieuë.

Rugles. — Ruglae vel Rugillae est un grand bourg ouvert avec 2. paroices ; la grande, S. Germain, qui est de 8. cens communians, avec une très aute et fort belle tour ; la petite, Nostre Dame. De la ville, rassemblée au dessous de la Chesnaye, va par Bailly, nom de moulin et de fief, au moulin Roger ou d'Ambenay (4), petit bourg situé sur la coste à main droite avec une église dont la tour de pierre blanche est flanquée et défensable. Il y ha 12. ou r 3. hameaus qui en dépendent, dont le Boschion, Boscus Hugonis, les Seaules, Sealiae, maison forte, et le Long

(1) L'abbé Gontier, Saint-Martin de Laigle, 1896, in-8°.

(2) Herponcey, paroisse réunie à Rugles en 1791.

(3) Morteaux, château et fief, à Herponcey.

(4) Ambenay, canton de Rugles. Voir l'abbé Lebeurier, Notice historique sur la commune d'Ambenay, dans le Recueil de Notices public en 1900, p. 394 à 494; — Documents tires des minutes du tabellionnage de Rugles, par M. Adolphe Le Maréchal, publiés ou analysés par M. L. Régnier, 1901, in-80.

le bois, qui est le manoir seigneurial, sont les principaux, et sont situés le long du bois ou forest de Breteuil qui est fort belle.

Le nom d'Ambenay ( i ), Ambenayum, ou plutost Aulbenay, Albenayum, peut venir comme aubier et aubeau ab albedine arborum, id est albis arboribus, comme sont les aulbeaus, trembles et peupliers blancs qui y sont fréquents dans les chartulaires de l'abbaye Nostre Dame de Lyre cy aprez mentionnés. J en ay un du mois de mars de Tan 1264, en parchemin, fort entier, seellé de cire verte pendant à un laqs de parchemin, et effigie d'un costé d'une Nostre Dame assise, coronnée, tenant un sceptre fleurdelisé en la main droite, et sur son bras gauche Jésus, avec cecy autour : SIGILLVM MON.... DE LIR. . . . ; et de l'autre costé, d'une lyre ou harpe qui est [en blanc) en champ (en blanc) avec cecy autour : SEGRETVM LIRE. Ce chartulaire (2) est de Robertus, divina permissione humilis abbas Lyrae, et porte cecy pour le subject de nostre rivière de Risle : omnes homines tenentes de Cellis et Bosco Hugonis intra bannum cujusdam molendini siti in riparia Rysilis, quod vocatur molendinum Rogeri. Ce qui est en maismes mots encor porté en un autre chartulaire ou adveu des hommes ou tenanciers susd. de la Celle (3) et de Boschion subjets au ban du moulin Roger, lequel fut donné et en partie

(1) Les formes latines d'Ambenay sont : Ambenayum (1202), Ambenaium (12 17), Ambegnehim (1280). On trouve Anbernay en i523. (Dict. topog. du dép. de l'Eure, par de Blosseville, 1878, p. 3.) On ne rencontre jamais Aubenay avant la fantaisie de Du Buisson de changer ce nom, en raison d'une chimérique étymologie.

(2) Chartulaire est pris ici dans le sens de charte.

(3) La Selle, paroisse réunie à Juignettes, canton de RugLs.

vendu au susd. monastère de Lyre par Isembart Bardou, au mois de novembre 1257, et par autres qui y avoient part, ainsy que j'ai veu par les actes et tiltres que j'en av. Car ce moulin a esté puis aprez aliéné du tem porel de l'abbaye suivant les édicts du roy et les concessions des papes, et enfin tombé en la main et possession du sr d'Aubenay, ex familia Baldorum, eorum qui Baldoti vulgariter nuncupantur et nobiles sunt (1). Du moulin Roger elle va aux moulins des Botereaus, de l'Hermite, au prieur du Désert, deTransières, de Neaufle, ad alios praecedentium cognatos Baldotos pertinens , cum feodo et parecia intégra, d'Auvergny, de Chagny, et de la Neuve et puis de la Vieille Lyre (2), l'une et l'autre sise tout about sur la rive droite de Rysle.

La Neuve Lyre est un siège de la vicomte de Conches et de Breteuil; la Vieille Lyre est célèbre par la naissance de ce sçavant Cordelier Lyranus ou Lyrensis, ou Nicolaus de Lyra (3), qui a fait la glose sur la Bible et dont l'épitaphe au chapitre des Cordeliers de Paris porte cecy :

Lyra, brevis viens Normana in gente celebris, Prima mihi viiae janua, sors que fuit, etc. etc.

(1) « i3 décembre 1643. Prorogation du bail du moulin de la seigneurie d'Ambenay, appelé le Moulin Roger, par damoiselle Suzanne de la Londe, veuve de Cyprien Baudot, écuyer, sieur de la Bove, du manoir du Longbois et d'Ambenay, au nom et comme tutrice de ses enfants mineurs et en vertu de l'autorisation à elle donnée par son beau-frère, le sieur du Buisson Ambenay (probablement subrogé tuteur desdits mineurs). » Documents tirés des minutes du tabellionnage de Rugles, etc., n° 490.

(2) Auvergny, canton de Rugles ; Chagny, hameau de la Neuve- Lyre; La Neuve et la Vieille-Lyre, communes du canton de Rugles.

(3) Nicolas de Lyre, né vers 1270, franciscain au couvent de Verneuil, provincial de Bourgogne en i323, mort à Paris en 1340, ou selon d'autres en 1349. Voir Chan. Ulysse Chevalier. Répertoire bio-bibliographique, 1906, col. 3340.

et par un célèbre et très beau monastère de Tordre de S1 Benoist, dont les réservoirs et jardins sont fournis de Peau de lad. rivière. Le costeau au dessus est planté de les, chose wwc en ce quartier là de la Normandie, beau parc à aulte t'usiaye, muraille, et beaus bastimens faits jadis par Guillaume fils d'Osbernus ( i ), et comte de Leycestre et de Breteuil, grand mareschal d'Angleterre, fondateur des abbayes de Lyre, et de Cormeilles où il gist. Sa femme Alix, fille de Roger de Toeny, fondateur de l'abbaye de S1 Pierre de Gastel Léon de Conches, gist dans le cloistre Nostre Dame de Lyre, avec épitaphe et date de son décez, 5e. octobre 1067. C'estoit à la nouveauté qu'un duc de Normandie conquist l'Angleterre. De là estoit le grand cardinal du Perron, Jacques Davy, qui aus deux lyres des armes de sa famille adjousta la 3e., celle de ceste abbaye, qu'il laissa à son frère, sieur de la Guette, archevesque de Sens, et écheut à un sien neveu, grand aumosnier de la royne d'Angleterre, qui la possède (2).

De Lyre la Rysle va aus forges de Lyre, S1 Aubin sur Rysle, la Ferrière et Moulin Ghapel (3), et la forest de

(1) L'abbaye de Lyre fut fondée en 1042.

(2) Jacques David du Perron, évêque d'Evreux, cardinal, puis archevêque de Sens, fut abbé commendataire de Lyre en 1604; il mourut en 16 18. Son frère Jean, également archevêque de Sens, qui lui avait été donné comme coadjuteur en 16 16, mourut en 1621 ; il tint aussi la commende de Lyre. Enfin, le neveu utérin des deux précédents, Jacques Le Noël du Perron, évêque d'Angoulême, puis d'Evreux et abbé de Saint-Taurin, fut nommé commendataire de Lyre le 24 juin 1622, il mourut en 1649. A- Le Prévost, Mém. et notes, etc., t. III, p. 362.

(3) Saint-Aubin-sur-Risle, paroisse réunie à Ajou, canton de Beaumesnil (Eure); La Ferrière-sur-Risle, canton de Conches; le Moulin-Chapelle, hameau partagé entre Ajou et la Houssaye (canton de

Beaumont, ubi per longum spatium absorptus amnis terra erumpit denuo, et ressourt grossi de plusieurs fontaines à Beaumont le Roger, faisant cette belle prairie où Ton blanchit les toilles, puis à Nocendres (i) où elle reçoit la rivière de Charentonne, et de là au Ponteaudemer, jolie villette, et à S1 Samson sur Rille, du diocèse de Dol en Bretagne, où Baldericus, auparavant abbé de Bourgueil, se réfugia, fonda un collège de chanoines, y mourut et fut enterré (2); et enfin à la Roque sur Rysle s^mbouche en Seine.

[F° 59.] Lyre.

Lyre, bourg d^Ouche en Normandie, sur la R. de Rille, car il y a la Neuve et la Vieille Lyre qui est celle dont je veux parler. De là estoit Nicolaus Lyranus, Cordelier, qui a fait la glose ordinaire et est enterré dans le chapitre des Gordeliers de Paris avec cet épitaphe :

Lyra, brevis vicus Normana in gente ce le bris, etc.

Beaumont-le-Roger). Le Moulin-Chapelle était une châtellenie relevant du comté d'Evreux; il y avait autrefois un important fourneau à fonte.

(1) Nassandres, canton de Beaumont-le-Roger. Certaines personnes de la région disent encore aujourd'hui Nocendres ou Nossandres.

(2) Selon Orderic Vital, t. III, p. 459, 623 et 624, Baudry de Bourgueil, archevêque-évêque de Dol, fut enterré dans l'abbaye de Saint-Pierre de Préaux en ii3o; il ne fonda aucune collégiale à Saint-Samson qui dépendait de son diocèse de Dol, et où se trouvait une abbaye qui avait remplacé celle de Pentale, détruite par les Normands. Voir Aug. Le Prévost, Mém. et notes, etc., t. III, p. 198 et suiv.

En la Vieille Lyre est une abbaye (i) sur un costau que la ri vicie arrouse par le pie, accompagnée de tout ce qui se peut dire, car il y a prairies, eaus, réservoirs, bois éloignés, bois enclos dans le parc, et vignoble, et tout autour de belles campagnes.

Dans le cloistre de l'abbaye est une tombe de liais, élevée de 2. ou 3. pies hors de terre, sur pilastres, portant une statue de femme gisante, couverte d'une grille de ter, et sur les bords d'icelle tombe est escript en lettre gothique : Dame A lis de Tony, femme de Guillaume de Crepont, comte de Leycestre et de Breteuil, grand mareschal a"* Angleterre et fondateur de céans et de Cormeilles ; laquelle trépassa le 5. octobre Van ioôj. Prie\ Dieu pour. . . Les armes de l'abbaye sont une lyre ou harpe, laquelle le cardinal du Perron, Jacques Davy, estant abbé, adjousta aus deux siennes. Armes du fondateur sont de gueules, à une rose ou quintefeuille d'argent, dont chaque feuille est chargée d'une certaine chose faite ainsy (2) que je ne sçaurois à qui comparer qu'à une hallebarde ou à une hermine enlevée, et est de sable es vitres de l'église et triplée en chaque feuille de la rose. Armes de la dame y ensépulturée sont de gueules à 5. fusées, ou plustot losanges d'or, es vitres ; car en la sépulture elles sont sans couleur.

(i) « Elle est taxée à 3oo. florins au Livre des taxes des Evesches

et abbayes de France, qui commence par la Description des

— d'Italie, in-8°, par Toussains Denys, du temps du roy François Ier, de Paris. » — Le fonds de l'abbaye de Lyre est considérable aux Archives de l'Eure, et comprend série H, no» 4^8 à 5go. L'histoire de cet important monastère, écrite par M. l'abbé Guéry, aumônier du lycée d'Evreux, est en cours de publication dans la Revue catholique de Normandie.

(2) Du Buisson dessine ici une sorte de moucheture d'hermine héraldique.

Dans un vieil ms. de l'abbaye, fay trouvé que Guillelmus erat dapijer Guillelmi ducis Norm. conquestoris Angliae, filius Osberni procuratoris principalis domus ducalis, filii Herfasti,fratris comitissae, postea

ducissae onor. Adeli\a autemfilia Rogerii de Toe-

nio, cujus, ut fundatoris monasterii S° Pétri de Caste l leone de Conchis, fit mentio in Chron. norm. cap. 4j . Guillelmus vero jacet apud Cormeîias. Ce vieil ms. semble dire que Tabbaye de Lyre (valant à son abbé le sr Noël, nepveu du deffunt cardinal du Perron) est in pago Uticensi. Il fait mention d^n village nommé Boscus Regnoldi in pago Uticensi, et de Robertus de Caieto (Chalet est un petit hameau tout contre lad. abbaye) qui en fut le premier abbé et gist dans le chapitre.

Speed, en son Théâtre de l'Empire britannique (1), met une charte (2) topographique du comté de Leycester, en marge de laquelle sont les maisons et familles qui l'ont possédé dont la première est celle de Bellomonte, ou Beaumont, sous un Robert qui vivoit l'an 1 102 (3), auquel il donne pour armes de gueules à une quintefeuille chargée en chaque feuille d^une ermine, dont il omet les blasons (4), lesquelles armes il donne aussv

(1) Le Théâtre de la Grande Bretagne ou de la Conquête des Romains, des Saxons, des Danois et des Normands depuis Jules César jusqu'à Jacques 7,r, roy de la Grand' Bretagne, avec des médailles et des seaux, par Jean Speed, in-fol. London, 1614.

(2) Charte pour carte.

(3) Il s'agirait de Robert de Meulan, comte de Beaumont et seigneur de Pont-Audemer, fidèle partisan de Henri Ier, roi d'Angleterre. Mais il est évident qu'on le confond avec l'un des Robert de Leicester, qui précisément blasonnaient comme l'indique Speed.

(4) Sans doute les couleurs.

à la ville de Leycester, qui est située au fin milieu du comté.

Le ms. de la Hiérarchie, ci Description de la Neusîric, de Rpb, Cœnalis (i ), de M. Bigot de Sommesnil, a un bref recueil des abbés de Lvre qui sont les premiers et

les plus anciens.

[F° 60. | Jumièges.

Jumièges, Gemeticum, a gémit u, vel geminis, vel quasi gemma, Gemmeticum, uti communiter scribitur ; très belle abbaye sur le bord droit de la Seine, qui fait là un grand pli et reculement et se laisse passer à bac, est à 5. heures de Rouen. Ce lieu estoit habité par movnes de S1 Benoist quand les deux lïls de Glovis second vindrentpar hazard aborder et s'y firent moynes, v moururent et y sont enterrés, comme il est plus à plein discours au petit livret apologétique pour les Enervés ; y recours (2).

(1) Le ms. Roberti Cenalis, Arboricensis episcopi Hierarchia Neuslriœ est aujourd'hui à la Bibl. nat., latin 5201. — Voir Bibliotheca Bigot iana tnanuscripta, publiée par L. Delisle. Rouen, 1887, p. 52. La Description de la Neustrie est peut-être la Gallica historia in duos disserta tomos, quorum prior ad anthropologiam Gallici principatus,posterior adsoli chorographiam pertinet. Paris, Galiot du Pré, ibby, in fol.

(2) « J'en ay un papier imprimé icy joint. » Cet imprimé manque dans le ms. de l'Itinéraire. — L'abbaye de Jumièges fut fondée en 654 par saint Philibert. Sur la fausse légende des Enervés, voir Toussaints Du Plessis, Descript. de la Haute-Normandie, II, 261 et suiv. ; Martin du Gard, L'Abbaye de Jumièges, 190g, in-8, p. 22 et suiv. Le monument funéraire, élevé à la fin du xiiil' siècle aux soi-disant tils de Clovis II et de Bathilde, est conservé dans la collection de Mm* E. Lepel-Cointet, à Jumièges.

Elle est donc de fondation royale, et restauration ducale par Guillaume second, ayant esté ruinée par le danois Hasting. Le cloistre est fort joli (1). L'abbé commendataire est M&r le comte de Soissons. Les religieux soubs leur prieur claustral ont la réforme; et les escholes de philosophie et théologie sont bien 60. Ont fort gentille librairie (2).

Dans la chapelle Nostre Dame, au costé septentrional du chœur, grand tombeau de marbre noir veneux, de plus de 8. pieds de long, et plus de 3. de haut. ; alentour est escrit cecy : Cy gist noble damoiselle Agnès Seurelle, en son vivant dame de Beauté, de Roqueferrière, d^Issoudun et de Vernon sur Seine, piteuse entre toutes gens, et qui largement donnoit de ses biens aux églises et aux povres : laquelle trépassa le ix. jour de fr évier (sic) Van de grâce M.CCCC. et XLIX. Prie\ Dieu pour l'ame d'elle ( 3). Sur la lame de la sépulture, à l'endroit de la teste, est une marque creuse, triangulaire, comme si autrefois il y avoit eu quelque chose là attachée. Les moynes disent qu'en cest endroit tenoit la bosse du derrière de la teste de la statue gisante de lad. Agnès, qui auroit depuis esté rompue; ce qui ne me semble vray, puis qu'au reste de la lame il n'y a aucune

(1) On possède du cloître de Jumièges, qui datait de i53o, une vue perspective dans le Monasticon Gallicanum, édit. Peigné-Delacourt, et un dessin de Fragonard, lithographie dans l'ouvrage de Taylor et Nodier, Voyages pittoresques et romantiques dans Vancienne France. Normandie, t. I.

(2) La bibliothèque que vit Du Buisson-Aubenay remontait au xive siècle ; elle fut reconstruite en 1664 sur de plus vastes proportions. Martin du Gard, V Abbaye de Jumièges, p. 256.

(3) Cette grande dalle de marbre noir, de 2m36 sur imio, se voit dans la collection de Mme E. Lepel-Cointet. Voir ce qu'en dit M. Martin du Gard, p. 282 et 283.

trace, vestige, ni marque qu'il y ait eu une statue dessus, ains seulement en cest endroit, où pourroit bien avoir esté la ligure d'un cœur. Car aucuns, (Belleforest ce me semble,) disent que là seulement est enterré le cueur, et le corps à Loches. L'cscripture alentour du tombeau est moderne, et ne semble estre du temps de la mort dignes, comme aussy le tombeau semble plus moderne ( t ).

[F° 60 bis.\ Beaulieu.

Beaulieu sur Vieuruë (2), prieuré de Tordre des Chanoines réguliers blancs de S1 Augustin. Les armes estant sur la porte du prieuré de Beaulieu sont assavoir : une

(1) Ce passage manque de clarté. Le tombeau était accompagné d'une inscription de vingt-deux vers, gravée sur cuivre, signée : Mallarius faciebat. i525. Elle commençait ainsi :

Hic jacet in tumba mitis simple x que columba,

et se terminait :

Bellafuit quondam Agnes notnine, regia pellex, Nuttc tumulo vermes titrpe cadaver alit.

Voir Toussaints du Plessis, Descript., etc., t. H, p. 25g et 260.

(2) « Beaulieu laiz Préaux et de la paroisse de Bosc-1'Evêque, prez Vieuruë, 3. lieues de Rouen. » — « Le prieuré de Beaulieu est un monastère de chanoines réguliers de la réforme de Friardel ou du Bourg- Achard, fondé en 1200, sous l'invocation de la Stc Vierge, dans l'étendue de la paroisse de Bois-TEvêque, à deux lieues de Rouen, vers l'orient, par Jean de Préaux, pour le repos des âmes d'Osbert et de Mathilde, ses père et mère. Le pieux fondateur dota cette maison de plusieurs revenus considérables ; il y mit des religieux de St Lô de Rouen et leur donna le patronage de toutes les églises qui lui appartenoient tant en France qu'en Angleterre. » Toussaints du Plessis, Description, etc., t. II, p. 333. —Voir Ch. de Beaurepairc, Notes sur le prieuré de Beaulieu, dans Mélanges hist. et archéol., 1897, p. 276.

de fleurs de lis d'or sans nombre en champ d'azur, avec une bande de gueules à 3. lyons d'or ou a" argent ; l'autre, mi partie desd. armes cy dessus, et d'un aigle d'or en champ de gueules.

En Téglise y a une grande chappelle ( i ) à costé droit du chœur en laquelle y a deux tombeaux, coste à coste l'un de l'autre, de pierre de taille avec deux effigies dessus lesd. tombeaux eslevez de deux pieds de terre, et sont contre la muraille de main droite, au milieu de lad. chappelle qui est du costé de l'épistre, ou midy.

En l'un desquels, qui est contre la muraille, est l'effigie de Pierre, seigneur de Préaux, qui décéda Tan mil trois cents unze, ayant à costé, son escusson descrit cy dessus, et autour de la tombe est escript : Chy gist mons. Pierres jadis seigneur de Preaus, qui fu bon à champs et à la ville, preudomme large et loyaus, et trespassa lan de grâce M .CCC .XI, lendemain de /este ge de Dieu soit. Il bene (2).

Sur l'autre tombeau est l'effigie de dame Yolande de la Marche, femme dud. Pierre de Préaux, fille du comte de la Marche, frère du roy d'Angleterre, ce qui est escript autour de la tombe sur laquelle est lad. effigie :

(1) « Quelques seigneurs de la famille des fondateurs sont enterrez dans la chapelle Ste Austreberthe. » Toussaints du Plessis. Descript., etc., t. II, p. '6S4.. — Dix dalles tumulaires provenant du prieuré de Beaulieu sont aujourd'hui conservées dans l'église de Notre-Dame de Préaux (canton de Darnétal). Cochet, Répertoire archéol. du dép. de la Seine-Inférieure, 1871, col. 20J et 294.

(2) Voici le texte que donne Farin (Hist. de la ville de Rouen. 17 10, t. II, p. 5 16) : Chi git M. Pierres, jadis sr de Préaux, qui fu bon à champs à la ville, preudhomme large et loyaux, et trespassa lan i3ii. Il beneest qui pour l'ame de lv frira. Amen.

Cky gist madame Volant de la Marche, jadis famé de monseigneur Pierre de Preaus, cy gisant en costé, H fil lie du comte de la Marche qui fut frère du roy Henri d'Angleterre, et fu la mère de cheste dame fille du comte de Bretagne, et trespassa Pan de grâce M .CCC. VI., le viijc jour de novembre. De Dieu soit il (i).

Jehanne Malet est aussy enterrée en une tombe à costé gauche de lad. sépulture au dessus de l'autel, et est escript sur icelle qu'elle estoit femme de Jean de Préaux, et qu'elle décedda l'an mil trois cents trente (2) . Il y a en lad. tombe les escussons d'aigle, avec un autre escusson de 3. boucles d'or en champ de gueules.

En mesme ligne, au milieu de lad. chappelle, prez de la marche de Tautel et au dessoubz, il y a une autre tombe en laquelle est l'effigie de Robert de Préaux, archidiacre de Nostre Dame de Rouen, et est escript autour qu'il décedda l'an mil trois centz quarante et ung (3).

Delà, en mesme ligne droite, du costé de la paroy de

(1) Farin donne ainsi cette épitaphe (Ai., p. 5 16) : Chi git M. Yollant de la Marche, jadis famé de M. Pierres de Préaux, chi gisant en côté, ly filie du comte de la Marche, qui fu frère du roi Henri d'Engleterre, etfu la mère de cheste dame filie du comte de Bretagne, et trespassa lan i3o6, le décime jour de novembre. De Dieu soit beneest qui pour l'ame d'elle prira. Amen.

(2) Farin (Ai., p. 5 16) est plus explicite : Git Dame Catherine Mallet, jadis famé de M. Jean de Préaux, qui trespassa lan i3 cents et trente, le vendredy devant la S. Massias Vapotre. Dieu ait merchi de son ame. Amen.

(3) Hic jacet Robertus de Pratellis quondam archidiaconus Rothom., qui obiit ann. 1341, 3. die maii, etc. (Farin, Id., p. 5i7.)

main droite, desouz lad. marche d'autel, y a une autre tombe en laquelle est l'effigie d'un home d'armes ayant le mesme escusson d'aigle au costé gauche, autour de laquelle est escript : Cy gist (en blanc) de Préaux, lequel decedda lan mil trois cent\ trois ( i ).

Au bas de la nef de l'esglise, y a une tombe où est une effigie d'un homed'esglize autour de laquelle est escript: Cy gist Richard (en blanc) lequel décedda Van mil deux cent\ quatre vingts dix (2).

Nota qu'en lad. chappelle, il y a en la vitre principale, derrière l'autel, un aigle de gueules en champ d'or, et en celle du cœur, y a un escusson d^a^ur à une croix d^or, et au mil lieu un escusson d'argent, une mitre au dessus, deux anges aux costez pour supports, et une crosse ou baston pastoral passant par derrière l'escusson de haut en bas, qui semble estre d'un évesque de la maison de Brezé qui auroit esté prieur de Beaulieu.

[F° 61 .] Le Bec. — Monastère et bourg.

L'abbaye du Bec Hellouin. ainsy dite à cause de Herluin qui fut fondateur et puis abbé; duquel se trouve en un vieil papier du monastère ce qui ensuit : Anno io34, Henrici Francorum régis anno 4.,Roberto filio secundi Ricardi et fratre tertii Ricardi habenas Normaniae gubernante, Herluinus, venerandae sanctitatis abbas

(1) Git M. Jean de Préaux, décédé l'an 1 3o3. Prie; pour ly. (Farin, ld., p. 5 16.)

(2) Farin (ld., p. 5 16) donne l'inscription ainsi : « Dans la nef : Git Richard Foubert décédé Van i2g5, Je merquedy après la saint Lucas. Prieç Dieu pour l'ame de ly. » — Foubert mourut en 1290, selon Cochet (Répert. archéol., col. 293), et comme le porte le texte de l'Itinéraire.

Beccensis ecclesiae primus, deposito militiae cingulo etc., habitum monachalem suscepit.A Danis pater ejus, et mater proxima ducum Flandriae. Et pour ce qui est iiu lieu du Bec, il y a ainsy : In Calliiserat, et est, quaedam provincia vocata Neustria, postea a Normannis, qui a Nort regione venerunt, cognominata Normania, in qua est quidem locus qui dicitur Beccus, et ita recitatus a rivulo ibi decurrente, qui hodie quoque decurrit juxta muros parci, ubi construxit Herluinus, qui erat de génère Danorum, secundam ecclesiam inde vocatam ecclesiam Becci (i).

Il dit la seconde église, parce que la première estoit à Bonueville, une lieuë du Bec tirant vers Rouen. Quant au ruisseau qu'il dit estre appelé Bec (2) et donner le

(1) Ces deux passages sont tirés à peu près textuellement du Chronicon Beccense que d'Achéry a publié à la suite des Œuvres de Lanfranc.

(2) « Bec, rivière; ainsy Becdasne(/br/eBecdale) qui est un fief et maison à l'aisné de la maison de Lieur, dans la paroice de Tourville, assis sur la R. de Seine, au dessouz et du mesme costé du port S. Ouyn ; et Becdale, maison dans la paroice et au dessouz d'Aquigny, et du mesme costé, apartenant à M. de Tilly de Rouen, 1/2 lieuë au dessus de Louviers. Sic et Rebec, vel ut vulgo sed corruptè Rebez, fluviolus Normanniae, in agro Abricansensi, apud Rob. Cœnalem, tomo I. de Hierarchia Neustriae, et apud nos m Monumentis Normannicis, p. 10, ex Roberto Cœnali. Item Rebez, juxia Calvimontem, pagi Belvacini, ad rivum seu amniculum. Item Rebez, abbatia ad fluvium Morinum in Brya. Bricbec et Briquebec, forest en Basse Normandie. Bec de Cise, où Cise conflué à Loire au dessus de Tours. Robec à Rouen, quasi Roth Bec. id est Ruber beccus, seu rivus. Orbec, quasi Aurae fluvius, vel Orac beccus. Houllebec. Varengebec. Meurbec vel Meulebec. Bec d'Evron en Basse Normandie, entre Goustances, Valongnes et Bayeux. — Voyez nostre cahier de l'abbaye de St Wandrille, p. 1. »

nom au monastère, le parc duquel il traverse, on m'a dit quil a sa source à 3. quarts de lieuë de là, en la paroice de Boscrobert (r), au bout ou orée de la forest du Neufbourg ; et y avoit jadis deux fontaines, Tune au lieu dit la Croix couverte, du territoire des seigneurs du Neufbourg, qui est tarie à présent, et l'autre au champ de l'Egauboult, De là, tirant de l'orient à l'occident, par 3. quarts de lieuë, il entre au parc de l'abbaye et passe au dessous de la court, entre la porte de lad. court et celle dud. parc, sous une arcade de pierre par devant le portail de la grande église; et puis par le dessuz du bourg du Bec s'en va gagner, à une mousquetade de là, une pointe de terre aulte et couverte de bois qui est du parc de l'abbaye, au bout de laquelle il entre en la prairie de la vallée par où, à une ou deux autres mousquetades de là, il arrive au Pont Autou (Pons AltoiJ, bourg de grosse juridiction (2), où il se mesle en Risle qui vient par Beaumont et Beaumontel, Launay, Bigars et Nocendres (3), village célèbre par le pèlerinage et fontaine de S1 Eloy (4). Là elle passe sous un long

(1) Bosrobert, canton de Brionnc (Eure). Le ruisseau du Bec prend sa source à Saint-Martin-du-Parc, paroisse réunie en 1828 au Bec- Hellouin.

(2) Pont-Autou, canton de Montfort (Eure). Dès avant 1340, Pont-Autou était le siège d'une vicomte. Dans la suite, elle se confondit avec celle de Pont-Audemer; il avait aussi un bailliage qui en 1741 fut réuni à celui de Pont-Audemer. Voir A. Le Prévost, Mém. et notes, etc. t. II, p. 568. — P. Duchemin, Le Dey. de VEnre avant la Révolution. 1907, t. I, p. 122.

(3) Ces communes sont situées dans le canton de Beaumont le- Roger (Eure).

(4) Li chapelle Saint-Eloy était, avant le xvi<* siècle, connue sous le nom de prieuré de Saint-Lambert de Malassis, dépendant du Bec. Voir A. Le Prévost, Mém et notes, etc., t. II. p. 117; — de

pont de bois, et là ou immédiatement au dessouz, reçoit la Charantonne, qui vient de l'estang de Charantonne de S' Evrouh (monasterium Uticense), par Bernay à Courcelles, laissant tout vis à vis sur la droite Fontaine l'Abbé, puis par Cerquiny (i), qu'elle a sur la rive gauche, vient à Nocendres, passe sous une arcade de pierre et se mesle en Risle, qui de là par la Rivière Thibouville où sur le bord droit est un vieil chastelet (2), par Brionne, gros bourg qu'elle traverse, au bout duquel, sur la main droite, y a un chasteau d'Anglois jadis commandant, à présent ruiné (3), s'en va le long de la pointe de terre susd. du Bec qu'elle rase à droite dans le Pont Autou pour recevoir le ruisseau du Bec.

Et ce seroit peut estre de ceste pointe ou bec de terre que le nom de Bec auroit esté donné au bourg et monastère du Bec, parce que Bec semble signifier une pointe ou bec de terre où confluent deux rivières,, ainsy qu'au Bec d'Ambais, au Bec d'Allier, au Bec de Bremou et autres, ainsy que nous avons dit ailleurs (4) au traité

Toulmon, Excursion archéolog. à Saint-Eloi de Nassandres, 1864, in-8° ; — Chan. Porée, Hist. de V abbaye du Bec, t. I, p. 4.10, 412, 611; t. Il, p. 19, 22, 28, 114.

(1) Fontaine-l'Abbé et Serquigny, canton de Bernay.

(2) La Rivière-Thibouville faisait partie de la paroisse de Fontaine-la-Soret (canton de Beaumont-le-Roger ). 11 existait à la Rivière un château-fort qui se rendit en 141 7 au duc de Clarence. Les Ligueurs s'en emparèrent en i5go ; ce château avait encore quelque importance en 1 5g3. (A. Le Prévost, Mém. et notes, etc., t. II, p. 116.)

(3) Sur le vieux château de Brionne, voir Congrès archéologique de France, 1889, p. 102 et iô3 ; — L. Régnier, Brionne, le donjon, les églises, le musée, 1899. in-8°.

(4) Sur ces questions, voir plus haut la note 2, p. 1J7, et p. 148.

de S1 Wandrille, en parlant de la rivière de Brebec. [f° 62]. Toutesfois, comme là aussy a esté dit, aussv estimons que c'est Peau qui a nom Bec et non pas la pointe de terre, attendu qu'à Brebec et quelques autres endroits où les rivières confluent, il n'y a point de pointe de terre. Si est ce toutesfois qu'à Brebec il y en a une où Brebec et la Fontaine, rivières, entrent toutes deux en une seule vallée et prairie, où elles entrent à 5o. pas proches l'une de Tautre dans la Seine le long du costau de Caudebequet. Semblablement à Caudebec il y a un bec ou costau où la R. de Ste Gertrude influe en Seine.

Le bourg du Bec est à la rive droite de ceste rivière du Bec, et a pour église paroiciale S1 André ; et puis au bout, allant contremont de la rivière, la court du monastère entre laquelle et le parc passe lad. riviérote. Dans la court est un très beau beffroy de pierre blanche en forme de aute tour, ayant un clocher estrécissant où est la grosse sonnerie, et couvert d'ardoise.

A costé est l'église, dont la nef entière est ruinée par en haut, et n'en reste que les deux parois (1). La croisée est entière, et au dessus d'elle le chœur avec sa carolle tout autour à parois et voustes de pierre blanche.

(1) L'église abbatiale demeura dans son intégrité jusqu'à l'année 1 5g i où la nef, déjà ébranlée par l'ouragan du i3 janvier i55i, s'écroula presque entièrement. En 1640, on rasa ce qui restait du grand portail occidental et de la nef ruinée, et l'on ne conserva que les deux travées les plus rapprochées du transept, à l'entrée desquelles on éleva une façade à la moderne, achevée en 1643, et que le brave Thomas Corneille trouvait « d'une ordonnance d'architecture assez propre ». Dict . universel géograph. et historique. 1708, t, I, p. 3i5.

Le cloistre est aussy entier, mais non si beau que celuv de S. Wandrille de la Fontuinelle (i). Au milieu est une fontaine saillante des eaux qui viennent d'un quart de lieue de là, d'entre l'orient et septentrion, d'une paroiee dite S1 Martin du Parc, pource qu'elle est joignant le parc de l'abbaye, et au costé septentrional d'iceluy où sont les sources qui fournissent aux fontaines de lad. abbaye.

Dans le chapitre (2) du cloistre sont quantité de sépultures. Les plus avancées et plus proches de l'autel sont 3. élevées presque d'un pié sur terre et portant 3. statues de gisans [f° 63] en pierre, dont ceux des deux costés sont d'hommes armés à l'antique et cottes de mailles, et leurs cottes d'armes estant bandées de 5. pièces. Celle du milieu est d'une femme diadémée, ou portant un gros bourlet qui lui ceint la teste par le ault du front, et a le devant du corps de sa robe écolleté ou vuidé, en sorte que toute sa gorge depuis le menton ou gosier

(1) Le cloître gothique, dont parle Du Buisson, fut remplacé par un autre — celui que nous voyons aujourd'hui — commencé en 1644, et achevé seulement en 1666; c'est l'œuvre de frère Guillaume de la Tremblaye.

(2) Le chapitre avait été construit en 1141, aux frais de Robert de Neubourg, l'un des plus puissants seigneurs de la Normandie. Cette salle voûtée sur croisée d'ogives, dont il reste encore une colonnette avec nervure, comprenait trois travées carrées, et mesurait environ 32m de longueur sur iom de largeur. Elle renfermait les sépultures des premiers abbés du Bec et celles de la famille de Neubourg. Sur les tombeaux du chapitre du Bec, voir Chronicon Beccense auctum et illustratum, de D. Bénigne Thibault (Bibl. nat., lat. 12884); — Henri Omont, Les épitaphes de l'abbaye du Bec publiées d'après le ms. lat. 14,1 g4 de la Bibl. nat., dans Archives historiques, année 1891; — Chan. Porée, L'Eglise abbatiale du Bec d'après deux documents inédits du XVII* siècle, 1891, et Histoire de l'abbaye du Bec, passim.

jusques à la région des mamelles est piain et couvert (Tune pièce de lad. robe attachée et jointe par un fermaille ou boucle, comme sont celles des armes des Graville; puis à l'endroit des tétons est la vuidure de lad. robbe par laquelle paroissent et sortent lesd. tétons entiers, et puis au dessouz d'eux le reste du corps est couvert et fermé (i).

A costé droit ou boréal desd. trois tombeaux est une tombe plate à raiz de terre, armoyée en un des costés des mesmes armes cy-dessus qui sont cinq bendes, et au costé opposite d'un lyon, et y a escrit tout autour pour légende : Chi gist Marguerite de Nuefborg (elle est figurée gravée sur sa tombe voilée), qui fu jadis famé monsegnor Amauri de Meulant, chevalier, qui fu trespassée le joedi après lassumption Nostre Dame, lan de grâce mil IIe seisante et dis et sept, dont Dex ait lame par sa pitié, — Une autre tombe à costé : Chi gist monsegnor Henry de Neufborg, chevalier, qui trespassa en lan de grâce mil IIe seisante et dix nuef, le joedi après lansension. — Une autre plus avant tout proche : Chi gist monsegnour Henry de Nuef bourg, chevalier, qui trespassa lan de grâce M. CCC. XXIX, etc. — A costé une autre : Cy gist madame Marguerite

jadis dame de Livarro etc. — Et à costé une autre

ainsy : Cy gist madame Marguerite Mauvoisin, jadis famé monseigneur Robert de Neufbourg, chevalier, sire de Livarrout, qui trespassa en lan de grâce M.CCC.XXXn. le xv* juin.

[F0 64.] En retournant vers l'entrée du chapitre sont

(1) Cette remarquable statue funéraire n'est autre, selon nous, que celle qui a été retrouvée, il y a quelques années, dans les environs du Neubourg, et achetée par un antiquaire de Versailles.

sept tombeaux élevés demi pié sur terre, de pierre noire ou ardoise, esiroites principalement vers les pies, qui toutes sont d'abbés dont les noms et légendes sont en lettres gothiques, que la seule brièveté du temps m'a empesche de déchiffrer et recueillir. Puis il y en a trois autres de mesme forme et matière dont l'une est de Boso, 4e abbé du Bec Hellouin(i) ; les deux autres me sont eschappés et n'y ai point remarqué les légendes. Mais entre ces deux qui sont d'un costé et celle de Boson qui est de l'autre, il y en a une de mesme matière, mais bien plus grande et plus élevée sur terre, et au reste travaillée par les dessins d'images de saints à relief de la mesme pierre. Le souzprieur des Réformés m'a certifié que c'estoit le tombeau d'Herluin ou Hellouin, premier abbé, fondateur du Bec. Outre et par de là laquelle sont encor 3. autres de la mesme matière et grandeur que les petites dix précédentes, et sont inscrits les noms de Imerius, de Peîrus et de Joannes, tous abbés. Par delà lesquels sont les tombes des prieurs claustraux qui sont à personnages chapes, au lieu que ces 14. (au moins les i3. petites) des abbés n'ont autre figure d'abbé qu'une crosse qui est en relief par toute leur longueur.

( 1 ) Voir chan. Porée, Note sur la pierre tumulaire de Boson, 4" abbé du Bec (1124-1136.) Bernay, in-12. Cette précieuse dalle funéraire est conservée au Musée de Bernay. M. Camille Fouquet, député de l'Eure, auquel j'avais soumis un échantillon de la pierre tumulaire de Boson, me répondit : « Le fragment ci-joint doit être un marbre, dit marbre d'Hécourt. Ce marbre, susceptible de prendre un poli assez médiocre, n'est plus exploité depuis longtemps. C'est un calcaire à lumachelles appartenant au terrain que les géologues désignent sous le nom d'étage kimméridien. Il a un certain développement dans le pays de Bray, d'où provient presque sûrement l'échantillon qui a été soumis par moi à l'examen de M. de Lapparent, professeur à l'Université catholique et membre de l'Institut. »

Dans la sacristie, il y a une fort belle tombe travaillée à graveure délicate et figurée d'un personnage in pontificalibus, mais sans mitre. L'endroit où sa mitre pouvoit estre est éclaté et défait, comme aussy toute la légende, mais au bord sont encor toutes entières les armes de l'abbaye, semées de France (i), à une crosse passée pardessous en pal et surmontant pour servir de tymbre.

En la chapelle de Nostre Dame,, qui est longue et grande, derrière le chœur, plusieurs tombes plates figurées d'abbés crosses, sans mitre et avec légendes; l'une ainsy : Hic jacet Domnus Gillebertus ablas xixm , qui obiit ix. kal. septembris M. CCC. XXVII. Une autre : Domnus Johannes abbas xxju$ qui obiit M. CCC. L. die xix. februarii. Entre les deux il y en a une autre semblable, mais figurée d'un personnage au visage et mains de marbre blanc, vesiu d'une cotte d'armes armoyés de deux bandes, les coings de sa tombe aussy armoyés mais de trois bandes, et autour est escrit : Chi gist noble homme Robert de Flocques, chevalier, en son vivant seigneur dud. lieu de Floques et d'Aurechier, mareschal hérédital de Normandie, contv et chambellan du roy nostre sire, et son bailly et capitaine d'Evreux, lequel trespassa lan M. CC CC. LXI. le vije jour de décembre (2).

Dans le chœur de l'église (3), très belles tombes à rais de terre et travaillées d'excellens ouvrages de graveure, figurées d'abbés et crosses et mitres, l'une de pierre fine

(1) Les armoiries de l'abbaye étaient de gueules, semé de fleurs de lis d'argent.

(2) La pierre turnulaire de Robert de Floques est aujourd'hui conservée dans l'église de Boisney, canton de Brionne (Eure).

(3) Les tombes placées dans le chœur étaient celles de Guillaume d'Auvillars, de Robert Vallée, de Thomas Frique, de Jean de la Motte ou de Rouen, de Geoffroy d'Epaignes, de Robert d'Evreux et de Guillaume Guérin.

avec incrustations et rapports de marbre et de bronze, et ceste légende tout autour : Guillelmus Garin de Rothotiiago, claro OTtUS sanguine, etc. Obiit iiij. aprilis M. I). XI III. Une toute [t° 65] pareille avec cette légende : Johannes de Rothomago, obiit M. C. quater setni duplex, mensis undeni xvij* die, qui est, ce me semble, le 17. jour de janvier l'an mil quatre cent cinquante deux.

Une autre toute semblable : Gauffridus Hyspanusy cognomen habens Benedicti, sans date qui est en blanc. Une autre toute pareille : Roberlus cui Vallis vocabulo, etc. Obiit anno M. CCC. et trigeno, in maii mense iiij die. Une autre aussy toute semblable : Frater Guillelmus de Valle, abbas Beccensis xxvjus ... anno milleno centeno quater addeque deno septem, tum terna jani lucente lucerna. Encore une autre : Thomas Friquetus... anno milleno centeno sicque quaterno, quinta quintilis decies quarto quoque sexto. Et puis une autre, bien de pareille grandeur, mais de cuivre jaune tout entière, aussy excellemment ouvragée et figurée comme les autres le sont, avec cette légende : Robertus d^Evreux, prior de Bellomonte, ternum post décades ternas decimum quoque lustrum hune créât abbatem, etc. Expiravit 22* januarii i4g2.

Et en celle de Guillaume Garin sont armes à 2. coquilles en chef et 1. cœur en pointe ; lesquelles armes sont en divers lieux de l'abbaye, et particulièrement dans le chapitre contre un pilier avec leurs couleurs qui sont de gueules de 3 coquilles d'or en chef et un cœur en pointe (1). Ce Garin (du nom duquel il y a encor un des

(i) Un vitrail de l'église de Beaumont-le-Roger offre l'effigie de Guillaume Guérin, abbé du Bec, revêtu des habits et insignes pontiikaux; près de lui ';sts <n blason, conforme aux armoiries ci-dessus décrites.

anciens religieux du Bec), fut le dernier abbé régulier, car Jean Bouquart, 3ieabbé, ayant, selon que je Pay leû dans une vieille liste des abbés, esté fait abbé ier commendataire, aprez luy vint, régulier, Robert d'Evreux, dont nous avons cy dessus descrit la tombe dans le chœur, et aprez luy vint aussy pour 33e abbé ce Guillaume Guérin qui estoit régulier, et le dernier des réguliers, parce que pour 34e abbé vint Jean Ribaut qui derechef tint l'abbaye en commende, comme ont fait les autres tout de suite depuis jusques à présent que la tient Mr de Vie, archevesque d'Auch, qui en tire environ 5o. mille livres de rente, et y a par concordat mis les Réformés depuis l'an 1625, qui y portent le noir comme partout ailleurs, et ont aussy, par cest exemple, réduit les anciens religieux qui n'ont pas voulu prendre la Réforme et vivent en particulier, à se vestir de noir, au lieu qu'auparavant ils Festoient tout de blanc, excepté une estolle noire qu'ils portoient à l'entour du col, pendant des deux bouts par devant l'estomach jusques à la ceinture ( 1 ), ainsy qu'ils se voyent dépeints es vitres des chapelles autour du chœur (où toutes fois je n'ay pas remarqué ceste estolle noire) et dans le cloistre en un tableau où un religieux est ainsy représenté vestu, à genoux devant un crucifix (2), et

(1) Dans ce même vitrail de Beaumont-le-Roger, on voit en face de l'abbé Guillaume Guérin un religieux du Bec, sans doute le prieur de la Trinité de Beaumont, vêtu de blanc avec l'étole noire pendant sur la poitrine ; les armes du prieur sont d'azur, au lion d'or passant, avec une étoile d'argent à senestre.

(2) Un dessin de ce tableau existe dans le Chronicon Beccensc auctum et illustratum, de D. Bénigne Thibault (Bibl. nat., Iat. 1 2884). ainsi qu'un plan figuré des tombeaux d'Herluin et des premiers abbés du Bec, tels qu'ils étaient dans le chapitre du ïiec au xvii* siècle.

au bas est es.rii : Noble et religieuse personne dom Cicdéon de Castel, décédé le 8e may 1G10. Armes d'argent à 3 . barres de sable.

Abbaye de S. Wandrille de la Fontainelle.

Elle est située à demi lieuë de Gaudebec, à l'orient, dans les terres. Elle est en un fonz, et c1est un bourg ( i ) où il y a foire, et église paroiciale tout devant l'abbaye, laquelle est de 20. mil livres de rente à l'abbé, et autant aux moynes. Les Réformés y sont qui ont concordat avec l'abbé (2), et laissent vivre les vieux moynes dont les places s'esteignent par la mort.

Sa situation est en un fonz pressé de deux costaus, ce qui fait qu' il y a peu de jardins et de clos. Par ceste vallée, qui est très estroite, coule un gros ruisseau, fort mais estroit, et de 3. pies de largeur. Il ha sa source 1/4 de lieuë au dessus de l'abbaye vers orient, de plusieurs fontaines les unes auprez les autres, dessouz une chapelle de Nostre Dame dite de Caillouville. La principale des sources s'appelle la Fontainelle, qui a donné le nom à la rivière qui en découle. Elle entre dans l'enclos du monastère et en lave les bâtimens du costé nord, nettoyant d'un petit rameau les lieux communs qui sont bastis de pierre de taille et à environ 3o. sièges différens et séparés, qui montre combien grande et ample a esté ceste habi-

(1) Aujourd'hui Saint-Wandrille-Rençon, canton de Gaudebec (Seine-Inférieure).

(2) La Réforme de la Congrégation de Saint-Maur fut introduite à Saint- Wandrille le 14 janvier i636, par l'abbé commendataire Ferdinand de Neufville, qui fut plus tard évêque de Chartres. (Gallia christ., XI, col. i85.)

tation de moynes. Et les autres sources fournissent de fontaines saillantes dans les courts et maisme dans la cuisine et réfectoire qui est bien grand. De là, la rivière coule par ceste vallée qui, au dessous du bourg, s'élargit un peu par une autre vallée qui luy est à droite et du costé du nord, par laquelle coule aussy un semblable ruisseau un peu plus large et ayant sa source dans la paroisse et au dessus de l'église de Ranson, au dessus de laquelle est fait un petit estang, et fait moudre un moulin ; puis suivant le pié du costeau qui borne au nord ceste vallée, va influer en Seine aux dernières maisons du Gaudebéquet, du costé de Caudebec, portant le nom de Brebec (1), Brevis Beccus, ainsi quelle se trouve appelée dans les chartes de l'abbaye susdite, dont le prieur m'a asseuré; à cause, dis je, qu'elle est fort courte et de peu de longueur, et n'ayant pas plus de 1/4 de lieue* de cours.

Ce mot de Bec signifiant donc eau, selon qu'ils disent là, et en alléguant des exemples du Bec de Mortaigne (ou Mortaigue, Mortua aqua) dans le pays de Caux, sur la rivière de Fescamp, prez sa source et proche de Vallemont(2), l'un des 4. sièges et le principal de la duché d'Estouteville (3).

(1) Dans les chartes du xiii* siècle, on trouve Buibec, en 1212; Buebec, en 12 18; Beebec, en 1272. Bebec est aujourd'hui une succursale annexée à Villequier, canton de Caudebec. Voir Cochet, Les Églises de l'arr. d'Yvetot, t. I, p. 93.

(2) Sur Valmont, voir Cochet, Les Eglises de l'arr. d'Yvetot, t. II, p. 1 3g à 172; et Ch. de Beaurepaire, Note sur V abbaye de Valmont, dans Mélanges hist. et archéolog., 1897, p. 161 .

(3) Du Buisson fait suivre ce passage d'une longue énumération de rivières et de localités du nom de Bec qu'il nous paraît inutile de reproduire, car c'est une répétition, ou à peu près, de ce qui a été dit plus haut au sujet du Bec-Hellouin.

Or, à cause de ceste Fontainelle, source et rivière et gros ruisseau qui en découle, le monastère de S1 Wandrillc est appelle abbaye de Fontainelle, monasterium S" Wandregisili Fontanellense, où estoit ce MS. célèbre que André de Ghesne avoit (i), et dont le Père Anselme Bouenier (2), religieux de Bernay, commis des

(1) Il existe plusieurs manuscrits de la Chronique de Saint-Wandrille. (E. Frère, Manuel du bibliog. normand, t. I, p. 2'5j.) André Du Chesne a publié dans son Hist. Francorum script, coaetanei, t. Il (1 636), p. 383, Fragmenta chronici Fontanellensis, ab anno 841 ad annum 856. — « Le sacristain de l'abbaye abandonna son cloître vers i58o et emporta avec lui les plus beaux manuscrits du monastère qu'il vendit à très bas prix. La plus grande partie de ces livres rares et prétieux sont tombés dans la suite entre les mains de M. M. Bigot et Duchesne qui ont si bien sçu s'en servir pour l'avantage de la république des lettres. » Toussaints Du Plessis, Description, etc., t. I, p. 84.

(2) Il semble bien qu'il y ait écrit Bouenier dans le ms. de l'Itinéraire, mais je crois que c'est Le Michel qu'il faut lire. D. Anselme Jérôme Le Michel, l'un des plus anciens pères de la Réforme de S. Maur, était né à Bernay, en 1601, et avait fait profession dans l'abbaye de Corbie, le i3 septembre 1621. Il composa une Histoire de l'abbaye de Marmoutier, en 3 vol., in-fo, ms. ; il mourut en 1644. « Il fut chargé par le Père général de faire la visite des monastères afin de rassembler des matériaux pour l'Histoire de l'ordre de S* Benoît. La lettre du Père général est du 9 septembre 1642. » D. Tassin, Hist. litt. de la Cong. de Saint-Maur, p. 36. Les matériaux ms. de cet immense ouvrage sont conservés à la Bibl. nat., fonds de Saint-Germain-des-Prés : i3,8i2 - 13,814, Catalogue des monastères bénédictins; 1 3,8 1 5, Extraits et notes ; 1 3,8 16, Notes et copies d'Anselme Le Michel et de plusieurs Bénédictins sur diverses abbayes. On trouve aussi des travaux de Le Michel dans les recueils suivants : 12,777 - 12,780, Documents sur diverses abbayes de France; 11, /33, f° 83, Notes sur les auteurs du xic siècle; 12,875, Recueil de D. Anselme Le Michel sur Marmoutier. — Sur le caractère difficile d'Anselme Le Michel, voir : Le premier supérieur général de la Congrégation de Saint-Maur, dans Mélanges et

Réformés pour faire l'histoire des monastères et religieux noirs de S1 Benoist en France, en a une copie. Il fust basti par S1 Wandrille, qu'ils tiennent avoir esté prince du sang royal d'Austrasie, vers Tan 645 (1). La vie de ce saint le dit plus précisément, et monstre qu'il vivoit en ce temps là, qui estoit le siècle de S' Ouen, archevesque de Rouen, qui le favorisa. Ils se vantent d'estre plus anciens bastis de six ans que Jumièges, qui l'avoue ainsy. Saint Wandrille bastit d'abord une chappelle à la source de Fontainelle, qui est encor aujourd'hui Nostre Dame de Caillouville et ce fut son ermitage et première retraite. Gomme il eut des sectateurs, il bastit de temps en temps 3. autres chappelles : S1 Saturnin, qui est encor sur le costau du nord, commandant à l'abbaye et interjacent entre Brebec et Fontainelle, rivières; S1 Paul, qui est joignant l'abbaye [f° 6j.] au pié du costau du su, et S1 Amand, qui est dans le hameau de Vauville, de la paroice de S1 Wandrille, sur le chemin de Jumièges. Les 4. chappelles furent, du commencement, les cellules de S1 Wandrille et de ses compagnons (2).

Puis il fit bastir un monastère au lieu où il est, qui ayant esté destruit par les Normans, en Tan 852 (3),

documents publiés à l'occasion du 2' centenaire de Mabillon, 1908, p. 63 et suiv. Cf. Nouveau supplément d'histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur. Notes de Henri Wilhem, publiées par D. Ursmer Berlière. Paris, 1908, t. I, p. 364-366.

(1) Certains auteurs placent la fondation de St Wandrille à l'année 654; le Gallia christ., en 648 (t. XI, col. 1 55). Sur l'abbaye de Saint-Wandrille, voir l'abbé Cochet, Les Eglises de Varr.d'Yvetot, t. II, p. 389 à 409.

(2) Sur les chapelles de Notre-Dame de Caillouville, de Saint- Saturnin, de Saint-Paul et de Saint-Amand, voir Toussaints Du Plessis, Description, etc., t. I, p. 79 à 81.

(3) Ou en 862.

dix ans aprez la ruine de celuy de Jumicges, il fut plus île cent ans en ruine, et fut restabli par Richard 2., duc de Normandie, comme il se veoit peint en quelque paroy de l'église encore debout, et dans un coin du cloistre (lequel est de pierre blanche, bien voûté et encor entier), où il y a un arbre des fondateurs, restaurateurs et bienfaiteurs du monastère, et auprez de S1 Wandrille s'y lisent ces vers qui ont été faits par un moyne, accusé de peu de connaissance, qui restablit cette peinture :

Ruiné festois avant que S. Wandrille En Van cinq cens septante eust commencé Me rebastir. Je fleuris en dix mille Tant fruits que fleurs dont je me veoys orné. L'an mil cinq cens et quatre apre\ suivant, Cest arbre en fleurs a produit ces images. L'an mil six cens vingt et un déclinant. J'ay derechef recouvert neuf ouvrages.

Je lis qu'en l'an 570 (date fausse), S1 Wandrille rebastit ce monastère, ce qui est faux, n'y ayant jamais eu rien de basti en cest endroit avant S1 Wandrille; qu'en 1010 il fut restably ; qu'en 1 504 ceste peinture en forme d'arbre fut faite, et qu'en 1621 elle fut repeinte.

Là est peint Richard 2. avec son éloge de restaurateur. Là est S1 Conde, Condetus, anglois de nation, qui obtint au monastère, du don du roy Thierry ou Théodoric, l'isle de Villequier (son nom dans les chartes est Belsiniacum (1), vis à vis de laquelle, au bord droit de

(1) Dans la charte de donation de Thierry, fils de Clovis II, à Condède, religieux de Fontenelle, l'île de Belcinac est appelée Lutum. Mabillon pense que ce nom, qui signifie en latin de la boue, lui avait été donné à cause de la vase que les eaux y laissaient en se retirant. « Cette ile, dit Toussaints Du Plessis, qui avoit reparu

Seine, estoit un palais royal), ainsy dite à cause qu'elle est au dessous et vis à vis du village de Villequier, plus bas que Caudebec. Elle est de long temps au dessous de l'eau et ne se veoit plus. Elle apparut du temps de Guillaume le Conquérant, vers Tan 1060, et puis encor de Jean, fils de Philippe de Valois, et duc de Normandie par apanage avant qu'estre roy de France, vers Tan 1 340. Dans le cloistre est le chapitre, en forme de belle chappelle bien voûtée. Là, devant l'autel, sont 5. sépultures marquées par distinctions du pavé mesme qui est de diverses couleurs représentant un personnage en chaque sépulture, vestu pontificalement, tenant une crosse et encor estant mitre, ce semble; combien que ce seroit à faux, pour ce que certains abbés, à ce que m'assura le P. Anselme susdit, historien de Tordre, sont auparavant que les papes séants en Avignon eussent permis aux abbés de porter mitre. Leurs noms sontescrits à Pentour de leurs testes en lettres de poterie d^utre couleur que celle du pavé (qui forme leur représentation quasi en façon de marqueterie ou de mosaïque) (1), ainsi : Roge-

en 1 641, est aujourd'hui entièrement submergée; on n'en voit pas les moindres vestiges. » Description, etc., t. I, p. 86. — Dans une charte tionnée à Lillebonne, en 1074, par Guillaume le Conquérant, en faveur de S1 Wandrille, on lit : « Item reddo insulam in Scquana sitam quae vocatur Belcinaca. » Neustria pia,p. 167. — Il importe de faire remarquer que la station romaine de Lotum, indiquée par V Itinéraire d'Antonin, est généralement placée à Caudebec, dans le voisinage duquel devait se trouver l'ile de Belcinac. Voir Cochet, La Seine-Inférieure hist. et archéol., p. 477 et 478.

(i) M. Eugène de Beaurepaire (Les Carrelages funéraires en Normandie, dans Variétés archéologiques, 1884, p. 67 à 88), M. Paul de Farcy (La Céramique dans le Calvados, i883), ont signalé de nombreuses tombes en carreaux de terre émaillée ou vernissée; elles provenaient généralement de l'atelier du Molay, qui fonctionna du xme au xvme siècle. On conserve au Musée d'anti-

rius abbas ; Galterus abbas ; An fridus abbas; Gauffridus abbas; Robertus abbas.

L'abbé est bien depuis mitre. Il se prétend exempt; mais Farchevesque de Rouen leur feit veoirquenon; et encore ceste année 1640, il est venu faire sa visite, et a logé et couché dans le monastère. Il n'a mangé que poisson, non plus que les moynes (s'ils ne sont malades), et les estrangers qui y sont receûs.

Ce chapitre sert de chœur ou d'église aux moynes qui chantent dedans pesle mesle, les anciens avec les Réformés ou nouveaux. L'église, en structure de 2. ou 3. cens ans, est ruinée, toute la nef à bas et partie du chœur, le chevet seulement estant resté avec les chapelles qui sont dans la carolle tout autour (1). Là se veoyent es vitres les armes de l'abbaye qui sont d'azur à 3. fleurs de lys d^or, à une crosse brochant par dessus le milieu en pal et surmontant en forme de thymbre.

Au dedans du chœur mesmesont 3. sépultures d'abbés, élevées et à statues gisantes, sans mitre, dont les légendes sont effacées, 2. du costé de l'autel à l'évangile, et l'autre du costé de l'épistre. Il y a aussy une grande et toute plate tombe de cuivre, travaillée de mesme ouvrage fort

quités de Rouen (salle Cochet, no 26) un certain nombre de carreaux funéraires de l'époque du moyen âge; ils sortaient des fabriques de Brémontier, canton de Gournay.

(1) Dans la nuit du 20 décembre i63 1, la tour centrale, bâtie en l33i, s'écroula en écrasant les deux tiers du chœur, le croisillon méridional et la nef. Le service divin fut interrompu dans l'église pendant près de quinze ans. Durant toute la seconde moitié du xviii6 siècle, on travailla à la restauration de l'église. Voir E.-H. Langlois, Essai hist. et descriptif de l'abbaye de Fontenelle ou de Saint-Wandrille, 18^4, p. 28 et suiv.

délicat, et de la figure d'un abbémitré et crosse (i), avec ceste légende en vers, la plus part léonins (2) :

F rater in hoc preses de Rochoys iste Johannes Dormit sarcophage stratus, quem Neustria mundo Ortu produxit in Gournay ; dogmate luxit Indolis initio cauponia gymnasiorum.

Ille est qui Fleyo capitur consors monachorum, Instar multorum regimen dédit officiorum, Hinc bene quam rexit, pariterque relaxa reduxit. In Roma nomen augetur et embrocat omen, Virtus rectorem nam constituit gêneraient, Fiscamnum tandem merito capit hune Philemoren Dictus inficias, quo duxit strata paranda, Fontanellensis hune abbatem petit or do, Annis millenis cum ter centum, simul adde Octoginta novemque, novembris mense Kalenda Septena; repparat hic lapsa, maneria solvit, In pignusque data lucratur litigiosa ; Régula servatur, te presule, religionis, Hoc grex instruitur ; cœlis societur altis. Hune duodeno M. quadringento substulit anno Quarta dies martis; sibi detur lux paradisi.

D'un costé, les armes de l'abbaye cy devant blasonnées; de l'autre opposite celles de la ville de Gaudebec, qui pour la plus grande part apartient à Tabbaye, et sont

(1) Jean de Rochois fut abbé de Saint- Wandrille de i38g à 141 3, et fut enterré sous une tombe de cuivre, « qualem vix alibi ornatiorem invenias », dit le Gallia christ., XI, col. i83. Il avait obtenu de Benoit XIII, en i395, l'usage des pontificaux.

(2) Nous avons tente de rétablir cz texte, fort incorrect lans Du Buisson, à l'aide du Neustria pia, p. 180.

.). poissons posés en fasces, que l'on m'a dit esire éperlans (à cause du bon éperlan qui se pesche à Caudebec) d'argent en champ d'azur.

| F° 70. J Ste Austreberthe de Pavilly.

Est un prieuré (1) siz au dessus de Barentin, sur la mesme rivière qui s'embouche à Duclair en Seine. — Ferreolus Locrius, in Chronico Belgico (2), ad ann. 680 : « Moritur S. Austrebertha, etc. Fama sanctitatïs ejus pervenit ad Philibertum Gemeticensem abbatem, quivoluit ut, in Pauliaco monasterio a se constructo, Dei famulas regeret; quo in loco reliquum vitae exegit. » — Ex Molano, Natal. S. S. Belg. (3) ad 10. diem februar. : Bertha signiricat fulgidam, ut Locrius, ad ann. 682. ait. Ergo Ooster Bertha (nam sic omnino lingua veteri scribendum est), orientalis fulgor est.

Concile tenu à Lillebonne, anno 1080 (4).

Est dans le recueil en ms. de Mrdu Puy, en un volume intitulé : Mes langes d'anciens titres, et quoté dans l'Inventaire dud. Recueil qui est de M. le Président de Guénégaud, vol. 134; item, vol. 177.

(1) Sur le prieuré de Sainte- Austreberthe de Pavilly, voir Toussaints Du Plessis, Description, etc., II, 266 et 267. Cf. l'abbé P. Meunier, curé de Marconne, Sainte Austreberthe de Marconne, abbesse de Pavilly. Arras, 1888, in-8°.

(2) Ferreoli Locrii, Chronicon Belgicum ab anno Christi 2 58 ad annum 1600, in-40. Atrebati, Riverii, 161 6. — Ferry de Locres mourut en 1614.

(3) Natalis sanctovum Belgii, et eorum chronica recapitulatio, auctore Joanne Molano, theologo Lovaniensi, in-8°. Lovanii, Masii, i5g5.

(4) Les canons du concile tenu à Lillebonne ont été publiés par D. Pommeraye, Sanctae Rotom. Eccles. concilia ac synodalia décréta. 1677, P- io3 à 108, et par D. Bessin, Concilia Rotomag. provinciae. 17 17, p. 67 à 74.

|F° 73.] U Abbaye du Valasse.

En certaines cartes du pays de Caux, le Valeise, au dessus de Lillebonne, sur la mesme rivière. Elle est dans un val (d'où luy vient ce nom de Val asse) (1), soit que ce soit une valasse ou petite vallée, soit le val d'un homme nommé Asse, comme veulent les moynes qui sont douze, de l'ordre de Cisteaus, et reconnoissant l'abbaye de Mortemer, prez la forest de Lyons, pour leur mère (2). Et ont en leur cloistre 2. sépultures à tombes plates gravées à personnages de chevaliers dont l'un est Guillelmus de Mortuomari, senior, miles, dictus le Grand homme, et a en son escusson des fasces chargées de fleurs de lys. L'autre est Guillelmus de Mortuomari junior, miles, avec une grande fleur de lys à son costé ; les dates sont effacées (3). Néanmoins, ils tiennent que leur fondatrice est Mathilde, fille d'un roy d'Angleterre et duchesse de Normandie, femme d'un empereur pre-

(1) Aujourd'hui Gruchet-le-Valasse, canton de Bolbec (Seine-Inférieure) .

(2) L'abbaye fut fondée par Galeran de Meulan, en 1 r 57 . Voir Somménil, Chronicon Valassense, 1868, p. 27. L'abbaye de Mortemer, de l'ordre de Citeaux avait été fondée en 1 1^4. (Gallia christ., t. XI, col. 3o8-3i3.) — « La chambre de Mortemer, ainsy appellée, est encor dans le monastère, et disent que l'abbaye du Valasse est fille de Mortemer, comme Mortemer est fille d'Ourcam ; c'est à dire que les premiers des moynes du Valasse vindrent y habiter de Mortemer, comme à Mortemer les premiers furent envoyés par l'abbé d'Ourcam. De quo vide in Monimentis normannicis nostris ms. de Mortuomari. » (Note de Du Buisson.) Cf. L. Régnier, Excursion à Lyons-la-Forêt, Mortemer et Lisors. Pontoise (s. d.), in-8°.

(3) Un Guillaume de Mortemer est mentionné dans des chartes de i2o5, 1214, 1226, 1240. Voir L. Delisle, Cartul. normand. p. 124, 23o, 44.6. 1140. Les Grands rôles normands citent souvent le même nom à partir de l'année 1 iq5 .

mièrement, el puis d'un comte d'Anjou (i), doni sont descendans les roys d'Angleterre jusques et compris le roy Charles à présent régnant, qui la bastit à cause d'un voeu qu'elle avoit fait; à cause de quoy elle est appellée monasterium B. Vivginis de Veto. Et y a une chapelle encor ainsy dite qui est à costé du chevet de la grande église ; laquelle grande église est de pierre blanche tirée du costau qui borne et couvre l'abbaye du costé du nord (2).

Le reste des logemens est peu de chose, mais la place est belle, la situation bien exposée et solaire, et de longue estenduë aus deux bouts de l'abbaye le long du costau où est lad. quarrière d'où l'on tireroit pierre blanche et très bonne pour bastir de beaus logis.

Au devant et abord ou court du monastère, par où passe la rivière de Fontaine qui y vient par Bolbec, à 3/4 de lieuë de sa source, ou 1. lieuë au plus, et en ces deux bouts le long du costau, on feroit beaus clos et jardins avec canaux et réservoirs remplis de l'eau de lad. rivière. Elle vaut de bail à ferme, toutes charges faites, 12. mille livres de rente à l'abbé qui est Mr de Metz, frère naturel du Roy, aussy abbé de Bonport, du mesme ordre de Cisteaus, proche au dessous du Pont de l'Arche, et y a suc-

(1) L'impératrice Mathilde, fille d'Henri Ier, roi d'Angleterre, femme de l'empereur Henri IV, puis de Geoffroy d'Anjou, était considérée comme la principale fondatrice de l'abbaye du Valasse. Voir Neustria piay p. 85o. — On conserve au Musée d'antiquités de Rouen une superbe croix-reliquaire du xne siècle, en argent doré, avec filigranes et pierres fines, provenant de l'abbaye du Valasse, et que l'on regarde comme ayant été donnée par l'impératrice Mathilde.

(2) On peut voir plusieurs plans et vues de l'ancienne abbaye dans U Abbaye du Valasse, par l'abbé F. Somménil, Evreux, 1904, in-8°.

cédé de la despouille du feu grand prieur de Vendosme, aussi frère naturel duroy (i). Elleluy valloit, les années précédentes l'an 1640, jusques à 16. mille livres.

Belle église et aute voûte, lanterne ou couppole au dessus du chœur. La patronne est Nostre Dame du Veu. comme dit est. En la grande vitre derrière l'autel du chœur, au coin droit, tout au bas, abbé peint priant en habit de religieux, avec une crosse; armes, d'azur au chevron cTor, cantonné de 3. besans d'argent, tymbré d'une crosse, et au-dessous : A nno Domini M. CCCC. LX. Guillelmus David, abbas hujus loci xxvus, cœpit reedificare istam ecclesiam (2). — Au dessus de l'abbé sont armes, d'or à la croix d?a\ur cantonnée de 4. soleils ou comètes de gueules ; et au milieu de la vitre, tout au fin bas, armes de France ; puis assez prez du costé gauche, armes d'Angleterre, qui sont de gueules à 3. léopards d'or, parties de l'Empire qui est d^or à V aigle éployée à 2. testes de sable, coronnées, béquées et membrées de gueules ; le tymbre est une crosse qui monstre que ce sont les armes de l'abbaye. Elles sont aussy comme cela aux cœurs ou clefs des cordons de la voulte (3) du chœur et de la nef.

Devant le grand autel sont deux tombes, l'une gravée d'un abbé mitre et crosse in pontifie alibus, et à ses pies est gravé : Hic jacet piae memoriae Domnus Petrus Bouteren, religiosus, doctor theologus, hujus monasterii abbas xxx"*, qui hanc ecclesiam XXXIII. annis

(1) Voir Somménil, L'Abbaye du Valasse, p. 178 et suiv. Une faute d'impression y fait lire Alexandre de Boutren, pour Alexandre de Bourbon. — Cf. Gallia christ., t. XI, col. 3i5.

(2) Guillaume David fut abbé de 1452 à 1492.

(3) Nervures de la voûte.

laudabiliter rexit. Obiit xiv. kal. junii, anno Domini 1 54o(i), — L'autre, gravée d'un religieux tenant une crosse, sans mitre, et tout autour est escrit : Hic jacet piiie recordationis Johannes le Me)'nier , quondam prior Boni portus, hujus autem abbas xxvi"s, qui dum XII. annis x. mensibus prejuisset. anno Domini M. Ve V. viam universae carnis ingressus est, etc., etc. (2).

Il y a un abbé des Hays inhumé dans le chapitre de ceste abbave de Voto (3).

Abbaye de St-Georges de Boscherville.

Raoul, comte de Tancarville, chambellan hérédital de Normandie, fonde des chanoines réguliers de S1 Augustin à S1 Pierre de Magneville (4), paroice encor à pré-

(1) Cette pierre tumulaire existe encore dans l'église de Gruchetle-Valasse ; elle a été reproduite très fidèlement par l'abbé Somménil, LAbb. du Valasse, p. i32. — M. Ch. de Beaurepaire a publié une analyse très complète des comptes et dépenses de travaux exécutés à l'abbaye (maçonnerie, menuiserie, carrelage, imaginerie, peinture, verrerie, livres), de i5i6 à 1540, au temps de l'abbé Boutren. (Notes hist. et archéolog., i883, p. 269 a 274.)

(2) Jean le Mynier ou Meynier avait été moine et prieur de Bonport.

(3) Jean des Haies avait résigné son abbaye, en cour de Rome, en faveur de Robert de Bapaume, chanoine de Rouen ; cette résignation n'eut pas d'effet. Ce fut Pierre Boutren qui fut nommé abbé du Valasse et prit possession au mois d'août 1 5 14. Jean des Haies mourut le 20 juin 1 53 1. (Gallia christ., t. XI, col. 3i5.)

(4) Saint-Pierre-de-Manneville, canton de Grand-Couronne (Seine- Inférieure). Nous n'avons pas trouvé trace de cette fondation de chanoines à Saint-Pierre de Manneville ou Magneville ; Toussaints Du Plessis dit seulement que Guillaume de Tancarville donna cette église ù Saint-Georges de Boscherville vers le commencement du

sent, entre laforestde Rumare et la R. de Seine, au dessus de la maison de la Rivière Êourdet, et y feist force omosnes, entre autres l'église d'Abbetot (i), oùmesmeon tient qu'il meit lesd. chanoines en attendant que l'église St Pierre fust bastie à Magneville.

Guillaume de Pavilly et Hugues son frère donnèrent les dixmes de Pavilly et de Lamberville, etc., dont avint, Pan 1236, procez entre les religieux de S1 Georges et Regnaut de Pavilly. Robert de Boudeville (une femme dénommée de Galletot, fille d'un de Boudeville, est enterrée devant la chapelle S1 Laurent, au costé boréal du chœur) et Cécile, sa mère, donnèrent la dixme de Quevillon (2). Robert de Canteteu, la dixme de Canteleu. Raoul et Rabel, fils dud. Raoul, premier comte de Tancarville, fondateur, donnèrent aussy, Rabel la dixme de Montigny, etc. Le duc Guillaume le Conquérant confirma tout ce que dessus, et feit autres donations, comme de 4. maisons franches dans Rouen, franchise au monastère tant deçà que delà la mer, et à un navire pour eux .

En Pan 1 1 1 3, le comte Guillaume de Tancarville (tiers

xne siècle. (Descript., etc., t. II, p. 629.) Il ajoute que cette abbaye n'était à son origine qu'une simple collégiale fondée par Raoul de Tancarville, chambellan de Guillaume le Conquérant. Guillaume de Tancarville, cinquième fils de Raoul, chassa les chanoines dont la vie était déréglée, et les remplaça, en 1 1 14, par des moines bénédictins de l'abbaye de Saint-Evroult. (Id., p. 296.)

( 1 ) « St Jean d'Abbetot, joignant St Romain de Collebosc, dont l'abbé de St Georges est seigneur et patron, comme il est aussy patron de Grosmesnil. »

(2) « Quevillon, paroice dont l'abbé de St Georges est patron, située entre S1 Pierre de Magneville et St Georges de Boscherville, et dans laquelle est le fief de la Rivière Bordel (Bord d'eau), appartenant de la succession des Durand en partie, et en partie de l'achat des de Pardieu, sieurs de Boudeville, aux Magnait srs de Bernières ; délicieuse situation, belle maison, magnifique et ravissant jardin. »

fils de Raoul dessud.(i), premier fondateur), chambellan hérédital de Henry, roy d'Angleterre et duc de Normandie, icr du nom et 3e fils de Guillaume duc et roy conquérant, fonda l'abbaye de moines noirs de S1 Benoist, et confirma tous les dons de son père, et de plus donna l'isle Rabel, prez Radicastel, entre Gaudebec et Lillebonne, avec les hostieus (hostels) (2) et son pescheur franc par toute l'eau de sagène (3) et retz. Item, le bosc aux Moines en la paroisse de Boudeville, prez S1 Laurent en Gaux, et la dixme de la forest de Lillebonne et de celles de Tancarvil le, Tourville, Manéhouville. Item, la dixme du port de Tancarville, l'église et paroice de Sf Romain de Gollebosc et tout ce qu'il avoit des biens en Angleterre à luy donné par le roy Henry; et à Limesi, la dixme de son fief, etc.

Guillaume et Raoul (4) de Tancarville, fils du susd. Guillaume, confirmèrent et donnèrent encor, etc.

Leroy Henry d^ngleterre dessusd. confirma et donna toute la franchise, pasturage, et usage de bois en la forest de Rumare pour le monastère et ses hommes.

Le roy Henry, 2e du nom, donna une nef allant franchement par la rivière de Seine et le port de Berneval sur la mer, dans lequel est le fief de la Court, appartenant aud. S1 Georges.

(1) Il en était le cinquième fils.

(2) 11 y a dans le texte latin : « Do et insulam Rabelli cum hospitibus et piscatore. » Chartul. S. Georgii, cité par L. Delisle, Etude sur la condition de la classe agricole, etc., p. 10.

(3) Sagena, filet.

(4) « Ce Raoul vivoit et donnoit encor en l'an 12 38, et fut père d'un Guillaume, et d'un autre Guillaume encor qui vivoit et donnoit x livres de rente sur son marché de S1 Romain, en l'an 1278. Aude, dame de Tancarville, mère de Robert, comte de Tancarville, tils de Guillaume susdit, en l'an 1297 confirma tout. »

lé2

En Pan i2j3, Philippes, roy de France, donna l'usage et la franchise de la forest de Rumare, tant pour ardoir que pour maisonner.

En Tan 1218, Richard de Vallois donna la chapelle de Ste Honorine (elle est à présent couverte de chaume, viron 1/2 lieuë par de là Lillebonne, sur le chemin de Harfleu), paroice de Folleville (1).

Tout ce que dessus extraict et transcript sommairement d'un livre fait par le prieur, de la compilation des chartes du monastère, en Fan 1640.

[F0 jj.] Boscherville est un gros village ramassé au pied de la plate coste (ainsy s'appelle t'elle) de la forest de Rumare et la rivière de Seine, vis à vis de Bardouville, et au dessouz du village de Quevillon. où est la maison de la Rivière Bourdet des srs de Bernières Maignart. L'église paroiciale est joignant la prairie ; et plus outre, au nord et au nord est, est l'abbaye de S1 Georges apartenant par le décez de Mr de Balzac, évesque de Noyon, avenu Tan 1625, au fils de Mr le mareschal de Bassompierreet de Madamoiselle d'Entragues (2). Il y a beaucoup de logis démolis et ruinés, et il y en reste encor un corps pour loger l'abbé qui y a une belle grande salle haute .

L'église est de structure de pierre blanche, avec une tour quarrée finissant en flèche ardoisée. Elle est grande et bien voûtée par dedans (3). S1 Georges est patron,

(1) Chapelle Sainte-Honorine, à Mélamare, canton de Lillebonne; Saint- Jean de Folleville, id. (Seine-Inférieure).

(2) « Le revenu de l'abbaye est de 18 mil livres, dont les 2. tiers, qui sont 12 mil, reviennent francs après toutes les charges faites, et les moines, qui sont dix ou douze, défrayés, à l'abbé. »

(3) Sur l'église abbatiale, voir A. Besnard, Monographie de l'église et de l'abbaye de Saint-Georges de Boscherville. 1899, in-40; Dr Coutan, Saint-Georges de Boscherville d'après M. A. Besnard, architecte, 1899, in-80.

Ié3

dont L'image est en grande figure au costé droit ou boréal du maistre autel. Duquel costé, qui est celuy de l'évangile, dans un arceau de la muraille percée à jour en cest endroit, est une large sépulture d'une lame de pierre dure, élevée un pié ou plus de terre, à vuidesur4- lyons, et portant sur soy deux chevaliers gisans armés de mailles et cottes ou casaques, depuis peu repeintes de rouge ou gueules, chargées d'un escusson d'argent à Vorle ou bordure d" Angennes, ou sixtefeuilles ou estoilles à six rais dCor (t), telles qu'elles sont aussy en l'escu que la gauche des deux gisans porte sur sa cuisse. Ils sont sans barbe et nues testes, qu'ils ont liée d'un rilet ou bourelet en forme d'estroit diadème, et sont deux des seigneurs de Tancarville fondateurs de l'abbaye, comme il est dit cy devant (2).

(1) « Armes des fondateurs de St Georges qui sont dans le cloistre au lambris fait repeindre par l'abbé dernier de Balzac, et sont de gueules à l'orie de sixte feuilles ou molettes non percées d'or, et en cœur un escusson d'argent; ou bien sont à V escusson d'argent à l'orie de gueules chargée de sixte feuilles d'or. Elles ont esté ainsy repeintes et prises ou sur de vieilles qui y estoient, ou sur une robe qui se veoit encor, en l'an 1640, à l'image de Nostre Dame, en la chapelle Nostre Dame au costé austral extérieur du chœur ; laquelle robbe est faite d'une casaque d'armes d'un seigneur de Tancarville, et est de velours rouge portant sur le milieu ou derrière un escusson d'argent à l'orie ou plutôt bordure de sextes feuilles ou estoilles à 6. rais d'or qui sont semées sur tout le reste de la casaque, aussy bien par devant que par derrière. Géliot en son Indice Armoriai sur le mot Angennes, Angenin ; le comte de Tancarville dans Bara porte de gueules à un escusson d'argent à la bordure d' Angennes d'or, qui sont vrayes quintefeuilles (selon la représentation qu'en fait Bara en ses preintes) et néanmoins devroient avoir six feuilles. »

(2) D. Michel Germain, parlant de ces sépultures du côté évangélique, dit que l'une d'elles est celle de Guillaume de Tancarville ; quant à l'autre, elle appartiendrait à Raoul de Tancarville, premier fondateur. Selon quelques-uns, ce serait la sépulture de Rabel. (Cité dans A. Besnard, Monographie, etc., p. xxxvm.)

Dans le sanctuaire du maistre autel, il y a cinq tombes estroites et à raiz de terre, sans légende ; et derrière led . maistre autel, il y en a encore 4. ou 5., aussy désignées par figures de pavé ( r ), qui toutes sont de ceste maison de Tancarville.

Mais entre la grande sépulture élevée à figures et led . coin évangélique de l'autel, [f° 78] tout droit au dessous de l'image de S* Georges, est une tombe figurée d'un abbé, sans mitre, avec ceste légende : Hic jacet Philippus, hujus monasterii abbas qui obiit mense octob. 146 S (2). — A l'autre coin, qui est le gauche ou austral et épistolique dud. maistre autel, est la tombe de Theodoricus, abbas iyus, qui obiit i4g5 (3). — Et devant le sanctuaire, un peu vers le costé austral, est une belle tombe de marbre noir, grande, d'un abbé que Ton tient estre le dernier titulaire ou religieux, à visage et mains de marbre blanc, mitre et crosse, avec ceste légende : Cy gist Révérend père en Dieu Mù'e Antoine le Roux, docteur en théologie, 1 ge abbé de céans, religieux omosnier de Fescamp, lequel décéda le 22e décembre lan i535. — Ses armes sont une fasce blanche 'chargée de 3. croisettes noires, cantonnée de 3. molettes jaunes, 2. en chef et j . en pointe. Mais les Roux, sieurs de Fraiteen la paroisse de Rouville, entre Beuzemouchel et Yebleron en Gaux, portent de sable ou de gueules au léopard

(1) Ces tombes devaient être en carreaux de terre émaillée.

(2) D'après D. Michel Germain l'inscription portait : Hic jacet bonae memoriae Philippus hujus monasterii abbas XVI, qui quasi ex interitu valorem ejus per Regestrum declaravit ; obiit XXIV rnensis octobris anni M . CCCC. LXV. (Cité dans A. Besnard, Monographie, etc., p. xxxix.)

(3) Thierry Davy, moine de Jumièges, abbé de Saint-Georges de 1466 à 1495. *

d'argent accompagne de 3. roses d'or, 2. en chef et 1 . en pointe.

Dans la chapelle S1 Jean, prochaine au costé austral du chœur, qui est des srs de la Vaupaillère, qui sont à présent les srs de la Rivière Bourdet et de Bernières du nom de Meignart (1), de par leur mère, fille héritière du sieur Molévrier Puchot qui acheta ceste [f° 79 J terre de la maison de Bacqueville Martel qui lavoit longtemps possédée, se veoient de sable à 2. filets d'or éloignés (?) et péris en bande (2). Là est une tombe de Paul Baptiste Ribaut, sr du Mesnil (qui est une gentilhommière un peu plus outre que l'abbaye, vers le non et suivant la prairie), qui décéda 26e de may 162G. Ses armes sont là gravées, et dans une contretable de l'autel, avec leurs blasons qui sont faux : de gueules à une fasce d'azur chargée de 3. boules d'or, cantonnée de 3. croix d'argent, 2. en chef et 1. en pointe. Ils estiment qu'il estoit descendant de la Pucelle d'Orléans (3). A costé de ceste tombe sont 2. autres, l'une de Joannes, abbas decimus monasterii, qui obiit 7. idus novembris, anno 1324 (4), et l'autre de Radulphus, abbas 12^, qui obiit i36g.

En la chapelle voisine et plus australe, dite de Nostre Dame, on veoit les armes des comtes de Tancarville, fon-

(1) Dans son Journal des Guerres civiles (t. II, 58), Du Buisson parle, en l'année i65i, de Maignart delà Vaupaillière, lieutenant au régiment des gardes.

(2) « Portoit d'azur à l'aigle à 2. testes éployée d'or, une estoille entre les 2. testes de Vaigle, pour brisure de cadet, au chef d'or chargé encor, pour autre brisure, d'une rose de pourpre. Un Puchot, l'un des 12. capitaines de Rouen, fut annobli en 1 588. »

(3) Nous n'avons pas besoin défaire remarquer l'étrangetéde cette ascendance.

(4) Jean de Rouen mourut le 28 novembre 1^24, et Raoul le 18 mai i36g.

dateurs, en la robe de l'image Nostre Dame, qui sont de rouge ou gueules, à Vescusson iï argent à Vorle de sixte fueilles d'or, et les tombes de plusieurs abbés titulaires et réguliers avec leurs légendes, une ainsy : Cy gist frère Richard de Càmporum, jadis i3e abbé... i 393 (i).

— Une autre : Hicjacet bonae memoriae Petrus abbas gus hujus monasterii, qui obiit 4. nouas maii anno i3o5 .

— Une autre : Hic jacet f rater Johannes Abbatis de Rothomago, quondam prior Montis leprosorum (Mont aux malades prez Rouen, de Tordre des chanoines réguliers de S1 Augustin), t5** abbas hujus monasterii, qui anno M. CCCC. (Caetera in albo restant.) In obituario autem monasterii dicitur voluntarie demissus obiisse (2).

Il y a dans le chapitre, tout au bout, une forme de tombe un peu élevée au dessus du raiz de pavé, laquelle pourtant ils estiment ne couvrir aucun corps. Mais tout à l'entrée, à main droite, il y en a une autre plus plate qui est 1d'un abbé Gauffridus (selon Tobituaire idibus septembris), 4U* abbas (3).

Le cloistre (4) est entier et lambrissé (5) et repeint de

(1) Richard des Champs mourut le 10 octobre i3g3.

(2) Jean Labbé de Rouen, « post diuturnos labores aerumnasque gravissimas, cùm annum aetatis 78 attigisset, in sequentis (abbatis) gratiam, anno 1444, munus abdicavit. Incertum quamdiu vixerit. Ante Marianum altare depositus est. » D. Michel Germain, cité dans A. Besnard, Monographie, etc., p. xxvn.

(3) « Gaufridus anno 1228 memoratur in tabulis. . . . Idibus septembris extinctus, jacet in capitulo. » D. Michel Germain. Jd.y

p. XXVI.

(4) Sur le cloître et le réfectoire, voir Note sur l'abbaye de Saint -Georges de Boschcrville, par Gh. de Beaurepaire, dans Mélanges hist. et archéo!., 1897, p. 274.

(?) Lambrissé, c'est-à-dire couvert en charpente lambrissée.

neuf par le précédent abbé comrnendalaire, évesque de Noyon, de la maison de Balzac Montaigu, dont les armes se voyent, équartelées au /cr. et 4e. d'azur à 3. sautoirs ou fer s de moulin d'argent, au chef d? or à 3. pareils sautoirs de sable; au 2e. et 3e. de gueules à 3. boucles d'or, qui est de Graville, sur le tout, de Milan. Gestui cy mourut, selon l'obituaire,le 3. des kalendes de décembre 1625, et est inhumé avec ses ancestres à Marcoussy, près Montélery (1). Il fut le 3e. ou 4e. abbécommendataire, et le 24e en tout. Le ier abbé de tous s'appelait Ludovicus (2), selon l'obituaire du monastère, 4. idus octobris, qui est le jour de son obit, gist in choro, 2^ ad oppositum tabernaculi. Ce mesme obituaire fait aussy mention, au 4. des Kalendes de janvier, ou 29 décembre, de Aloysius Estensis cardinalis, qui fut abbé de S1 Georges, et mourut Tan 1 586 (3). De ce cardinal d'Esté ou de Ferrare se veoyent encor les armes en quelques endroits, signaument en la vitre du bout de la nef, et sont, équartelées au /er et au 4e de France, à la bordure endentée d'argent et de gueules, au 2e et 3t de gueules à Vaigle éployée d'argent.

St Pierre de Magneville, grande paroice apartenant aux

(1) Selon D. Michel Germain, Charles de Balzac fut abbé de 1092 à 1627 ; le Gallia christ, dit de i5g6 à 1625 (t. XI, col. 273). — Marcoussis, canton de Limours, à une demi-lieue de Monthléry (Seine-ct-Oise).

(2) Louis, moine de Saint-Evroul, premier abbé de Saint-Georges de Boscherville, reçut, en 1 i3i, de Hugues, archevêque de Rouen, la confirmation de tous les biens et possessions de son monastère; il mourut le 4 des ides d'octobre 1157. Gallia christ., t. XI, col. 270.

(3) « Aloysius d'Est, cardinalis Ferrariensis dictas, memoratur in tabulis ab anno i58o ad annum i586, iv calend. Januarii. » Gallia christ., t. XI, col. 273.

religieux de S1 Georges qui furent là premièrement fondés et establis chanoines réguliers de S1 Augustin, par Raoul, comte deTancarville.

[F° 80.] Abbaye de Fontaine Gérard, vulgo Fontaine Guerard, bailliage et diocèse de Rouen.

Sur la R. d'Andelle, 1/4 de lieuë au dessus du Pont S1 Pierre (1), ainsy dite à cause de 3. fontaines vives et très belles qui sortent de l'enclos du monastère et coulent en la rive droite de la R. d'Andelle, sur laquelle l'abbaye est située, de l'ordre de Cisteaus, et en estoit abbesse depuis 20. ans, en l'an 1640, dame Elizabeth de Bigars, seur du marquis de la Londe; porte d'argent à deux asces de gueules.

La charte de fondation est sans date (2), mais il s'en trouve qui font mention de l'an 11 98; item, une de Auberi, comte de Dammartin, de l'an 1200.

La charte de fondation est de Robertus, cornes le Guère, petitione et consilio chavissimi Domini Galterii, Rothomagensis archiepiscopi, pro salute animae suae, etPetronillae sponsae suae, Deo etSanctae Mariae Fonds (aliis de Fontibus) Gerardi (aliis Girardi) in loco qui appel latur Fontaine Guerard, et in sarto de Piru (aliis coste de Poirier ou Périer, jusques au clos et allée joignant le jardin de Maisons) ; et in foresta mea de

(1) L'abbaye de Fontaine-Guérard est située sur la commune de Radepont, canton de Fleury-sur-Andelle (Eure).

(2) L'original de cette charte est aux Archives de l'Eure, H, 1227 . M. Georges Bourbon la place entre les années 1 184 et 1190. Inventaire, p. 237.

Long boel (long boyau, forest le long de la coste depuis Pitre par au dessouz de la Neuville (i), par S1 Marc d'Antin, prieuré et chapelle, jusques cà Ratepont) usagium et pasnaghim porcorum suorum. Testibus Petronilla comitissa, etc. Sans date.

Confirmation du roy S' Louis de l'usage des Religieuses dans la forest de Long boel, in for esta mea Longi bouelli (il y a encore à présent partie au roy et le reste aux seigneurs du Pont S1 Pierre). Actum Vernoiîi, 1258 ; confirmée par son fils Philippe le Hardi, apnd Castrum leonum (Lyons dans la forest d'Andelle ou de Lyons), i2j4, et commande leur estre laissé libre par les forestiers et sergens, et par Oudardum, Auberti de Hangesto, militem, que Ton tient pour lors avoir esté seigneur du Pont S1 Pierre. Les deux chartes susd. énoncées furent confirmées par une 3e du roy Charles le Bel, Actum apud Vallem médium (?), i324, mense maio. Pour la donation totale et entier revenu, charte de S1 Louis, apud Vernonem, i25j, mense junio (2).

Amortissement de tout le bien du monastère par le mesme roy S1 Louis en ces termes essentiels pour l'amortissement : quod dilectae nobis in Christo abbalissa et moniales de Fonte Gerardi, Cisterc. ordinis, domos, vineas, terras, prata, census, redditus et alias possessions quascumque, quas titulo donationis seu emptionis, aut alio quocumque modo rationabiliter acquisierint, et hactenus pacificè posséder int, tenere valeant in perpetuum et pacifiée possidere, sine coactione aliqua ven-

(1) La Neuville-Champ-cfOisel, canton de Boos (Seine-lnf.).

(2) Arch. de l'Eure, H, 1229; Cartul. norm. de L. Delisle, p. ^28, n« 1 ig3.

dendi, vel extra manuum suam ponendi. Actum apud Medontam, anno Domini i2Ô(j, mense aprili (1).

Charte de Joannes, Dei gratia rex Angliae, Dominus dux Normaniae et Aquitaniae, cornes Andegavensis , par laquelle il donne du bois in puram et perpetuam eleemosynam monialibus de Fontibus Gerardi ad aedificandum abbatiam suam (à cause de quoy il est réputé comme fondateur), totumque alnetum de Molinellis, tout le bois de Moulineaux, et fossatum Rascinge, in ynagna via inter Molinellum et Rothomagum usque Secanam fluvium, versus Coronam. Datum per manum Hugonis de Well. apud Rothomagum, /5a februarii, anno regni nostri 40 (2).

Privilèges du monastère indépendant et exempt de l'ordinaire, et mis en l'immédiate protection du S. Siège (outre qu'il l'est comme membre de Gisteaus qui est universellement exempt des ordinaires). Bulle d'Innocent 3e en laquelle le monastère, comme tout le reste de Tordre, peut célébrer un service divin durant l'interdit général, si aucun est jette sur le royaume, signée de 14. cardinaux y nommés et bulles. Datum Laterani, per manum Joannis Sanctae Mariae in Cosmedin diaconi cardinalis (c'est le i5e cardinal y soussigné) S. R. E. cancellarii, 7. id. junii, indictione i5. anno Incarn. Dominicae 12120, pontifteatus vero Innocenta P. P. 3[ anno i5°.

Autres bulles de Honoré 3. (3), Innocent 4.. Alexandre 4., Urbain 4., etc.

Lettre et confirmation de Gautier, archevesque de Rouen, en ces mots : Nos dilectarum in Xt0 filiarum priorissae et monialium in ecclesia de Fontibus Gerardi

(1) Arch. de l'Eure, H, 1229; Cavtul. norm., p. 1 65, no 738.

(2) Arch. de l'Kure, H, 1264. Cette donation est de 1 2o3 (a. s.).

(3) Arch. de l'Eure, H, 1228.

vitam et religionem considérantes (ce fut une prieure quelques : o. années ou plus avant qu'elle devint abbesse), illas et monasterium in protectione Dei et nostra suscepimus, et énonce leurs possessions ainsy : imprimis ex dono dilecti filii nostri Roberti comitis Leycestriae, locum illum qui appellatur Fontaine Gérard, etc. Ex dono dilecti filii nostri Roberti de Novoburgo et Alae uxoris suae, duas acras terrae, inter districtum Rigidi pontis et ulmum de Douvilla; et unam acram terrae ad mansuram faciendam de dominio suo apud Openeis, (à présent Bourg Baudouin, au dessus de Ratepont, dont le curé s'appelle encore aux calendes, curé d'Openes). Ex dono Willelmi de Criolio, filii Roberti, etc. (Criel près Diepe, vers Eu.) Ex dono Alber ici comitis de Dammartin, et Matildis uxoris assensu et filiorum suorum, Reginaldi, comitis Boloniae et aliorum, unum modium bladi in molendino suo de Ponte Arcae, etc. Item ex dono Joannis de Muchegros, totam decimam suam de Vaudencourt, quamibi habebam, sicut milites habent décimas in Francia ; et ipsc retinuit sibi et haeredibus suis, etc. Item ex dono Galterii et Adelisae matris suae, totum tenementum Gaufredi de Seignevilla quod tenebam de eo apud Segnevillam. |Senneville prez les Deux amans,) 1204, in crastino Su Michaelis ( 1 ).

Plusieurs bulles et chartes des papes et roys pour les franchises du monastère et exemption de payer dixmes

aucunes des terres que l'abbesse fait valoir et par

ses mains.

[F0 81.] Armes du comte de Bologne en la charte du comte de Dammartin, son père. — Seel grand et en cire commune rougie par l'antiquité; d'un costé, un escusson

(1) L'original de cette charte est aux Archives de l'Eure, H, i23o.

fascé de six pièces, et tout autour : Sigillum Renaldi comitis Boloniae; et de Tautre costé, un chevalier portant au poing droit Pespée traite, et au bras gauche l'escu fascé comme cy dessus, son cheval housse, et autour est encor escrit : Sigillum Renaldi, etc. Gela est une charte originale, vidimée dans la charte de Gautier, archevesque de Rouen, icy mentionnée, et finit ainsy : Presentem paginant sigillo Rainaldi, comitis Boloniae, fi lii nostri et haeredis,fecimus confirmari. Ego autem Matildis, dicta comitissa de Dammartin, sigillum meum apposui, die desponsationis filiae meae vicedomino de Pinquigni. Actum publiée apud Alisi, in monasterio S. Germani ( 1 ), anno Incarnationis Domini 1200. Testibus, etc. Elle est des plus antiques, et porte : Deo et Mariae de Fontibus Gerardi.

Une autre charte, la plus antique de toutes, est de Pan 1198, in ebdomada ante Pascha, de Godefridus Boudard de Wareclive, etc. Do ecclesiae B. Mariae de Fonteine Gérard unam peciam terrae meae, scilicet totum campum Waubert, qui est inter Anfrevillam et Douvillam. Son seau est une fleur de lys, et tout autour : Sigillum Godefridi de Var . . . ; le reste est rompu.

Mais pour revenir à notre charte du comte de Dammartin, Albéric, le seel de la comtesse Matilde, sa femme, est, avec celuy de leur fils Rainaud, comte de Boulogne, marqué d'un costé seulement du relief d'une dame ayant un long voile ou mante qui lui pend du sommet de la teste par derrière, et tient sur son poing gauche un oiseau à voler dont les longes pendent, et tout autour est escrit : Sigillum Matildis comitisse Dammartin.

(1) Alisay, canton de Pont-de-1' Arche ; l'église est placée sous le vocable de saint Germain.

[F0 82. | Sentence ou arrest de Guillaume Maignart, COns*rdu roy en sa court Je Parlement, et commissaire député en cestc part, du vendredi unziesme jour d'avril après Pasques i5i6, par lequel il maintient, continue et entretient le monastère en la jouissance, saisine et possession de prendre les bestes faisans dommage es héritages dud. monastère, tant sur le bailliage de Rouen que sur celuy de Gisors, et les mettre en parc et prison.

Autres du mesme Maignart qui a fieffé du monastère les terres de la Quevereuë (qui est la garenne dans la costeau dessus du jardinet clos de Maisons, allant jusques à PEcho, vis à vis du chasteau de Douville), par 24. sols, le 23. d'octobre 1 5 12, et se qualifie conseiller du Roy en sa cour de PEschiquier ; laquelle qualité il a aussy par un autre acte exercé es plaids de la sergenterie du Pont Sc Pierre, où il est condamné à payer 26. sols et un chapon de rente foncière pour 2 acres et 1/2 de terre environ, entre son enclos et l'église de Sc Nicolas paroiciale. Il semble estre le bisayeul de Mire Charles Maignart, srde Bernières et de la Rivière Bourdet, coner du roy en ses Conseils d 'Estât et privé, et président en sa cour de Parlement de Normandie, qui feit une fondation de deux saluts par an, la surveille de Noël et le Jeudy saint, faite le ier mars et confirmée le 25. aussy en mesme an 161 1, signée de son seul sein propre, depuis enregistrée au tabellionnage de Charleval, i3 may 1640, par 3o. livres de rente hypothèque raquitable au denier 14.

Charte du roy Philippe Auguste, de l'an 1209, de la censé du Cardonnay, ainsy : Dedimus et concessimus in puram et perpetuam eleemosynam Deo et St<*e Mariae de Fontibus Gerardi, et sanctimonialibus ibidem Deo servientibus, 70 acras terrae ad excolendum, in exsarto

de Cardonneio, in for esta de Longbouel, etc. Actum apud Pontem Archiae, anno 120g, regni anno 3o°{\).

Transaction du monastère de Fontaine Gérard avec celuy de Lyre pour la dixme et redixme (2) de la censé du Cardonney, en Tan 1 220. Car les moynes de Lyre avoient et ont encor la dixme des terres qui s'exsartent dans la forest de Longbouèl. Ils ont, dans Romilly, au bas de la coste de Long bouel, le prieuré de S1 Grespin et la censé de TEstoquey (3), que le monastère de Fontaine Guerard ieur a laissé en propriété pour estre quites de 16. mines de grain à quoy elles s'estoyent abonnées pour la dixme et redixme du Cardonney, depuis vendue et passée aux mains du sr de Caveron, de Picardie, qui y demeure,

Charte de Radulphus de Summeri, quod ego quietavi Deo et monialibus B. Mariae de Fontibus Gerardi, in manu D. Walterii, Rothom. archiep,, in perpétuant eleemosynam, quidquid juris habere me dicebam in ecclesia S. Martini albi (4), etc. Et mansuram in qua sacerdos manere consuevit; retenta tamen mihi tallia (5) consueta et légitima in hominibus quinque de

(1) Cette charte a été reproduite par L. Delisle, Cartul. nortn., p. 296, n» 1098.

(2) « Dixme et redixme est double dixme, et comme la dixme est l'unziesme gerbe, la redixme est la 6e, en sorte que de 12 gerbes il n'en reste que 10 au propriétaire ».

(3) Arch. de l'Eure, H, 1266.

(4) En 1201, Raoul de Sommeri, Richard de Saint-Martin et Roger du Vé donnèrent l'église de Saint-Martin-le-Blanc aux religieuses de Fontaine-Guerard. (T. Du Plessis, Descript., etc., t. I, p. 578.) — Aujourd'hui Saint-Martin-Omonville, canton de Saint- Saëns (Seine-Inférieure). — Sommery, canton de Saint-Saëns (Seine- Inférieure).

(5) « Taille des vassaux aux seigneurs, qui estoit d'un sol par teste de chef de famille, que le monastère a payée et baillée du bien à fieffé pour s'en exempter et la payer au comte d'Eu ».

féodo tneo dd ecelesiam meam pertinentibus, quando scilicet dominas cornes Augi talliam suam a me exigera voluerit, et retenta mihi molta consueta et légitima in eisdem quinquc hospitibus. Actum anno 1201, 1 3° ka~ lend. augusti.

Charte de Roger tus de Vadis (Roger des Vays, père de Kaoul de Sommerv); concessione Radulphi filii mei, et Willelmi fratris mei, dedi et concessi in eleemosynam perpetuam et liberam.Deo et sanctimonialibus ecclesiae B. Mariae de Fonte Gerardi, quidquid habebam in ecclesiaS. Martini albi, etc. Elleest sans date, et fait mention de Gautier, archevesque de Rouen, et semble ce Roger estre père ou conseigneur de Raoul cy devant faisant le mesme don de tous les droits qu' il disoit avoir encore sur l'église de Sc Martin le blanc et ses appartenances, qui estoient deux chapelles de Beaumont et Osmonville, à présent érigées en cures à la présentation de la Dame abbesse de Fontaine Guerard. 11 y a encore charte d'un 3e donateur, dit Rie ardus de Sto Martino ; il semble que ce fussent 3. conseigneurs. Ils résignent tous leurs droits es mains de Tarchevesque de Rouen qui les remet au monastère et religieuses de Fontaine Guerard, à la rétention de 18. livres pour un vicaire perpétuel; sans date. Et puis Innocent 3e susdit confirme ceste rémission de Tarchevesque de Rouen à la prieure et religieuses de Fontaine Guerard, Pan dixme de son pontificat, qui estoit, selon la date des bulles cy dessus du même Innocent 3e, Tan de grâce 1 207.

Confirmation de Jean, roy d'Angleterre, seigneur d'Hibernie, duc de Normandie et d'Aquitaine, comte d'Anjou, de la donation ou remise cy dessus faite par Tarchevesque Gautier. Datum apud Pontem Audomari,

per manum H. Cantuariensis archiepiscopi, cancellarii nostri, 3o° die maii, regni nostri anno 2°.

Autre confirmation du mesme roy de la donation faite par les 3. conseigneurs susd. de la seigneurie et église de S. Martin le blanc, Tan 3e de son règne, le 23e jour d'avril. Apud Rupem Andeliacam (c'est le Petit Andely où est Ghasteau Gaillard, à présent ruiné), testibus Gaufrido filio Pétri comitis Essexiae; Willelmo mariscallo, comité Pembrock ; R. comité Leycestriae ; Willelmo comité Saresb.; Johanne de Pratell. Per manum S., archidiaconi Wellensis.

Charte du patronage de Roquemont (î), village en Caux, voisin de S. Martin le blanc susd., donné à Fontaine Guerard par Guillaume de Longchamp, frère héritier de Baudry de Longchamp, es mains de Thibaud, archevesque de Rouen, Tan 1223. Et de Thibaud, archevesque, qui dans Tan le remet aud. monastère, le jour S1 Mathieu, à présent l'an 1224 (2). Confirmation de Alanus de Manseniaco, miles (3), dominus de Pucheiaco, successeur de Guillaume de Longchamp, l'an 1294. Donation des deux tiers de toute la dixme de Roquemont aud. monastère par led. archevesque Thibaut, 1226, en septembre. Cession du curé lors vivant desd. deux tiers

(1) « Appartient au baron de Mailloc prez Lizieux ». Voir T. Du Plessis, Descript., etc., t. II, p. 721.

(2) « Mais il l'avoit jà remise par une autre charte du jeudy avant les octaves S1 Martin 1223. »

(3) « Armes de Alanus de Manseni, dominus de Pucheiaco, qui, par une charte, die sabbato in festo S. Vincentii 1294, confirme les donations de Guillaume de Lonchamp, son prédécesseur, en un seel de cire rougeâtre, de tous les deux costés à une croix et à l'orle de merlettes ou choses ressemblant à merlettes en nombre de 12. Autour il y a : Alain de Mansigny ». (Cette note figure au fol. 85 du ms.).

de la dixmc de Roquemont, 1249. Confirmation de tout ce que dessus du pape Clément 4. à Viterbe, i5° kalendas maii, pontifie, anno 40. Confirmation de Jean de Pontieu, comte d'Aumale et seigneur de Roquemont, ainsy vers la fin : Scachent tous que nous, qui de long temps avons amé lesd. religieuses et leur affection et dévotion en leurs prières ; considérant especialement la grande et bonne amitié que notre très chère mère, madame Yde de Meullent, jadis comtesse d'Aumale, que Diex absolve, ut ausd. religieuses, tel que par devant tous autres lieus voulet ly ens gésir en leurdit monastère, eleut sa sépulture : par quoy nous meus, etc., avons quitté et délaissé ausd. religieuses tout droit que nous pouvions clamer, etc., au patronage de Roquemont et aus garbes (1) susd., et avons baillé ausd. religieuses ces lettres seellees de nostre grand seel. Donné à Aumale Tan de grâce 1 34 1 , le 28e jour d'avril. [F0 83.] Armes de Jean de Pontiu, comte d'Aumale.

— Un seel en cire, portant d'un costé l'écu bendé de 3. pièces avec le nom autour, et de l'autre costé, un chevalier, l'espée traite au poing droit, l'escu bendé des mesmes armes au bras gauche, le cheval bardé avec les mesmes armes, et tout autour semblablement escrit : -J* Sigillum Johannis de Pontiu comitis de Alba mal la.

Epitaphe de la comtesse dans le chœur des religieuses.

— Cy gist Yde de Meullent, comtesse d Aumale, femme de Jean de Pontieu, qui fut tué en la bataille de Courtray, lan

Dans ma généalogie de la maison de Harcourt, il est noté que Alain de Meullent, comte du lieu et de Beaumont

(1) « Garbes, garbae dans la charte latine. Il entend les 2/3 de la dixme de Roquemont aumosnée par l'archevesquc de Rouen ».

le Roger fonda, en 1 1 3 5 (i) le monastère de Fontaine- Guerard, augmenté depuis par Yde de Meullent, femme de Jean de Harcourt, comte d'Aumale, qui fut tué à la bataille de Courtray.

[F0 84.] Charte de Robertus de Pissiaco (2) de la donation qu'il fait des fontaines,/owte.y, d'Arcambourg (depuis dites des Dames, et sont en un pray devant Penclos du monastère) et alnetum situm inter fontes et jardinum sanctimonialium, et inter pedem montis et Andellam. Praeterea unam acram terrae sitam juxta jardinum sacerdotis SU Germani Rapidi Montis, etc. Actum anno 12 23, mense martio.

Charte de Jean de Moret de donation d'un muy de blaid sur son moulin de Radeponte, sigilli sui muni-

(1) C'est une erreur.

(2) Vers le milieu du xne siècle, la terre de Radepont était passée de la maison de Préaux dans les mains de Robert du Plessis, dit le Chambellan, qui maria Luce, sa fille unique, à Robert Ier de Poissy, seigneur de Pont-Saint-Pierre. Or, Robert de Poissy, qui était allé à Londres pour les affaires de Richard-Coeur-de-Lion, y était mort en 1 197, laissant pour héritier Robert II de Poissy. Sa veuve, Luce du Plessis, se remaria à Robert de Moret, dont elle eut un fils, Jean. Lorsque Philippe-Auguste se fut emparé du château de Radepont, à la suite de la prise du Château-Gaillard, il confisqua naturellement les terres de Radepont et de Pont-Saint-Pierre. Toutefois, la famille de Poissy ne tarda pas à reconquérir les bonnes grâces du roi, puisqu'en 12 10 Robert de Poissy figure parmi les chevaliers du Vexin portant bannière. Philippe lui rendit la moitié de la terre de Radepont, concédant l'autre moitié à son frère utérin, Jean de Moret. Robert 111 de Poissy s'était marié en 1261 avec Isabelle de Marly ; leur fille, Mathilde de Poissy, épousa Hervé de Léon, et fit ainsi passer la moitié de la terre de Radepont dans cette maison, l'une des plus considérables de Bretagne. A. Le Prévost. Mém. et notes, etc., t. III, p. 1 3 et 14; voir aussi L. Delisle, Cartul. nonn., qui parle de cette famille en plusieurs endroits.

mine roboratum, et actum 1220, incrastino Sut Katherinae, mense îwvembri.

Charte de Guillelmus de Pissiaco, miles, dominus de Noione super Andcllam, pro sua et uxoris Ysabellae anima, et Robert filii sut defuncti, de donation de 3 . acres d'aulnaye, alneti mei de Radiponte, sicut metae se protendunt ab aqua Andellae etc. Sigillatum suo sigillo, et actum anno 12 63, mense junio (1).

Charte d'amortissement desd. 3 acres d'aulnaye, et depuis essartée et réduite en pray, du roy S1 Louis en ces termes : Volumus quod praedictae ecclesia et moniales dictas très acras alneti cumfundo terrae in manu mortua teneant in perpetuum, pacifiée et quietè etc. Actum apud Castrumin Leonibus, anno Domini ij63, mense julio.

Charte de Lucia de Pissiaco, filia Henrici de Novoburgo. Dedi Deo et B. Mariae de Fontibus Gerardi 20. solidos annui redditus etc. Ceterum, dedi eisdem monialibus, dono et assensu domini mei Pétri de Moreto et Roberti filii mei primo geniti et aliorum filiorum meorum,gurgitem (2) integrum qui estprope domum earumdem monialium, infeodo de Radiponte. Elle est sans date, insérée en un vidimus du tabellionnage de Rouen, le 24e aoust 1 5oo.

Charte de Hervaeus de Leoniajuvenis, miles, assensu Hervaei de Leonia patris sui senioris, militis, de donation de pièce de terre en bois du costé de Radepont, in parochia Rapidi pontis, avec leurs seaus, 1297.

(1) Cette charte a été publiée par L. Delisle, Cartul.norm., p. 146, no 692.

(2) « Gord ou gourt, qui est la pescherie ajustée avec deux pieux des deux costés, réservant le passage de la rivière, auquel on tend les nasses. *

Accord de dame Ysabeau de Maromme, abbesse de Fontaine Guerard, et les prieure et religieuses, avec noble homme Baujois de Teufles (i), escuyer, seigneur de Radepont, suivant la sentence arbitrale donnée par Jean de S1 Léger, escuyer, seigneur de Bernières, et Robert le Lanternier, escuyer, seigneur de Herchemont, en avril i5o2, par lequel le seigneur de Radepont, au lieu d'un muy de blaid assigné, puis modéré, sur le moulin de Radepont et dix livres de rente, payera seulement lesd. dix livres de rente au monastère, et aura aussy les fontaines d'Archambourg, que led. monastère prétendoit siennes ; accord passé, 1 504.

[F0 85.] Apoinctement au tabellionnage d'Andely, entre Tabbesse Katherine le Moyne et religieuses de Fontaine Guerard, et Mre André de Bourbon, chevalier de l'ordre du Roy, capne de 5o hommes d'armes, seigneur de Rubempré (2) et de Radepont, à cause de noble dame Anne de Ronceroles, son épouse, pour raison d'un muy de blaid réduit de 12 mines à prendre sur l'un des moulins de Ratepont, qui appartient à un des conseigneurs de Ratepont, en la portion dud. de Rubemprey, réduit

(1) Archives de l'Eure, H, 1276. Tœufles, canton de Moyenneville (Somme).

(2) « Rubempré, seigneur de Radepont en partie, bastard du vieil cardinal de Bourbon. La fille de ce Rubempré, Marie de Bourbon, mariée au Sr de Gondelieu, seigneur d'Autresche et de Radepont. » — Voir Aug. Le Prévost, Mém. et notes, etc., t. III, p. 17; Charpillon et Caresme, Dict. hist. de ÏEure, t. II, 1703. — Bourbon-Rubempré, nommé par Henri IV, gouverneur de Gournay, défendait la place avec 5oo hommes de pied et 5o chevaux lorsqu'elle fut prise par le duc de Mayenne, au commencement de septembre i58g. Voir Robert d'Estaintot, La Ligue en Normandie, 1862, p. 45 et 5 1. — Rubempré, canton de Villers-Bocage (Somme).

à rente de dix livres par an de rente foncière, et payable auJ. monastère au lien desd. 12 mines de blaid, fait Tan 1 571 .

FiefTe faite par Guillaume de Courtenay (1), escuyer, seigneur de Bonnemare, prez le Pont S1 Pierre (ils sont de la paroice de Ratepont à Bonnemare), à un nommé Lancelevée de S1 Ouen, de Fleury sur Andelle, en Tan

Charte de Guillelmus de Longo Campo. Do etc. ecclesiae B. M. de Fontibus Gerardi 20. acras terrae apud Tiliam in Velgessino, in territorio quod vocatur Cruel. Similiter, do eisdem aquam meam afosseto (2) subter gurgitem sanctimonialium super Andellam, ubi aqua mea incipit usque ad ultimum limitem Kersonariae sanctimonialium subter lapidicinam earumdem, ad facienda omnia aisiamenta. Actum 1233, in vigilia natalis Domini. Testibus etc. Et praesens scriptum sigilli mei munimine roboravi etc. (3). Le seau est un croissant montant au milieu duquel est comme une comète, et son nom tout autour, et n'est imprimé que d'un costé ainsy : Willermus de Longo campo.

Confirmation de la susd. charte par autre, vidimée ou énoncée dans une de Theobaldus, archiep. Rothom., et seelée du seau (4) dud. archevesque, imprimé d'un seul costé de l'effigie d'un archevesque in pontificalibus, et tout autour : S. Théo. arch. Rothomagensis ; seellée de

(1) « Il y a un Courtenay près du Vaudereuil sur la R. d'Eure, non loin de Pont de l'Arche. »

(2) « La Fosse d'Andelle, le gourt des religieuses. »

(3) Arch. de l'Eure, H, 1234.

(4) « Seau de l'archevêque de Rouen : d'un costé l'Annonciation figurée, et tout autour : Ave Maria gratia plena etc. ; et de l'autre costé, un archevesque in pontijicalibus . »

Juannes de Manseigny miles, et Petronilla uxor ejus, filia Stephani de Longo Campo, 1224.

Lettres de Charles 9. données à Lésigny (1), le 21 juin 1573, signées Charles, et plus bas Pinart, par lesquelles il prie la dame abbesse de Fontaine Guerard de souffrir que le sr de Durescu, intendant de ses bastimens et ouvrages à Charleval, prenne du bois, ce qui se pourroit trouver propre, sur son fonds pour lesd. bastimens; et de son fonds aussy, où il en faudroit pour exécuter le dessein qu'il avoit de rendre la R. d'Andelle navigable; comme de fait il la rendit navigable.

Charte des hauts et puissants seigneurs Mres Pierre de Roncherolles, seigneur et baron du Pont S1 Pierre, chevalier de Tordre du Roy, gentilhomme ordinaire de sa chambre, séneschal et gouverneur de Pontieu, seigneur aussy de la Ferté lez S1 Riquier et de Douville, père ; et Pierre de Roncherolles, aussy chevalier, seigneur et baron de Marigny, fils, de donation de 76. livres de rente seigneuriale à eux deuë par l'abbaye; lad. remise faite à lad. à la charge de deux chapeaux de roses vermeilles, le jour S1 Pierre et S1 Paul chacun an; donnée le 23. juin 16 14. Seelée du seau de leurs armes équartelées, mais mal reconnoissables.

[F0 86.] Charte de donation d'Estienne de Longchamp et d'Aalix sa femme, à qui il appartenoit, et de leur fils Baldric consentant, de Tessart Gondeoin prez l'abbaye, et totam decimam panis in domo nostra apud Douville furniati, ex quacumque parte seges venit. Quod etc. sigillorum nostrorum munimine roboravimus (2). Sans date. Il y avoit deux seaus, dont l'un est perdu, l'autre

(1) Arrond. de Melun (Seine-et-Marne).

(2) Arch. de l'Eure, H, 1249.

cassé, et ne s'en veoit plus qu'un reste d'image, comme de Nostre Dame.

Confirmation de leur fils susd. Baldricus de Longo campo, miles, qui est de l'an 121 3. Quod etc., sigilli mai munimine roboravi. Le seau est de 3. croissans montans, 2. et 1 .

Sentence de Xphle (Christophe) de Thou, chevalier, seigneur de S1 Germain et de la Grande paroice, coner du Roy, grand mtre enquesteur et général réformateur des Eaus et forests de France, estably en Parlement en Normandie, et comaire pour les fieffés des terres vagues etc., maintenant le monastère et habitans de Douville en la possession des aulnayes et pastures communes, entre le monastère et le vieil chasteau de Douville, du i3e juin 1577; confirmée par une autre des commissaires establis pour la revente du domaine, le 28e mars 1639.

Sentence de la vicomte et jurisdiction de Douville pour une rente de 5. sols foncière pour l'abbaye sur Antoine de Boisregnoult, 1578.

Eschange d'une acre de terre à Marcouville par Marie de Roncherolles, par permission divine humble abbesse etc., à une autre acre de terre au Béquet lez Douville, baillée par Charlote de Champluisant (mère du sr de Marcouville, à présent 1640), veuve de feu noble homme Mre Philippe de Gaillardbois, chevalier, seigneur de Marcouville, du 4, aoust i6i5(i).

(1) Le fief de Marcouville appartenait au xvie siècle à la famille de Gaillardbois. Philippe de Gaillardbois mourut vers 161 3, laissant plusieurs enfants de son union avec Charlotte de Champluisant. Voir Charpillon et Caresme, Dict. hist. de l'Eure, t. II, p. Sg6 ; — A. Le Prévost, Mém. et notes, etc., t. II, p. 388. — Marcouville en Vexin a été réuni à la commune de Houville, canton de Fleury-sur- Andelle (Eure).

Charte de cent sols de rente pour fondation d'un obit par Joannes de Hangest, miles, pro salute animae meae et animae dominae Loretae uxoris meae, dedi Deo et ecclesiae B. M. de Font. Ger., centum solidatas redditus currentis monetae in Normania, percipiendas per singulos annos in censibus meis de Ponte Sx{ Pétri, ad festum Su Remigii. Et ut hoc ratum etc., presentem cartam sigilli mei munimine roboravi. Actum anno gratiae 1 23 1 . Elle est vidimée et énoncée en autre lettre par devant les tabellions du Pont S1 Pierre, 1599. La charte originale est pourrie, et le seau pendant porte une croix chargée aux 4. bouts et en cœur d'un trèfle, ou autre chose ressemblan t (1).

Confirmation de la susd. fondation par Regnault Grey de Ruthin (2), chevalier, seigneur de Heuqueville et du Pont Sc Pierre en partie, reconnoissant comme par charte de l'an i23i, Jean de Hangest, chevalier, seigneur desd. terres avoit donné etc. En tesmoin de ce nous avons seellé ces présentes de nostre propre seel armoyé de nos armes, en Pan 1426, le 21e jour de janvier. Le seau est pendant à queue de parchemin, en cire rouge, équartelé, au ier fascé de deux pièces traversées d'un pal en cœur,, au 2e au pal lambelé, et au costé il semble un fer de fuzil; au 3e équartelé, au ier et 4e, comme un fer de fuzil; au 2e et 3e, burrelé;au 4e, fascé de 2. pièces.

Accord fait entre haut et puissant seigneur monsieur Pierre de Roncherolles, chevalier, baron de Heuqueville et du Pont S1 Pierre, d'une part, et dame Ysabeau de M aromme, abbesse, et les religieuses de Fontaine Guerard,

(1) Hangest portait d'argent, à la croix de gueules chargée de S coquilles d'or.

(2) Sur Grey de Ruthin, voir plus haut, p. 5y, note 1.

pour lesd. cent sols au pavement desquels led. baron acquiesce moyennant la célébration de Tobit, passé Pan i4<)0, le 10e jour de juillet.

Vidimus par devant les tabellions de Rouen, i486, le 2(jc jour de juillet, d'un extraict de la Chambre des comptes de Paris, par lequel aparoist d'une requestc de Olivier le Daim, de nouveau ayant acquis la baronnie du Pont S1 Pierre, faite et responduë au pourchas de Jean de Pessemersch, seigneur anglois, des terres et seigneuries de Noion, Radepont, le Pont S1 Pierre, Bellefosse et Léry, etc.

Vidimus par devant les tabellions royaux en la sergenteriedu Pont S1 Pierre, 28e septembre 1499, d'une charte de Herveus de Leonia senior, miles, dominus Novi Castri, qui donne 60 sols tournois au monastère de Fontaine Guerard, à prendre tous les ans in praepositura sua de Ponte Su Pétri, pro sainte animae meae,patriset matris, et uxoris meae Matildis, dominae de Nojone. In cujus rei testimonium etc., sigilli mei etc. Actum anno i2gg, die jovis ante festum Magdalenae. L'original est perdu. Il condamne à 1. sol d'intérest et d'amende ses successeurs par chacun jour, depuis le terme escheu, suis. ... à payer lesd. 60. sols au terme et jour de S1 Rémy ; desquels 60. sols Pextraict de la Chambre des comptes de Paris, fait à la requeste d'Olivier le Daim, qualifié baron du Pont Sc Pierre, fait mention et certification.

Sentence du lieutenant général du vicomte de Rouen, Mathieu Roulin, escuyer, et donnée es plaids de la sergenterie du Pont S* Pierre, tenus à Rouen le 17e février 1 5 1 8, comme très haute et très puissante princesse la royne d'Arragon, dame du Pont S1 Pierre et de Radepont

en partie (i), est condamnée à payer par Guieffin du Mont, son receveur, es mains de Jean Juppin, fermier de la prévosté du Pont S1 Pierre à icelle dame appartenant, pour faute de payement de la susd. rente de 60. sols et des intérests et amendes encourues sur elle, à cause dud. non payement depuis le terme S1 Rémy passé.

Autre sentence précédente esdits plaids tenus à Rouen par Guillaume Ango, lieutenant général du vicomte, le i5 février i5o3, pour 60. sols de lad. rente, et autres 60. sols des intérests d^icelle sur les fermiers du sr de Fouets (2), à cause de la prévosté et revenu du Pont S' Pierre.

[F0 87.] Sentence de Christophe de Thou, commissaire du Roy, cy devant qualifié, de maintenue en la possession du fonds, bois etquarrière, et boisabroutis depuis le monastère vers Maisons Bernières jusques vis à vis le chasteau de Douville, qui sont 25. acres environ de bois abroutis, comme estant de la fondation de Robert le Guère, donnés à S1 Grespin (prieuré de Romilly, par de là Maisons), le i5 janvier 1577.

(1) Le second fief de Radepont, qui appartenait aux Moret, se trouvait aux mains de Charles de Luxembourg et de Claude de Foix, son épouse. La reine d'Aragon « était femme de Frédéric d'Aragon, réfugié en France, auquel le roi Louis XII avait donné le duché d'Anjou. » L. Fallue, Histoire du château de Radepont et de V abbaye de Fontaine-Guerard . Rouen, 1851, in-8°, pag. 66. — Frédéric III, roi de Naples, dépouillé de ses états par Louis XII, et par Ferdinand le Catholique, roi d'Aragon, avait épousé en secondes noces Isabelle, fille de Pierre de Baux, duc d'Andria, de laquelle il eut Ferdinand, duc de Calabre, et Alphonse, connu en France sous le nom d'infant d'Aragon, mort à Grenoble en i5i5, et trois autres enfants.

(2) « Foix, et depuis eux Rohan, à ce qu'on m'a dit. ont possédé la prévosté de Pont St Pierre. »

Autre sentence des commissaires de la Revente du domaine au chasteau du Louvre à Paris, i 3e juillet 1637, de mainlevée desd. 25. acres et autres de la fondation dud. comte Robert Guère, jusques à 60. acres; et encore autres 60. acres d'autres fondations, le tout de 120. acres en nature de bois, saisies pour estre revendues comme si elles faisoient partie de la forest de Long boél qui les borne, et apartient au roy, et en partie aux barons du Pont S1 Pierre.

Requeste des religieuses de' Fontaine Guerard au roy pour l'abournement d'une charruée de terre le long de la forest de Long bouël, qui est de 70. acres de boisnoiers, donnée par le comte Robert Guère de Leycestre.

Lettres patentes du roy Charles, du 9e juin 1396, à Paris, mandant au souverain maître général réformateur des Eaus et forests de France, le vicomte de Melun, son féal cousin, chambellan et conseiller, de faire faire les abornements. Et ordonnance de Guillaume, vicomte de Melun, souverain maistre susd., aux maistres des Eaus et forests de Normandie et de Picardie, donnée en son hostel à Blandy, le 10e juin 1396, d'exécuter les abornements.

Tiltre du prieuré des Deux amans (1), de l'ordre de S1 Augustin, au dessus de la Gueule cPAndelle, commençant : Robertus, cornes le Guère, omnibus hominibus suis et amicis Franciae et Angliae, tam praesentibus quant futur is, salutem. Sciatis quod ego pro amore Dei, et pro salute animae Roberti comitis le Guère, patris mei, et animae comitissae matris meae, et

(1) A Amfreville-sous-les-Monts, canton de Fleury-sur-Andelle (Eure). Sur le prieuré des Deux-Amants, voir T. Du Plessis, Descript., etc., t. II, p. 33 1 ; — Voyage archéologique et liturgique en Normandie, par l'abbé Bertin (1718). Rouen, i863, p. 12 et i3.

animae meae, et animae comitissae Petronillae uxoris meae, et liberorum meorum, dedi Deo et ecclesiae B. Mariae Magdalenae de monte Duorum amantium, et fratribus ibidem Deo servientibus, in perpetuam et liberam eleemosynam, pasturam quam habui inter montem Duorum amantium et Andellam, et 20. solidos andegavensium in meo comitatu de Ponte Su Pétri, annuatim recipiendum ad festum S1 Remigii ; et unum hortum ad Romilleum, et pratum, unam acram scilicet de Hasetz, et gordum (gurgitem, cy dessus, un gourt) de Gula Andeliae, et panagium de omnibus dominicis porcis suis quietum in bosco meo de Long bouel. Testibus : Petronilla comitissa, uxore mea, Guillelmo Jilio meo de Albavia, Guillelmo de Vins, Guillelmo de Cheray, Rogerio de Hinno, Roberto capellano de Brito-

lio, Guilleberto capellano, clerico. Seellée d'un seau

de cire verte en laqs de soye sur double queue, avec les armes d'un homme à cheval figuré et imagé. — Collation faite à l'original en parchemin dont la copie est cy dessus transcripte par moy, Nicolas Juppin, tabellion juré, commis prez les tabellions de Rouen en la sergenterie de Pont S1 Pierre, requeste des dames abbesse et religieuses de Fontaine Guerard, le 7e janvier 1576. L'original demeuré aux religieux des Deux amans. — Confirmation de la susd. donation aux Deux amans par Gautier, archevesque de Rouen, pasturam et gurgitem de Gula Andeliae et hortum apud Romilliam, etc., addressée Guilberto priori ecclesiae S. Mariae Magdalenae de Monte Duorum amantium, iy,kalend. augusti ijoj. Charte de Roger de Chantemerle (1), miles, de deux

(1) « Chantemerle. hameau sur la rive de la Seine entre Vcteuil et la Roche Guyon, paroisse de Chérances; ce vignoble s'appelle à présent le Cron ». — Sur les donations des Chantemelle, voir Arch. de l'Eure, H, 1257.

arpents de terre vignoble, sita in cultura mea Rivi de Brumessart (i), an monastère de Fontaine Guerard, avec autres pièces, et garanties et seelées au mois d'octobre 1218. — Je n'ay pu veoir l'original.

Autre de Rogerius, miles, de Chantemelle, pro salute animae meae et fratris mei Guillelmi, virgultummeum quod vocatur le closel des Noyers, dedi etc., 1222, cum sigilli mei munimine, que je n'ai pu veoir estant au chartrier enfermé.

Autre de Rogerius, dominus de Cantimella, dedi et concessi Deo et ecclesiae, etc., venditionem quant Emelina, uxor Laurentii de Bove, vendidit praedictis monialibus de Fonte Girardi ; avec seau que je n'ai pu veoir. Actum 1227. On appelle cela à présenties Isles volantes, ou lez Chantemelle.

Autre de Theobaldus de Ghantemesle, liber a conjugio, 1239, sigilli munimine, que je n'ay pu veoir.

Autre confirmation des précédentes : Joannes, capitalis dominus de Chantemerle, assensu et voluntate Odonis de la Faleise, concessi et confirmavi Deo et ecclesiae, etc., totam donationem et eleemosynationem quam fecerunt Rogerius, et Theobaldus ejusjilius, de Chantemerle, milites, in terris, vineis et possessionibus quas habebant apud Chantemerle, etc. Et haec omnia supradicta quietavimus de censu, de palagio , peagio , roagio (2) et omnibus rébus aliis. Et quod ut firmum etc. sigilli munimine (que je n'ay pas veu). Actum 1240, mense maio.

(1) « Rivus de Brumessart, petit ruisseau coulant d'une coste à Chantemerle ».

(2) « Rouage, qui est quand la charette part pour aller quérir ou transporter du raisin ou du vin ». — Roagium, rotagium, droit à payer pour l'entretien des chemins.

Donation du franc passage au pont de Gany, sur la R. d'Epte, pour les vins de Ghantemelle charriés au monastère de Fontaines Guerard, septembre 1243, avec un seau que je n'ay pas veu de Guido de Œnivilla, miles, ad petitionem et voluntatem Margaritae matris meae (1).

Jusques icy le livre de Mr Libert est remply ; le reste des chartes estant enfermé dans les archives de l'abbaye dont voici celles que j'ay veuès.

Une de l'an 1 247, au mois de décembre, de Petronilla dicta Torel, uxor domini Gascii de Pissiaco, militis, qui donne certaine moltam monialibus de Fontibus Gerardi. Testibus : Almerico de Pissiaco, fratre dicti Gascii ; Robino de Pissiaco, armigero ; Rogerio de Ouvilla (2), et Radulpho de Gonfonvilla, militibus. Son seau est d'une femme vestuë estroit, avec une coiffure tourelée (3), et un oiseau sur le poing gauche; celui de son mari est une orle de 9. merlettes, etceste légende : S. Gascii de Pissiaco militis.

[F0 88.] Il y a quelques autres chartes encor, qui sont de peu de conséquence, où sont seaus de diverses armes de chevaliers, à sçavoir :

Pippart, qui sont 2. fasces. Du Vivier, qui est une fleur de lys. De Lesteville, qui est une liste ou raye en forme de barre. En celles de Rogerius de Vadis, et autres non icy mentionnées, comme de Gauffridus, senescallus comitis Augi, il n'y a rien qu'un chevalier à cheval en housse, armé et tenant du poing droit l'espce

(1) Arch. de l'Eure, H, 1254.

(2) Houville, canton de Fleury-sur-Andelle (Eure).

(3) Coiffure plissée en godrons verticaux, qui se voit souvent sur les erhgies du xm* siècle.

traite, et de la main gauche la bride, et leur nom tout autour escrit.

[F0 89.] Une autre charte de Tan 1234 est avec un seau rond, armoyé d'une fasce cantonnée de 3. boules, besans ou tourteaux, 2. en chef, 1. en pointe, et un lambel et ceste légende : S. Radulphi de Minières.

Une autre de 1236, de Radulphus de Barentin, miles, qui donne B. Mariae de Fontibus Girardi quamdam culturam terrae in parochia de Velli (1), in Velcassino, etc. Son seau est armoyé d'une fasce accompagnée de 3. pièces qui ressemblent oyseaus, et comme grues. La légende tout autour est de son nom.

Un autre de 12 18, de Robertus de Warcliva{i), miles, qui donne une mine de blay, in presentia domini Roberti, archiep. Rothomag., et Roberti Crispini militis. Son seau est d'un chevalier armé, l'espée au poing et son nom autour.

Une autre de Godefridus de Warecliva, concessione uxoris Marsiliae et Mathaei filii primogeniti et aliorum liberorum, qui donne 3. acras et unam virgatam terrae, scilicet campum de la Longue raye apud Huanvillam : et habnit de karitate monasterii sex libras andegavensium ; sans date. Testibus : Amaurico et Roberto, militibus, de Wareclive, et Esfraydo, fratre meo, Willelmo de Nogione, burgense de Andeleia (3). Son seau est d'une grande fleur de lys en cire noire avec ceste légende : Sigillum Goffridi. Et y en a un autre armoyé d'une bande endentée avec cette légende : S. Johannis de Muchegros, duquel la terre dépendoit,

(1) Vesly, canton de Gisors (Eure).

(2) Mefcnil-Verclives, canton de Fleury-sur-Andelle.

(3) Arch, de l'Eure, H, 1263.

concédante, dit la charte, Johanne de Muchegros, capitali domino de quo terra illa movet.

Il y a encor une autre de Goffredus Boudart de Wareclive, qui est la mesme que la précédente, mais sans confirmation du seigneur de Muchegros ; et sont sans date.

Une autre de Ricardus de Estrepeigni, pro salute animae suae et animae Odonis Bendengel, qui donne terrant de Huanvilla (à présent Huanière) de consensu Mathaei Bendengel domini de eadem terra, in praesentia domini et patris Walteri Rothomag. archiepiscopi. Son seau est gravé d'un costé d'une teste d^omme nuë et sans barbe, avecceste légende : Sigillum Ricardi de Estrepeigni.

Une autre de Robert Grespin, 1219. Son seau est pur et simple, parti burellé ou rayé de travers.

Une autre de Robertus de Feukeroles, sans date. Les armes du seau sont une hestre droite, fueilluë des deux costés, et en cyme un bouton.

Il y a des seaus de Robert de Seranz dont relevoit la terre qu'il donnoit dans Huanvilla, pro qua recepit karitatem 6. librarum, 18 solid. andegavensium ab ecclesia. Ce seau de Seranz est un cavalier, l'espée au poing, et son nom alentour.

Une autre de Guillaume Grespin, confirmative d'autres de ses prédécesseurs, de l'an 1224. Son seau est d'un costé un cavalier, l'espée au poing, et de l'autre un escu pur, mais à un chef comme vivre ou onde.

Une autre de Jean de Muchegros, de Tan 1259. Testibus : domina A . abbatissa de Fontibus Girardi, et Théophania sorore mea, ejus loci priorissa. Son seau est armoyé d'une fasce avec un lambel en chef et rien de plus. Il donne à l'abbaye six acres de terre.

Une autre de Guillaume de Greinville, qui eschange

unam peciam terrae sitam in Velcassino le normand, in Meigneval, prupe grangiam suam de Huanvilla, pro altéra pecia quant dominus Hugo de Grein ville, miles, nwnialibits dederat dum viveret. Ses armes sont une grande rieur comme de lys fort remplie et fueillue.

[F0 90.I Transcript d'un extraict tant des chartes que des sépultures qui sont dans le monastère de Fontaine Guerard par le religieux procureur, le s1 Libert.

Noms des prieures et abbesses du monastère depuis la fondation, faite environ iigti, extraicte de l'Obituaire ou Ménologe du lieu.

uni. kal. junii. Theophania, priorissa.

un. kal. junii. Dionysia, priorissa.

Non. martii. Domina Eodea, vel Ida, abbatissa i\ vu. kal. jan. Domina A., 2a abbatissa. 1259. vin. id. sept. Domina Peronella la Mauvoisine, abbatissa 3a.

Non. april. D. Avelina de Manseigny, abb. 4. 1298. vi. id. feb. D. Clementia Jacob, abb. 5. xi. kal. nov. D. Eustachia, abb. 6.

Kal. april. D. Ida de Grevecœur, abb. 7. i36o. Kal. jun. D. Petronillade Villequier, abb. 8. x. kal. octob. D. Joanna de la Treille, abb. 9. xvi. kal. mart. D. Petronilla de Maromme, abb. 10. nu. id. octob. D. Aelicia de Villers, abb. 1 1 . vin. id. feb. D. Joanna la Colline, abb. 12. vin. id. feb. D. Joanna du Mont, abb. i3. Eae duae videntur esse una eademque.

mi. non. mart. D. Margareta Marguerie, abb. 14. xviii. kal. feb. D. Isabella de Maromme, abb. i5. D. Maria Maurice, abbatissa 16.

vu. id. mart. D. Angeliqua Cruchon, abb. 17. vu. id. april. D. Katharina le Moyne, abb. 18.

mi. kal. sept. D. Maria Quesnel, abb. 19. 11. non. feb. D. Maria de Roncerolles, abb. 20.

D. Elizabeth de Bigars de La Londe, adhuc superstes hoc anno 1640, 21. abbat.

Il est escrit en l'ancian Obituaire ou Nécrologe du monastère :

Theophania priorissa : xiiij. kal . junii Stephania (ou ailleurs Theophania) priorissa.

Dionysia priorissa, au mesme Ménologe ou kalendrier desobits : iiij kal. junii, obiit Dionysia priorissa.

Domina A. abbatissa : forte Ada, vel Aelidis, quam alias facimus iam abbatissam. En la charte du seigneur de Muchegros, donnant six acres de terre au monastère de Fontaine Gérard, est escrit : Testibus his : Petro de Manseigny ; domina A., abbatissa de Fontibus Gerardi et Theophania sorore mea, dicti loci priorissa. Anno Domini ii5g, die sabbati ante Ascensionem Domini.

Peronella la Mauvoisine. Sur son tombeau qui est dans le cloistre de collation (c'est le cloistre où l'on fait la lecture de Gomplies), est escrit : Icy gist dame Peronelle la Mauvoisine, tierce abbesse de Fontaine Guerard. Prie\ pour luy que Dex a lame mercy ly face.

Domina Avelina de Manseigny. Sur son tombeau, qui est dans le mesme cloistre de collation, est escript : Icy gist dame Aveline de Manseigny, la quarte abbesse de Fontaine Guerard, qui trespassa lan de grâce i-jqS, en jour de lundy lendemain de Pasques. Prie\pour luy que Diex ait pitié de lame de luy et la mette en paradis. Amen. — De plus, en l'ancian Collectaire est escrit au 5e jour du mois d'avril : Obiit Avelina abbatissa. En l'ancian Nécrologe ou kalendrier des obits : Nonis

aprilis, obiit domina Avelina de Manseigny, abbatissa hujus loci.

D. Clementia Jacob. En Fancian Nécrologe ou Ménologe des obits est escript : VI. idus februarii, obiit Clementia, abbatissa de Fontibus Gerardi. En Fancian Gollectaire : 6° idus febr., obiit Clementia Jacob , abbesse de Fontaine Guerard.

D.Eustachia, abbatissa. EnVancian Nécrologe : xj . kal. nov., obiit Eustachia, abbatissa de Fontibus Gerardi. En Fancian Gollectaire : xj. kal. nov.y qui est le 22e du mois d'octobre, obiit domina Eustachia, abbatissa de Fontibus Gerardi.

[F0 91.] D. de Crevecœur, abbatissa. Sur son tombeau sont escrits ces vers latins :

De Crevecœur nata fuit hic nunc ista locata, Christo corde data dum vixit, et Ada vocata, Anno milleno cum bino jamque triceno Et tercenteno completo cumque mileno (i), Quo fuit ex illis de mundo primus aprilis Noscitur esse dies. Sit tibi grata quies. Amen.

Au Nécrologe : Kalendis aprilis, obiit domina Ada, dicta de Crevecœur, abbatissa loci istius. Au Collectaire, tout de mesme.

D. Petronilla de Villicario (Villequier), abbatissa. Au Nécrologe ou Obituaire : Kalendis junii, obiit Petronilla de Villiquiario, quaefuit abbatissa de Fontibus Girardi. Au Gollectaire, semblablement.

D. Joanna de la Treille, abbatissa. Au Nécrologe : x. kal. octobris, obiit D. Joanna de la Treille, quondam abbatissa domus istius. Au Collectaire, aussy.

D. Eodea vel Aelidis. Au Ménologe : Nonis martii,

(i) « 1 332, potiusquam bis triceno, seu i36o ».

obiit Eodea, abbatissa. Au Collectaire : Obiit Aelidis quondam abbatissa. Debetur ei missa.

D. Petronilla de Maromme, abbatissa. Au Nécrologe : xvj. kal. martii, obiit Petronilla de Maromme, abbatissa de Fontibus Gerardi. Au Collectaire, de mesme.

D. Aelicia de Villers. Au Nécrologe : 3° id. octob. obiit D. Aelicia de Villiaribus, quae fuit abbatissa domus istius. Semblablement au Collectaire. En Tan 1446, elle aliéna la terre de l'Estoquay aux religieux de Nostre Dame de Lyre, pour 16. muys de grain de dixme que leur devait la censé ou ferme du Cardonney, suivant une transaction de la veille de Pasques. En Tan 1450, elle fieffa par bail d'emphytéose la ferme de la Huannière (Huanvilla in chartis) pour 2. boisseaux de blay par acre, mesure de Rouen. Elle portait en son seau une effigie d'abbesse, et à ses pies un escusson armoyé d'une bende chargée de 3. estoiles, et un lambel au chef, où la bande ne porte pas.

D. Joanna la Colline. Au Nécrologe ou Obituaire : 8° idus februar., obiit Joanna la Colline, abbatissa de Fontibus Gerardi. De mesme au Collectaire, au 6e jour de février. Elle ne fut que 3 mois abbesse.

D. Joanna du Mont. Au chartrier il y a un livre à madame Jeanne du Mont, abbesse, en l'an 1459.

D. Margarita Marguerin : 3° nonas martii I4g5.

D. Ysabellade Maromme : 18. kalend. februar. 1S41 . Sur leur tombeau, qui est dans le chœur des Dames, est escript : Cy gisent vénérables et dévotes religieuses Marguerite Marguerin, abbesse de ce monastère par Vespace de 36. ans. Et aupre\ d^elle, Ysabeau de Maromme sa nièce, immédiate abbesse dud. monastère l'espace de 46. ans ; lesquelles durant led. temps feirent

plusieurs acquisitions, augmentations, édifices et réparations au profit dud. monastère, et décéda lad. Alarguer in l'an i4g5, et lad. de Maromme l'an i54i- Prie\ Dieu pour elles. Les armes de lad. Marguerite Marguerin sont 3. fleurs de marguerite 2. et 1. Celles d1 Ysabeau de Maromme sont un lyon fascéde 2. pièces, ou deux fasces et un lyon rampant par dessus. Ysabeau de Maromme ha fait faire la salle et lachambreabbatiale.

D. Maria Maurice. Elle n^ pas été paisible en la possession de Tabbaye que Ysabeau de Maromme luy avoit résignée. Une abbesse éleuë luy disputa. Elle avoit esté religieuse à Maubuisson lez Pontoise. Elle a fait faire les chaires de Téglise (1).

D. Angelina Cruchon. Contre la muraille, ducosté de la porte de l'église est escript : Cy devant gist vénérable et religieuse dame Angélique Cruchon, abbesse de ceste abbaye de Fontaine Guerard, laquelle décéda le 8* jour de mars i563. Beati mortui qui in Domino moriuntur. [F0 92.] Ses armes sont d'azur à une croix d'or cantonnée de 4. poissons, et autour est escrit : Adjutorium meum a Domino.

D. Catharina Le Moyne. En l'église, contre la muraille, du costé abbatial, est escript : Cy gist vénérable dame Katherine le Moyne, qui fut professe de ceste abbaye de Fontaine Guerard, le ij. juillet 1S20, et éleuë abbesse, le 5e mars i563, laquelle décéda le 5e avril i5j8. Prie\ Lieu pour elle.

D. Maria Quesnel. En l'église, sur son tombeau est escript : Cy gist sœur Marie Quesnel, abbesse de céans, qui décéda le 2 g* jour d'aoust i5g5, aagée de yj. ans. Prie\ Dieu pour son âme. Elle portoit en ses armes

(1) Elles sont aujourd'hui dans l'église de Pont-Saint-Pierre.

une fasce accompagnée de 3. besans, 2. en chef et 1 . en pointe .

D. Maria de Roncherolles. Sur son tombeau est escript : A l'honneur de Dieu et de sa très sainte mère, et à la mémoire de sœur Marie de Roncherolles, en son vivant abbesse du monastère de céans, qui décéda le 4e- février 161 g, aagée de j3. ans. La loi commune des mortels a réduit ce corps en cendre, dont les mérites particuliers, sages actions, et vertueuse conduite ont gravé sur ceste tombe le souvenir aeternel. Prie\ Dieu pour son âme. Requiescat in pace. Elle porte pour armes celles des barons du Pont S1 Pierre, sçavoir, équartelé au ier. et 4e. d'argent à 2.fasces de gueules ; au 2e. et 3e. d^argent à la croix de gueules chargée de 5. coquilles d'argent ; sur le tout de gueules à 3. pals de vairé au chef d'or, ainsy qu'elles se voyent es églises du Pont S1 Pierre.

Il y a encor quelques sépultures dans le monastère, comme celle qui est élevée avec une statue gisante en pierre, dans la paroy au coin évangélique du grand autel, sans légende, mais que Ton croit estre d^ne comtesse de Blois, dont il est fait mention dans FObituaire; et celle qui est de marbre dans le chœur des Dames, qui est d'une comtesse d1Aumale, cy dessus mentionnée.

D. Elisabeth de Bigars. Elle est de la maison de la Londe, sœur du feu marquis tué par le sr de Boudeville de Pardieu, sur le Pont neuf à Paris (1). Elle futcoadjutrice du vivant de madame de Roncherolles, et bénite abbesse le jeudi d'aprez Pasques, 5e. d^avril i6iq,aprez

(1) Centurion de Pardieu, sieur de Boudeville en Caux, «laissa un fils qui fut un grand duelliste et un grand estourdy. En une débauche, il sauta par une fenêtre et se rompit une jambe. Il fut enfin tué en duel >». Tallemant des Réaux, Historiettes, VII, p. 340.

ledécez de l'autre, par feu Rme Nicolas Bouchart, abbé de Cisteaus, général de l'ordre. Elle porte les armes de Bigars (i).

(i) La dalle tumulaire d'Elisabeth de Bigars est aujourd'hui conservée dans l'ancienne chapelle de l'abbaye, construite parallèlement à l'église abbatiale. En voici l'épitaphe :

Cy gist noble et Religieuse Dame Elisabeth de Bigars de la Londe, abbesse de céans dont les grands mérites singulières vertus et sage conduite aux gouvernements spirituel et temporel de cette maison durant 42 ans lui ont acquis à bon droit la qualité de restauratrice

(Le reste manque.) Elisabeth de Bigars fut abbesse depuis 161 9; elle prit pour coadjutrice, en 1643, Barbe de la Londe qui mourut avant elle en 1652; puis en i653, Charlotte de la Londe, qui lui succéda en 166 1. — « Frère Philippe Cavelier, moine de Bonport, que nous croyons originaire de la Londe, fit imprimer un éloge funèbre qui a pour titre : Le tombeau glorieux de très illustre et vertueuse dame Elisabeth de Bigars, très digne abbesse de Fontaine Guerard, adressé à Mes Dames ses vénérables et religieuses filles. Cette plaquette de quinze pages in-40 est comprise dans le recueil indique par M. Licquet, sous le n° 2391 de son catalogue de la Bibliothèque de Rouen. (Belles-Lettres.) Cette déclamation, dit M. l'abbé E. Sauvage, « rappelle par un style emphatique, prétentieux et ampoulé, le plus mauvais goût de l'époque ». H. Saint-Denis, La Londe et son marquisat. Elbeuf, 1890, p. 211. — Les armes de Bigars de la Londe étaient : de gueules, à une bande d'argent, Vécu semé de croisettes d'or ; selon d'autres, d'argent à deux fasces de gueules.

Les sépultures et inhumations de V abbaye

de Fontaine Guerard.

Au chœur des prebstres, devant le grand autel, sur le degré du prestataire, est inhumé le cœur de feu Mr de Corneville, sur lequel est une lame de cuivre portant Peffigie d'un cœur percé de trois doux et environné d'une couronne d'espines, au bas duquel sont les armes dud. sieur, qui sont d'argent à deux fasces de gueules, mittré et crosse. Autour de lad. lame est escript : Hic jacet cor Revemi D. D. Andreae de Bigars de laLonde, elemosynarii et consiliarii Régis cristianissimi, de Cornevilla abbatis, Lexoviensis decani, Domini de Tourvilla (i), qui obiit xj. die decembris M . VIe. XXXVIII. Au dessous de ces armes est escript ce distique :

Londa tenet corpus, tumulo cor conditur isto, Illic naturae, pignus amoris adest (2).

Au milieu du chœur est une tombe de pierre portant l'effigie d'une dame, sur laquelle est escript : Cy gyst madame Alix de Mouret, jadis femme de monseigneur Jean de Rouvrois, sire de Grainville (3). Elle trespassa en l'an de grâce M. CC. LXXXX. III., le jour de la sainct Grégoire. Dex ayt mercy de son ame. Amen.

Proche icelle tombe est une autre tombe de pierre portant l'effigie d'un chevalier armé sur laquelle est escript :

(1) Tourville-la-Campagne, canton d'Amfreville-la-Campagne (Eure).

(2) Ce distique a été reproduit par André Guiot, Les trois siècles palinodiques, t. I, p. 107. — André de Bigars avait été prince du Puy de Rouen.

(3) Grainville, canton de Fleury-sur-Andelle (Eure).

Cy gist Hervieu de Léon, sire de Nojon, qui trespassa lan M.CCC.LV, la veille de Nostre Dame de mars. Prie\ pour lame de ly que Diex mercy ly face. Sur lad. tombe il y a huit escussons de cuivre, sçavoir quattre de chaque costé. Le ier et dernier escusson du costé droict porte un lyon rampant ; le 2e d'azur échiqueté d'or ; le 3e d'azur bandé de 3. pièces d'or. Le i er et dernier du costé gauche portent un lyon rampant; le 2e escartelé de 4. lyons rampants, et le 3e échiqueté.

[F0 q5.] A costé d'icelle tombe est une autre tombe représentant un chevalier armé, sur laquelle est escript : Cy gyst monseigneur Hervieu de Léon, chevalier, sire de Nojon qui trespassa à Taris, le mardi apre\ la nativité Nostre Dame de septembre, en lan de grâce M. CC. et (en blanc). Prie\ Diex qu'il ayt pitié et mercy de lame de ly. Amen.

Au costé de la susd. tombe est une autre petite tombe sur laquelle est escript : Icy gyst Hervieu le fil\ de monseigneur Hervieu de Léon et madame Marie Poessi (1), dame de Nojon. Ses armes sont un lyon rampant.

Dans led. chœur est une autre tombe de pierre portant l'effigie d'un chevalier, sur laquelle sont escripts ces vers :

Cœlorum sedes da, rex pie Christe, Johanni, Illi vincere des qui nomine nosceris agni, ^Eternis annis vivant pia vota Johannis.

Dans la muraille, derrière le confessionnal, est une tombe eslevée de trois pies, portant la représentation d'un ecclésiastique, sur laquelle est escript :

(1) Il faut lire : Mathilde.

Hicjacet AngligenaValterius ga\ophilator Rhotomagi ; tecum sit semper summe creator ( i).

En chef est escript ce mot : Pater.

Au costé droit du grand autel, dans une arcade de la muraille, est une tombe eslevée de trois pies de hault, portée sur quatre lyons de pierre, sur laquelle est l'effigie en bosse d'une dame dont la teste repose sur un oreiller tenu par deux anges. L/escriture n'aparoit plus (2). La commune créance est que c'est une comtesse de Blois, ou bien la dame Béatrix d'Averse, comtesse de Pavie, qui a donné à lad. abbaye et aux habitans des parroisses de Douville, Radepont, Pont S1 Pierre, Romilly, Pistres, les aulnaies, commune pasture, qu'ils possèdent, et au subject de quoy les dittes paroisses viennent en ce lieu en procession, au premier jour de may et aux festes de la Pentecoste tous les ans (3).

(1) Il s'agit sans doute d'un gardien du trésor que le roi Henri II et ses sucesseurs avaient établi dans la tour de Rouen. Voir L. Delisle, Des revenus publics en Normandie au XIIe siècle, dans Bibl. de l'école des chartes, années 1848-49, p. 279 et 280.

(2) Ce monument décrit par Du Buisson existe encore aujourd'hui, quoique bien mutilé, dans un coin des ruines de Fontaine- Guérard. L'un des quatre lions qui supportaient la statue a disparu; les deux petits anges soutenant le coussin sont d'une grâce merveilleuse ; l'effigie funéraire, malgré les injures du temps et des hommes, est toujours superbe ; son costume permet, à n'en pas douter, de reconnaître une noble châtelaine de la première moitié du xive siècle. Voir Bulletin de la Soc. des amis des arts du dép. de l'Eure, année 1898. Note de M. L. Régnier, p. 75.

(3) Il ressort d'une déclaration des biens et revenus de l'abbaye, faite en 1547, que les religieuses possédaient par donation et concession de leur fondateur, Robert de Leicester, les droitures de pâturage, panage, etc., dans les communes pâtures des paroisses susnommées. (Archiv. de l'Eure, H, 1 23 1.) Ce n'est donc pas de Béatrix de Pavie qu'elles les tenaient. De plus, ce nom tout ita-

[F0 97. | Au chœur des Dames. — Au milieu du chœur des Dames est une sépulture de marbre noir autour de laquelle sont les images de nostre Sauveur et des douze apostres de marbre blanc; sur laquelle tombe est l'effigie en bosse de marbre blanc de la comtesse d'Aumale sur laquelle est escrit : Cy gist madame Yda de Meulent, jadis comtesse d' Animale, et fust femme du comte Jehan qui mourut à Courtray , et trespassa Van i323, le ij. janvier. Prie\ pour lame de

Dans led. chœur des Dames sont plusieurs tombes des Dames abbesses de lad. abbaye, sçavoir : de mesdames Marguerin, Marromme, Cruchon, le Moyne, Quesnel et Roncherolle. Contre la muraille est une grande lame de cuivre sur laquelle sont escrits les obiitz et fondation d'iceux, de feu messire André de Bigars, abbé de Corneville, et celui de Madame, qui se fera aprez son décez.

lien surprend de prime-abord ; mais il s'agirait peut-être, tout simplement, de Béatrix de Pavie ou de Pavée, mentionnée dans une charte de 1224 par laquelle Roger, fils d'Ouin, confirme certaines donations faites à l'abbaye de Jumièges de terres sises à Guiseniers (canton des Andelys), notamment celle que Roger Torel avait faite de biens situés en cette paroisse « in loco qui dicitur Pavia». Mais si le tombeau était réellement, comme on le supposait au xvn« siècle, celui d'une comtesse de Blois, il conviendrait de se rappeler que Marguerite d'Avaugour, femme de Henri III de Léon, seigneur de Radepont, était la tante de Jeanne, duchesse de Bretagne, mariée en 1 337 à Charles de Châtillon, comte de Blois. Voir A. Le Prévost, Mém. et notes, etc., t. II, p. 221, 222, et t. III, p. 14. Cette dernière attribution concorderait avec la date probable de ce beau monument funéraire.

(1) Il n'est malheureusement rien resté de ce magnifique tombeau de la comtesse d'Aumale.

Au bas de la fondation desd. obiitz sont deux épitaphes en françois, l'un pour led. sieur abbé et l'autre pour Madame.

Pour Mr de Corneville :

Son corps donne à la Londe Et son cœur en ce lieu ; Ainsy quittant le monde Rendit son âme à Dieu.

Pour Madame :

Elle a quitté la Londe Et pris ce sacré lieu, Pour mieux apre\ ce monde Trouver place avec Dieu.

| F0 99.] Anniversaria et obitus monasterii Fontis Gerardi.

Januarii die 26. Obitus ius venerabilis Guillelmi de Flavacourt (1), Rothom. archiep. Missa.

Fabruarii 2. Obitus fratris Hugonis, primi hujus loci directoris et rectoris. Missa.

Martii 7. Obitus Aelydis, abbatissae. Missa.

Martii 26. Anniversarium Richardi et Johannis, Angliae regum. Fiat feria tertia post Quasimodo. Missa.

Aprilis 6. Obitus 2US Guillelmi de Flavacourt, Rothom. archiep. Missa.

Maii 4. Obitus 3US Guillelmi de Flavacourt, archiep. Rothom. Missa.

Maii 14. Obitus ius Domini de Hangest et de Heuquevilla. Missa.

(1) Guillaume I"' de Flavacourt, archevêque de Rouen, qui mourut le 6 avril i3o6. On voit que son second obit se célébrait le 6 avril.

Junii 7. Anniversarium Pétri, Albanensis episcopi(i). Missa.

Junii 27. Anniversarium Simonis, comitis Montis fortis. Missa.

Junii 28. Obitus Aeliciae de Meulent, comitissae Albamarlae. Missa.

Julii 4. Obitus Guidonis, Exoniensis episcopi (2). Missa.

Julii 10. Obitus Guillelmi de Pessiaco. Missa.

Julii die 12. Obiit comitissa de Blois.

Julii 14. Anniversarium Philippi, régis Francorum. Missa.

Julii 17. Obitus 4US Guillelmi de Flavacourt, Rothom. archiep. Missa.

Augusti 29. Obitus Dominae Mariae Quesnel, abbatissae. Missa.

Septembris ï6. Commemoratio domini Roberti le Guère, comitis Leycestriae, partim primi huius loci fundatoris. Missa.

Septemb. 24. Obitus Theobaldi, Rothomagensis archiepiscopi. Missa.

Octobris 4. Obitus Roberti de Pessiaco. Missa.

Octobris 12. Obitus 5US Guillelmi de Flavacourt, Rothom. archiep. Missa.

Novembris 14. Obitus 2US Domini de Hanguest et de Heuquevilla. Missa.

(1) Pierre de Golmieu, archevêque de Rouen en 12 36, fut créé cardinal et nommé évêque d'Albano en 1244. L'année suivante, il institua dans la cathédrale de Rouen un collège de dix chapelains dit d'Albane. Il mourut le 2 5 mai 12 53. (Gams, Séries episcoporum, p. xxij).

(2) Gams ne mentionne pas d'évêque d'Exeter, Exonia, du nom de Guido.

Novembris 27. Obitus Ingueranni, rectoris et capellani Fontis Ebraudi.

Decembris 1 1. Obitus ius Domini Andreae de Bigars, de Cornevilla abbatis et Lexoviensis decani (1). Missa solemnis.

Obitus 2US eiusdem Domini Andreae de Bigars nunc celebratur undecima die junii. Post decessum vero Dominae Elysabeth de Bigars, sororis suae et loci huius abbatissae, fiet die obitus eiusdem. Missa solemnis.

Obitus ius Domini de Bernieres fit in Cœna Domini, post completorium. Salve.

Obitus 2US eiusdem Domini de Bernieres fit in provigilia Natalis Domini. Salve.

[F° 101.] Sur les chemins et rivières de Normandie (2).

Quel est le chemin qui va de Caen à Lisieux. S'il est ferme et ault, élevé au moins en quelques endroits, pierroté; tous les villages et lieux qui ont nom par où il passe; s'il passe par Estrée, et s'il y a mémoire ou tradition que ce soit une chaucée. Chaucée, où ce mot est connu et usité, où il y a chaucées. Estrée, où ce nom est connu, usité ; où il y a village de ce nom Estrée ; s'il y a grand chemin antique qui y passe; d1où il vient et où il va. S'il y a vers Caen, Bayeux, Dive et autres places de la Basse Normandie, quelques vestiges, traditions ou mémoire de quelques bastimens ou autres ouvrages

(1) André de Bigars de la Londe, doyen de Lisieux et abbé commendataire de Corneville, mourut le 11 décembre i638. (Gallia christ., XI, col. 3oo.)

(2) Ce questionnaire est de l'écriture de Du Buisson- Aubenay.

d'Anglois ou Sarrasins, c'est à dire des Romains (i). S'il s'y trouve médailles ou monnoyes antiques , et quelles.

Les sources et origines précises, le cours, augmentation, guays, ponts et passages, confluents et bouches des rivières de ce quartier là, les noms de tous les villages et territoires où elles naissent et où elles passent.

A Monsieur Monsieur de Gratemesnil (2).

(1) Suivant une tradition du moyen âge, le populaire donnait indifféremment le nom de Sarrasins aux musulmans envahisseurs, aux idolâtres, aux païens. On attribuait souvent aux Sarrasins des constructions remontant à l'époque gallo-romaine ; le témoignage de Du Buisson en fait foi. Les noms de Butte des Sarrasins, Tombeau des Sarrasins, Castel des Sarrasins se rencontrent dans des contrées où les Sarrasins n'ont jamais pénétré. Sur cette question, voir l'abbé Cochet, La Seine-Inférieure historique et archéologique, 1866, p. 338 à 340.

(2) Jacques le Paulmier, sieur de Grentemesnil, né près de Sainte-Barbe en Auge, le i5 décembre 1587, mort le Ier octobre 1670, s'occupa de littérature et savait plusieurs langues ; il avait préparé un travail sur la géographie de l'ancienne Grèce. Il contribua à l'organisation de l'Académie de Caen, fondée par son ami Moisant de Brieux. Voir Huet, Origines de Caen, 1706, p. 386; Emile Travers, dans son introduction (p. 43 et suiv.) au Traité du vin et du cidre par Julien Le Paulmier, Caen 1896. — Gratemesnil, Grentemesnil, aujourd'hui Grandmesnil, canton de Saint- Pierre-sur-Dives (Calvados).

[Page 32. J

ITINERARIUM FRANCO-PICARDO-NORMANNUM

D'Abbeville, le 27e juillet, nous allâmes à la ville d'Eu par la porte et fauxbourg cTOlat, laissant la Somme à main droite, passâmes aux villages de Varins et Esclainville, chemin médiocrement aisé pour le caroce ; la chaucée ou faubourg d^u en Picardie ; ayant passé la rivière de Bresle, estroite et reserrée par un pont double où elle se fourche en deux bras, au ier et 2e portail (?) en rentrée en ville, nous fûmes en Normandie, et vismes le chasteau d?où est la belle veuë sur Tresport, abbaye, à la bouche de Bresle et sur la mer. Le roy et la reyne y logèrent, chacun en un appartement séparé et communiquant par une longue galerie (1). L'abbaye qui est attenant, et par devant laquelle on passe pour aller au chasteau, est de chanoines blancs réguliers de S1 Augustin, et pourtant en commende (2). Là sont les sépultures des comtes d^u, leurs femmes et leurs enfants (3). — Voyez

(1) Dans ce voyage que fit Anne d'Autriche, régente, accompagnée de ses enfants et du cardinal Mazarin, elle évita de passer par Rouen, découragée par la froideur de l'accueil qu'elle avait reçu en Normandie. Il faut dire que les populations étaient fort mécontentes des impôts qui pesaient sur elles. Voir Floquet. Hist. du Parlement de Normandie, t. V, p. 149 et suiv.

(2) L'abbé commendataire d'Eu était alors Nicolas Je It Place, aumônier de la reine, mort en 1649. (Gallia christ., XI, col. 297.)

(3) Sur Eu et ses tombeaux, voir plus haut, p. 10.

nostre Itinéraire normaniquc. — Comté et pairie d'Eu à Mr de Guise.

D'Eu, qu'où compte 7. lieues d'Abbeville, mais bien petites, nous poursuivîmes nostre chemin et arrivâmes, ayant changé de caroce, à Dieppe sur le midy, par Griel (1), bourg et cure des moines d'Eu, grosse église, petite rivière claire qu'aucuns nomment rivière de Sauroy (2), autres de Zilo, bordant ^chemin de Griel à Dieppe, est par Biville, ou Belleville, Braquemont (3), cité de Limes (4), où ils veulent qu'il y ait encordes fondemens et mazures du circuit d'une ville, mais où je n'ay rien remarqué qu'un grand et long retranchement à douves hautes et relevées en dedans le fossé; par dehors, de grans enclos, et comme d'une petite ville abboutissant sur le bord de la haute falaise, au pié de laquelle la plene mer bat.

De là vous descendez au village ou hameau de Puits (5); et de là, remontant à une mousquetade, vous redescendez au fauxbourg du Polet, où, sur le bouc du costau, est le fort ainsy dit et du mesme nom, commendant sur la rive droite de la Bétune où elle entre en mer et fait le canal de l'entrée du port de Dieppe qui est plus avant, entre led. fort et un pont de pierre à 7. arcades par lequel vous entrez en la ville par la porte pour ce dite du Pont; n'y ayant que ceste porte là vers le nord, et celle de la Barre, à l'orient, à l'autre bout de la ville,

Vi) Criel, canton d'Eu (Seine-Inf.) .

(2) La carte de Cassini indique Sauroy sur le cours de l'Yères.

(3) Biville-sur-Mer, canton d'Envermeu ; Belleville-sur-Mer, canton de Dieppe ; Bracqujsmont, id.

(4) Sur la cité de Limes, voir plus haut, p. 14, note 4.

(5) Sur le hameau et la chapelle de Saint-Barthélémy du Puys, voir Cochet, Répert. archéol., p. giS .

sous le chasteau (i) qui est au midy, situé sur le bout du costau et falaise batuë de la mer, à Topposite du fort Polet, et commendant à la ville située au dessouz, comme le fort commende au fauxbourg de son nom et au port.

Dieppe. — La ville est située entre ces deux costaus, longue et estroite (2), et a une longue et grande rue depuis la porte de la Barre jusques à la fontaine du Puits salé (3), où elle se fourche en deux branches, dont la gauche est la plus large et belle, allant par devant le Marché franc et la Maison de ville tendre à la muraille du quay ou port qui contient plusieurs ouvertures et portes qui ne se comptent point, pour Savoir sortie autre que sur led. quay (4) et beau quay qui va régnant depuis la porte du Pont par tout le nord le long du port et puis tourne à main gauche par tout l'occident vis à vis de la rade, jusqu'au dessouz du chasteau et bord de la falaise

(1) « Chasteau qui a par derrière, vers les terres, un grand réduit double qui esi comme en dehors, appelés la petite et la grande citadelle. » — « La batterie du Réduit est flanquée de trois tours avec des murs de quatorze pieds d'épaisseur, sur le roc, environné d'un fossé très profond et très escarpé. » Mémoire de Gourdon de VEglisïere, 17 j'3, dans Ch. Hippeau, Le Commerce et V Industrie au XVIIe et au XVIII* siècle, 1870, p. 1 1.

(2) « Ville en figure de harpe ou plutost trapèze ».

(3) « Puits salé estoit jadis là où est à présent une belle fontaine, tout devant l'hostellerie du Prince d'Orange. Il y a force autres bonnes fontaines par toute la ville dont elles nettoyent les rués mesme par leurs descharges, et mènent toutes les eaux en ville du costau de St Aubin sur Scie, une lieuë et plus. »

(4) « Qui fait la courbeure de la harpe dont la ville a la figure, comme depuis la porte de la Barre jusqu'au bout du beau quay souz le chasteau l'un des petits costez du trapèze mixte, le beau quay l'autre, et le plus grand est de la porte du Pont à la porte delà Barre. »

qui le porte au midv. et au pié de qui la mer bat tousjours, en sorte que Ton n'y peut passer, et n'y a ni clôture ni garde, et estoit jadis le port.

|P. 33.] Le fonz de Dieppe appartient à Parchevesque de Rouen, à qui un duc de Normandie le bailla en eschange avec Louviers, Aliermont, village triple, à 2, lieues de là vers Senarpont, et les moulins de Rouen, pour les Andelis. — Vide Papyr. Masson, De flum. Galliae, et nostre Itinéraire normanique. — La forteresse est au roy, et Mr de Longueville y tient le chasieau, et commende le sr de Montigny (i), originaire de la vallée d'Aillan sur la R. d'Yonne, vers Sens et Auxerre.

Il y a 4. conseillers en ville, dont le ier qui est comme majeur, dure 3. ans, et au bout de cela il peut encore estre continué par le gouverneur, ou bien estre osté, et passe alors en sa place celuy qui estoit 2e., et s'en élit un 4e. nouveau ; il y a de plus le syndic. Depuis Tan 1643 on y a establi un présidial ; le sr de Robertot, du nom de Gruchy, est président et lieutenant général, et en a bien pour 45. mille livres. De conseillers au présidial il n'y en avoit encor pas un seul en 1647 pourveu, mais aucuns exerçoient par commission.

Il y a 8. quartiers en la ville, qui est très peuplée de

(1) Il existe au musée de Dieppe (Catalogue, no 5i.) une première pierre posée par ce gouverneur. En tête, un blason échiqueté de... et de sable, à la bande de... L'inscription porte : Messire Guillê de Montigny, cher, consr du roy en son conseil d'estat, gouverneur por sa majté soubf l'autorité de Mons* le duc de Longueville de ceste ville chasteau citadelle de Dieppe et fort du Pollet a possé c^ste première pierre l'an de grâce 16 3o. — On pense que cette pierre provient de la porte édifiée à l'entrée de l'enclos dont fut entouré le cimetière de l'église Saint . Jacques de Dieppe.

menu, mais peu de noblesse et gens de qualité. On fait estât de 20. mille hommes. Il y a aussy 8. compagnies, et 8. capitaines delà ville, par conséquent. Le major est le sr de Soqueville, et commende en l'absence du gouverneur Montigny. Il y a bien le tiers des habitans Huguenot, et a son presche hors de la porte de la Barre, vers Appeville.

Depuis le 3e aoust que les 2. compagnies des Gardes, ière du régiment françois, colonelle, et Pautre du régiment suisse, s'en furent avancées par Neufchastel, Gournay et Gisors vers Paris, les bourgeois gardèrent le roy, faisans nuit et jour corps de garde devant son logis situé, joignant celuy delareyne, au dessouz du Franc marché, chez un Huguenot, et ayant son derrière appuyé à la muraille du beau quay, vis à vis de la rade. Tous les jours montent en garde deux compagnies. Les gros bourgeois font corps de garde en la Maison de ville sur le marché, le menu est sur les remparts.

Les Capucins (1) sont au fauxbourg du Polet (et les Filles de la Visitation Ste Marie aussy) (2) à la maison de Santé dans la prairie, au costé gauche de la rivière, au dessus de la ville à l'orient.

Dans la ville, en la rue d'Escoce, sont les Ursulines et Minimes, joli couvent et jardin, et entre deux l'Hospital desservi par religieuses, beau bastiment et grand ; il y a force malades. Il y a aussy des Carmelines sur mesme ligne, en la Grande rue, vers la porte de la Barre, et

(1) « Les Capucins prirent possession, le 14 juin 16 14, d'une maison qu'on avoit achetée au Pollet pour leur établissement. » T. Duplessis, Descript., etc., t. I, p. i38.

(2) Les religieuses de la Visitation furent fondées en 1640 par demoiselle Puchot de Malaunay; en 1643, elles transférèrent leur établissement au Pollet. {Id., p. 140.)

sont tous bastis de pierre. Les P.P. de l'Oratoire, qui tiennent le Collège, sont une grande maison de bois, comme sont toutes les autres de la ville, en la rué le long du quay ou port. Cette maison est travaillée en toute son élévation, par dedans, à histoires de menuiseries et de terre cuites à grands frais (i). Le cardinal Joyeuse l'eut par décret sur le propriétaire, décheu de ses affaires.

Il y a 2. paroices, S1 Rémy, vers la porte de la Barre, où est la sépulture du sr de Sigongne, et S1 Jacques, beaucoup plus grande église, où est en chapelle australe du chœur Tépitaphe de Mr Jean Guilbert, escuyer, sieur de Hagnouville, lieutenant général au bailliage de Gaux, vicomte d'Arqués, mort 1628, et de Catherine Romée, sa femme. Armes, d'or à 2. merletîes de sable, pour luy.

De Dieppe à RafFetot (2), 11. lieues, par Appeville, 1/2 lieuë, rivière de Scie; puis le long de Hautot laissé sur la main droite, 1/2 lieuë ; de là à Brun Maisnil (3), 1. lieuë ; et puis une 1/2 lieuë bonne à Gueurre; passez la petite rivière de Beauné, puis voyez le village, grosse maison de pierre couverte d'ardoise de Mr de RafFetot; passez la rivière de Sane, belle, limpide et forte au bout du village, à laquelle conflue celle de Beauné dans les

(1) C'était une superbe maison de bois sculpté qu'Ango s'était fait construire vers i52 5, et que le bombardement de 1694 réduisit en cendres. Une partie du beau carrelage de la grande salle est conservée au musée de Dieppe. (Catalog., no 888). Sur le Collège de Dieppe, voir T. Duplessis, Descript., etc., t. I, p. 144; Cochet, Répert. archéol., p. 22.

(2) RafFetot, canton de Bolbec ; Appeville, réuni à Hautot-sur- Mer, canton d'Offranville ; Gueures, canton de Bacqueville.

(3) Brun Maisnil, le Brumesnil, aujourd'hui Ambrumesnil, canton d'Offranville.

estangs au dessouz de la maison de Gueurre à M. de Raffetot. De là par Greuville (i), i. lieuë, et de là à Doudeville, plus de 3. lieues. Faut passer à Luneré et au bout de la Foustelaye, es allées de Ganteleu (2).

Doudeville (3) , en Varchidiaconé du Petit Caux, doyenné de Canville.

En Féglise Nostre Dame (4), au coin austral d'une chapelle aussy australe, en mesme ligne du grand autel, une image de grandeur au naturel, crucifiée, couronnée d'or, barbue et couverte d^n drap peint à fleurons, depuis le nombril jusque sur les pies cloués à 2. clous, et ayant entre les jambes une cheville d'arrest, comme les crucifiés du Japon ont pour les soustenir en croix. On

(1) Greuville, canton de Bacqueville ; Luneray, id.

(2) Canteleu, ancienne paroisse réunie à Luneray.

(3) Doudeville, chef-lieu de canton de l'arr. d'Yvetot. Sur l'église de Doudeville, voir Cochet, Les Eglises de l'arr. d'Yvetot. i852, t. I, p. 209 et suiv.

(4) « En ceste église, grande à proportion de la paroice qui est douze cents communiants, il y a une tombe plate au costé ou carolle vers midy, et au dessus d'elle, contre la muraille, une épitaphe en pierre blanche, à demi effacée, qui est d'un sieur Bretel, promoteur en l'église de Rouen, originaire de ce lieu d'où sont venus les présidents de Lanquetot et de Grémonville. Au costé opposite ou boréal, il y a une vitre donnée par nobles hommes Mr Charles Asselin, coner advocat du Roy à Cany, Mr Louis son fils en 16 16. et réparée par Pierre Asselin (on me l'a dit fils de Louis), escuyer, mr« d'hostel ordinaire du Roy en 1645. On me l'a dit aussy gendre de Mr des Hommets, de Rouen, et anobli depuis un an. Ses armes sont d'azur à lafasce d'argent, chargée de 3. roses de gueules, accompagnée de 3. estoilles d'or, 2. et 1 . »

Pappclle vulgairement S1 Dignefort, par corruption de Vilgefort ou Vulgetbn (i). Mr le curé, Mr Pierre Jouet, angevin, homme d'esprit, m'a monstre une petite image en taille douce (2) où ceste sainte est ni plus ni moins que cy dessus représentée, mais vestuë d'une longue tunique entière, ceincte, et les bras mesme jusques aux poignets. Au dessous de ses pies, il y a un autel chargé d'un calice et d'un brodequin ou demi bote fendue par devant, et sur les marches de l'autel il y a représenté un homme jouant du violon, et y a au dessouz de tout cela

(1) Sainte Wilgeforte est également connue dans le pays de Caux sous le nom de Dignefort (Digna fortis) et de Vierge forte (Virgo fortis). En Espagne on l'appelle Liberate, et en Belgique Oncommeran ou Ontcommenan. En 1722, il existait dans un hospice de Malines une statue en bois représentant sainte Wilgeforte en croix et sans barbe; on l'invoquait sous le nom de Vierge des malades. Le recteur du collège de Dieppe écrivait en 1706 aux Bollandistes qu'on voyait à Arques, à l'autel de la Sainte Vierge, une statue de vierge barbue, vêtue d'une robe, les pieds et les mains attachés à la croix par des cordes. (Acta S. S., tom. Vjulii, pag. 64.) Dans ses Eglises de l'arr. d'Yvetot, I, 214, l'abbé Cochet dit qu'il existe dans l'église de Doudeville une peinture sur bois du xvie siècle représentant le martyre et un miracle de sainte Wilgeforte. La dévotion à sainte Wilgeforte, ajoute Cochet est très répandue dans le pays de Caux; on la rencontre à Vittefleur, Doudeville, Flamanville, Arques, Valletot-sur-Mer, Auzouville-sur- Saâne, Fauville. — L'église de Saint-Etienne de Beauvais possède une grande et belle statue en bois, du xvie siècle, représentant sainte Wilgeforte crucifiée. — Voir Cahier, Caractéristiques des saints, t. I, p. 121 et 190, et t. II, p. 56g; — Aglaûs Bouvenne, Légende de sainte Wilgeforte, 1866, in-8°, avec 3 planches. Voir encore un curieux article de la Zeitschrift fur Christliche Kunst. Dûsseldorf, i8g5, Heft 1, p. 3 à 18, avec 3 planches. M. l'abbé Maupas, du diocèse de Rouen, prépare une étude très complète sur sainte Wilgeforte et son culte.

(2) Cette image est reproduite dans les Bollandistes, t. V julii p. 5g.

escrit : Sancta Wilgefortis, alias Liberata, quam Belgae a depellendis curis ont Commeran nominant (i), Regh Portugalliae Jilia. Postquam a Christo sponso suo deformari rogasset ne ab amasio ad nuptïas expeteretur, atque ita subito promissa Ma barba excrevisset, pro Christianae religionis ac pudicitiae defensione cruci a/fixa fuit, miraculis hodie clarissima, atque hoc inter caetera, quod simulachrum ipsius citharaedi cujusdam ad mortem damnati atque ad patrocinium ejus confugientis, innocentiam, unius ocreae ar genteae excussione , declaravit. Vide Martyr ologium romanum,et Molanum ad Usuardum. Révérend, et ampmo Domino Domino Johanni Cholino, praeposito Bonnensi et archidiacono Hannoniae pro ecclesia Leodicensi, dedic. anno 1622. L. Valler, cum privileg.

Le mesme curé m'a donné cecy par escrit, copié ex Martyrologio romano Baronii, 200 julii (c'est la feste, non festée à Doudeville où il n'y a rien dans le bréviaire) : Wilgefortis, virgo et martyr in Lusitania, quae pro Christiana flde et pudicitia decertans, in cruce meruit gloriosum obtinere triumphum. — Ex Martyrologio Usuardi : In Portugallia, natalis Su Wilgefortis, virginis et martyris, quae amore castitatis et christianae fidei, in cruce moriens, féliciter transivit ad Dominum.

C'est un grand village appartenant aux chanoines de

(1) « Ste Wilgefort, St Commeran. Voyez mon Itinéraire des Pays Bas, à Namur, où il y a un tableau de ceste sainte escrit : Gocombes. Le peuple l'appelle Ste Leombon, mais à Bruxelles, Cocommcr, qu'ils prononcent Cocombre. A Mayence, il y a une image comme ceste cy de Doudeville, et y est escrit : S. Wilgcfortis, Germanis un Kummer etc. Vide Itin. German. » — C'est Yltinerarium gennanicum ou Germaniac superioris, Bibl. Mazarine, g 4408.

Plessis lez Tours (i) qui en ont le temporel, ou pourtant M. de Varcngeville et M. le président de Grémonville Bretel (2) ont quelque part et le patronage qu'ils ont par alternative triennale avec les abbayes de Fescamp et de Vallemont(3). Le curé Jouet, angevin, honneste homme; joli presbytère. Grosse tour d'église. Le village grand et gros, mais ruiné par Belbec, capitaine au régiment des Vallons de Bournonville, qui y a tenu, en 1 647, garnison et rançonné ce lieu et autres voisins. Il estoit en 1641.

(1) « Gautier d'Aufai et Patrice sa femme avoient donné l'église de Doudcville à l'abbaïe de Valmont qui présentent à la cure en 1 180. Dans la suite des temps, on a dit que ce patronage dépendoit du fief de Doudeville, et qu'il n etoit qu'alternatif. L'abbé et les religieux de Valmont l'échangèrent pour quelque autre bien contre Pierre Roque, seigneur de Varengeville, conseiller d'Etat, et secrétaire des commandements de Monsieur, frère unique de Louis XIV. L'archevêque de Rouen approuva cet échange par lettres du 7 mars 1660. Cependant, selon deux aveux, l'un du 20 février 1247, l'autre du 10 septembre i65g, les chanoines du Plessis lez Tours déclarent que le roi Louis XI leur a donné Doudeville et le Frenai, qui est un plein fief de haubert, et qu'à cause de ce fief ils ont droit de présenter à la cure de Doudeville et aux chapelles de Saint-Léonard et de la Madelène sur la même paroisse ». T. Du Plessis, Descript,, etc., t. I, p. 431.

(2) Raoul Bretel, sieur de Grémonville-en-Caux, était président au Parlement de Rouen en 1 585 ; il joua un certain rôle pendant la Ligue. Son fils, Louis Bretel, sieur de Lanquetot, fut conseiller, puis président au Parlement de Normandie. Voir Robert d'Estaintot, La Ligue en Normandie, p. 44, 117 et 299 ; — Floquet, Hist. du Parlement de Normandie, t. III, passim; — H. Le Charpentier, La Ligue à Pontoise, 1878, p. 149 et 78. — Un autre Raoul Bretel de Grémonville, d'abord conseiller au Parlement, fut nommé président en 1622; c'est de celui-là que parle Du Buisson.

(3) Sur ce patronage litigieux entre les religieux de Fccamp, de Valmont et les seigneurs de Doudeville, voir Cochet, Les Eglises de Varr. d'Yvetot, t. I, p. 216.

ou 1642. encor logé là, n'estant que brigadier d'une compagnie de cavalerie françoise qui logea là, avec une allemande, les capitaines Chaumarais et Ravenel.

|P. 35.] Raffetot.

Raffelot, maison plate et sans fossé, de pierre blanche, brique et caillou à chaînes égales ; belle chapelle, détachée du corps de logis, à main droite entrant dans la cour. Le corps de logis est à main gauche, où la salle haute est belle. En lad. chapelle, es vitres, un priant en habit d'ermite (?), armes de Canouville qui sont de gueules à 3. molettes d'or, 2. et 1.; dame priante; autres priants, homme et femme, Canouville (1), parti d'or à 3. fasces ondées d'azur. (Je crois que c'est Hautemer, mais il n'y a point de chevron qui soustienne en pointe comme cecy aprez, à la fin).

Grande et longue chesnaye par un quart de lieuë, en tournant jusques à l'église de la paroice qui est jolie, ainsy que cy aprez nous dirons.

Dans la chambre haute, au bout de la haute salle du corps de logis, sont es vitres les armes de Canouville et puis les alliances. Ainsy, autour de la cheminée, sur la basse court vers l'entrée : de gueules à 3. chevrons d'or; échiqueté d'or et d'azur au filet de gueules posé en bande ; de gueules au chevron d "argent; d'ermines à la fasce de gueules; d'argent à l'aigle de sable. Sur la court de la maison (2), vis à vis de la chapelle : burellé

(1) « Parti de Canouville et parti de Hautemer ». — Canouville, canton de Cany, arr. d'Yvetot. Les seigneurs prenaient le nom de Canouville de Raffetot.

(2) « Sur le costé de la salle regardant sur la court de la maison ».

de 10. pièces de gueules et d'argent; d'azur et d'or à 4. ou 6. pals, au chef de gueules chargé de 5. aneaus d'argent ; de gueules à la croix atout ée de fleurs de lys d'or, cantonnée de 12. billettes de mesme ; de gueules au chevron d'or accompagné de 3 . coquilles d'or aussy; vairé, au chef de gueules chargé d'un lyon naissant d'or. A l'opposite, sur le jardin : d'argent fretté de gueules, parti d'azur et d'or paie, comme cy dessus, de 6. pièces ; de sable à la bande d'argent costoyêe de

2. filets d'or ; de gueules à 3. fermaux d'or, 2. et 1 ., qui est de Graville ; d'or à 3. maillets de gueules, qui est Mailly Conty ; bure lié de gueules et d'argent de 10. pièces au (en blanc) d'or posé en bande; d'azur à

3, sautoirs alésés d'argent 2. et /., au chef d'argent ; paie d'or et d'azur de 6. pièces, au chef de gueules chargé de 3. estoilles d'or ; barré ou chevronné (on ne peut dire lequel à cause que Pescu n'est que demi ou mi parti) d'argent et de gueules de 4. pièces, mi parti d'argent à l'aigle de sable ; de sable à la croix anchrée d'or, mi parti de gueules à la bande ou chevron d'argent ; d'argent fretté de gueules, comme cy-dessus, mi parti d'azur à Vorle demerlettes d'or, ou bien à 6. merlettes d'or, 3., 2. et 1 ., dont il ne se veoit que deux demi et deux entières, et y en a encor autant dans l'autre moitié cachée par le mi parti.

Dans l'église paroiciale, un peu élongnée du manoir seigneurial, et qui pour une église de village est très jolie et bien décorée, y a une ancienne tapicerie où sont en couleurs les armes des alliances de Canouville, à sçavoir: Raffetot, qui est un des pallés de six pièces cy dessus ; Geurre, qui a une fasce chargée de sautoirs, ce me semble, et autres dont Le nom est escrit au dessous.

Dans le milieu du chœur, il y a aussy une tombe plate

gravée, d'une dame, avec grande légende en ryme françoise; et souz l'arcade qui est entre le bas du chœur et une chapelle boréale (i), une grande sépulture élevée sur 4. piliers quarrés, 2. au bout du devant, 2. derrière, chacun de la hauteur d'une toise ou plus, à chapiteaux d'ordre dorique, portant leur architrave et leur frise, le tout de marbre blanc, à triglyfes de marbre noir, avec la cornice de pierre blanche ; au dessus de tout cela est une lame ou table aussy de pierre blanche portant deux priants de mesme, un chevalier armé, l'espée au costé, sa casaque d'armes chargée et semée de molettes, comme il y en a trois à son prie Dieu, et une dame, la queue de son chaperon de velours pendant derrière, et à son prie Dieu sont armes d'azur à 3. chevrons de vairé, et y a force alliances là et es environs de la sépulture ; et es 3. costés plaques de marbre noir où sont vers pieux gravés en lettres d'or. Mais au 4e, qui est le ier et le devant, le nom des priants y est ainsy :

Antoine a fait ce lieu Pour luy et sa maison; Dire\ chacun a Dieu Pour luy une oraison.

Ce mesme Antoine de Canouville est représenté priant, armé, sa casaque semée de molettes d'or, et ses armes, de gueules à 3. molettes d'or, à son prie Dieu, en une vitre de lad. chapelle boréale, ayant derrière luy, aussy priants, armés, avec leurs casaques aussy armoriées, ses 4. fils, François l'aisné, Antoine . . . (sic), et Alexandre, le seul

(1) « La chapelle seigneuriale, placée du côte du Nord, est une construction du temps de Louis XIII ou de Henri IV, recouvrant un caveau sépulcral ». Cochet, Répert. archéol., p. q5. — Le monument funéraire dont parle Du Buisson a disparu.

resté aujourd'huy seigneur de Ratfetot (i). A costé, plus bas contre la muraille, est un épitaphe, et sur la table de marbre noir est en lettres d'or gravée une fondation d'une messe à perpétuité par 3 5o. livres de rente, et autres aumosnes faites par haut et puissant seigneur Mrc François de Canouville, chevalier, seigneur de Raffetot, Malleville, Venesville et de Vinacourt (2), pour luy et

son âme et pour celle de feu sa femme, haute et puissante dame Jeanne de Hautemer (morte sans enfant de luy, mais non de son ier mari, sr de la Ferté Imbaut), dame et baronne de Mauny (3); et ce par contract du 2e décembre i63o. Les armes de Hautemer sont là, d'or, à 3 . fasces ondées d'a\ur, soustenues en pointe d'un chevron de mesme.

[P. 36.] Antiquité de Dieppe.

Dieppe ainsy dit à cause de sa bassesse sur la mer, à prix des élévations qui la surmontent des deux costés. Il en est fait mention passé cinq cents ans. — Voyez Pap . Masson. De flumin. Galliae, et ce que nous avons

(1) Alexandre de Canouville-Raffetot épousa Henriette-Catherine, fille du maréchal de Grammont.

(2) Malleville, canton d'Yvetot; Venesville, id. ; Vinacourt, peutctre Vignacourt, canton de Picquigny (Somme).

(3) « Jeanne de Hautemer, dame de Mauny, fille de Guillaume de Fervaques et de Renée de Marçonnay, épousa en premières noces, le 8 mai 1579, Claude d'Etampes, baron de la Ferté- Imbault, chevalier des ordres du roi, chambellan de Monsieur, et en secondes noces, François de Canouville, baron de Raffetot. Les Canouville de Raffetot étaient, dit Saint-Simon, des gentilshommes riches, anciens et bien alliés de Haute-Normandie ». Victor des Diguères, Etude historique sur les Rouxel de Médavy de Grancey. 1870, in-8°, p. 9G.

annoté, et aux Villes de France, par du Chesne, et en nos Itinéraires Anglique et Hollandique (i).

Le fonz appartient à Tarchevesque de Rouen par esehange du duc de Normandie faite avec luy pour Andely.

Mr François Roussel, hydrographe, demeurant en la rue Claustrale entre le cemetière et église S1 Jaques, m'a dit et fait veoir par note en escript comme il avoit trouvé dans un Mémorial de l'an i5g4, fait par le sr d'Artenay, canonnier et officier au chasteau, qui avoit espousé sa mère, comme Payeule dud. Artenay fort vieille, et depuis morte à l'aage de i i5. ans, luy avoit [dit] que jadis le port estoit au bout du beau quav sous le chasteau, ce que Ton appelle encor le Port d'ouest, et entroit la mer courant dans la rivière, allors venant tout le long du costé d'Arqués, par S1 Pierre d'Espinay (2), prochain village de Dieppe, et aud. S1 Pierre s'arrestoient les vaisseaux amarrés à une grosse motte qui subsiste encor aujourd'huy, comme aussi sont les grosses pierres qui se voyent au lieu où, de ce temps là, estoit le Marché ; jusques où, depuis la mer de desssuz le chasteau, cela s'appeloit le quay de Berteville. Et y avoit néanmoins un cours de la rivière par où elle va de présent, mais si petit que Ton le passoit sur une planchette pour aller du Polet à la ville, en laquelle ni le pont sur la rivière, ni la porte du Pont susd. n'estoient encor faits. Je ne scay quelle croyance on doibt avoir à ce compte de vieille.

J'ay déjà dit quelque chose de l'église S1 Jaques. Il y a là une chapelle boréale à la nef où sont es vitres des

(1) Itinerarium Batavicum. 16S7, i638 ; ltinerarium Zelandicwn . 1 638 ; Itinerarium Anglicum. i6'$j. (Bibl. Mazarine, 4407.)

(2) Saint-Pierre-d'Epinay, réuni aujourd'hui à Dieppe. Cochet, Répert. archéol., p. i5 et 20.

armes, d'azur à 3. chasteaux d'or, 2. et /., qui sont des Groulart, originaires de là ; ces mesmes sont, mi parties d argent à 3 . pies de griffon de gueules, au chef d\i\ur à 3 . aneaus d argent, qui sontd^ne sienne femme. Vis à vis de ceste vitre, contre la paroy, entre les balustres de la chappelle, un assez grand épitaphe à figures et ouvrages de bois peint et doré alentour d^ne table de cuivre où cecy est gravé : Cy gist noble et vertueuse dame Alison Bouchart, femme de Mxt Claude Groulart (1), chevalier, coner du Roy en ses conseils d'Estat et privé, et premier président en la cour de Parlement de Normandie, seigneur de la Court, de S* Aubin et du Bogouet, laquelle décéda le /5e février 1884. — Hoc monumentum castissimae et integerrimae uxori, quae relicto unico Jilio (2), (on a là oublié decessit, ou autre verbe semblable) super stes maritus mœrens posuit, anno i5g€2.

A Dieppe, force navigateurs, principalement à l'isle S1 Christophe, Guadaloupe, Cap verd, etc. Raretés de ces pays là : ivoires, et escailles de tortues dont ils font force ouvrages jolis, sarpajous, moniques (3) et guenuches, petits perroquets du Cap verd. Dieppe plein de [p. 3 y] pescheurs. Coste poissonneuse; excellens mulets, soli-

(1) Alison Bouchart était la première femme de Claude Groulart, qui épousa en secondes noces Barbe Guiffard, décédée en 1 5gg. Claude Groulart mourut en 1607. Leurs monuments funéraires se trouvent aujourd'hui dans la chapelle Saint-Etienne de la Grande- Eglise, à la cathédrale de Rouen. Pour la biographie de Claude Groulart, voir Floquet, Hist. du Parlement de Normandie, t. III, p. 181 et suiv.

(2) Le fils de Claude Groulart et d'Alison ou Elisabeth Bouchart était Claude, conseiller au Parlement de Rouen, mort en i63i. Voir Farin, Hist. de la ville de Rouen, 17 10, t. III, p. 3 80.

(3) Monine, la femelle du singe. Richelet, Dict., t. II, p. 65g.

coques (i), ailleurs appelées chevrette, espèce cTescrevette, hommars, escailles, vives plus grandes que nulle part ailleurs, et en tout temps, maisme en aoust, soles et turbots, mais qui ne sont pas bons si frais ouy bien la raye et la moluë. Vins d'Espagne, Canaries, Bourdeaus. Il y en a aussy de Normandie et de France, mais rare.

Neuf chas tel en Bray (2).

De là par la porte du Pont, le Polet et le long de la rivière, à contreril, nous allâmes ce lundy, 5e d'aoust 1647, avec le Roy, la Reyne et toute la cour à Neufchastel (3), qui sont 7. grandes lieues ainsy :

Martinéglise (4), 1 . lieuë, gros village vis à vis de celuy d'Arqués, en mesme vallée, et où 3. rivières confluent pour composer la Bétune de Diepe ; passez 2. ou 3. guais ou bien autant de ponts, et trouvez le costau où commence la forest (je croy d'Arqués, dont voyez nostre Itinéraire normanique), et là se présentent 3. chemins; un à droite par S1 Aubin le Cauf (5),,que Ton dit chemin

(i) « Solkoques, pour ce que dans leur coque on trouve souvent de petites soles, et croid-on que ce sont les mères soles, quoyque cette escrevette soit moins grande et grosse que le grand doigt ». Voilà une bien étrange origine, que le brave Du Buisson cite sans sourciller.

(2) « Neufchastel en Bray; chemin brayé, où le bray et terre molle paroît par le passage frayé des roues et charrois ».

(3) La cour était rentrée à Paris à la date du 9 août, par Gournay et Saint-Germain. Elle l'avait quitté le 9 mai précédent pour se rendre successivement à Compiègne, à Chantilly et à Amiens, où elle avait fait un long séjour. Cf. Lettres de Ma\arin, t. II, passim, et Journal de Lefèvre d'Ormesson, éd. Chéruel, t. 1er, p. 382 et 390. — R.

(4) Martin-Eglise, canton d'Offranville (Seine-Inf.).

(5) Saint-Aubin-le-Cauf, canton d'Envermeu (Seine-Inf.).

d'en bas; l'autre à gauche, premièrement au tour, puis au travers de la forest par cavée; et le 3e par entre les deux, tout droit et le plus court, mais roide de montée pour les caroces, pour lesquels le 2f est le plus seur, mais semble un peu plus long. A la sortie du bois, le 3e le rejoint, et vont à S1 Nicolas d'Aliermont, i . autre Iieuë; passez tout à travers, et de là par Nostre Dame d'Aliermont à Ste Agathe (i), 2. lieues, puis au dessus de Bure (2), 1. Iieuë, gros village en un fonz aqueux et boisé, apartient au mareschal d'Estrées, vis à vis duquel se rencontre le chemin d'en bas, et des 3. chemins reste un. De là à Mesnière (3), 1. Iieuë, long village. A l'entrée, plusieurs sources d'eau très claire sortant du pié du petit costau dans le chemin; à la sortie, beau chasteau à grand fossé plein d'eau, la contrescarpe revestuë de brique, le bastiment fondé au milieu de bon grais, 3. ou 4. pies hors d'eau, puis élevé tout en belle pierre blanche à 4. tours régulières es 4. coins, dont l'orientale est une chappelle ; beau, dit on, par dedans, et les offices au dessous; a très belle veuë sur la vallée vers sud est, où il y a rivière et bois; appartient au baron de Villers du nom de Fautereau ou Boisset, n'a qu'un fils sur le point d'espouser la fille de Boves Rubempré, et une fille. De là à Aulage (4), 1/2 Iieuë, maisonnette aux srs de Courvaudon ; deux pavillons de brique et pierre blanche non achevés sur

(1) Saint-Nicolas-d'Aliermont, canton d'Envermeu ; Notre-Damed'Aliermont, id. ; Sainte- Agathe-d'Aliermont, canton de Londinières.

(2) Bures, canton de Londinières.

(3) Mesnières, canton de Neufchâtel. Sur le beau château de Mesnières, construit au xvip siècle, voir la description qu'en fait l'abbé Cochet, Répert. archéol., p. 242.

(4) Aulage, paroisse réunie à Saint-Martin-l'Ortier, canton de Neufchâtel.

l'entrée ; parc derrière, long et estroit, clos de murs partie brique et partie moellon, couvert à Pordinaire du pavs

d'un petit toit de tuile, non achevé ; avenue ou

d^rmeaux. A S1 Vincent (i), 1/4 de lieuë, belle [p. 38] cressonnière de 20. à 3o. pas de diamètre en rond, sous laquelle sont les claires sources qui sortant de là font un ruisseau coulant vers la susd. vallée de sud est et sud ; puis encor 1/4 de lieuë, et Neufchastel, en dévalant dans le fonz, au bas duquel, vers le sud, passe une rivière qu'aucuns nomment Aubette, venant des ruisseaux de Forges, lieu célèbre pour ses eaux minérales, à 3. lieues de là, à costé droit sur le chemin de Gournay.

C'est (Neufchastel) villette close à muraille et fossé ; 4. portes, celle d'En haut, pour estre au fin haut de la ville ; celle de Rouen, à Topposite de l'autre et tout au bas vers la rivière ; la Cauchoise, par où nous vinsmes de devers Dieppe ; et des Fontaines pour sortir vers Gournay. Ce lieu célèbre par le gouvernement du brave Givry, qui retint l'armée du prince de Parme 4. jours avant que se rendre, tandis que le roy Henry, blessé d'une arcbusade aux reins à Aumale, se retiroit (2). Aprez luy en est le gouverneur Fontaine Martel, qui y a

(1) Saint-Vincent-de-Nogent, réuni à Neufchâtel.

(2) Après avoir fait occuper les faubourgs d' Aumale. le 5 février 1590, Henri IV fut surpris par un fort parti de Ligueurs; il reçut une balle qui le blessa et le força à faire retraite. Le 12 février, le duc de Parme assiégeait Neufchâtel; Givry la défendit bravement, mais fut néanmoins forcé de se rendre. Le gouverneur Paleseuil tint encore quatre jours dans le château; cette résistance prolongée fut d'un grand avantage pour les affaires du roi, car elle força l'armée de la Ligue à consommer la plus grande partie de ses provisions, et la contraignit à s'arrêter pour en faire de nouvelles. Robert d'Estaintot, La Ligue en Normandie, p. 227 à

gagné 3o. mille livres de rente durant la guerre de la Ligue (i). 11 y avoit lors un chasleau prez la porte d'En haut, démoli dès la paix par Henry 4., où la maison du gouverneur a esté bastie par la ville, vis à vis S1 Jaques, et la reyne y logea, comme le Roy prez S' Pierre à la porte d'En bas ou de Rouen, qui sont les deux extrémités de la Grande rue.

Il y a dans la ville 3. paroices : S' Jaques, en haut, S1 Pierre, en bas, Nostre Dame, grande église entre les deux, à mi chemin (2). Les Bernardines (3) se sont venues de dehors loger quasi vis à vis. Les Cordelières (4) sont au dessouz de Nostre Dame, vers la porte des Fontaines, et derrière le logis du sr de la Vallée, exempt des gardes, où nous fûmes logés. Ce sont tilles du tiers ordre de S1 François ; petite église. A la grande vitre derrière le chœur, deux priants, un chevalier et une dame ; armes, d'azur (cet azur paroit mieux en une autre vitre du chœur des religieuses) à la fasce diaprée de ronds d'or remplis de lyons et d? aigles aussy d'or, et sont mi parties, de gueules, dit-on, à fleurs de lys d'or, un lambel en chef; et y a escrit : Noble [et] puissant seigneur Monsr Jean

(1) « Gouverneur présent, baron de Bully. Armes, d'argent au lyon de sable ; d'argent à 2. escussons de sable posés en pal; item, échiqueté d'or et de gueules, en 3. escus attachés à un may devant sa porte. La maison et baronnie de Bully est à demi lieuë de la ville; logis à la moderne, mais non achevé ».

(2) Sur ces paroisses, voir Toussaints Du Plessis, Descript., etc., t. I, p. 147.

(3) T. Du Plessis, Descript., etc., t. I, p. 14g.

(4) Les Cordelières étaient des religieuses du Tiers-Ordre de Saint-François. Venues de HesJin en Artois, au nombre de «:pt elles furent reçues à Neufchâtel en 1507. En 1643, elles embrassèrent la clôture à laquelle jusque là elles n'avaient point été assujetties.

de Clères, chevalier, seigr de Neuville sur Senarpont, Arsenroy et Coureaulx, l'un des gentilshommes de la maison du Roy, et dame Renée de Chasteaubriant, sa femme, ont donné cette verrière en lan mil Ve et XIII.

L'Hospital, un peu plus haut vers la Grande rue, de fondation royale, disent-ils, prieuré de 14. cens, jadis de 14. mil livres de rente, tenu en titre par Poncle du sr de la Vallée qui a un sien neveu de ce costé, et six autres religieux noirs de Tordre S1 Augustin (1). A la clef de la voûte sont armes échiquetées d'azur et de sable, ce m'a t'on dit. Il n'y a nuls pauvres.

A S1 Jaques, église médiocre, paroice de mille communians, comme S1 Pierre, et Nostre Dame est du double ; en une chapelle australe au chœur, dans le mur austral est entaillé un [p. 3g] priant, à bosse en profil, portant armes, d'or au pal de gueules chargé de 3. aiglettesd'or, et y a escrit : Cy devant gist au pié de cest autel noble homme de très bonne mémoire Roger de la Mothe, en son vivant escuyer, seigneur de Vimont, Quesnoy, Randillon, Marquency et Sie Geneviève, vicomte de Neufchastel et d'Aubmalle, qui décéda le 28e d'aoust i5io.

Election à Neufchastel, pays de Bray, du bailliage de Caux.

De Neufchastel pour aller à Gournay, encor pays de Bray, vous sortez par la porte des Fontaines ; voyez sur la droite le couvent des Pénitents du tiers ordre de S1

(1) Le prieuré-hôpital de Saint-Thomas de Cantorbéry avait été fondé à la fin du xne siècle ; il était desservi par des chanoines réguliers de Saint-Augustin. Des religieuses Bernardines les remplacèrent en i652. Voir T. Du Plessis, Descript., etc., t. I, p. 148; — Cochet, Répert. archéol., p. 248.

François ; de là à Bouelle ( i ), puis à Nelle (2) tout proche, en loui i. lieue; puis Beausault (3), 1 . lieue; c'est village à la maison de Créquy. Il y a estang, sur le bord boréal duquel est un chasteau ruiné, et de cest estang sort une rivière que vous passez sur un pont ou chaucée, au dessouz de quoy elle fait aller des forges à fer avec une grande cheute qui s'y fait d'eau qui aura donné le nom du village en beau saut.

De là à Gaillefontaine (4), village à M. de S1 Luc, 1. lieuë; et puis Merval, 1. lieuë ; voyez sur la main droite, du costé où sont toutes proches les célèbres eaus minérales de Forges (5), la belle vallée au milieu de laquelle, sur un lieu pourtant élevé, est le chasteau de belle apparence apartenant au baron de Merval. Passez un gros ruisseau sur un pont de pierre et par le bout de

(1) Bouclles. canton de Neufchâtel.

(2) Ncsle-Hodeng, canton de Neufchâtel.

(3) Beausault, canton de Forges-les-Eaux, arr. de Neufchâtel. Il y avait autrefois un prieuré sous le vocable de Saint-Maur, dépendant de l'abbaye du Bec.

(4) Gaillefontaine, canton de Forges. En 1.697, Marie de Bourbon, duchesse d'Estouteville, et veuve d'Eléonor d'Orléans, duc de Longueville, seigneur de Gournay et de Gaillefontaine, vendit, le 2 juillet, à François d'Epinay de Saint-Luc, gouverneur de Saintonge et de Brouage, cette châtellenie pour 1600 écus d'or sol. Timoléon, son fils, maréchal de France, mourut le 12 septembre 1644, et Marie-Anne d'Epinay, sa fille unique, l'a vendue, par contrat du i5 septembre 1706, au sieur Thomas Le Gendre de Collandre, colonel du régiment royal des Vaisseaux. (T. Du Plessis, Descript., etc., t. I, p. 117.) — Sur la famille d'Espinay Saint-Luc, voir une note intéressante dans Tallemant des Réaux, Historiettes, t. IV, p. 25i et 252.

(5) Voir Recueil de la vertu de la fontaine médicinale de Saint- Eloi à Forges, publié par le Dr Panel. Rouen, 1902, pet. in-40.

Dampierre (1) que vous rasez de votre costé droit, 1. lieuë, et au bout d^ne lieuë vous arrivez à

Gournay,

chétive ville, close pourtant de murailles. La rivière d'Epte, très petite, passe à travers. Il y a aussy un petit chasteau à tours de caillou, comme au nord est de la ville (2).

Entrans, vous passez devant S1 Hildevert, jadis évesque de Meaus (3), et patron de la ville, grande église (4) collégiale de 8. chanoines, un de 400 1., les autres de 1 5o 1. de rente; le doyen, qui est la 9e personne, de 1000 livres. Mr de Longueville, seigneur de Gournay et qui en tire i5. mil 1. de rente, pourveoit à ces chanoinies, qui jadis furent fondées par un Hugues de Gournay.

L'Escu d'Orléans, où M. le cardinal logea (5), est la meilleure hostellerie ; il y a aussy le Heaume et les 3. Maillets, et toutes sont dans la nouvelle ville ou accroissement (6), où est aussy Nostre-Dame, grande église, tour de pierre portant une flesche couverte de

(1) Merval réuni à Brémontier, canton de Gournay ; Dampierre, id.

(2) L'auteur parle de l'un des fortins isolés qui défendaient les différentes portes de la ville. Voyez, notamment, L. Régnier, Excursion à Gournay-en-Bray et Saint-Germer, dans Y Annuaire des cinq départements de la Normandie, 70e année, igo3, p. 103-104.

(3) Saint Hildevert, évêque de Meaux, mourut le 27 mai 680.

(4) M. L. Régnier a décrit cette église dans le travail précité.

(5) Le cardinal Mazarin, au cours du voyage de Dieppe à Paris dont il a été question ci-dessus.

(6) La seconde enceinte de Gournay avait été établie très postérieurement à la première, par Henri Plantagenêt ou par Philippe- Auguste. C'était dans la première enceinte, appelée le Château, que s'élevait la collégiale de Saint-Hildevert. — R.

plomb (1), paroice moitié grande et succursale et dépendante de S' Hildevert, qui est aussy paroice, où Ton est trois ans à taire le pain bénit, et qui est dans la vraye et ancienne ville, entre laquelle et Taccroissement est une porte où Ton passe, portant au dessus de soy un haut portail ou pavillon où est l'horloge de la ville (2).

Ce S1 Hildevert, patron de la primitive église et ancienne ville, est servi et réclamé pour les fols, qui y sont amenés l'aire leur neuvaine. Nous en veimes un, qu'un billet nommoit PAnglois, luy se disoit Breviande, [p. 40] qui y estoit passé six semaines sans aucun amendement, fol mélancholique et ayant perdu l'esprit de déplaisir. Il logeoit, comme tous autres fols, en une maison, à ce destinée, tenant au costé boréal du parvis et entrée de Téglise S1 Hildevert, où tous les matins on leur fait assister à une messe, et leur dit-on l'Evangile, l'estolle appliquée sur leur teste. La paroice qui est dans S1 Hildevert, église collégiale, se dessert en un autel et

(1) L'église Notre-Dame, supprimée en 1792 et démolie peu d'années après, avait été fondée seulement au xne siècle. Des vues plus ou moins exactes en ont été données dans les ouvrages suivants : Potin de la Mairie, Recherches histor. sur la ville de Gournay, 1842, t. Il, p. 19 ; — l'abbé Cochet, Notice histor. et descript. sur l'église collégiale de Saint- Hildevert de Gournay -en- Bray, ap. Revue de Rouen, 19e année, i85i, p. 99 ; — l'abbé Decorde, Essai histor. et archéol. sur le canton de Gournay, 186 1, p. 220. — R.

(2) Cette construction, servant de maison commune et de beffroi, était assise, comme dans beaucoup de petites cités, au-dessus d'une ancienne porte de ville, ici, en fait, sur l'entrée de l'enceinte primitive appelée le Château. Elle fut démolie en 1799. Sous l'arcade passait la rue qui porte aujourd'hui le nom de rue de l'Eglise. Une petite fontaine du xvme siècle, adossée aux habitations, est toute voisine de l'endroit où s'élevait cet ancien hôtel-de-ville. — R.

chapelle de la nef, dite de S1 Nicolas, si bien je m'en souviens (r).

Il y a filles Cordelières (2) et Capucins (3), dehors, joignant la ville, et dedans sont les Ursulines (4), et certaines Filles de S1 Joseph (5), religieuses.

(1) Par sentence arbitrale de l'archevêque Eudes Rigaud, en 126g, entre l'archidiacre du Vexin normand et les curés de Saint-Hildevert, les chanoines assignèrent au curé, ou vicaire perpétuel, un autel hors du chœur, afin que l'archidiacre pût y exercer ses droits de visite sans blesser les droits du chapitre. Depuis ce temps-là, le curé fait ses fonctions à cette chapelle qui est dans la croisée, mais il n'a pas le droit d'y célébrer la messe haute, ni de chanter aucun office, parce que le chapitre s'est réservé l'exercice de ces fonctions aussi bien que celui des principales cérémonies. T. Du Plessis, Descript., etc., t. I, p. 24.

(2Ï Les Cordelières du Tiers-Ordre de Saint-François avaient été mandées à Gournay en i522 pour soigner les malades de l'Hôtel- Dieu, mais en i63i elles se soumirent à la clôture perpétuelle. Leur couvent, dont la première pierre avait été posée en 16 18, se trouvait dans le faubourg Notre-Dame, le long du grand chemin de Dieppe. Une partie des bâtiments existe encore, notamment la chapelle, dépourvue d'architecture. — R.

(3\ Au moment où Du Buisson visitT Gournay, les Capucins n'avaient encore qu'un établissement provisoire au faubourg Notre- Dame. Ils étaient arrivés à Gournay en 1642. Leur couvent définitif, voisin de l'ancienne porte Notre-Dame, est encore debout, moins la chapelle. La ville y a installé son tribunal de commerce et sa gendarmerie. — R.

(4) Les Ursulines, venues de Gisors en i63o, étaient installées rue de Paris. Leur chapelle existe encore, avec son berceau de chêne.

(5) Les Filles de Saint-Joseph étaient primitivement des séculières qui s'étaient groupées en 1625 pour instruire les jeunes filles. Dépossédées de cet emploi par les Ursulines, en i63o, elles vécurent de leur travail, furent approuvées en i638 par l'archevêque, et s'affilièrent enfin à l'institut des Augustines de la Congrégation, fondées par le P. Fourier. Leur maison fut supprimée vers 1755. — R.

Il y a Election et Vicomte, et l'office de Vicomte a esté vendu par le sr Hodengé, qui a dans la nouvelle ville, prez la porte de communication à la vieille, une jolie maison où la reyne logea. Le roy logea vers Nostre- Dame (i). LesappeausdeGournay vontdroità Rouen (2). Le marché y est le mardy, que le coche de Paris à Eu y passe aussy ; auquel jour nous y passâmes à disner, le sixme d'aoust, et par la Maladerie, qui est à une mousquetade hors la ville (3), et Vardes, grosse maison et enclos du marquis portant ce nom, de la maison du Bec, ayant espousé la comtesse de Moret, jadis maistresse du roy Henry 4., qui n'en est pas à demi lieuë, rasant la porte et murs de vostre costé gauche (4). Puis, au bout d'autre 1/2 lieuë, arrivez à Neufmarché, village à chasteau ruiné appartenant à ce marquis (5), et, sortant de là, passez sur

(1) Il s'agit toujours du voyage de 1647.

(2) En 1462, Gournay était un siège particulier de justice seigneuriale, détaché de tout autre, et tenu par un bailli, un lieutenantgénéral et quelques autres officiers, dont l'appel ressortissait immédiatement à l'Echiquier.

(3) C'est aujourd'hui une ferme, appelée la ferme des Malades, et dans laquelle on voit encore le chœur de l'ancienne chapelle, construction du xir? siècle. Cf. L. Régnier, op. cit., p. 1 10. Une vue de cette chapelle, donnée par M. Daniel Gurney {The Record of the house of Gournay, Londres, 1848- 18 58), a été reproduite dans la Notice sur l'église Saint-Hildevert de l'abbé Cochet. — R.

(4) Vardes était une paroisse aujourd'hui réunie à Neufmarché, canton de Gournay. — La « grosse maison » dont parle Du Buisson existe encore. Construite en matériaux du pays, moellon crépi et brique, elle a du caractère et presque de la grandeur, grâce à l'heureux emploi de la brique. Ce logis, élevé, croyons-nous, au premier quart du xvue siècle, peut être attribué à René du Bec, marquis de Vardes, époux de Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret. — R.

(5) Les ruines de la forteresse de Neufmarché se voient encore à l'Ouest du village, de jour en jour plus dégradées. — R.

un pont de pierre, où sont gravées les armes de Du Bec, qui sont fusées (i), par où coule la R. d'Epte, que vous avez veuë faisant grands serpentages à main gauche ; et depuis ce pont Pavez à main droite, et la suivez à la rive gauche, proche de la prairie, par Boucheviller(2), village au baron du Pont S1 Pierre (3), i. lieuë (4) ; Talmonstier (5), au baron de Clère (6), 1. lieuë; Sixfontaines (7), à la comtesse de Carrouges, jadis veuve du comte de Mata Bourdeilles (8), et Eragny, à Mr de Longueville, assez proche (9), et d^ù n'y a plus qu^ne petite lieuë à

Gisors,

première ville où faut repasser Epte, à la porte, et ainsy est dans le Vexin Normand et de la vraye et pure

(1) Du Bec-Crespin : losange d'argent et de gueules. — Ce pont a été reconstruit vers i?55, lors de l'établissement de la route nationale no i5 de Paris à Dieppe. Il porte le nom de pont de Saint-Aubin, en souvenir de l'ancienne église paroissiale de Saint-Aubin de Corval (annexe de Neufmarché) qui, avant la Révolution, s'élevait non loin de là, comme on peut le voir sur la carte de Cassini. — R.

(2) Bouchevilliers, canton de Gisors (Eure).

(3) De la maison de Roncherolles. — R.

(4) Une note de Du Buisson, page 3o, de son manuscrit, est ainsi conçue : « Notez que, depuis Dieppe et par tout le bailliage de Caux et pays de Bray, les lieues sont plus grandes d'une sixiesme ou 8e partie, qui est 1/2 quart, que vers Rouen et Paris. »

(b) Talmontier, canton du Coudray-Saint-Germer (Oise).

(6) Ou plutôt à sa femme : Louise des Courtils, fille de Jean, seigneur de Talmontier, avait épousé en 16 18 Louis de Clère, baron de Beaumets. — R.

(7) Lisez : Sérifontaine (canton du Coudray-Saint-Germer).

(8) Claude Rouault de Gamaches, femme depuis 1 638 de Henri Le Veneur, comte de Tillières et de Carrouge, et précédemment veuve de Henri de Bourdeille, comte de Maiha. — R.

(9) Eragny, canton de Chaumont-en-Vexin (Oise).

Normandie, au lieu que, depuis le pont de Neumarché (sic) (1), tous les villages cy dessus nommés sont du gouvernement de l'Isle de France et de la partie du Vexin que pour cela Ton appelle François, et aussy qu'ils sont de la taille de Magny, quoy qu'ils soient du dioecèse de Rouen, et ainsy festoient, ledit jour, sixmeaoust, la Transfiguration de Nostre Seigneur ou feste Saint Sauveur, festée par tout le dioecèse de Rouen (2).

Gisors est comté appartenant à M1' de Nemours, qui Ta eu avec les Andelys et Vernon, de la part du roy, pour rescompense de Montargis (3). Il y a chasteau au plus haut et nord de la ville, contre la clôture, où il y a muraille double et chemin couvert ; est ruineux et mal entretenu. Mr de Flavacourt en est gouverneur etlieutenant de roy au bailliage de Gisors. Sa maison n'en est qu'à demie lieue (4). Il a nom De Fouilleuse (5).

[P. 41.] La ville est haute et basse, et par les fossés et souz le pont levis de la basse passe le petit bras de la rivière d'Epte, dont le grand bras passe, clair, limpide et léger, entre la basse et la haute, servant de fossé et clôture à la haute (6), qui a ses ponts sur ledit bras et

(1) Le pont de Saint-Aubin, entre Neufmarché et Bouchevilliers.

(2) La remarque de l'auteur montre que cette fête n'était pas chômée dans tous les diocèses. — R.

(3) Du Buisson fait erreur. Charles-Amédée de Savoie, duc de Nemours, possédait le comté de Gisors à titre de seigneur engagiste, comme représentant Renée de France, duchesse de Ferrare, sa bisaïeule. — R.

(4) Voir p. 3 1. Il y a près de deux lieues de Gisors à Flavacourt.

(5) Philippe de Fouilleuse, premier marquis de Flavacourt. — R.

(6) La haute ville porte le nom de Bourg. C'est la partie la plus ancienne de Gisors. Elle était entourée de murailles dès le temps de Henri le d'Angleterre. (Voyez Orderic Vital, éd. Le Prévost, t. IV, p. 452.)— R.

portes, en l'une desquelles, qui est gros pavillon, est l'horloge de la ville (1). Ainsy la basse ville est comme en une isle.

Dans la haute ville est l'église paroiciale, dédiée aux SS. Gervais et Prothais. C'est un grand vaisseau, très belle tour de pierre blanche, grand portail et ouvrages imparfaicts d'ordre dorique en pierre blanche (2). Il y a six miile communians (3). En une chapelle dite de Nostre Dame de Pitié, boréale à la nef, se veoit, en un

(1) L'enceinte intérieure de Gisors possédait trois portes. Deux d'entre elles, la porte Dorée ou du Pont Doré et la porte de l'Horloge, communiquaient avec la première enceinte ou enceinte extérieure ; la troisième, appelée porte de Ncaujle, ouvrait sur les dehors. La porte Dorée tirait son nom, dit-on, de la dorure dont Philippe-Auguste avait fait revêtir, par reconnaissance, la statue de la Vierge qui la surmontait, lorsque, poursuivi par les soldats de Richard Cœur-de- Lion, le 28 septembre 1 198, il avait échappé au danger de se noyer dans l'Epte. (Voyez J. Le Bret, Gisors ; Etude su>- le véritable emplacement du Pont Doré, dans Mémoires de la Société historique de Pontoise et du Vexin, t. IX, p. i5-3o.) -- Sur le pavillon élevé au-dessus de la porte de l'Horloge et qui servait d'hôtel-de-ville et de beffroi municipal, voyez L. Régnier, Gisors en 161 0, d'après le dessin de Joachim Duviert, dans la revue la Normandie, 1902, p. 200. Une vue de l'édifice est jointe au tirage à part de cet article (Sotteville-lès-Rouen, 1902, in-8°). — L'enceinte extérieure de Gisors, ajoutée probablement par Philippe^Auguste, possédait deux portes : la porte de Cappcville, par où Du Buisson était entré en venant de Gournay, et la porte de Paris, donnant sortie à la route qu'allait suivre, vers la capitale, le voyageur archéologue. — R.

(2) C'est la tour méridionale qui est demeurée inachevée. Elle présente une décoration d'ordres superposés : l'ordre dorique, l'ordre ionique, enfin l'ordre corinthien, dont les fûts incomplets n'atteignent que la moitié de leur hauteur normale. — R.

(3) Ce chiffre est très exagéré. En 1722, dans son Etat géographique de la province de Normandie, Masseville indique huit cents feux (t. II, p. 582) et « plus de quatre mille âmes » (t. Ier, p. 172). - R.

arceau de la muraille aussy boréale à ladite chapelle, un tombeau élevé plus de trois pics sur terre et portant deux gisans de très belle pierre de liais, bon ouvrage, le visage et les mains de marbre blanc, l'homme armé de toutes pièces, et, sur le haut de son brassart droit, ses armoiries comme elles sont ailleurs cy aprez; la femme est vestue d^n corps de cote et surcote, et a un moule ou bandeau rond et grumelé passant par le haut de son front, audessouz de ses cheveux. Sur le bord de la lame qui les porte, il y a gravé : Cy gist noble homme Jean de la Vieuville, seigneur de Westehan, de Hericourt et de Aaveni (i), en son temps conseiller et. . . . Le reste est couvert d'une maçonnerie. Il fut grand bienfaicteur de ceux de Gisors, dont il estoit bailly. Il y a encor, prez de la ville, les prais de la ville (2), apartenans à l'église. La Vieuville, de Flandres, por te fascé d^or et d'açur, de huit pièces, à trois aneaus de gueules posés sur les deux premier es fasces (3).

(1) Westrehem, Hericourt (Pas-de-Calais) ; Aveny, ancienne paroisse réunie à Dampsmesnil, canton d'Ecos (Eure). — R.

(2) Il faut lire : les prés du Bailli, nom de triège encore en usage aujourd'hui. — R.

(3) Le tombeau de Jean de la Vieuville, chambellan du roi, bailli et capitaine de Gisors de 1477 * *5io, et de Marguerite de Barlemont, sa femme, se trouvait dans la chapelle de la nef la plus voisine du croisillon Nord. Cette chapelle avait été construite par les deux époux antérieurement à 1497, mais elle fut presque entièrement rebâtie vers i525, après la réfection de la façade du transept, et c'est alors que le tombeau, primitivement isolé, fut placé dans un enfeu. De là l'impossibilité de lire tout entière l'épitaphe gravée autour de la dalle sur laquelle reposaient les deux gisants. Le mausolée, détruit pendant la Révolution, a été décrit par Millin (Antiquités nationales, XLV, p. 12), quia fort heureusement joint à son texte une figure des statues. De ce monument, il ne subsiste que l'enfeu, deux statuettes d'anges et un fragment de la table qui portait les gisants. — R.

Le curé, sr Deneau, est fort honneste et habile homme ( 1 ). Il y a aussy dans la ville un prieuré de Saint-Lubin, où se font dévotions par les goûteux (2), et des couvents fort joliment bastis de Garmelitines (sic) (3), d'Annociades (sic) (4) et d^Ursulines (5), comme aussi de Recollects (6). Hors la ville haute et vers le nord, sont les Mathurins, qui ont trois mille livres de rente de fonda-

(1) La vie et les ouvrages de cet ecclésiastique érudit ont été étudiés par nous il y a deux ans (Robert Denyau, curé et historien de Gisors (1 58 1-1664), dans Annuaire des cinq départements de la Normandie, 1909, p. 277-324). — R.

(2) Du Buisson veut parler ici du prieuré bénédictin de Saint- Ouen, dépendance dz l'abbaye de Marmoutier. Une partie de l'église subsiste encore dans la propriété de M. Louis Passy et comprend des fragments contemporains de la fondation du prieuré en 1066.

(3) L'auteur avait d'abord écrit : Carmélines. — Nous avons raconté, dans les Mémoires de la Société historique du Vexin (t. XXII, 1900, p. i-i32), l'histoire de ce monastère, fondé en i63i par François Sublet, seigneur de Noyers, secrétaire d'Etat. Les bâtiments renferment aujourd'hui l'hôtel-de-ville, les écoles de garçons, le tribunal de la justice de paix, le musée et la bibliothèque publique. L'église, consacrée en i665, a été transformée en théâtre.

(4) Il ne reste rien du monastère des Annonciades, établi en 1622, rue de Paris, dans des locaux précédemment occupés par l'Hôtel-Dieu. Cf. V. Patte, Histoire de Gisors, 1896, p. 441-446.

(5) L'hospice de Gisors, construit de i85g à 1861, occupe l'emplacement de cette maison, dont la fondation remontait à l'année 1621. Cf. l'abbé P. Lefebvre, Gisors : les écoles avant la Révolution, dans Mém. de la Soc. histor. du Vexin, t. X, 1886, p. 2i-3o, et V. Patte, op. cit., p. 458-465. — R.

(6) Les constructions de ce couvent, dont la première pierre avait été posée en 1610 par la duchesse de Longueville, servent aujourd'hui d'habitation à M. Louis Passy. L'église et le cloître ont été démolis pendant la Révolution. — R.

tion, joli courent et en bel air, au plus haut du doux cosiau où Gisors est situé (i), et d'où Ton veoit tant la ville Je Gisors au levant, et sa prairie, et, des deux coûtés d'icelle, dans les deux Vexins, les bocages et vignobles (2); puis, vers midy, Dangu, gros chasteau et grand parc boisé ('3), et, rapprochant vers occident, Neaute (4), maison du marquis de Rothelin, dont les armes, comme de fondateur ou bienfaicteur, sont en pierre sur le portail des Mathurins (5); vers le nord, Flavacourt, que l'on ne veoid pas à cause qu'il est en un fons (6), et, tournant plus à l'orient, Trie, gros pavillon accompagné de logis couverts d'ardoise, avec un parc joignant, de belle [et] haute fustaye, appartenant au duc de Longueville, à moins d'une lieue de Gisors (7).

(1) Du « joli couvent » des religieux Trinitaires de Notre-Dame de Liesse-lès-Gisors, il ne reste qu'un ou deux logis méconnaissables. Cette maison avait été fondée en 161 1. Cf. V. Patte, op. cit., p. 160-167. — R.

(2) Inutile de dire que les vignobles ne sont plus aujourd'hui qu'un souvenir.

(3) En 1647, la baronnie de Dangu appartenait à Guillaume Sublet, nls du secrétaire d'Etat. — R.

(4) Neaufle-Saint-Martin, canton de Gisors.

(5) Henri d'Orléans, marquis de Rothelin, portait écartelé aux jer qx ^e d'or à la bande de gueules (qui est Bade-Hochberg); aux 2* et 3e d'argent au pal de gueules chargé de trois chevrons d'argent (qui est Neuchâtel), et, sur l tout, de France au lambel à trois pendants d'argent, au bâton de gueules péri en bande (qui est Orléans-Longueville). — Son château de Neaurle, très remanié et mutilé, disparut définitivement en igo5. — R.

(6) Sur Flavacourt, voyez page 3 1 .

(7) Trie-Château, canton de Chaumont-en-Vexin (Oise). — Du vaste château de Trie, reconstruit au xvie et au xvne siècle, il ne reste que deux corps de logis modernisés et une grosse tour ronde dans laquelle on montre la chambre qu'habita, dit-on. Jean-Jacques Rousseau en 1768. Le grand pavillon qui donnait une physionomie

Il y a bailliage et lieutenant général du bailly au civil et au criminel, vicomte, élection dont dépend la taille du Vexin le Normand et encor quelques endroits du François, comme Pontoise, où vous allez par huit à neuf lieues, beau chemin, [p. 42] presque toute chaucée pavée, le reste uny, par Latainville, village joignant lequel est Chambor (1), appartenant au gentilhomme de ce nom, capitaine au régiment de cavalerie du feu marquis de Praiin, qui, le jour de la bataille de Sedan, en 1 64 1 . , feit défection et se retira vers le comte de Soissons, à cause de quoy son procez luy fut fait comme à rebelle, traistre, criminel de lèze Majesté, et sa maison rasée en cet endroit, comme aussy une qu'il avoit dans la ville haute de Gisors, en la grande rue, proche du portail de l'horloge, en montant de luy à main droite (2).

si particulière à la partie du château que l'on appelait le Château Neuf n'était achevé que depuis une vingtaine d'années au moment où Du Buisson fit son voyage de Dieppe à Paris. Le château de Trie a été figuré par Gomboust dans l'encadrement de son grand plan de Rothomagus-Rouen (i655). Voir aussi : [G. Lardy,] Promenades neuchâteloises en France : Trie (Neuchâtel, 1908, gr. in-80, avec gravures). — R.

(1) Lattainville et Chambors sont deux communes du canton de Chaumont-en-Vexin .

(2) C'était par dépit, à la suite de ce qu'il considérait comme un passe-droit, que Guillaume de la Boëssière, septième du nom, seigneur de Chambors, avait pris, avec son régiment, le parti du comte de Soissons contre la Cour. Cette affaire a été racontée par son fils, Guillaume de la Boëssière, huitième du nom, dans des Souvenirs publiés en 1897 Par *e baron Gaétan de Wismes (Rennes in-8°). La Boëssière possédait à Gisors le fief de la Grange-Sarcelles, dont le manoir fut démoli en même temps que le château de Chambors. — R.

Il y a de Gisors à Latainville i 1., de là au Fayel (i) i 1., puis Bouconvillers (2), encor 1 1., et encor i 1. à

Chars (3),

où passe la rivière de Vione (qui par Auny s'en va à Pontoise), souz deux petites arches basses de pierre par un tons de terrein, à l'entrée du village, au haut duquel est le chasteau (4) ou maison de la marquise d'O, du nom de Guesle, veuve du sieur de Soret (sic) Séguier et belle mère du duc de Luynes (5), qui en tire 12. mille livres de rentes avec la seigneurie du Bellay (6) jointe.

L'église est très belle et bien bastie de belle pierre de taille, tant dedans que dehors, où est mesme une grosse tour quadrangle de belle apparence (7). Dans le chœur, comme vous y entrez de la nef, contre un pilier à main

(1) Hameau de Boubiers, canton de Ghaumont.

(2) Commune du canton de Ghaumont.

(3) Canton de Marines ^Seine-et-Oise).

(4) Du Buisson avait ajouté : « sans fossés, » mais il a rayé ces deux mots. — Les jardins du château s'étendent sur la pente, le long de la route de Marines, mais l'habitation est assise au pied du coteau. Elle a été remaniée au xixe siècle et n'offre plus d'intérêt. — R.

(5) Marguerite de la Guesle, fille de Jacques de la Guesle, procureur général au Parlement, et de Marie de Rouville, dame de Chars, était veuve, depuis i638, de Pierre Séguier, seigneur de Sorel, marquis d'O. Leur fille, Louise-Marie, avait épousé en 1641 Louis-Charles d'Albert, duc de Luynes, fils du connétable. — R.

(6) Le Bellay, canton de Marines.

(7) L'église de Chars a été décrite par M. E. Lefèvre-Pontahs dans le Bulletin monumental, année 190 1, p. 7-29, avec gravures. M. André Ventre, architecte, en a fait pour la Commission des monuments historiques d'excellents relevés qui ont figuré au Salon delà Société des artistes français en 1906. — R.

gauche, à la hauteur de plus d'une toise, est un corbeau ou modion (sic) large, de pierre de taille, soustenant une statue qui semble estre d'ouvrage antique, le visage large, quarré et laid, sans barbe, peint de nouveau, la casaque ou soquenie ceinte, Tespée au costé gauche, les deux genous en terre, et en sa main droite estenduè* une espée la poincte en haut, dans le fourreau, qui est fleurdelysé comme la garde ; et dans le modion ou piédestal qui la soustient est une plaque de marbre noir où est escrit, gravé en lettres d^r, ainsy : Cy devant gist et repose le corps de haut et puissant seigneur Pierre d'Aumonty dit Hutin, contx et /er chambellan du roy, garde de l'oriflamme du roy, seigr de Chars, de Chappes, d'Aumont, de Meru, la Neuville, Bertecourt, Lardieres, Corbeil le Cerf, Ibouvillers, Andeville, Moucy le Perreux, Clery et Courcelles, lequel trespassa le 1 2e jour de septembre, Van de grâce i368 ( i ). Des deux costés du pilier sont ses armes en escus coron-

(i) Cette épitaphe avait été créée de toutes pièces au xviie siècle. Pierre il d'Aumont, dit Hutin, qui fut porte-oriflamme, mourut en 141 3. Son père. Pierre Ier, n'eut point cette fonction et mourut en i38o ou 1 38 1 . Tous deux, d'ailleurs, furent inhumés dans l'abbaye de Ressons, et leurs épitaphes nous ont été conservées. (V. le chanoine Pihan, Tombeaux de Ressons-V 'Abbaye en 1674, dans Mémoires de la Société académique de l'Oise, t. XXI, ire partie, 19 10, p. 277 et 279, et le P. Hugo, Sacri et canonici ordinis Pracmonstratensis annales, t. II, 1736, col. 653 et 654). Quant à l'aïeul, Jean, il mourut vers 1 358, selon le P. Anselme, qui ajoute : « Il est enterré à Chars, avec sa femme » (Histoire généalogique de la maison de France et des grands officiers de la couronne, t. IV, 1728, p. 871-872). C'est peut-être la dalle tumulaire de ce Jean et d'Agnès (dite Jeanne) Baillif, sa femme, que Du Buisson signale un peu plus loin (p. 249). Il a pu lire 1466 au lieu de i366. — R.

nés de duc (i) et colores de leurs blasons : d'argent au chevron de gueules accompagné de sept merlettes de fnesme, deux au premier quanton ou dextre, l'une sur Vautre (2), deux au 2e ou senestre, de mesme, et trois en pointe (3). Mais ces armes, coronnées de duc, de la mesme pièce de pierre que le modion, sont asseurément modernes et y apposées par ledit sieur de Soret, homme inventif et cerchant à illustrer ses prédécesseurs seigneurs de Chars, dont il prétend sa femme estre descendue. Et pour la statue priante, quoy que d'abord elle semble antique, si est-ce que les couleurs dont elle est repeinte sont asseurément nouvelles, et la figure et posture de la statue me sont fort suspectes de modernité.

[P. 43.] Au pilier plus proche vers l'autel, et du mesme costé boréal, un semblable modion ou piédestal en égale hauteur à l'autre porte une statué' de femme qui n'est point à genoux, mais toute droite, et a néanmoins les mains jointes, le visage tourné vers le dit grand autel, un estroit bandeau diadème autour de ses cheveux. Elle aunejuppe ou tunique longue jusqu'à couvrir ses pies, bleue, semée de fleurs de lys d'or, et, tant du costé droit que du gauche de ladite Juppé ou cote de femme, il y a une bande ou bordure large de quatre doigts, de gueules, chargée de fers à cheval d'or, les pinces en bas, les dites deux bandes finissans souz un habit qui est comme un casacain ou une courte casaque et jupon à manches d'ermines, par dessus lequel il y a un grand manteau tirant tout et traînant par derrière comme une chappe d'église, et par

(i) Du Buisson avait d'abord écrit : comte. — R.

(2) « Vulson les met en ligne. » Il y a en effet, dans la Science héroïque de Vulson delà Colombière(i644, p. 124-125), description et figure de ces armoiries. — R.

(3) « Mal ordonnées, dit Vulson, c'est-à-dire 1 et 2. »

devant demeure à la ceinture (à demi pié prez du bord du jupon inférieur que j^ay dit), comme un devant de scapulaire et sans manches ; et est tout ledit manteau, tant en ce court devant qu'en son long derrière, tout d'ermines en blason, qui est d'argent semé termines, comme le jupon susdit. Au dessouz de ladite statue, qui est de grandeur naturelle, et au dit pié d'estal, sont armes de la mesme pierre du piédestal, coronnées de comtesse et équartelées au /er et 4e d'azur semé de fleurs de lys d'or, au 2° et j?ede Ferrières, qui est termines à la bordure de gueules chargée de huit fers à cheval d'or, la pince en bas (i); et en une plaque de marbre noir est escrit, gravé en lettre d'or : Cy gist le cueur de haute et puissante princesse madamoiselle Jeanne de Ferrières, fille de monsieur Godefroy de Bretagne, baron de Ferrières, lequel fut fils de Pierre, duc de Bretagne, et petit fils de Louis <Ve (2), roy de France, surnommé le Batailleur. Elle fut femme de Mre Jean d'Evreux. Haute et puissante dame Marguerite de la Guesle, femme de Mre Pierre Seguier, marquis d'O, comte de Soret, baron de Chars et du Bellay, seigneur de Marigny, de Corbeil le Cerf, Lardieres, Mareuil et de la Mothe, a, en V honneur de Jeanne de Ferrières, de laquelle elle est issue et descendue, fait relever ce tom-

(1) « Ferrières est bonne maison de Normandie ou Bretagne dont les armes d'ermines, qui ont seulement une bordure, comme si c'estoit une brisure et marque seulement de cadet pour les distinguer des plenes (sic) armes de Bretagne, a (sic) donné lieu à la fable que ceste maison venoit des ducs de Bretagne et, par conséquent, estoit proche alliée à la maison de France. »

(2) « Il veut dire le Ve ou le Gros; mais Pierre de Dreux, duc de Bretagne, estoit petit fils de roy, et ce Pierre n'eut aucun rils Godefroy. »

beau que V injure du temps avoit effacé. Fait à Fan 1628 (i).

Tout le piédestal est donc neuf, comme il est dit, et comme il appert par la veuë, et je croy que la statue Test aussy, quoyqu'elle ait esté contrefaite par une posture et habit ressemblant antique ; mais c'est sans doute de l'invention et de l'esprit du sr de Soret (2), comme aussy l'épitaphe où cette damoiselle est dite fille d'un Godefroy de Bretagne qui ne fut jamais : estant très vray que le duc Pierre Ier (car Pierre 2e n'eut enfans et est bien postérieur et hors de ces temps) n'eut aucun fils Godefroy, comme l'ont fort bien remarqué les srs de Ste Marthe en la 3e édition de leur Hist. généal. de la maison de France, liv. 35, pag. 558, en Jean Ier, duc de Bretagne (3), fils [et] successeur de Pierre Ier, dit Mauclerc, fils de Robert 2., comte de Dreux, petit fils du roy Louis le Gros, sixe du nom, surnommé le Batailleur, ce qui a fait la beveuë à l'auteur de l'épitaphe qui n'a pu nom-

(1) Cette inscription, en capitales romaines, existe encore. Elle ajoute le titre de : « vicomte d'Aumont » aux qualifications de Pierre Séguier. Au lieu de cueur, il y a cœur. A la fin on lit : Faict Van 1628. — R.

(2) Du Buisson a raison. Des fragments importants et malheureusement très mutilés de la statue de Jeanne de Ferrières et de celle de Pierre d'Aumont dont il est question plus haut ont été recueillis à Pontoise, dans le musée où Madame Tavet donne depuis vingt ans un si noble exemple de dévouement à l'art et à l'histoire, et l'examen de ces débris montre, sans aucun doute possible, que ce sont des pastiches, grossiers d'invention comme d'exécution. Une tête de femme qui provient également de Chars n'appartient pas à la même catégorie de monuments ; c'est une œuvre de la Renaissance intéressante et fine, dans laquelle nous verrions volontiers le reste d'une statue de sainte Catherine ou de sainte Barbe. — R.

(3) C'est-à-dire en l'article consacré à Jean Ier, duc de Bretagne. - R.

mer ce Jean d'Evreux, mari de la damoiselle, autrement que sans père, sans date de temps [p. 43 bis] ni autre marque par lequel on le puisse reconnoistre. Ste Marthe, en leur 2e édition, liv. 14., à la fin, mettent un Jean d'Evreux ou d'Estampes, fils de Charles d'Evreux, comte d'Estampes, qui fut fils de Louis d'Evreux, fils 5e de Philippe 3e, dit le Hardy, roy de France; mais n'ont rien de plus et ne parlent point qu'il ait esté marié (1).

A l'opposite de ce pilier, à l'autre pilier qui, à droite en regardant, est austral au grand autel, est à pareille hauteur sur terre un épitaphe de sculpture en pierre et en marbre noir inscript à lettre d'or gravée, au sommet duquel sont armes coronnées de (en blanc) et parties de 2. traits couppés d'un qui est équartelé de six: au Ier de Montmorency; au 2e de Chabot; au 3e de Ferrières; au 4e, qui est le premier de la pointe, de Ferrières encor, parti d'Evreux; au 5e d'Aumont; au 6e et dernier de France ancien; sur le tout, de Rouville, qui est d'azur à 2. bars d'argent, semé de trèfles d'or. Dans le tympan ou table de marbre noir qui fait le milieu de Tépitaphe, il y a gravé en lettre dorée : deo opt. max. trino et vni s. Cy gist le cœur de haute et puissante dame Marie de Rouville, qui, du costé paternel, est descendue des ducs de Bethfort en Angleterre, et du maternel de la maison de Ferrières, issue de la maison de Bretagne et des roys de France, qui en son temps estoit comtesse

(i) Le P. Anselme (t. I, 1726, p. 280) lui donne pour femme Marie d'Espagne, fille de Ferdinand d'Espagne, dit de la Cerda. Devenue veuve, elle se remaria à Charles de Valois, duc d'Alençon. Du premier mariage naquirent deux fils : Louis d'Evreux, comte d'Etampes, et Jean d'Evreux, dont le P. Anselme (id., p. 281) dit qu'il vivait en i36o et qu'il mourut à Rome, « comme il s'apprend du testament de son frère ». — R.

d'Availle, baronne de Chars et dit Bellay, dame de Marigny, Mareuil, Corbeil le Cerf et du Laureau(i). Au dessous de cela sont armes de France équartelées au ier et 4e de Bourbon Vendôme, au 2° et 3e de Ferrières, et sont coronnées de comtesse, entourées d'une cordelière d'argent passée en nœuds. Et y a, en une plaque de marbre noir, escrit en lettre gravée et dorée : Cy gist le cœur de madame Marguerite de Bourbon, fille de Mrt Jaques de Bourbon, fils 3e de Jaques de Bourbon, comte de Ponthieu et de la Marche, seigneur de Préaux, connestable de France, et de Jeanne de Coucy ; laquelle Marguerite de Bourbon fut femme de monsieur Pierre de Ferrieres, baron de Ferrieres, comte de Gisors, seigneur de Dangu et autres lieux, grand chambrier de France (2).

A costé est, contre le mesme pilier vers occident, attaché un autre plus petit épitaphe de sculpture comme le précédent, au sommet duquel sont armes [p. 44] équar-

(1) «- Elle estoit fille de Louis, fils de François de Rouville et de Louise d'Aumont, fille de Ferry d'Aumont, seigneur de Chars. Cette Marie estoit dame de Chars, femme du procureur général de la Guesle, dont est venue Marguerite de la Guesle, femme de Pierre Séguier. Ste Marthe, I. 28., p. 834., tome 2e, édit. 2e. »

(2) « Ste Marthe ne le mettent point en leur catalogue des chambriers de France [non plus que le P. Anselme]. Il n'y a point eu de Marguerite, fille de Jaques de Bourbon, 3e fils de Jaques, comte de la Marche et de Ponthieu. Sa mère avoit nom Marguerite de Préaux et sa femme Jeanne de Montagu, non pas Jeanne de Coucy comme l'épitaphe. Voyez Ste Marthe, tome 2, édit. 2p, lib. (déchirure), où il se veoit une (id.) [Iojland de Bourbon, sœur de ce Jaques et fille de Jaques, comte de la Marche et de Ponthieu, et de Marguerite de Préaux, qui fut mariée à Jean de Ferrieres et fut héritière tant dud. Jacques, qui n'eut enfans, que de ses trois autres frères. » — Toutes les indications contenues dans l'épitaphe du cœur de cette prétendue Marguerite de Bourbon sont fausses. — R.

telées de 7. : au ier Montmorency ; au 2e la Guesle, qui est (Tor au chevron de gueules, accompagné de 3. huchets de sable liés ou enguichés de gueules ; au 3e de Chabot ; au 4e Ferrières; et soustenuës de trois en poincte : au ier qui est le sr de Rouville, 2e d'Aumont, 3e de France ancien, qui est le 7e ou dernier. Sur le tout, de Séguier, qui est d'azur au chevron d'or, accompagné de 2. estoiles d'or et d'un agneau ou mouton d'argent. Et en la plaque ou tympan de marbre noir est gravé en lettre dorée : Cy gist le cœur de mademoiselle Seguier Rouville, fille de haut et puissant seigneur A/re Pierre Seguier, chevalier, conet dS Estât, marquis d?0, comte de Sorel, baron de Chars et autres lieux, et de Marguerite de la Guesle, sa femme. Elle trespassa le 2 5e février iÔ2y{\).

Au pié de ce pillier est, dans le plan du chœur, posée à rez de pavé, une tombe de pierre de liais, plate, gravée de la figure d'une dame vestuë assez à l'antique. La tombe est écornée, et voicy ce qui reste qu'on puisse lire

gravé sur ses bords : de monsieur Pierre d'Au-

mont, dit Hutin, sire de Cramoisy, qui l'an de

grâce mil CCC. LXVIII. Cy gist Jean d'Aumont, leur fils. Prie\, etc. (2).

Derrière le chœur, tout devant l'entrée d'une chapelle, est une tumbe plate à rez de pavé, mais tellement char-

(1) Les épitaphes précédentes — celles des cœurs de Marie de Rouville, de Marguerite de Bourbon et de «< Mademoiselle Séguier Rouville » — n'existent plus. — R.

(2) Il s'agit de Marguerite de Beauvais, première femme de Pierre II, dit Hutin, sire d'Aumont, qui fut porte-oriflamme de France. Elle mourut en 1 368, après un an de mariage. Le fils inhumé avec elle était donc un enfant en très bas âge. L'épitaphe complète sur ces différents points les données du P. Anselme (t. IV, p. 872). — R.

gée de crotte et crasse que je rTay eu loisir de faire oster, et n'en ay pu lire sinon que, de l'homme et de la femme gisans dessouz et dont les figures sont gravées coste à coste sur lad. tumbe, elle mourut en Tan 1466 (1).

Marines.

De là à Marines, campagne haute et de 3. quarts de lieue, bourg petit et ramassé, maison plate et sans fossé, bastie de pierre blanche, couverte d'ardoise, jardin fruitier et parc petit d'allées boisées ; la court petite aussy, et sur le portail d'entrée au corps de logis, armes de Tiercelin, qui sont tierces passées en sautoir et accompagné (sic) de 4. merlettes (2). Ces mesmes armes sont sur la porte de l'église (3), qui est au bout boréal du bourg, et n'est pas si belle que celle de Chars; mais au costé austral du chœur est une chapelle [p. 45] en dôme dont la voûte par dedans est à compartimens de fleurons ou

(1) Voir p. 242, en note. — Il n'y a plus trace de cette pierre tombale, ni de la précédente. — R.

(2) « Tiercelin : d'argent à 2. tierces d 'a%ur passées en sautoir, accompagnées de 4. merlettes de sable. » — Les Tiercelin possédèrent Marines pendant la plus grande partie du xvie siècle. Le château qu'ils y firent construire sous Charles IX ou Henri III existe toujours, mais on n'y voit plus les armoiries dont parle Du Buisson. C'est, d'ailleurs, une bâtisse fort simple, dont la date ne se reconnaît qu'à l'encadrement à crossettes qui entoure les fenêtres, privées (sauf celles des communs) de leurs croix de pierre, et à la disposition de l'escalier, dont les volées sont surmontées de berceaux rampants à caissons. — R.

(3) Il est ici question, évidemment, de l'élégant portail Renaissance, construction du troisième quart du xvie siècle, qui fait saillie sur la façade latérale, au Midi. Le fronton a été privé de ses ornements, et, comme au château, l'écu des Tiercelin a disparu. — R.

rosons(i). Et au costé boréal ou évangélique du grand autel est, dans un arceau creusé en la muraille, une statue de fin marbre excellemment faite par Biard pour le

(1) En voyant cette chapelle octogonale, au style d'une froideur classique, on pense naturellement à une chapelle funéraire, et la mémoire évoque des constructions du même genre à Saint-Denis, à Nancy, à Florence. C'était bien là, en effet, le souvenir qui hantait l'esprit du chancelier Sillery quand il fit bâtir, entre i6o3 et 1622, mais sans doute à une époque beaucoup plus rapprochée de la seconde date que de la première, la chapelle dont nous parlons. Après avoir obtenu, en 161 7, la cession du prieuré de Marines par l'abbaye de Saint- Vincent de Senlis aux Pères de l'Oratoire, il contribua très largement de ses deniers à l'établissement de la nouvelle maison monastique. Un contrat de fondation du 21 août 1622 nous apprend à cet égard des faits intéressants et montre qu'en 1622 la chapelle funéraire existait déjà depuis quelque temps : « A ledit seigneur fait bastir et construire de neuf, de fondz en comble, un bastiment pour loger lesditz Pères, selon le desseing par eulx baillé, contenant vingt-cinq toises de long, compris le retour dudit bastiment ; en oultre plus, fait enclore de murailles le jardin et verger bas et le jardin hault en cours, avec autres dépendances. Oultre ce, entend ledit seigneur chancelier faire bastir et construire de neuf le choeur de l'église parochiale [ce projet ne tutpas exécuté], en oultre que ledit seigneur a cy devant fait bastir et construire de neuf, à costé du chœur de ladicte église, une chapelle en forme de dosme pour servir à sa sépulture, et a donné des ornemens d'église sufisans et convenables pour la célébration du divin service. » (Arch. nat., S. 6786.) Comme Du Buisson va nous montrer les statues agenouillées du chancelier Sillery et de sa femme, non pas dans la chapelle, mais dans le sanctuaire de l'église, il faut en conclure que tombeaux et statues avaient été faits antérieurement et peut-être du vivant de la chancelière, c'est-à-dire avant 16 10. Il est plus surprenant de voir au même endroit le mausolée et la statue de Pierre Brulart, qui mourut en i63g, longtemps après la construction de la chapelle. Aujourd'hui rien n'annonce qu'il ait existé dans la rotonde aucun tombeau monumental, et l'excellent historien de Marines, M. G. Veyret, n'y constate d'autre inhumation que celle d\: Charles de Rivié, seigneur de rines, mort en 1753 (Hist. ms. de Marines, i883, t. II, p. 678. Arch. de Seine-et-Oise). — R.

chancelier de Sillery, Mre Nicolas Brullart, vestu de sa robe chancellière et priant (i). Dans le fonz de l'arceau est une grande table de marbre noir gravée en lettre

(i) « Brullart Sillery : de gueules à un bande d'or chargée d'une traînée tortillée de caques de poudre à canon de sable. » Les caques ou barillets sont généralement au nombre de cinq. — Le chancelier Brulart de Sillery mourut en sa terre de Sillery, en Champagne, le i*r octobre 1624. Voir des notices dans François Duchesnc (Histoire des chanceliers, 1680, p. 702-707 et 760-761); — le P. Anselme {Hist. des grands officiers de la couronne, t. VI, 1730, p. 524), et Moreri (Dictionn., t. II, 17^2, p. 353). Il y a aussi des notices manuscrites rédigées dans l'entourage du chancelier, l'une par sa belle-fille même, Charlotte d'Estampes- Valençay (Biblioth. Mazarine, ms. 4396, fol. 69-76 et 83-87; ms- 4-399? fol. I-I25 ; — Biblioth. nat., Pièces orig., 53-j : Brulart, fol. 686 et s.). On peut citer enfin le chapitre consacré au chancelier (p. 69-103) dans l'ouvrage de l'abbé Péchenart, Sillery et ses seigneurs (Reims, 1893, in-8°). — La mention du sculpteur Biard, auteur de la statue du chancelier et probablement aussi de celle de sa femme, Claude Prudhomme, manque de précision, et c'est regrettable. S'agit-il de Pierre Biard le père, mort en 1609, avant la chaucelière, ou de Pierre Biard le fils, né vers 1 5g3 et mort en 1661 ? Rien ne permet de le deviner. L:intervention de Biard père, le plus connu des deux artistes, supposerait que les deux statues furent exécutées entre les années 1604 et 160g, puisque Nicolas Brulart était représenté couvert de sa robe de chancelier ou tout au moins de sa simarre de garde des sceaux. Il ne reste malheureusement rien des tombeaux décrits par Du Buisson, et l'annotateur de son manuscrit ne peut avoir, à proprement parler, d'opinion personnelle. Toutefois, l'éloge que fait Du Buisson de la statue du chancelier, la particularité que cette statue et celle de Claude Prudhomme furent sculptées et posées avant la construction de la chapelle funéraire, le jeune âge qu'avait encore Pierre Biard le fils sous la régence de Marie de Médicis, permettent de conclure, hypothétiquement sans doute, mais avec beaucoup de vraisemblance, en faveur de Biard le père,... et de constater une fois de plus combien fut aveugle et barbare le vandalisme légal de la Révolution. — R.

dorée par le sculpteur Chenu (i) d'un épitaphe latin que nous avons fait en 1646, à la prière de la dame de Puisieux, sa belle fille, comme il est porté aussy en latin au dessoubz de lad. statue, en une autre plaque estroite de marbre noir insérée dans la muraille qui soustient lad. statue. Au costé gauche (2) ou austral est une autre niche ou arceau semblable, rempli d'une statue de femme aussy de fin marbre blanc, ayant sur sa teste un haut moule et une coiffe comme en portoient vers l'an 1600 et 16 10 les gentifemmes de France, et au dedans de l'arceau, en une plaque de marbre, semblablement escrit Pépitaphe de (en blanc) Prudhomme, fedudit chancelier de Sillery (3). Et en une table de marbre insérée en la muraille qui soustient lad. statue, hors de Parceau, est le nom et mention de la dame de Puisieux, sa belle fille. Plus outre, du mesme costé, est une 3e statue, et au fonz de l'arceau est déjà posée la table de marbre noir où est semblablement escrit l'épitaphe latin de Mre Pierre Brullart de Sillery, seigneur de Puisieux, dont le corps est là inhumé au sépulchre de ses père et mère (4) ; et en autre plaque

(1) Ce Chenu ne figure pas parmi les artistes connus. Son rôle, dans la circonstance, ne paraît avoir été que celui d'un praticien analogue à nos « marbriers ». — R.

(2) Du Buisson emploie l'expression dans le sens liturgique. — R.

(3) Claude Prudhomme mourut en septembre 16 10, comme nous l'apprend son épitaphe, dont on trouvera le texte en appendice. — R.

(4) Pierre Brulart de Puisieux, marquis de Sillery, seigneur de Marines, Berny, etc., secrétaire d'Etat sous Henri IV et Louis XIII, mourut à Paris le 22 avril i63g ou 1640. Le premier millésime est indiqué dans le « Mémoire de la vie de M. de P. » rédigé par sa veuve, Charlotte d'Estampes-Valençay (Biblioth. Mazarine, ms. 4396, fol. 95-100), et dans la minute de l'inscription (id., fol. 88); le second se trouvait dans le texte même gravé à Marines, d'après l'édition de Fauvelet du Toc, à la suite de sa notice

de marbre noir insérée dans la muraille, au dessoubz et dehors dud. arceau, est faite mention comme lad. dame de Puisieux, Charlotte d'Estampes de Valence, veuve de luy, luy a fait faire ce tombeau, et y a réservé une place pour elle (i).

Nous avons ailleurs, parmi nos divers ouvrages de prose et de vers, tous les trois susdits epitaphes et ce qui s'ensuit d'eux que nous ne répétons point icy (2). Au reste, feu M. le chancelier de Sillery susdit acheta cette terre, qui présentement vaut 12 mil. livres de rente, du sr de Brosse Tiercelin (3).

De Marines à Cormeille, 1 1. ; de là à Genicourt (4), 1 1. ; Pontoise, 1 lieue. A l'arrivée, belle chaucée nou-

sur Puisieux {Histoire des secrétaires d'Etat, 1668, p. 201-208) : 1639 doit être la véritable date. Moreri a fait de Puisieux un grand éloge (Dictionn., t. II, 1732, p. 353). M. Hanotaux trace, au contraire, du chancelier et de son fils, un portrait peu flatté {Hist. du cardinal de Richelieu, t. II, 2e partie, p. 5oc)-5io). — R.

(1) Pierre Brulart avait épousé en premières noces Madeleine de Neuville-Villeroy, petite-fille du secrétaire d'Etat, morte dès 161 3. Charlotte d'Estampes-Valençay survécut à son mari jusqu'en 1677. Nous ignorons le lieu de sa mort et celui de sa sépulture. En i65g, conjointement avec son fils, Louis Brulart, marquis de Sillery, nu-propriétaire, elle vendit le domaine de Marines à François de Créquy, plus tard maréchal de France. (G. Veyret, op. cit., t. III, p. i3i2-i32i.) -R.

(2) Les trois epitaphes figurent, en effet, dans la collection des manuscrits de Du Buisson-Aubenay, au t. 29 des Mélanges (Bibl. Mazarine, ms. 4396, fol. 88 et s.). On les trouvera en appendice, d'après la copie de M. Depoin. Deux sont inédites; celle de Pierre Brulart seule a été publiée par Fauvelet du Toc. — R.

(3) La terre de Marines avait été adjugée à Nicolas Brulart en i6o3, lors de la vente provoquée par les créanciers de la succession d'Adrien Tiercelin, seigneur de Brosse, de Sarcus et de Marines, mort en i5g3. (G. Veyret, op. cit., t. I, p. 484.) — R.

(4) Cormeilles-en-Vexm, canton de Marines; Genicourt, canton de Pontoise.

velle, au bord de laquelle vous pouvez marquer quelque chose d'antique très élevé, comme si c'estoit reste de la voye romaine d^ntonin à Caesaromago Lutetiam, par Briva Isarae(i).

[P. 46.] De Pontoyse, nous fumes le mesme jour, 7e aoust, mercredy, aprez disner, un chemin de traverse entre Maubuisson et Pierre Laye (2), beau chemin costoyant tousjours S1 Leu de Taverny sur le costau gauche, et puis aussy S1 Prix ; au contraire, Eaubonne (3) est à main droite et le bout de Testang de Montmorency (4) ; passâmes à travers le hameau de Marquency (5) et montâmes au village ou bourg de Montmorency (6), 4 lieues

(1) De Beauvais à Paris par Pontoise. Cette voie rejoint, en effet, la route de Marines au cimetière de Pontoise. — Voir, plus haut, p. 4, 20 et 77, les paragraphes consacrés à Pontoise par Du Buisson. — R.

(2) Sur l'abbaye de Maubuisson, voir p. 27. — Pierrelaye, canton de Pontoise.

(3) Saint-Leu-Taverny, Saint-Prix, Eaubonne, communes du canton de Montmorency (Seine-et-Oise).

(4) Aujourd'hui appelé lac d'Enghien. — R.

(5) Il faut lire : Margency. Cette localité, qui dépendait d'Andilly, ne devint paroisse qu'en 1699. C'est aujourd'hui une commune du canton de Montmorency. — R.

(6) « Montmorency, Mons Mauventii. Maurentius, in Vita Juliani per Sparcianus, dux catervae imperatoriae. De là,Rouillard, en son Hist. de Melun, p, io3, croit que Mont Maurency quasi Monsfamiliae seu domus Maurcntiacae. Il y a Maurency non loin de là, vers Beaumont-sur-Oyse : Maurentiacum. » — La mention du général romain Maurentius est empruntée à la Vie de Didius Julianus par jdius Spartianus. (P. 171 de led. de Boxhorn-Zuerius : Historiae Augustae scriptorum, pars 3a; Leyde, i632, in-16.) L'Histoire de Melun de Sébastien Rouillard parut en 1628 (Paris, in-40). La localité dont parle ensuite Du Buisson est Morancy ou Morancy-la-Ville, dépendance de Boran (Oise). — R.

de Pontoyse; et en dévalant, qui sont les deux seuls chemins ou endroits pénibles de toute cette aprez disnée, allâmes, par le bout du village S1 Brice, laissé sur nostre main gauche, passer tout au travers de Sarcelles (i), où coule un ruisseau qui s'en va au Crou (2). Et de là, par 1. 1., à Gonnesse, chemin d'ornières rompu de charrois, qui sont 2 lieues de Montmorency et 6 de Pontoîse. De Gonnesse, Mr du Plessis (3) alla sur ses chevaux à Fraisne(4), qui sont 4 à 5 lieues, par le Tremblay, 2 lieues ; puis par entre Mitry et Mory à Claye, environ 2 autres lieues (5).

Je demeurav avec le caroce à coucher à Gonnesse, où Moissqn, bourrelier, jeune garçon de PAumosne de Pontoise(6), nous avoit fort bien guidés. Et le lendemain, jeudy 8e jour d'aoust, vins en caroce disner à Paris (7),

(1) Saint-Brice, Sarcelles, communes du canton d'Ecouen (Seineet-Oise).

(2) Ce ruisseau s'appelle le Rosne. Le Crou naît au Thillay, passe à Gonesse et se jette dans la Seine à Saint-Denis. — R.

(3) Henri de Guénégaud, seigneur du Plessis, secrétaire d'Etat, dont Du Buisson était le commensal et l'ami. Du Plessis et Du Buisson avaient sans doute quitté la cour à Gournay-en-Bray, laissant le roi, la reine, Mazarin et les autres ministres se diriger vers Saint-Germain. L'auteur de l'Itinéraire ne fait pas, en effet, la moindre allusion à cette dernière partie du voyage royal, au cours de laquelle le cortège fit halte à Gisors. (Voyez Hersan, Histoire de Gis ors, p. 180.) — R.

(4) Fresne-sur-Beuvronne, canton de Claye (Seine-et-Marne). Du Plessis-Guénégaud y avait un château, belle construction aujourd'hui disparue. — R.

(5) Le Tremblay (Seine-et-Oise) ; Mitry-Mory et Claye (Seine-et- Marne).

(6) C'est-à-dire du faubourg de l'Aumône. — R.

(7) « Gonnesse. Voyez Paris et ses environs. — De Gonnesse à Paris, par le pont Yblon, ruisseau qui coule à la rivière de Crous,

qui fut la fin de nostre voyage de 3. mois, may, juin et juillet, faisans 90. jours, à prendre jour pour jour, en 1647.

1/2 lieuë ; le Bourget, 1/2 1.; deux autres filets d'eau moindres que le précédent; la Villette, 1 1. 1/2, une seule rue, où sont venues en 1645 des religieuses en la maison qu'elles ont achetée de la dame Petit, souz la charge de la dame de Gesy, leur abbesse. >» — Ces religieuses étaient les chanoinesses régulières de l'abbaye de Sainte-Perrine, qui avaient quitté leur premier monastère fondé au xme siècle à Compiègne ou dans les environs de cette ville, au diocèse de Soissons. Lors de leur translation à la Villette, elles avaient pour abbesse Charlotte de Harlay, fille de Jean, seigneur de Césy. Voyez Lebeuf, Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, i883, t. I, p. 3o2, et les Rectifications et additions de F. Bournon, p. 320-32I. — L'article de Du Buisson sur Gonesse figure fol. 190 dans le volume que l'auteur a intitulé : Paris et son dioecese (Biblioth. Mazarine, ms. 4404). R.

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