‹ Itinéraire de Paris à JérsusalemChapitre 29 sur 71 · AU PIED DU LAURIUM · texte numérisé non relu

AU PIED DU LAURIUM

A KÉRATIA.

Athènes, ce 28 août 1806.

« Mon très-cher hôte,

« J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. J'ai « vu avec peine que les vents alises de nos contrées vous retiennent « sur le penchant du Laurium, que les signaux n'ont pu obtenir de ré- « ponses, et que la fièvre, jointe aux vents, augmentait les désagréments « du séjour de Kératia, situé sur l'emplacement de quelques bourgades, « que je laisse à votre sagacité le loisir de trouver. Pour parer à une de « vos incommodités, je vous envoie quelques prises du meilleur quin- « quina que l'on connaisse; vous le mêlerez dans un bon verre de vin « de Malaga, qui n'est pas le moins bon connu, et cela au moment où « vous serez libre, avant de manger. Je répondrais presque de votre « guérison, si la fièvre était une maladie ; car la Faculté tient encore « la chose non décidée. Au reste, maladie ou effervescence nécessaire, « je vous conseille de n'en rien porter à Céos. Je vous ai frété, non pas « une trirème du Pirée, mais bien une quatrirème, moyennant quarante « piastres, en ayant reçu en arrhes cinq et demie. Vous compterez au « capitaine quarante-cinq piastres vingt : le jeune compatriote de Simo- « nides vous les remettra : il va partir après la musique dont vos oreilles « se souviennent encore. Je songerai à votre protégé, qui cependant est « un brutal : il ne faut jamais battre personne, et surtout les jeunes « filles; moi-même je n'ai pas eu à me louer de lui à mon dernier pas- « sage. Assurez-le toutefois, Monsieur, que votre protection aura tout « le succès qu'il doit attendre. Je vois avec peine qu'un excès de fati- « gue, une insomnie forcée vous a donné la fièvre et n'a rien avancé. « Tranquillement ici, pendant que les vents alisés retiennent votre na- « vire, Dieu sait où, nous eussions visité et Athènes et ses environs sans « voir Kératia, ses chèvres et ses mines; vous eussiez surgi du Pirée à « Céos en dépit du vent. Donnez-moi, je vous prie, de vos nouvelles, et « faites en sorte de reprendre le chemin de la France par Athènes. « Venez porter quelques offrandes à Minerve pour votre heureux retour ; « soyez persuadé que vous ne me ferez jamais plus de plaisir que de « venir embellir notre solitude. Agréez, je vous prie, l'assurance, etc.

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