‹ Itinéraire de Paris à Jérusalem (volume 4)Chapitre 104 sur 111 · ROLE · texte numérisé non relu

ROLE

Se etre

Pr

et-pour se tirer du pas difficile où les circonstances l'avaient engagé. Si le bill passe en faveur des catholiques, il n’en aura pas | odieux vis-à-vis des anglicans ; si, au contraire, il est rejeté, les catholiques irlandais ne pourront l’accuser de manquer à sa parole... On à demandé, en France, si M. Pitt avait perdu son crédit en perdant sa place; un seul fait aurait dû répondre à celle question: M, Pitt est encore membre de la chambre des Communes. Quand on le verra devenir pair et passer à la chambre baute, Sa Carrière sera finie.

Cest à tort que l'on croit ici quelque influence à la pure op- Posilion, Elle est absolument tombée dans l'opinion publique ; elle n'a ni grands talents ni véritable patriotisme. M. Fox luiméme ne peul plus rien pour elle ; il a perdu presque toute son éloquence : l’âge et les excès de table la lui ont enlevée, On sait que c’est son amour-propre blessé, plus encore qu’aucunêé autre raison, qui l'a tenu si longtemps éloigné du parlement.

Le bill qu exclut de la chambre des communes tont membre engagé dans les ordres sacrés a été aussi mal interprété à Paris,

n ne savait pas que ce bill n’a d'autre but que d’éloigner M. Horn Tooke, homme d'esprit, violent ennemi du gouvernement; jadis dans les ordres, ensuite réfractaire; autrefois ami de la puissance, Jusqu'au point d’avoir été attaqué dans les Lettres a Junius; ensuite devenu l’apôtre de la liberté, comme tant d’autres,

Le parlement a perdu, dans M. Burke, un de ses membres les plus distingués. Il détestait la révolution ; mais il faut lui rendre ss Jusüice, qu'aucun Anglais n'a plus aimé les Français en par-

cuier, et plus applaudi à leur valeur et à leur génie. Quoiqu'il fût Peu riche, il avait fondé une école pour les petits Francais expairiés, et il y passait des Journées entières à admirer lesprit et la vivacité de ces enfants. Il racontait souvent, à ce sujet, une anecdote : Ayant mené le fils d’un lord à celle école, les pauvres spbelins lui proposèrent de jouer avec eux. Le lord ne le voures < “ res 466 Francais, moi, » répondit-il avec bte garc 1 en pouvant tirer que cette réponse , Ela nest pas possible, vous avez un trop bon cœur

pour nous haïr: votre Seigneurie ne prendrait-elle point sa € crainte pour sa haine? »

Il faudrait maintenant parler de la littér lelires, mais cela nous mènerait tr à part, Je me contenterai de r rares qui m'ont fort étonné Lie avec nos Opinions re ke LR est peu lu; on lui reproche d’insupportables lon-

le la bassesse de slyle. Hume et Gibbon ont, dit-on, is n génie de la langue anglaise, en remplissant leurs écrits Une foule de gallicismes ; on accuse le premier d’être lourd et moral. Pope ne passe que pour un versificateur exact et élé- Sant; Johnson prétend que son Essai sur l’homme n'est qu'un recueil de lieux communs, mis en beaux vers. Cest à Dryden et à Million qu’on donne exclusivement le titre de poëtes. Le Speclateur est presque oublié, On entend rarement parler de Locke, qui est regardé comme un assez faible idéologue. Il n’y a que ‘ savants de profession qui lisent Bacon. Shakespeare seul

conserve son empire. On en sentira aisément la raison par le trait Suivant, d

liérature et des gens de op loin, et demande un article apporter quelques jugements litté-

» Parce qu’ils sont en contradiction çues.

J'étais au théâtre de Covent-Garden, qui tire son nom, comme ter ra du jardin d’un ancien couvent où il est bâti. Un hom

1EN mis était assis auprès de moi; il me demande quelle la salle où il s

réponds: « Mais Vous êles à Covent-Garden, » — Pretty garden

indeed ! (Joli jardin en-vévité ! » s'écria-t-il en éclatant de rire, et me P'éSentant une bouteille de rhum. C’était un matelot de la Cité, qui, passant Par hasard dans la rue à l'heure du spectacle, et voyant la foule se Presser à une porte, était entré là pour son argent, Sans savoir de quoi il s'agissait,

Comment les Anglais auraient-ilsun théâtre supportable, quand

leurs parterres sont composés de juges arrivant du Bengale ou

€ trouve. Je le regarde avec étonnement, et je lui

MÉLANGES LITTÉRAIRES

LA

de la côte de Guinée, qui ne savent pas seulement où ils sont? Shakespeare doit régner éternellement chez un pareil peuple. On croit tout justifier en disant que les folies du tragique anglais sont dans la nature. Quand cela serait vrai, ce ne sont pas tou jours les choses naturelles qui touchent. Il est naturel de craindre

la mort, et cependant une victime quise lamentesèche les pleurs. qu'on versait pour elle. Le cœur humain veut plus qu’il ne peuts

il veut surtout admirer : il a en soi un élan vers je ne sais quelle beauté inconnue, pour laquelle il fut peut-être créé dans son origine. |

Il y 4 même quelque chose de plus grave. Un peuple qui a loujours été à peu près barbare dans les arts peut continuer à ad=

mirer des productions barbares, sans que cela tire à conséquences;

mais je ne sais jusqu'à quel point une nation qui a des chefsd'œuvre en tous genres peut revenir à l'amour des monstres sans exposer ses mœurs. C'est en cela que le penchant pour Shakespeare est bien plus dangereux en France qu'en Angleterre. Chez les Anglais il n’y a qu’ignorance; chez nous il y a dépravalion. Dans un siècle de lumières, les bonnes mœurs d’un peuple très-poli tiennent plus au bon goût qu'on ne pense, Le mauvais goût alors, qui a tant de moyens de se redresser , ne peut dépendre que d’une fausseté ou d’un biais naturel dans les idées : or, comme l'esprit agit incessamment sur le cœur, il est difficile que les voies du cœur soient droites quand celles de l'esprit sont tortueuses. Celui qui aime la laideur n’est pas fort loin d'aimer le vice : quiconque est insensible à la beauté peut bien méconnaître la vertu. Le mauvais goût et le vice marchent presque toujours ensemble; le premier n’est que l'expression du second, comme la parole rend la pensée.

Je terminerai cette notice par quelques mots sur le sol, le ciel et les monuments de l'Angleterre. J18 Les campagnes de cette ile sont presque sans oiseaux, les rie vières, petites; cependant leurs bords ont quelque chose d'agréable par leur solitude. La verdure est rès-animée ; il y a peu ou point de bois; mais chaque propriété étant fermée d’un fossè planté, quand vous regardez du haut d’une éminence, vouscroyez être au milieu d’une forêt. L’Angleterre ressemble assez, au pre* mier coup d'œil, à la Bretagne : des bruyères et des champs entourés d’arbres.

Le ciel de ce pays est moins élevé que le nôtre; son azur est plus vif, mais moins transparent, Les accidents de lumière y sont beaux, à cause de la mullitude des nuages. En été, quand le soleil se couche, à Londres, par delà les bois de Kensington on jouit quelquefois d’un spectacle fort pittoresque, L’immense colonne de fumée de charbon qui flotte sur la Cité représente ces gros. rochers, enluminés de pourpre, qu’on voit dans nos décorations du Tartare, tandis que les vieilles tours de Westminster ; COU* ronnées de nuages et rougies par les derniers feux du soleil, s'élèvent au-dessus de la ville, dupalais et du parc de Saint-Jame: ? comme un grand monument de la mort, qui semble dominer tour { les monuments des hommes. Le

Saint-Paul est le plus bel édifice moderne, et Westminster, le

plus bel édifice gothique de l'Angleterre. Je parlerai un jour de ce dernier,

Souvent, en revenant de mes courses autour de Londres,»

j'ai passé derrière White-Hall, dans l'endroit où Charles fut décapité. Ce n’est plus qu’une cour abandonnée, où l'herbe croi: entre les pierres. Je m'y suis quelquefois arrêté pour entendi : le vent gémir autour de la statue de Charles IE, qui montre dudoigt la place où périt son père. Je n'ai jamais vu dans ces lieux que des ouvriers qui taillaient des pierres en sifflant. Leur ayant ; demandé un jour ce que signifiait cette statue, les uns purent à peine me le dire, et les autres n’en savaient pas un mol : rien ne m'a plus donné Ja juste mesure des événements de la vie humaine, el du peu que nous sommes. Que sont devenus ces per” sonnages qui firent tant de bruit? Le temps a fait un pos, el lt face de la terre a été renouvelée. A ces générations, divisées pre les haines politiques. ont succédé des générations indifférentes

Le 4

Deere RS ee

MÉLANGES LITTÉRAIRES,

sent le présent de nouvelles inimitiés

au passé, mais qui remplissent } nt d É nérations qui doivent sûivre.

qu'oublieront encore les gé

ae a

Page 1