IC ITINERAIRE
l'oii doit parcourir la terre sainte. Si l'on veut y porter un esprit de contention et de chicane, la Judée ne vaut pas la peine qu'on l'aille chercher si loin. Que dirait-on d'un homme qui, parcourant la Grèce et l'Italie, ne s'occuperait qu'à contredire Homère et Virgile? Voilà pourtant comme on voyage aujourd'hui : effet sensible de notre amour-propre, qui veut nous faire passer pour habiles en nous rendant dédaigneux.
T.es lecteurs chrétiens demanderont peut-être à présent quels furent les sentiments que j'éprouvai en entrant dans ce lieu redoutable ; je ne puis réellement le dire. Tant de choses se présentaient à la fois à mon esprit, que je ne m'arrêtais à aucune idée particulière. Je restai près d'une demi-heure à genoux dans la petite chambre du Saint-Sépulcre, les regards attachés sur la pierre sans pouvoir les en arracher. L'un des deux religieux qui me conduisaient demeurait prosterné auprès de moi, le f^^^nt sur le marbre; l'autre, l'Évangile à la main, me lisait à la lueur des lampes les passages relatifs au saint tombeau. Entre chaque verset il récitait une prière : Domine Jesu Christel qui in hora diei vespertina de cruce deposituSy in brachiis dulcissimx Matris tiix reclinatus fidstij horaque ultimain hoc sanctissimo monumento corpus tuum examine contulisti, etc. Tout ce que je puis assurer, c'est qu'à la vue de ce sépulcre triomphant je ne sentis que ma faiblesse; et quand mon guide s'écria avec saint Paul : Ubi est, Mors^ \nctorîa tuai IJhi est, Mors, stimulus tuus? je prêtai l'oreille, comme si la INIort allait répondre qu'elle était vaincue et enchaînée dans ce monument.
Nous parcourûmes les stations jusqu'au sommet du Calvaire. Où trouver dans l'antiquité rien d'aussi touchant, rien d'aussi merveilleux que les dernières scènes de l'Evangile ? Ce ne sont point ici les aventures bizarres d'une divinité étrangère à l'humanité : c'est l'histoire la plus pathétique, histoire quinon-seulement fait couler des larmes par sa beauté, mais dont les conséquences, appliquées à l'univers, ont changé la face de la terre. Je venais de visiter les monuments de la
Grèce, et j'étais encore tout rempli de leur grandeur; mais qu'ils avaient été loin de m'inspirer ce que j'éprouvais à la vue des lieux saints!
L'église du Saint-Sépulcre, composée de plusieurs églises, bâtie sur un terrain inégal, éclairée par une multitude de lampes, est singulièrement mystérieuse; il y règne une obscurité favorable à la piété et au recueillement de l'âme. Les prêtres chrétiens des différentes sectes babitentlesdifferentes parties de l'édifice. Du haut des arcades, où ils se sont nichés comme des colombes, du fond des chapelles et des souterrains, ils font entendre leurs cantiques à toutes les heures du jour et de la nuit; l'orgue du religieux latin, les cymbales du prêtre abyssin, la voix du caloyer grec, la prière du solitaire arménien, l'espèce de plainte du moine cophte, frappent tour à tour ou tout à la fois votre oreille; vous ne savez d'où partent ces concerts ; vous respirez l'odeur de l'encens sans apercevoir la main qui le brûle : seulement vous voyez passer, s'enfoncer derrière des colonnes, se perdre dans l'ombre du temple, le pontife qui va célébrer les plus redoutables mystères aux lieux mêmes où ils se sont accomplis.
Je ne sortis point de l'enceinte sacrée sans m'arrêter aux monuments de Godefroi et de Baudouin : ils font face à la porte de l'église, et sont appuyés contre le mur du chœur. Je saluai les cendres de ces rois chevaliers, qui méritèrent de reposer près du grand sépulcre qu'ils avaient délivré. Ces cendres sont des cendres françaises, et les seules qui soient ensevelies à l'ombre du tombeau de Jésus-Christ. Quel titre d'honneur pour ma patrie !
Je retournai au couvent à onze heures, et j'en sortis de nouveau à midi; pour suivre la roie douloureuse : on appelle ainsi le chemin que parcourut le Sauveur du monde en se rendant de la maison de Pilate au Calvaire.
La maison de Pilate ' est une ruine d'où l'on découvre le
Le gouverneur de Jérusalem demeurait autrefois dans cette niai.son • ison n'y loge plus que ses chevaux parmi les débris, \ovez Clntrodncn, sur la vérité des traditions religicusps à .lérusalem. '
vaste emplacement du temple de Salomon, et la mosquée bâtie sur cet emplacement.
Jésus-Christ ayant été battu de verges, couronné d'épines, et revêtu d'une casaque de pourpre, fut présenté aux Juifs par Pilate : Ecce homo , s'écria le juge; et l'on voit encore la fenêtre d'où il prononça ces paroles mémorables.
Selon la tradition latine à Jérusalem, la couronne de Jésus-Christ fut prise sur l'arbre épineux, hjciinn spinosum. Mais le savant botaniste Hasselquist croit qu'on employa pour cette couronne le nabka des Arabes. La raison qu'il en donne mérite d'être rapportée :
« 11 y a toute apparence, dit Fauteur, que le nabka fournit « la couronne que l'on mit sur la tête de Notre-Seigneur : il « est commun dans l'Orient. On ne pouvait choisir une plante « plus propre à cet usage, car elle est armée dépiquants; ses « branches sont souples et pliantes, et sa feuille est d'un vert « foncé comme celle du lierre. Peut-être les ennemis de Jé- « sus-Christ choisirent-ils, pour ajouter l'insulte au châtiment, « une plante approchante de celle dont on se servait pour cou- « ronner les empereurs et les généraux d'armée. »
Une autre tradition conserve à Jérusalem la sentence prononcée par Pilate contre le Sauveur du monde :
Jesum Nazarenum, subversorem gentis, contemptorem Csesaris, etfalsum Measiam, vt majorum suœ genfis testimonio probatum est, ducite ad communis suppUcii locum, et eum in ludibriis regix majestatîs in medîo duorum latronum cruel affigite. I, Victor , expedi cruces.
A cent vingt pas de l'arc de VEcce Homo , on me montra, à gauche , les ruines d'une église consacrée autrefois à ISotre- Dame des Douleurs. Ce fut dans cet endroit que Marie, chassée d'abord par les gardes , rencontra son Fils chargé de la croix. Ce fait n'est point rapporté dans les Évangiles ; mais il est cru généralement, sur l'autorité de saint Boniface et de saint Anselme. Saint Boniface dit que la Vierge tomba comme demi-morte , et qu'elle ne put prononcer un seul mot : Nec verbum dicere potuit. Saint Anselme assure que
le Christ la salua par ces mots : Salve, maferl Comme on retrouve ^Marie au pied de la croix » , ce récit des Pères n'a rien que de très-probable ; la foi ne s'oppose point à ces traditions : elles montrent à quel point la merveilleuse et sublime histoire de la Passion s'est gravée dans la mémoire des hommes. Dix-huit siècles écoulés , des persécutions sans fin, des révolutions éternelles , des ruines toujours croissantes, n'ont pu effacer ou cacher la trace d'une mère qui vint pleurer sur son fils.
Gnquante pas plus loin , nous trouvâmes l'endroit où Simon le C\Ténéen aida Jésus-Christ à porter sa croix.
« Comme ils le menaient à la mort , ils prirent un homme « de Cwène, appelé Simon, qui revenait des champs, « et le chargèrent de la croix , la lui faisant porter après « .lésus ^ >'
Ici le chemin, qui se dirigeait est et ouest , fait un coude et tourne au nord ; je vis à main droite le lieu où se tenait Lazare le pauvre , et en face , de l'autre côté de la rue , la maison du mauvais riche.
« Il y avait un homme riche qui était vêtu de pourpre et de « lin', et qui se traitait magnifiquement tous les jours.
« Il y avait aussi un pauvre appelé Lazare, tout couvert « d'ulcères , couché à sa porte , qui eût bien voulu se rassasier « des miettes qui tombaient de la table du riche ; mais per- « sonne ne lui en donnait , et les chiens venaient lui lèche» « ses plaies.
« Or, il arriva que le pauvre mourut, et fut emporté par « les anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi, « et eut l'enfer pour sépulcre. «
Saint Chrysostome , saint Ambroise et saint Cmlle ont cru que l'histoire du Lazare et du mauvais riche n'était point une simple parabole , mais un fait réel et connu. Les Juifs même nous ont conservé le nom du mauvais riche , qu'ils appellent Nabal.
' In Joan. ' Saint Llc.
Après avoir passé la maison du mauvais riche , on tourne à droite , et l'on reprend la direction du couchant. A Ventrée de cette rue qui monte au Calvaire , le Christ rencontra les saintes femmes qui pleuraient.
« Or , il était suivi d'une grande multitude de peuple et de « femmes qui se frappaient la poitrine et qui le pleuraient.
a Mais Jésus se tournant vers elles leur dit : Filles de Jéru- « salem, ne pleurez pas sur moi , mais pleurez sur vous-mê- « mes et sur vos enfants '. >»
A cent dix pas de là on montre l'emplacement de la maison de Véronique , et le lieu où cette pieuse femme essuya le visage du Sauveur. Le premier nom de cette femme était Bérénice ; il fut changé dans la suite en celui de Vera-lcon, vraie image , par la transposition de deux lettres : en outre, la transmutation du b en v est très-fréquente dans les langues anciennes.
Après avoir fait une centaine de pas, on trouve la perte Judiciaire : c'était la porte par oij sortaient les criminels qu'on exécutait sur le Golgotha. Le Golgotha, aujourd'hui renfermé dans la nouvelle cité , était hors de l'enceinte de l'aneienne Jérusalem.
De la porte Judiciaire au haut du Calvaire on compte à peu près deux cents pas : là se termine la voie Douloureuse , qui peut avoir en tout un mille de longueur. iSous avons vu que le Calvaire est maintenant compris dans l'église du Saint- Sépulcre. Si ceux qui lisent la Passion dans l'Évangile sont frappés d'une sainte tristesse et d'une admiration profonde , qu'est-ce donc que d'en suivre les scènes au pied de la montagne de Sion , à la vue du temple , et dans les murs mêmes de Jérusalem !
Après la description de la voie Douloureuse et de l'église du Saint-Sépulcre, je ne dirai qu'un mot des autres lieux de dévotion q.u6 l'on trouve dans l'enceinte de la ville. Je me contenterai de les nommer dans l'ordre où je les ai parcourus pendant mon séjour à Jérusalem.
' Saint Lie.
r La maison d'Anne le pontife, près de la porte de David , au pied du mont Sien , en dedans du mur de la ville : les Arméniens possèdent l'église bâtie sur les ruines de cette maison.
2* Le lieu de l'apparition du Sauveur à ^Lnrie-AIadeleine, Marie mère de Jacques, et Marie Salomé, entre le château et la porte du mont Sion.
3' La maison de Simon le pharisien. Madeleine y confessa ses erreurs. C'est une église totalement ruinée, à l'orient de la ville.
4' Le monastère de sainte Anne . mère de la sainte Vierge ; et la grotte de la Conception immaculée , sous l'église du monastère. Ce monastère est converti en mosquée, mais on y entre pour quelques médius. Sous les rois chrétiens , il était habité par des religieuses. Il n'est pas loin de la maison de Simon.
o° La prison de saint Pierre , près du Calvaire. Ce sont de \ieilles murailles, où l'on montre des crampons de fer.
6' La maison de Zébédée , assez près de la prison de saint Pierre , grande église qui appartient au pati'iarche grec.
7° La maison de Marie, mère de Jean-^Marc , où saint Pierre se retira lorsqu'il eut été délivré par l'ange. C'est une église dessenie par les S\Tiens.
S' Le lieu du mart\Te de saint Jacques le Majeur. C'est le couvent des Arméniens. L'église en est fort nche et fort élégante. Je parlerai bientôt du patriarche arménien.
Le lecteur a maintenant sous les yeux le tableau complet des monuments chrétiens dans Jérusalem. ]N'ous allons à présent visiter les dehors de la ville sainte.
J'avais employé deux heures à parcourir à pied la voie Douloureuse. J'eus soin chaque jour de revoir ce chemin sacré, ainsi que l'église du Calvaire , afin qu'aucune circonstance essentielle n'échappât à ma mémoire. Il était donc deux heures quand j'achevai , le 7 octobre , ma première revue des saints heux. Je montai alors à cheval avec Ali-Aga , le drogman Michel; et mes domestiques, ^'ous sortîmes par la porte
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de Jaffa, pour faire le tour complet de Jérusalem. Nous étions couverts d'armes , habillés à la française , et très-décidés à ne souffi'ir aucune insulte. On voit que les temps sont bien changés , grâce au renom de nos victoires : car l'ambassadeur Deshayes, sous Louis XIII, eut toutes les peines du monde à obtenir la permission d'entrer à Jérusalem avec son épée. IN'ous tournâmes à gauche en sortant de la porte de la ville; nous marchâmes au midi, et nous passâmes la piscine de Bersabée , fossé large et profond , mais sans eau ; ensuite nous gravîmes la montagne de Sion , dont une partie se trouve hors de Jérusalem.
Je suppose que ce nom de Sion réveille dans la mémoire des lecteurs un grand souvenir; qu'ils sont curieux de connaître cette montagne si mystérieuse dans l'Écriture , si célèbre dans les cantiques de Salomon ; cette montagne objet des bénédictions ou des larmes des prophètes, et dont Racine a soupiré les malheurs.
C'est un monticule d'un aspect jaunâtre et stérile , ouvert eu forme de croissant du côté de Jérusalem , à peu près de la hauteur de^Iontmartre, mais plus arrondi au sommet. Ce sommet sacré est marqué par trois monuments ou plutôt par trois ruines : la maison de Caïphe, le Saint-Cénacle, et le tombeau ou le palais de David. Du haut de la montagne vous voyez au midi la vallée de Ben-Hinnon ; par delà cette vallée le Champ du Sang acheté des trente deniers de Judas, le mont du Mauvais Conseil , les tombeaux des juges , et tout le désert vers Habron et Bethléem. Au nord le mur de Jérusalem , qui passe sur la cime de Sion , vous empêche de voir la ville ; celle-ci va toujours en s'inclinant vers la vallée de Josaphat. La maison de Caïphe est aujourd'hui une église desservie par les Arméniens ; le tombeau de David est une petite salle voûtée , oij l'on trouve trois sépulcres de pierres noirâtres ; le Saint-Cénacle est une mosquée et un hôpital turc : c'étaient autrefois une église et un monastère occupés par les pères de terre sainte. Ce dernier sanctuaire est également fameux dans l'ancien et dans le nouveau Testameîif : David
DE PARIS A. JÉRUSALLM. 23
y bâtit son palais et son tombeau ; il y garda pendant trois mois l'arche d'alliance ; Jésus-Christ y fit la dernière pâque , et y institua le sacrement dEiicharistie ; il y apparut à ses disciples le jour de sa résurrection ; le Saint-Esprit y des cendit sur les apôtres. Le Saint-Cénacle devint le premier temple chrétien que le monde ait vu ; saint Jacques le ;Mineur y fut consacré premier évêque de Jérusalem , et saint Pierre y tint le premier concile de TÉglise ; enfin ce fut de ce lieu que les apures partirent , pauvres et nus , pour monter sur tous les trônes de la terre : Docete omnes gentes !
L'historien Josèphe nous a laissé une description magnifique du palais et du tombeau de David. Benjamin de Tudèlc fait au sujet de ce tombeau un conte assez curieux (1).
En descendant de la montagne de Sion du côté du levant, nous arrivâmes à la vallée, à la fontaine et à la piscine de Siloé, où Jésus-Christ rendit la vue à Taveugle. La fontaine sort d'un rocher; elle coule en silence, cimi silentio, selon le témoignage de Jérémie, ce qui contredit un passage de saint Jérôme : elle a une espèce de flux et de reflux, tantôt versant ses eaux comme la fontaine de Yaucluse, tantôt les retenant et les laissant à peine couler. Les lévites répandaient l'eau de Siloé sur l'autel à la fête des Tabernacles, en cbantant : Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salcatoris. Milton invoque cette source au commencement de son poëme , au lieu de la fontaine Castalie :
Or ifSion-liill
Delight thee more , and Siloa's brook that flow'd Fast by Ihe oracle of God , etc.;
beaux vers que Delille a magnifiquement rendus :
Toi donc qui, célébrant les merveilles des cieux, Prends loin de l'Héiicon un vol audacieux ; Soit que, te retenaîit sous ses palmiers antiques, Sion avec plaisir répète tes cantiques ;
Soit que , cliantant le jour où Dieu donna sa loi ,
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Le Sina sous tes pieds Ircssaiiie encor d'effroi; Soilque, près du saint lieu d'où partent ses oracles, Les flots du Siloé te disent ses miracles : Muse sainte, soutiens mon vol présomptueux !
Les uns racontent que cette fontaine sortit tout à coup de la terre pour apaiser la soif d'Isaïe, lorsque ce prophète fut scié en deux avec une scie de bois, par l'ordre de Manassès; les autres prétendent qu'on la vit paraître sous le règne d'Ézéchias, dont nous avons Tadmirable cantique :
J'ai vu mes tristes journées Décliner vers leur penchant , etc.
Selon Josèphe, cette source miraculeuse coulait pour l'armée de Titus, et refusait ses eaux aux Juifs coupables. La piscine, ou plutôt les deux piscines du même nom, sont tout auprès de la source. Elles servent aujourd'hui à laver le linge comme autrefois, et nous y vîmes des femmes qui nous dirent des injures en s'enfuyant. L'eau de la fontaine est saumatre, et assez désagréable au goût; on s'y baigne les yeux, en mémoire du miracle de l'aveugle-né.
Près de là on montre l'endroit où le prophète Isaïe subit le supplice dont j'ai parlé. On y voit aussi un village appelé Siloan; au pied de ce village est une autre fontaine que TKcriture nomme liogel : en face de cette fontaine, au pied de la montagne de Sion,se trouve une troisième fontaine qui porte le nom de Marie. On croit que la Vierge y venait chercher de l'eau , comme les filles de Laban au puits dont Jacob ota la pierre : Ecce Racket veniebat cum ovibus patris sui, etc. La fontaine de la Vierge mêle ses eaux à celles delà fontaine de Siloé.
Ici, comme le remarque saint Jérôme, on est à la racine du mont Moria, sous les murs du temple, à peu près en face de la porte Sterquilinaire. rsous avançâmes jusqu'à l'anuie oriental du mur de la ville, et nous entrâmes dans la vallée de Josaphat. Elle court du nord au midi, entre la montagne des Oliviers et le mont Moria. Le torrent de Cédron passe au
milieu. Ce torreut est à sec une partie de l'année; dans les orages ou dans les printemps pluvieux, il roule une eau rougie. La vallée de Josapliat est encore appelée dans l'Écriture vallée de Savé, vallée du Roi, vallée de Melchisédech'. Ce fut dans la vallée de Melcbisédech que le roi de Sodome chercha Abraham, pour le féliciter de la victoire remportée sur les cinq rois. Moloch et Béelphégor furent adorés dans cette même vallée. Elle prit dans la suite le nom de Josaphat, parce que le roi de ce nom y fit élever son tombeau. La vallée de Josaphat semble avoir toujours servi de cimetière à Jérusalem ; on y rencontre les monuments des siècles les plus reculés et des temps les plus modernes : les Juifs viennent y mourir des quatre parties du monde; un étranger leur vend au poids de l'or un peu de terre pour coiimr leurs corps dans le champ de leurs aïeux. Les cèdres dont Salomon planta cette vallée », l'ombre du temple dont elle était couverte, le torrent qni la traversait 3, les cantiques de deuil que David y composa, les lamentations que Jérémie y fit entendre, la rendaient propre à la tristesse et à la paix des tombeaux. En commençant sa Passion dans ce lieu solitaire, Jésus-Christ le consacra de nouveau aux douleurs : ce David innocent y versa, pour effacer nos crimes, les larmes que le David coupable y répandit pour expier ses propres erreurs. Il y a peu de noms qui réveillent dans l'imagination des pensées à la fois plus touchantes et plus formidables que celui de la vallée de Josaphat, vallée si pleine de mystères , que, selon le prophète Joèl, tous les hommes y doivent comparaître un jour devant le juge redoutable : Connregabo omnes génies, et deducam eas in vallem Josaphat, et disceptabo cum eis ibi. « Il est
' Sur tout cela il y a difféi-entes opinions. La vr.llée du Roi pourrait bien être vers les montagnes du Jourdain, et cette position conviendrait raéme davantage à l'histoire d'Abraham.
* Josèphe raconte que Salomon fit couvrir de cèdres les montigncs de la Judce.
2 Cédron est un mot hébreu qui signifie noirceur et tristesse. On observe qu'il y a faute dans Tévangile de saint Jean , qui nomme ce torrent, torrent des Cèdres. L'erreur vient d'un oméga, écrit au lieu d'un omicron : xÉSptov, au lieu de xe'Çpov.
« raisonnable, dit le père Nau, que l'honneur de Jésus-Christ « soit réparé publiquement dans le lieu où il lui a été ravi par « tant d'opprobres et d'ignominies, et qu'il juge justement « les hommes où ils l'ont jugé si injustement. »
L'aspect de la vallée de Josaphat est désolé : le coté occidental est une haute falaise de craie qui soutient les murs gothiques de la ville, au-dessus desquels on aperçoit Jérusalem; le côté oriental est formé par le mont des Oliviers et par la montagne du Scandale, mons Offensionis, ainsi nommée de l'idolâtrie de Salomon. Ces deux montagnes, qui se touchent, sont presque nues, et d'une couleur rouge et sombre : sur leurs flancs déserts on voit çà et là quelques vignes noires et brûlées, quelques bouquets d'oliviers sauvages, des friches couvertes d'hysope, des chapelles, des oratoires et des mosquées en ruine. Au fond de la vallée on découvre un pont d'une seule arche, jeté sur la ravine du torrent de Cédron. Les pierres du cimetière des Juifs se montrent comme un amas de débris au pied de la montagne du Scandale, sous le village arabe de Siloan : on a peine à distinguer les masures de ce village des sépulcres dont elles sont environnées. Trois monuments antiques, les tombeaux de Zacharie, de .Tosaphat et d'Absalon, se font remarquer dans ce champ de destruction A la tristesse de Jérusalem, dont il ne s'élève aucune fumée, dont il ne sort aucun bruit; à la solitude des montagnes, où l'on n'aperçoit pas un être vivant ; au désordre de toutes ces tombes fracassées, brisées, demi-ouvertes, on dirait que la trompette du jugement s'est déjà fait entendre, et que les morts vont se lever dans la vallée de Josaphat.
Au bord même, et presque à la naissance du torrent de Cédron, nous entrâmes dans le jardin des Oliviers; il appartient aux pères latins, qui l'ont acheté de leurs propres deniers : on y voit huit gros oliviers d'une extrême décrépitude. L'olivier est pour ainsi dire immortel, parce qu'il renaît de sa souche : on conservait dans la citadelle d'Athènes un olivier dont l'origine remontait à la fondation de la ville. Les oliviers du jardin de ce nom à Jérusalem sont au moins du temps du
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Bas-Empire ; en voici la preuve : en Turquie, tout olivier trouvé debout par les musulmans, lorsqu'ils envahirent l'Asie, ne paie qu'un médin au fisc, tandis que l'olivier planté depuis la conquête doit au Grand Seigneur la moitié de ses fruits ' : or les huit oliviers dont nous parlons ne sont taxés qu'à huit médins.
Nous descendîmes de cheval à l'entrée de ce jardin, pour visiter à pied les Stations de la montagne. Le village de Gethsémani était à quelque distance du jardin des Oliviers. On le confond aujourd'hui avec ce jardin, comme le remarquent Thévenot et Roger.
Nous entrâmes d'abord dans le sépulcre de la Vierge. C'est une église souterraine, oii l'on descend par cinquante degrés assez beaux : elle est partagée entre toutes les sectes chrétiennes : les Turcs même ont un oratoire dans ce lieu; les catholiques possèdent le tombeau de Marie. Quoique la Vierge ne soit pas morte à Jérusalem, elle fut (selon l'opinion de plusieurs Pères) miraculeusement ensevelie à Gethsémani par les apôtres. Euthymius raconte l'histoire de ces merveilleuses funérailles. Saint Thomas ayant fait ouvrir le cercueil, on n'y trouva plus qu'une robe virginale, simple et pauvre vêtement de cette reine de gloire que les anges avaient enlevée aux cieux. Les tombeaux de saint Joseph, de saint Joachim et de sainte Anne se voient aussi dans cette église souterraine.
Sortis du sépulcre de la Vierge, nous allâmes voir, dans le jardin des Oliviers, la grotte où le Sauveur répandit une sueur de sang, en prononçant ces paroles : Pater, si possibile est, transeat a me calix iste.
Cette grotte est irrégulière; on y a pratiqué des autels. A quelques pas en dehors on voit la place où Judas trahit son maître par un baiser. A quelle espèce de douleur Jésus-Christ consentit à descendre ! Il éprouva ces affreux dégoûts de la
' Cette loi est aussi absurde que la plupart des autres lois en Turquie: chose bizarre, d'épargner le vaincu au moment de la conquête, lorsque ia violeuce peut amener l'injustice, et d'accabler le sujet en pleine paix :
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vie, que la vertu même a deja peine à surmonter. Et à l'instant où un ange est obligé de sortir du eiel pour soutenir la divinité défaillante sous le fardeau des misères de l'homme, cette divinité miséricordieuse est trahie par l'homme (2) !
En quittant la grotte du calice d'amertume , et gravissant un chemin tortueux semé de cailloux , le drogman nous arrêta près d'une roche d'où l'on prétend que Jésus-Christ regarda la ville coupable, eu pleurant sur la désolation prochaine de Sion. Baronius observe que Titus planta ses tentes à l'endroit même où le Sauveur avait prédit la ruine de Je' rusalem. Doubdan, qui combat cette opinion sans citer Baronius , croit que la sixième légion romaine campa au sommet de la montagne des Oliviers, et non pas sur le penchant de la montagne. Cette critique est trop sévère, et la remarque de Baronius n'en est ni moins belle ni moins juste (3).
De la roche de la Prédiction nous montâmes à des grottes qui sont à la droite du chemin. On les appelle les Tombeaux des Prophètes ; elles n'ont rien de remarquable, et l'on ne sait trop de quels prophètes elles peuvent garderies cendres.
Un peu au-dessus de ces grottes nous trouvâmes une espèce de citerne composée de douze arcades : ce fut là que les apôtres composèrent le premier symbole de notre croyance. Tandis que le monde entier adorait à la face du soleil mille divinités honteuses, douze pêcheurs, cachés dans les entrailles de la terre, dressaient la profession de foi du genre humain, et reconnaissaient l'unité du Dieu créateur de ces astres à la lumière desquels on n'osait encore proclamer son existence. Si quelque Romain de la cour d'Auguste , passant auprès de ce souterrain , eut aperçu les douze Juifs qui composaient cette œuvre sublime , quel mépris il eût témoigné pour cette troupe superstitieuse! Avec quel dédain il eût parlé de ces premiers fidèles î Et pourtant ils allaient renverser les temples de ce Romain , détruire la religion de ses pères , changer les lois , la politique , la morale , la raison , et jusqu'aux pensées des hommes. Ne désespérons donc jamais du salut des peuples. Les chrétiens gémissent aujourd'hui
DE PAKIS A JÉRUSALEM. 2 9
sur la tiédeur de la toi : qui sait si Dieu n a point? planté dans une aire inconnue le grain de sénevé qui doit multiplier dans ies champs? Peut-être cet espoir de salut est-il sous nos yeux sans que nous nous y arrêtions ; peut-être nous paraît-il aussi absurde que ridicule. Mais qui aurait jamais pu croire a la folie de la Croix .^
On monte encore un peu plus haut , et Ton rencontre les ruines ou plutôt l'emplacement désert d'une chapelle : une tradition constante enseigne que Jésus-Christ récita dans cet endroit V Oraison dominicale.
« Un jour , comme il était en prière en un certain lieu , • après qu'il eut cessé de prier, un de ses disciples lui dit : « Seigneur, apprenez-nous à prier, ainsi que Jean Fa appris " à ses disciples.
« Et il leur dit : Lorsque vous prierez , dites : Père , que « votre nom soit sanctifié, etc. ^ »
Ainsi furent composées presque au même lieu la profession de foi de tous les hommes et la prière de tous les hommes.
A trente pas de là , en tirant un peu vers le nord , est un olivier au pied duquel le Fils du souverain Arbitre prédit le jugement universel '4).
Enfin , on fait encore une cinquantaine de pas sur la montagne , et l'on arrive à une petite mosquée de forme octogone, reste d'une église élevée jadis à l'endroit même oii Jésus- Christ monta au ciel après sa résurrection. On distingue sur le rocher l'empreinte du pied gauche d'un homme ; le vestige du pied droit s'y voyait aussi autrefois : la plupart des pèlerins disent que les Turcs ont enlevé ce second vestige, pour le placer dans la mosquée du Temple ; mais le père Roger affirme positivement qu'il n'y est pas. Je me tais , par respect, sans pourtant être convaincu, devant des autorités considérables : saint Augustin, saint Jérôme , saint Paulin , Sulpice Sévère , le vénérable Bède , la tradition , tous les voyageurs anciens et modernes , assurent que cette trace marque un
' SàI.vt Luc.
pas de Jésus-Christ. En examinant cette trace , on en a conclu que le Sauveur avait le visage tourné vers le nord au moment de son ascension , comme pour renier ce midi infesté d'erreurs , pour appeler à la foi les barbares qui devaient renverser les temples des faux dieux , créer de nouvelles nations , et piauler Vétendard de la croix sur les murs de Jérusalem.
Plusieurs Pères de l'Église ont cru que Jésus-Christ s'éleva aux cieus au niiliea des âmes des patriarches et des prophètes , délivTées par lui des chaînes de la mort : sa mère et cent vingt disciples furent témoins de son ascension. Il étendit les bras comme Moïse , dit saint Grégoire de Nazianze , et présenta ses disciples à son père ; ensuite il croisa ses mains puissantes, en les abaissant sur la tête de ses bien-aimés ' , et c'était de cette manière que Jacob avait béni les fils de Joseph ; puis , quittant la terre avec une majesté admirable , il monta lentement vers les demeures éternelles, et se perdit dans une nue éclatante *.
Sainte Hélène avait fait bâtir une église où l'on trouve aujourd'hui la mosquée octogone. Saint Jérôme nous apprend qu'on n'avait jamais pu fermer la voûte de cette église à l'endroit oij Jésus-Christ prit sa route à travers les airs. Le vénérable Bède assure que de son temps , la veille de l'Ascension, on voyait , pendant la nuit , la montagne des Oliviers couverte de feux. Rien n'oblige à croire ces traditions , que je rapporte seulement pour faire connaître l'histoire et les mœurs; mais si Descartes et Newton eussent philosophiquement douté de ces merveilles , Racine et INIilton ne les auraient pas poétiquement répétées.
Telle est l'histoire évangélique expliquée par les monuments. Nous l'avons vue commencer à Bethléem , marcher au dénoûment chez Pilate , arriver à la catastrophe au Calvaire, et se terminer sur la montagne des Oliviers. Le lieu même de l'ascension n'est pas tout à fait à la cime de la
' Tebtull.
' LtDnLPU.
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montagne, mais à deux ou trois cents pas au-dessous du plus haut sommet {5).
>'ous descendîmes de la montagne des Oliviers , et, remontant à cheval, nous continuâmes notre route. Nous laissâmes derrière nous la vallée de Josaphat, et nous marchâmes par des chemins escarpés jusqu'à l'angle septentrional de la ville; de là , tournant à l'ouest, et lonseant le mur qui fait face au nord , nous arrivâmes à la grotte où Jérémie composa ses Lamentations. Nous n'étions pas loin des sépulcres des rois ; mais nous renonçâaies à les voir ce jour là , parce qu'il était trop tard. Nous revînmes chercher la porte de Jaffa, par laquelle nous étions sortis de Jérusalem. Il était sept heures précises quand nous rentrâmes au couvent.
Notre course avait duré cinq heures. A pied , et en suivant l'enceinte des murs , il faut à peine une heure pour faire le tour de Jérusalem.
Le 8 octobre, à cinq heures du matin, j'entrepris avec Ali- Aga et le drogman ^Michel la revue de l'intérieur de la ville. Il faut nous arrêter ici pour jeter un regard sur l'histoire de Jéi'usalem.
Jérusalem fut fondée l'an du monde 2023 , par le grand prêtre Melchisédech : il la nomma Salem , c'est-à-dire la Paix ; elle n'occupait alors que les deux montagnes de 3Iora et d'Acra.
Cinquante ans après sa fondation , elle fut prise par les Jébuséens, descendant de Jébus , fils de Chanaan. Ils bâtirent sur le mont Sion une forteresse à laquelle ils donnèrent le nom de Jébus leur père : la ville prit alors le nom de Jérusalem, ce qui signifie Fision de paix. Toute l'Écriture en fait un magnitique éloge : Jérusalem, civitas Dei, luce splendida fulgebis. Omnes nationes terrœ adorabunt te, etc. '.
Josué s'empara de la ville basse de Jérusalem , la première année de son entrée dans la terre promise : il fit mourir le
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roi Adonisédech, et les quatre rois d'Ébron , de Jérimol , de Lachis et d'Églon. Les Jébuséens demeurèrent les maîtres de la ville haute, ou de la citadelle de Jébus. Ils n'en furent chassés que par David , huit cent vingt-quatre ans après leur entrée dans la cité deMelchisédech.
David fit augmenter la forteresse de Jébus, et lui donna son propre nom. 11 fit aussi bâtir sur la montagne de Sion un palais et un tabernacle , afin d'y déposer l'arche d'alliance.
Salomon augmenta la Cité sainte : il éleva ce premier temple dont l'Écriture et l'historien Josèphe racontent les merveilles, et pour lequel Salomon lui-même composa de si beaux cantiques.
Cinq ans après la mort de Salomon, Sésac, roi d'Egypte, attaqua Roboam, prit et pilla Jérusalem.
Elle fut encore saccagée cent cinquante ans après par Joas, roi d'Israël.
Envahie de nouveau par les Assyriens , Manassès , roi de Juda, fut emmené captif à Babylone. Enfin, sous le règne de Sédécias , Nabuchodonosor renversa Jérusalem de fond en comble , brûla le temple, et transporta les Juifs à Babylone. Sion quasi ager arabatur, dit Jérémie; Hierusalem ut : ... lapidum erat. Saint Jérôme, pour peindre la solitude de cette ville désolée , dit qu'on n'y voyait pas voler un seul oiseau.
Le premier temple fut détruit quatre cent soixante-dix ans six mois et dix jours après sa fondation par Salomon, l'an du monde 3513, environ six cents ans avant Jésus-Christ : quatre cent soixante-dix-sept ans s'étaient écoulés depuis David jusqu'à Sédécias , et la ville avait été gouvernée par dix-sept rois.
Après les soixante et dix ans de captivité , Zorobabel commença à rebâtir le temple et la ville. Cet ouvrage , interrompu pendant quelques années, fut successivement achevé par Ksdras et Néhémie. .
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Alexandre passa à Jérusalem l'an du monde 3583 , et offrit des sacrifices dans le temple.
Ptolémée , fils de Lagus , se rendit maître de Jérusalem ; mais elle fut très-bien traitée par Ptolémée Philadelphe, qui fit au temple de magnifiques présents.
Antiochus le Grand reprit la Judée sur les rois d'Egypte , et la remit ensuite à Ptolémée Évergète. Antiochus Épiphane saccagea de nouveau Jérusalem, et plaça dans le temple l'idole de Jupiter Olympien.
Les Machabées rendirent la liberté à leur pays, et le défendirent contre les rois de l'Asie.
Malheureusement Aristobule et Hircan se disputèrent la couronne; ils eurent recours aux Romains, qui, parla mort de Mithridate , étaient devenus les maîtres de l'Orient. Pompée accourut à Jérusalem : introduit dans la ville , il assiège et prend le temple. Crassus ne tarda pas à pillei ce monument auguste, que Pompée vainqueur avait respecté.
Hircan, protégé de César, s'était maintenu dans la grande sacrificature. Antigone, fils d' Aristobule , empoisonné par les Pompéiens , fait la guerre à son oncle Hircan, et appelleles Parthes à son secours. Ceux-ci fondent sur la Judé?, entrent dans Jérusalem, et emmènent Hircan prisonnier.
Hérode le Grand, fils d'Antipater, officier distingué de la cour d'Hircan , s'empare du royaume de Judée par la faveur des Romains. Antigone , que le sort des armes fait tomber entre les mains d'Hérode , est envoyé à Antoine. Le dernier descendant des Machabées, le roi légitime de Jérusalem, est attaché à un poteau, battu de verges et mis à mort, par l'ordre d'un citoyen romain.
Hérode, demeuré seul maître de Jérusalem, la remplit de monuments superbes, dont je parlerai dans un autre lieu. Ce fiit sous le règne de ce prince que Jésus-Christ vint au morde.
Archélaiis, fils d'Hérode et de Mariamne, succéda à son père, tandis qu'Hérode Antipas, fils aussi du grand Hérode, eut la tétrarchie de la Galilée et de la Pérée. Celui-ci fit trancher la tête à saint Jean-Baptiste, et renvoya Jés
Christ à Pilate. Cet Hérode le tétrarque fut exilé à Lyon par Caligula. •
Agrippa, petit-fils d'Hérode le Grand, obtint le royaume de Judée ; mais son frère Hérode , roi de Chalcide , eut tout pouvoir sur le temple , le trésor sacré, et la grande sacrificature.
Après la mort d'Agrippa , la Judée fut réduite en province romaine. Les Juifs s'étant révoltés contre leurs maîtres, Titus assiégea et prit Jérusalem. Deux cent mille Juifs moururent de faim pendant ce siège. Depuis le 14 avril jusqu'au 1" de juillet de Tan 71 de notre ère, cent quinze mille huit cent quatre-vingts cadavi'es sortirent par une seule porte de Jérusaleni ». On mangea le cuir des souliers et des boucliers; on en vint à se nourrir de foin, et des ordures que Ton chercha dans les égouts de la ville : une mère dévora son enfant. Les assiégés avalaient leur or; le soldat romain, qui s'en aperçut, égorgeait les prisonniers, et cherchait ensuite le trésor recelé dans les entrailles de ces malheureux. Onze cent mille Juifs périrent dans la ville de Jérusalem , et deux cent trente-huit mille quatre cent soixante dans le reste de la Judée. Je ne comprends dan» ce calcul ni les femmes , ni les enfants , ni les vieillards emportés par la faim , les séditions et les flammes. Enfin il y eut quatre-vingtdix-neuf mille deux cents prisonniers de guerre ; les uns furent condamnés aux travaux publics; les autres furent réservés aux triomphes de Titus : ils parurent dans les amphithéâtres de l'Europe et de l'Asie, où ils s'entre-tuèrent pour amuser la populace du monde romain. Ceux qui n'avaient pas atteint l'âge de dix-sept ans furent mis à l'encan avec les femmes; on en donnait trente pour un denier. Le sang du Juste avait été vendu trente deniers à Jérusalem , et le peuple avait
'N'est-il pas singulier qu'un critique m'ait reproché tous ces calculs, comme s'ils étaient de moi , et comme si je faisais autre chose que de suivre ici les historiens de l'anUquité, entre autres Josèphe? L'abbé Guénée et plusieurs savants ont prouvé, au reste, que ces calculs ne sont point exagérés.
( Noie de la troisième édition. )
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crié : Sanguls ejiis super nos et super fillos nostros. Dieu entendit ce vœu des Juifs , et pour la dernière fois il exauça leur prière : après quoi il détourna ses regards de la terre promise , et choisit un nouveau peuple.
Le Temple fut brûlé trente-huit ans après la mort de Jésus- Christ; de sorte qu'un grand nombre de ceux qui avaient entendu la prédiction du Sauveur purent en voir Taccomplissèment.
Le reste de la nation juive s' étant soulevé de nouveau . Adrien acheva de déti'uire ce que Titus avait laissé debout dans l'ancienne Jérusalem. Il éleva sur les ruines de la cité de David une autre ville , à laquelle il donna le nom à\£lia Capitolina ; il en défendit l'entrée aux Juifs sous peiue de mort , et fit sculpter im pourceau sur la porte qui conduisait à Bethléem. Saint Grégoire de ISazianze assure cependant que les Juifs avaient la permission d'entrer à .Elia une fois par an, pour y pleurer; saint Jérôme ajoute qu'on leur vendait au poids de l'or le di'oit de verser des larmes sur les cendres de leur pati'ie.
Cinq cent quatre-vingt-cinq mille Juifs, au rapport de Dion, moururent de la main du soldat dans cette guerre d'Adrien. Une multitude d'esclaves de l'un et de l'autre sexe fut vendue aux foires de Gaza et de ^lembré; on rasa cinquante châteaux et neuf cent quatre-vingt-cinq bourgades.
Adrien bâtit sa ville nouvelle précisément dans la place qu'elle occupe aujourd'hui ; et , par une providence particulière , comme l'observe Doubdan , il enferma le mont Calvaire dans l'enceinte des murailles. A lépoque de la persécution de Dioclétien, le nom même de Jérusalem était si totalement oublié , qu'un mart\T ayant répondu à un gouverneur romain qu il était de Jérusalem , ce gouverneur s'imagina que le mart^T parlait de quelque ville factieuse bâtie secrètement par les chrétiens. Vers la fin du septième siècle, Jérusalem portait le nom à\£lia, comme on le voit par le / oyage d" Arculfe , de la rédaction d'Adamannus . ou de celle du vénérable Bède.
Quelques mouvements paraissent avoir eu lieu dans la Judée , sous les empereurs Antonin, Septime Sévère et Caracalla. Jérusalem, devenue païenne dans ses vieilles années, reconnut enfin le Dieu qu'elle avait rejeté. Constantin et sa mère renversèrent les idoles élevées sur le sépulcre du Sauveur, et consacrèrent les saints lieux par des édifices qu'on y voit encore.
Ce fut en vain que Julien , trente-sept ans après , rassembla les Juifs à Jérusalem, pour y rebâtir le Temple : les liomiies travaillaient à cet ouvrage avec des hottes, des bêches, et des pelles d'argent; les femmes emportaient la terre dans le pan de leurs plus belles robes : mais des globes de feu sortant des fondements à demi creusés, dispersèrent les ouvriers, et ne permirent pas d'achever l'entreprise.
iSous trouvons une révolte des Juifs sous Justinien, l'an 501 de Jésus-Christ. Ce fut aussi sous cet empereur que TKglise de Jérusalem fut élevée à la dignité patriarcale.
Toujours destinée à lutter contre l'idolâtrie et à vaincre les fausses religions , Jérusalem fut prise par Cosroës , roi des Perses, l'an 613 de Jésus-Christ. Les Juifs répandus dans la Judée achetèrent de ce prince quatre-vingt-dix mille i)risonniers chrétiens , et les égorgèrent.
Héraclius battit Cosroës en 627, reconquit la vraie croix que le roi des Perses avait enlevée , et la reporta à Jérusalem.
Neuf ans après, le calife Omar, troisième successeur de Mahomet , s'empara de Jérusalem , après l'avoir assiégée pendant quatre mois : la Palestine, ainsi que l'Egypte, passa sous le joug du vainqueur.
Omar fut assassiné à Jérusalem en 643. L'établissement de plusieurs califats en Arabie et en Syrie, la chute de la dNTiastie des Ommiade^ et l'élévation de celle des Abassides . remplirent la Judée de troubles et de malheurs pendant pli:-:. de deux cents ans.
Ahmed, Turc Toulounide, qui de gouverneur de l'Egypte en était devenu le souverain . fit la conquête de Jérusalem en
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8GS; mais son fils ayant été défait par les califes de Bai:d:Kl , la Cité sainte retourna sous la puissance de ces califes Tan 905 de notre ère.
Un nouveau Turc, nommé .yaltomet-Iklischid , s'étant à son tour emparé de TÉgypte, porta ses armes au dehors, et soumit Jérusalem Tan 936 de Jésus-Christ.
Les Fatimites , sortis des sables de Cyrène en 9G8 , chassèrent les Ikhschidites de l'Egypte , et conquirent plusieurs villes delà Palestine.
Un autre Turc , du nom à'Ortoh^ favorisé par les Seljoucides d'Alep, se rendit maître de Jérusalem en 984, et ses enfants y régnèrent après lui.
Mostali , calife d'Egypte , obligea les Ortokides à sortir de Jérusalem.
Hakem ou Hequem , successeur d"Aziz , second calife fatimite, persécuta les chrétiens à Jérusalem vers l'an 99G. comme je l'ai déjà raconté en parlant de l'église du Saint- Sépulcre. Ce calife mourut en 1021.
Meleschah, Turc Seljoucide, prit la sainte Cité en 1076, et fit ravager tout le pays. Les Ortokides qui avaient été chassés de Jérusalem par le calife Mostali, y rentrèrent, et s'y maintinrent contre Redouan, prince d'Alep. Mais ils en furent expulsés de nouveau par les Fatimites en 1076 : ceuxci régnaient encore lorsque les croisés parurent sur les frontières de la Palestine.
Les écrivains du dix-huitième siècle se sont plu à représenter les croisades sous un jour odieux. J'ai réclamé un des premiers contre cette ignorance ou cette injustice '. Les croisades ne furent des folies , comme on affectait de les appeler, ni dans leur principe , ni dans leur résultat. Les chrétiens n'étaient point les agresseurs. Si les sujets d'Omar , partis de Jérusalem, après avoir fait le tour de l'Afrique, fondirent sur la Sicile , sur l'Espagne , sur la France même, où Charles- Martel les extermina, pourquoi des sujets de Philippe l",
• Dans le Génie du Chrislio.nisme.
ITINÉR. — T. il. \
sortis de la France , n'aiiraient-ils pas fait le tour de l'Asie pour se venger des descendants d'Omar jusque dans Jérusalem ? C'est un grand spectacle sans doute que ces deux armées de l'Europe et de l'Asie marchant en sens contraire autour de la Méditerranée, et venant, chacune sous la bannière de sa religion, attaquer Mahomet et Jésus-Christ au milieu de leurs adorateurs. N'apercevoir dans les croisades que des pèlerins armés qui courent délivrer un tombeau en Palestine , c'est montrer une vue très-bornée en histoire. 11 s'agissait non-seulement de la délivrance de ce tombeau sacré, mais encore de savoir qui devait l'emporter sur la terre, ou d'un culte ennemi de la civilisation , favorable par système à l'ignorance , au despotisme , à l'esclavage , ou d'un culte quia fait revivre chez les modernes le génie de la docte antiquité, et aboli la servitude. Il suffit délire le discours du pape Urbain II au concile de Ciermont, pour se convaincre que les chefs de ces entreprises guerrières n'avaient pas les petites idées qu'on leur suppose , et qu'ils pensaient à sauver le monde d'une inondation de nouveaux barbares. L'esprit du mahométisme est la persécution et la conquête ; l'Évangile , au contraire , ne prêche que la tolérance et la paix. Aussi les chrétiens supportèrent-ils pendant sept cent soixantequatre ans tous les maux que le fanatisme des Sarrasins leur voulut faire souffrir ; ils tâchèrent seulement d'intéresser en leur faveur Charlemagne : mais ni les Espagnes soumises , ni la France envahie, ni la Grèce et les deux Siciles ravagées, ni l'Afrique entière tombée dans les fers, ne purent déterminer pendant près de huit siècles les chrétiens à prendre les armes. Si enfin les cris de tant de victimes égorgées en Orient, si les progrès des barbares, déjà aux portes de Constantinople , réveillèrent la chrétienté, et la firent courir à sa propre défense, qui oserait dire que la cause des guerres sacrées fut injuste? Où en serions-nous si nos pères n'eussent repoussé la force par la force? Que l'on contemple la Grèce , et l'on apprendra ce que devient un peuple sous le joug des musulmans. Ceux qui s'applaudissent tant au-
jourd'hui du progrès des lumières auraient-ils donc voulu voir régner parmi nous une religion qui a brûlé la bibliothèque d'Alexandrie , qui se fait un mérite de fouler aux pieds les hommes , et de mépriser souverainement les lettres et les arts?
Les croisades , en affaiblissant les hordes mahométanes au centre même de l'Asie , nous ont empêchés de devenir la proie des Turcs et des Arabes. Elles ont fait plus : elles nous ont sauvés de nos propres révolutions; elles ont suspendu , par la paix de Dieu, nos guerres intestines; elles ont ouvert une issue à cet excès de population qui tôt ou tard cause la ruine des États : remarque que le père .Alaimbourg a faite, et que M. de Bonald a développée.
Quant aux autres résultats des croisades , ou commence à convenir' que ces entreprises guerrières ont été favorables au progrès des lettres et de la civilisation. Robertson a parfaitement traité ce sujet dans son Histoire du commei'ce des anciens aux Indes orientales. J'ajouterai qu'il ne faut pas, dans ces calculs , omettre la renommée que les armes européennes ont obtenue dans les expéditions d'outre-mer. Le temps de ces expéditions est le temps héroïque de notre histoire ; c'est celui qui a donné naissance à notre poésie épique. Tout ce qui répand du merveilleux sur une nation ne doit point être méprisé par cette nation même. On voudrait en vain se le dissimuler , il y a quelque chose dans notre cœur qui nous fait aimer la gloire; l'homme ne se compose pas absolument de calculs positifs pour son bien et pour son mal, ce sei*ait trop le ravaier ; c'est en entretenant les Romains de Véternité de leur ville qu'on les a menés à la conquête du monde , et qu'on leur a fait laisser dans l'histoire un nom éternel.
Godefroy parut donc sur les frontières de la Palestine, l'an 1099 de Jésus-Christ; il était entouré de Baudouin, d'Eustache, de Tancrède, de Raimond de Toulouse, des comtes de Flandre et de Normandie, de l'Étolde, qui sauta le premier sur les murs de Jérusalem ; de Guicher , déjà célèbre
pour avoir coupé un lion par la moitié ; de Gaston de Foix , de Gérard de Roussillon , de Raimbaud d'Orange , de Saint- Pol, de Lambert : Pierre l'ermite marchait avec son bâton de pèlerin à la tête de ces chevaliers. Ils s'emparèrent d'abord de Rama ; ils entrèrent ensuite dans Emmaiis , tandis que Tancrède et Baudouin du Bourg pénétraient à Bethléem. Jérusalem fut bientôt assiégée , et l'étendard de la croix flotta sur ses murs un vendredi 15 , et, selon d'autres, 12 de juillet 1099, à trois heures de l'après-midi.
Je parlerai du siège de cette ville lorsque j'examinerai le théâtre de la Jérusalem délivrée. Godefroy fut élu par ses frères d'armes roi de la cité conquise. C'était le temps où de simples chevaliers sautaient de la brèche sur le trône : le casque apprend à porter le diadème; et la main blessée qui mania la pique s'enveloppe noblement dans la pourpre. Godefroy refusa de mettre sur sa tête la couronne brillante qu'on lui offrait, « ne voulant point, dit-il , porter une coûte ronne d'or où Jésus-Christ avait porté une couronne d'é- « pi nés. »
Naplouse ouvrit ses portes , l'armée du Soudan d'Egypte fut battue à Ascalon. Robert, moine, pour peindre la défaite de cette armée, se sert précisément de la comparaison employée par J. B. Rousseau ; comparaison d'ailleurs empruntée de la Bible :
La Palestine enfin , après tant de ravages , Vit fnir ses ennemis comme on voit les nuages Dans le vague des airs fuir devant l'aquilon.
Il est probable que Godefroy mourut à Jaffa , dont il avait fait relever les murs. Il eut pour successeur Baudouin son frère, comte d'Édesse. Celui-ci expira au milieu de ses victoires , et laissa , en 1 lis , le royaume à Baudouin du Bourg , son neveu.
Mélisandre , fille aînée de Baudouin II , épousa Foulques d'Anjou , et porta le royaume de Jérusalem dans la maison de son mari , vers l'an 11 30. Foulques étant mort d'une chute de cheval en 1140, son fils Baudouin III lui succéda. La
deuxième croisade , prêçhée par saint Bernard , conduite par Louis VII et par l'empereur Conrad, eut lieu sous le règne de Baudouin III. Après avoir occupé le trône pendant vingt ans , Baudouin laissa la couronne à son frère Amaury , qui la porta onze années. Amaury eut pour successeur son fils Baudouin, quatrième du nom.
On vit alors paraître Saladin, qui, battu d'abord et ensuite victorieux , finit par arraclier les lieux saints à leur nouveaux maîtres.
Baudouin avait donné sa sœur Sibylle, veuve de Guillaume Longue-Épée, en mariage à Gui de Lusignan. Les grands du royaume , jaloux de ee choix, se divisèrent, Baudouin IV, ayant fini ses jours en 1184, eut pour héritier son neveu Baudouin V, fils de Sii^ylle et de Guillaume Longue-Épée. Le jeune roi, qui n'avait que huit ans, succomba en 1186 sous une violente maladie. Sa mère Sibylle fit donner la couronne à Gui de Lusignan, son second mari. Le comte de Tripoli trahit le nouveau monarque , qui tomba entre les mains de Saladin à la bataille de Tibériade.
Après avoi^; achevé la conquête des villes maritimes de la Palestine, le Soudan assiégea Jérusalem; il la prit l'an 1188 de notre ère. Chaque homme fut obligé de donner pour rançon dix besants d'or : quatorze mille habitants demeurèrent esclaves, faute de pouvoir payer cette somme. Saladin ne voulut point entrer dans la mosquée du Temple , convertie en église par les chrétiens , sans en avoir fait laver les murs avec de l'eau de rose. Cinq cents chameaux , dit Sanut , suffirent à peine pour porter toute l'eau de rose employée dans cette occasion : ce conte est digne de l'Orient. Les soldats de Saladin abattirent une croix d'or qui s'élevait au-dessus du temple, la traînèrent par les rues jusqu'au sommet de la montagne de Sion , où ils la brisèrent. Une seule église fut épargnée, et ce fut l'église du Saint-Sépulcre : les S\Tiens la rachetèrent pour une grosse somme d'argent.
La couronne de ce royaume à demi perdu passa à Isabelle, fille d' Amaury V% sœur de Sibylledéçédée, et femme d'Eu-
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froy de Turenne. Philippe-Auguste et PJchard Cœur de Lion arrivèrent trop tard pour sauver la ville sainte ; mais ils prirent Ptoléniaïs ou Saint- Jean d'Acre. La valeur de Richard fut si renommée, que, longtemps après la mort de ce prince , quand un cheval tressaillait sans cause , les Sarrasins disaient qu'il avait vu l'ombre de Richard. Saladin mourut peu de temps après la prise de Ptolémaïs : il ordonna que Ton portât un linceul au bout d'une lance le jour de ses funérailles , et qu'un héraut criât à haute voix :