‹ Itinéraire de Paris à JérusalemChapitre 33 sur 63 · QUESTION VI · texte numérisé non relu

QUESTION VI

A conil)ien peut s'élever le revenu de l'État? Quels sont les objets qui le forment? Les dépenses ordinaires le consomment-elles en entier , ou peuton en mettre une partie en réserve? Croit-on que le bey ait un trésor , et un trésor considérable?

SOLUTION VP.

Autant qu'il est possible d'évaluer les fmai.ces d'un Étatdont la plupart des revenus sont annuellement aux enchères , fet dont une grande partie consist.» en vexations, on peut faire monter à vingt-

qoatre millions les revenus du bey de Tunis. Les objets qui les formeul sont les douanes, les permissions de sortie pour les denrées , le bail des différentes sommes d'arpent que donne chaque nouveau gourertieur. et dont la somme est toujours plus considérable par les enchères annuelles; ïe revenu de son domaine, la dîme qu'il prend sur 1rs terres, le produit des prises, la vente des esclaves, etc., etc. 11 s'en faut que les dépenses consomment annuellement le revenu, dont une partie est mise en réserve chaque année.

Il n'y a point de doute que le bey n'ait un trésor considérable , et qu'il augmente sans cesse, la plus sordide avarice étant un de se-; défaut-. La paix de l'Espagne vient d'enfler ce trésor de quelques millions, et Venise ne tardera pas à en faire de même.

Alger et Constantine font parfois de fortes saignées à ce trésor, que 1? gouvernement de Tunis pourrait garantir de leurs atteintes, s'il en employait une partie à IVntretien de ses places, à celui de sa mar ne et de quelques troupes disciplinées.

QUESTION VIP.

V a-t-il beaucoup d'esclaves chrétiens à Tunis? En a-t-il été raclieté dans les dernières années, et à quel prix? De (luelle nation étaient-ils?

Dei'uis l'époque du prince Paterno, le rachat ordinaire a été fixé à trvis cents se luins vénitien*, et six cents piastres les rachats douilles.

SOLUTION VI l^

Le nombre des esclaves chrétiens à Tunis est assez considérable , et s'est beaucoup accru depuis quelques années, en raison de la jeunesse et de l'esprit militaire du bey, qui encourage la course en faisant sortir lui-même beaucoup de corsaires. On ne peut préci5éraent savoir le nombre de ses esclaves, parce qu'on en prend et qu'on en rachète fréquemment: ils sont en général Napolitains, Vénitien.*, Russes et Impériaux. Dans ce moment ci Naples fait racheter les siens le plus qu'elle peut, Gênes parfois, Malte presque jamais; mais la religion fait quelquefois des échanges, dans lesquels Tunis gagne toujours, ne relâchant jamais qu'un Maltais pour deux, trois et quatre musulmans.

Le rachat des esclaves appartenant au bey, qui sont le plus grand nombre , est fixé à deux cent trente sequins vénitiens pour les matelots, et à quatre cent soixante pour les capitaines et les femmes, de quelque âge qu'elles soient ; les particuliers suivent assez ce prix , dont ils se relâchent cependant quelquefois , soit à raison de la vieillesse de Tesclave , soit à cause de son peu de talent. Quel mensonge !

pour ne pas dire plus*. On peut assurer que le sort des esclaves à Tunis est en général fort doux; plusieurs y restent ou y reviennent, après avoir été rachetés ; quelques-uns obtiennent leur liberté à la mort de leur maître on de son vivant.

QUESTION VHP.

Quel est le nombre des troupes qu'entretient le bey , et de quelle nation sont-eiles? Combien lui coûtent-elles? Sont-elles uu peu disciplinées et aguerries? Où sont-elles placées?

Il n'y a aujourd'hui que deux compagnies de Mamelucks , seulement d'environ vingt-cinq chacune.

Nota. A l'expédition de Tripoli, le bey a fait une augmentation considérable dans ies troupes. Il a enrôlé quasi tous les jeunes Krougonlis du royaume, au nombre déplus de douze cenls; ce qui fait qu'aujourd'hui les troupes réglées coûtent au gouvernement environ sept cents mille piastres par an.

SOLUTION VHP.

Le bey entretient environ vingt mille hommes, cinq mille Turcs , Mamelucks ou Krougonlis : ces derniers sont naturels du pays, mais (ils de Turcs ou de Mamelucks, ou de leur race; deux mille Spahis maures, sous le commandement de quatre agas, savoir : l'aga de Turiis, du Kairouan, du Ref et de Bejea; quatre cents Ambas maures, sous le commandement du bachitenba, leur chef; deux mille ou deux mille cinq cents Zouaves maures de tous les pays, sous les ordres de leur hodgia. II existe environ vingt mille hommes enrôlés dans le corps de Zouaves, mais le gouvernement n'en paye que deux mille cinq cents au plus : les autres ne jouissent que de quelques franchises, et servent dans les occasions exlraordinaires.

On/e à douze mille Arabes de la campagne, des races des Berbes, Auledt, Seids , Auledt- Hassan, etc., compris tous collectivement sous le nom de Mazergurs : ceux-ci servent pour accompagner les camps et les troupes réglées, pour veiller sur les mouvements des Arabes tributaires, et particulièrement sur quelques chefs d'Arabes indépendants qui sont campés sur les confins de Tunis et de Constantine.

Les Turcs, Mamelucks et Krougonlis, qui représentent l'ancienne milice, coûtent aujourd'hui au gouvernement sept cent mille piastres de Tunis, et plus, par an.

La plus grande partie des Mamelucks est destinée à la garde du bey, divisée en quatre compagnies, chacune de vingt-cinq Mamelucks. Ceux-ci, outre leur paye, oni tous les six mois vingt piastres de gra-

tification, et quelques petites rétributions en étoffes et en denrées. Ils sont au&si porteurs iks ordres que le gouvernement fait passer aux gouverneurs et clieiks. Lorsque ces ordres ont pour objet des contestations de particuliers, c'est à C€ux-ci à las entretenir pendant leur mission.

Quelques Turcs et Krougoulis sont aussi employés à la garde du bey, et on leur fait à peu près les mêmes avantages qu'aux Mamelucks : le gouvernement ne les emploie que dans les affaires qui ont rapport à la milice. Il en est de même des Ambas maures et des Spaliis.

Près de la moitié des soldats est à Tunis. Elle est destinée h la parnison de la ville et au camp : le reste est réparti sur les frontières,

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