CANNES. — DESCRIPTION
assez escarpée qui se prolonge dans la mer par un promontoire étroit, et que couronnent les tours pittoresques d'un château et d'une église. De la terrasse que dominent ces constructions, on découvre une vue magnifique. A ses pieds on voit la ville descendant par étages et entourant d'un cercle de maisons blanches l'anse du port où se balancent toujours quelques bricks. Au delà, l'Ile boisée de Sainte -Marguerite et le promontoire occidental de Saint-Honorat bornent l'horizon bleu de la Méditerranée; vers l'O., on embrasse d'un coup d'œil le golfe de la Napoule, environné de collines qui se terminent brusquement au cap Roux; sur les coteaux voisins, les villas gothiques, italiennes et mauresques, les allées d'orangers, les hameaux ,épars, les bois d'oliviers, le village du Cannet, blotti dans un vallon, et la route de Grasse développant ses lacets, attirent surtout les regards; dans le lointain se dressent les monts porphyriques de l'Esterel.
Cannes est Tune des villes du littoral méditerranéen les mieux abritées contre les vents froids. Protégée au N. par les fortifica tions des Alpes, défendue à l'O. et au N. 0. par le massif de l'Esterel, elle n'a presque rien à craindre du mistral. La température moyenne de l'année est de 16° 2, c'est-à-dire qu'elle dépasse d'un demi-degré la température de Nice, de Gênes, de Pise, de Florence, de Rome, et se trouve môme légèrement supérieure à celle de Naples. Aussi les hivers sont-ils relativement d'une très-grande douceur dans la ville provençale. D'après M. le docteur Sève (Notice médicale sur le climat de Nice), la moyenne hivernale est de 10° 2, et, pendant le mois le plus froid de l'année, en janvier, le thermomètre oscille entre 8° et 9°. En automne, la moyenne générale est de 13° 9; au printemps, de 17° 9; en été, de 22° 3. Les grandes chaleurs, moins fortes qu'à Paris, ne dépassent guère 32° centigrades. L'écart total entre les moyennes de l'hiver et de Tété est seulement de 12° 1 , tandis qu'il est de 13° 8 à Nice, de 16° 3 à Rome, de 17° 2 à Florence et de 14° 2 à Naples. Le climat de Cannes est donc, non-seulement plus doux, mais aussi plus égal que celui des villes de la péninsule italique.
Il pleut en moyenne pendant 51 jours, et la tranche d'eau qui tombe annuellement ne dépasse pas 65 cent. ; il faut remarquer, en outre, que les pluies sont en général de courte durée. Sur les
DE TOULON A NICE
rivages de la Méditerranée, il est peu d'endroits où le ciel soit aussi pur, aussi éclatant, aussi dégagé de vapeurs qu'il l'est à Cannes.
Grâce à la nature perméable du sol et à l'inclinaison des couches de rochers, aucun miasme provenant d'eaux stagnantes ne charge l'atmosphère que purifie encore le voisinage des forêts. Cannes offre enfin aux baigneurs une plage agréable et des eaux tranquilles, dont la température moyenne est de 6° à 8° plus élevée que celle de l'Atlantique, sur les côtes de France. En été, les médecins ajoutent les bains de sable aux bains de mer dans le traitement de certaines maladies.
D'après M. le docteur Sève, le climat de Cannes, essentiellement tonique, mais non excitant, produit surtout d'excellents effets t dans tous les cas d'anémie, de chlorose , de débilitation générale, de scrofule, de rachitisme et d'engorgements lymphatiques, dans les diverses névroses et névralgies; mais ce sont surtout les affections chroniques de l'appareil respiratoire, l'asthme, la phthisie à tous ses degrés et les diverses affections catarrhales qui se modifient le plus avantageusement sous l'influence de cet air pur, suffisamment sec et chaud, saturé, en outre, d'émanations balsamiques. * Cependant, il faut bien se garder de croire que le climat de Cannes convient à toutes sortes de maladies, c Évidemment, dit M. le docteur Whitley, là où il y a trop d'activité dans l'appareil sanguin ou trop de surexitation dans le système nerveux, cet air tonique, cette grande clarté du jour, ce brillant reflet de la mer, ces tableaux variés, accidentés, sauvages, et offrant peu de repos à l'œil, ne sont pas des conditions favorables. »
'Selon toute probabilité, Cannes est bâtie sur l'emplacement où s'élevait JEgitna, ville principale des Oxybiens, détruite par les Romains 155 ans avant notre ère. Dès le x* s., et peut-être antérieurement, ce bourg était devenu un fief de l'abbaye de Lérins, dont les abbés le firent entourer de murailles crénelées. C'est de Cannes que la grande peste de 1580, apportée par un navire du Levant, se propagea dans tout le reste de la Provence. En 1635, les Espagnols, s'étant emparés des îles de Lérins, attaquèrent en vain la place de Cannes; mais, en 1707 et en 1746, les habitants durent se soumettre aux troupes allemandes.
Un rapport de 1033 nous apprend qu'à cette époque Cannes se composait d'à peu près 500 maisons, peuplées de 2000 personnes environ. Suivant M. de Saussure, qui la visita en 1787, cette ville consistait alors en « deux ou trois rues habitées presque uniquement par des matelots et des pêcheurs. » Pendant toute la première partie de ce siècle, elle ne fut qu'une pauvre bourgade ignorée. En 1837, la construction du môle, en lui donnant un port, accrut en même temps son importance; et, depuis, grâce à la beauté de ses environs, à l'initiative de deux Anglais, lord Brougham et sir Robinson Woolfield, et à l'ouverture du chemin de fer, elle est devenue l'un des rendez-vous favoris des malades ou des oisifs qu'attire chaque année le littoral de la Provence.
L'intérieur de Cannes ne répond malheureusement pas à l'admirable beauté des environs. La ville ne possède pas de monuments. Les rues de la partie haute sont étroites, tortueuses, mal pavées. La ville moderne, qui s'étend parallèlement à la plage, dans la direction de PE., est le seul quartier où puissent résider les étrangers. Depuis quelques années, la municipalité et les particuliers font de louables efforts pour embellir et assainir leur ville, et l'on s'occupe actuellement d'amener à Cannes les eaux de la Siagne et celles du Loup, en quantité suffisante pour suffire à l'irrigation des jardins et à l'arrosage des rues auquel on pourvoit en attendant avec celles de la Fox.
Le château du Mont-Chevalier, bâti sur l'emplacement d'un castrum romain, a longtemps appartenu à l'abbaye de Lérins. Il n'offre aujourd'hui qu'un amas de ruines. La tour principale, commencée en 1070, ne fut achevée qu'en 1395. Ces ruines servent de point de repère aux marins et n'ont dû leur conservation qu'à cette utilité.
L'église Notre-Dame d'Espérance, bâtie ou du moins réparée de 1617 à 1629, dans le style roman, s'élève à côté du château. Elle est entourée d'une enceinte fortifiée et n'offre, au point de vue de l'art, rien de remarquable. A l'intérieur, nous signalerons seulement un assez beau tableau représentant saint Pierre repentant (à dr. du chœur) et le reliquaire de saint Honorât, datant de 1491. — Près de l'église s'élève la chapelle de Sainte-Anne, qui remonte au xine s.
Dans la forêt de la Croisette se trouve la charmante église moderne de Notre-Dame des Pins.