‹ Itinéraire de Paris à la méditerranéeChapitre 43 sur 360 · STATION. - NUITS-SOUS-RAVIÈRES OU SUR ARMANÇON · texte numérisé non relu

STATION. - NUITS-SOUS-RAVIÈRES OU SUR ARMANÇON

6 kil. d'Ancy-le-Franc. — 225 kil. de Paris. — 287 kil. de Lyon.

Voitures de correspondance pour Avallon (l> fr. par le courrier).

Nuits-sous-Ravières est un village de ^57 hab., que l'Armançon et le canal séparent de Ravières, dont la population se monte a 1283 hab. Nuits s'entoura en 1544 d'une muraille, qui ne l'empêcha pas d'être pris, pillé et incendié peu de temps après, et dont il ne reste plus qu'une porte fortifiée, défendue par un pont-levis et par une barbacane. En avant de cette porte, au bord de PArmançon, s'élèvent deux colonnes monumentales construites au xvni8 s. Un peu plus loin, de beaux massifs d'arbres cachent en partie un château bâti vers la fin du xvie s. L'église (portail de la fin du xne s., chœur du milieu du xvr s.), affreusement badigeonnée à l'intérieur , n'offre aucun intérêt.

Ravières a été aussi entouré d'un mur d'enceinte, aujourd'hui presque entièrement détruit. On y remarque quelques vieilles maisons, et l'ancien château bâti au xvi* s. Son église paroissiale a un beau portail sculpté du milieu du xv s. Parmi les statues qui la décorent, M. Victor Petit signale celle de saint Jean-Baptiste, chef-d'œuvre dans le style du xv0 s.

C'est de Nuits-sous-Ravières que part sur la g. l'embranchement de Châtillon (K. Y Itinéraire général de la France, Bourgogne, Franche-Comté, Savoie, par Ad. Joanne).

On sort de la station de Nuits, comme on y arrive, par une

tranchée. Quand les talus s'abaissent, on aperçoit à g. l'Armançon, serpentant dans des prairies ombragées de peupliers. Les hautes collines qui s'élèvent au delà du canal appartiennent au départ, de la Côte-d'Or, mais on est encore dans le départ, de l'Yonne. Près de Perrigny (499 hab.), des forges attirent les regards sur le bord de l'Armançon, un peu en deçà d'Aisy.

Entre les stations de Nuits et d'Aisy, les touristes archéologues pourront aller visiter les belles ruines du château de Rochefort, t Pun des plus curieux châteaux qui soient restés, dit M. Victor Petit, dans toute la province de Bourgogne, un des plus beaux types des constructions de la fin du xv« s. ou du commencement du xvie s. » Ce château, plusieurs fois détruit et rebâti du xi« au xv« s., démantelé en 1411 par Jean sans Peur, reconstruit alors tel qu'on le voit encore aujourd'hui, couronnait le sommet d'un rocher escarpé, près du village à'Asnières-en-Montagnet département de la Côte-d'Or. De Ravières à Rochefort par la montagne, il n'y a que 4 kil.; en passant par Asnières, on ferait 2 kil. de plus, mais le chemin est meilleur pour les voitures.

32e STATION. — AISY.

8 kil. de Nuits. — 233 kil. de Paris. — 279 kil. de Lyon.

Voitures de correspondance conduisant à : — Avallon (36 kil. , pour 3fr.).

Aisy-sous-Rougemont ou sur-Armançon (461 hab.) est la dernière station du départ, de l'Yonne. Le chemin de fer l'a coupé en deux parties. L'église, du style gothique (grande fenêtre de l'abside du xme s.), est à g. de la station, le village à dr. A peu de distance d'Aisy, on entre dans le départ, de la Côte-d'Or auquel appartient le village de Rougemont (335 hab.7 belle église gothique (xin8 s.) surmontée d'une haute tour). Près de ce village, situé sur une éminence de laquelle on découvre les vallées de l'Armançon et de la Brenne, on remarque les ruines d'une vieille tour qui passe pour être de construction romaine. On traverse le ruisseau le Bornant, qui descend d'un vallon boisé. Le paysage change tout à coup de caractère; la vallée se rétrécit; les collines s'élèvent. Entre deux tranchées creusées dans du sable rouge ou dans des rochers, on laisse à g. Buffon (344 hab.)

AISY. — MONTBARD. 129

dont la terre fut érigée en comté, en 1774, pour Georges-Louis Le Clerc, qui en a immortalisé le nom (Bifons ou bis fon$> double fontaine). Deux de ses belles forges datent de 1769. Le chemin de fer, traversant, sur un pont de k arches, l'Armançon , qui descend de Semur, entre dans la vallée de la Brenne, encore plus étroite et plus accidentée que celle de l'Armançon. Bientôt on remarque à dr., en face de Blaisy, sur le coteau et dans la vallée, Saint-Remy (636 hab.), village qui possède de beaux moulins à farine; et, après avoir longé à gauche la Brenne et le canal, on ne tarde pas à découvrir la ville de Montbard.

33e STATION. - MONTBARD.

10 kil. d'Àisy. — 243 kil. de Paris. — 269 kil. de Lyon.

Voitures de correspondance pour: — Rouvratj (32 kil., 3 fr. 25 c, 2 fr. 75 c; par Époisses (20 kil., 2 fr. et 1 fr. 50 c); — et Saulieu (d6 kil., 5 fr.) par Semur (18 kil., 2 fr. 50 c. et 2 fr. 10 c.)

Montbard ( hôtel de VÉcu ) , ch.-l. de cant.. de l'arrond. de Semur (Côte -d'Or), V. de 27^2 hab., est pittoresquement située dans la vallée de la Brenne , près du canal de Bourgogne, au pied et sur les pentes d'une colline boisée que couronne une vieille tour. Toutefois, bien qu'elle possède une église du xve s. classée parmi les monuments historiques, et les débris de l'ancien château des ducs de Bourgogne, elle ne mériterait pas une visite, si Buffon, qui y est né le 7 septembre 1707, et qui y a passé la plus grande partie de sa vie, n'y avait laissé des souvenirs impérissables. Depuis le commencement de ce siècle, elle a été le but de nombreux pèlerinages littéraires. Les pages suivantes sont extraites du Voyage dans les départements du Midi de la France, publié par Millin qui, en 1804, vit encore à Montbard plusieurs personnes ayant servi ou connu Buffon.

« La maison de Buffon ressemble plutôt à une grande habitation bourgeoise qu'à un château; elle est placée sur la Grande-Rue, et la cour est derrière. Il faut monter un escalier pour entrer dans le jardin ; ce jardin est établi sur les ruines de l'ancien château, dont les murs forment les terrasses. Au sommet, il existe encore une tour octogone, c'est celle dans laquelle Buffon a fait ses observations sur le vent réfléchi ; son

élévation est de 140 pieds au-dessus de la petite rivière de Brenne, qui traverse la ville. Ce jardin pittoresque et singulier n'est plus aussi bien entretenu que du temps de son illustre propriétaire, mais les arbres étrangers, qu'il y avait rassemblés en très-grand nombre, y forment des bosquets agréables; cependant on n'y voit plus les fleurs que Buffon aimait à mêler aux arbres avec profusion. Les potagers sont au sudouest, sur sept terrasses; les jardins sont au nombre de treize. Il eût été impossible de tirer un parti plus avantageux d'une position si sauvage et si agreste.

« Le bon Lapierre nous montra tous les lieux dans lesquels son maître se plaisait le plus; il nous fit voir surtout le cabinet dans lequel Buffon allait travailler dans les grandes chaleurs de l'été; il est placé dans un pavillon qu'on appelle la Tour de Saint-Louis '. Hérault de Séchelles a décrit ce modeste et simple laboratoire. On y entre par une porte verte à deux battants; l'intérieur ressemble à une chapelle à cause de l'élévation de la voûte, et les murs sont peints en vert. Lapierre nous fit surtout remarquer un autre cabinet : c'est un petit bâtiment carré placé sur le bord d'une terrasse. Buffon s'y tenait pendant une grande partie de l'année, parce que l'autre endroit est trop froid. De ce pavillon, la vue s'étend sur une plaine coupée par la rivière de Brenne et bordée par des coteaux qui présentent de très-beaux sites. C'est là que Buffon a composé presque tous ses ouvrages : il s'y rendait au lever du soleil, faisait fermer exactement les volets et les portes, et travaillait jusqu'à deux heures à la clarté de quelques bougies 2. Le prince Henri, qui voulut visiter ce modeste cabinet, l'appelait le berceau de l'histoire naturelle. J. J. Rousseau, avant d'y entrer se mit à genoux et baisa le seuil de la porte. Du temps de Buffon, ce cabinet était orné de quelques dessins d'oiseaux et de quadrupèdes. Quel plaisir nous aurions eu à contempler encore ces images, à voir ces vieilles chaises de cuir, la table de bois noirci, le grossier secrétaire de noyer qui garnissaient ce cabinet; le vieux fauteuil dans lequel Buffon était assis, ayant devant lui la gravure de Newton.... Nous croyions y voir encore Buffon, coiffé de son bonnet de soie gris et vêtu de sa robe de chambre rouge à raies blanches. Nous croyions l'entendre, à travers ces expressions familières : Cest ça, tout ça, par Dieu, dire ces mots frappants qui tout à coup manifestaient son génie.

1. « Buffon n'a jamais travaillé dans la tour Saint-Louis, comme l'ont à tort avancé tous les auteurs de Voyiges à Montbard, et il suffit de jeter un coup d 'œil sur les meubles qui s'y trouvaient pour se convaincre que jamais elle ne servit de cabinet d'études. » Bévue archéologique, 12* année, 1855, article signé : Nadault de Bufîon.

2. « 11 n'est point vrai de dire non plus que chaque matin, aprèi s'être renfermé dans sa retraite isolée, il fit hermétiquement fermer les fenêtres pour travailler à la clarté de quelques bougies. » hl. ibid.

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