SAINT-POINT
fend le ciel à un angle occidental du vieux château, rien n'y rappelle à l'œil une construction de luxe : c'est l'aspect d'une large ferme , creusée pour des usages rustiques , dans le bloc épais d'un manoir abandonné....
c Le seul charme de ce séjour, c'est son site : de quelque côté qu'on porte ses regards, aux quatre horizons de ce monticule, on s'égare, depuis le fond de la vallée jusqu'au ciel, sur des flancs de montagnes à pentes ardues, entrecoupées de forêts, de clairiè-
Saint-Point , château de M. de Lamartine.
res , de genêts dorés, de ravines creuses, de hameaux suspendus aux pentes, de châtaigniers, d'eaux écumantes, d'écluses, de moulins, de vignes jaunes, de prés verts, de maïs cuivrés, de blé noir, d'épis ondoyants, de huttes basses de bûcherons et de chevriers, à peine discernables du rocher au dernier sommet des montagnes, habitations qui ne se révèlent que par leur fumée.... *
A un millier de pas du château, on voyait autrefois un grand bois, comptant trois cents pieds de chênes de cent ou deux cents
ans. a J'espérais les respecter toujours et les réserver à d'autres générations, pour la'grâce du paysage : hélas î la nécessité cruelle en a abattu sous la cognée le plus grand nombre.... En 1848, j'en avais conservé soixante des plus beaux, comme une réserve de paix et d'obscurité pour les jours d'été ; cette année j'ai été contraint de sacrifier le reste à la nécessité, plus exigeante encore. Je n'en ai conservé que treize, en mémoire des treize poiriers de Laôrte, dans Homère. Parmi ces treize chênes se trouve celui qu'on appelle dans le pays l'arbre de Jocelyn, parce que c'est sous ces feuilles et assis sur ses racines, que j'ai écrit ce poëme, au murmure du vent d'automne dans ses rameaux. »
Véglise de Saint-Point, l'ancienne chapelle du château, possède deux statues, sainte Geneviève et sainte Élisabeth, dues au ciseau de Mme de Lamartine. — En face de l'église, dans une partie du parc, qui touche au cimetière du village, M. A. de Lamartine a fait élever une chapelle, avec cette inscription : « Speravit anima mea » qu'il a léguée à la commune et dont le caveau funéraire contient déjà : Mme de Lamartine (mère du poète) Mme Birch (mère de Mme A. de Lamartine), Julia (fille de M. de Lamartine) et Mme A. de Lamartine, qui y a été inhumée le 23 mai 1863. On remarque dans cette chapelle une magnifique statue d'Adam Salomon, représentant Mme A. de Lamartine étendue, dormant du sommeil de la mort et pressant sur sa poitrine V Imitation de Jésus-Christ.