APPARTEMENT BORGIA
Cette partie du palais tire son nom du pape Alexandre VI de la maison Borgia qui F a construite : c’ est de son tems qu’on commença a la décorer de peintures , qui furent achevées sous Léon X. Dernièrement on a rassemblé dans plusieurs de ces chambres quantité de morceaux antiques , de manière qu’on pourrait les regarder comme autant d’antichambres du musée. Dans la première chambre qui a 56 pieds de long et 36 de large , la voûte a été ornée de fort jolis stucs et de peintures par Jeand’üdine et Perin del Vaga: parmi desornemens de tout genre on y voit les sept planètes , savoir Jupiter sur un char traîné par des aigles, Vénus par des colombes, la Lune par des femmes , Mars par des loups. Mercure par des coqs , le Soleil par des chevaux , et Saturne par des dragons. On y voit aussi représentée la grande Ourse , la Canicule, et d’ autres astres. Au milieu de cette chambre est une belle tasse de mar-
Appartement Borgia.
bre phrygien qu’on appelle de nos jours marbre violet. Tout autour on voit disposés des morceaux d’architecture, et des fragmens de sculpture : on y remarque principalement une cheminée fort belle du XVI siècle. Dans les murs sont enchâssés plusieurs bas-réliefs d’un travail excellent : le premier représente Trajan entouré de licteurs et d’autres personnages: il a été trouvé au Forum de Trajan : le second représente deux pugillateurs : vis-a-vis de ceux-ci on admire deux morceaux de la frise de la basilique Ulpienne , où ils ont été trouvés , représentant des arabesques , des enfans , des chimères , et un vase le tout d’ un travail exquis et d’une composition magnifique.
La voûte de la seconde chambre, au milieu de laquelle sont les armes des Borgia , a été peinte par Pinturicchio : il y a représenté des prophètes: dans les grandes lunettes il y a peint l’ascension de Jésus Uhrist : la résurrection , où il a introduit Alexandre VI qui assiste au miracle : l’adoration des rois: l’annonciation de la Vierge: l’ assomption , et la descente du saint Esprit. Celle-ci comme l’ autre contient des fragmens antiques parmi lesquels il y en a de fort-beaux et de fort-intéressans. La tasse en porphyre jadis existant au Quirinal et ensuite transportée au milieu de celte chambre, vient d’ être placée dans la basilique de Ste. Marie Majeure pour y servir
Appariement Borgia.
de fonts baptismaux. Au lieu de celle-ci on admire au milieu le grand autel rond qu’on appelle le puits de Giustiniani , où V on voit représente des Bacchanales. Tout autour on voit enchâsses dans les murs plusieurs bas-reliefs : le premier a gauche représente Tel'ephe et Auge : suit la rencontre de Mars avec Rbee S}dvia et celle de Diane avec Endymioii : vis-'a-vis est une autre frise tiree du Forum de Trajan , représentant des arabesques d’un travail admirable ; et près de la porte de la troisième chambre est le beau bas-relief jadis appartenant a la maison Giustiniani, et représentant l’e'du- Cation de Bacchus par la nymphe Leucothe'e.
Les peintures de la voûte de la troisième chambre sont aussi de BinLuricchio , qui y a représente le martyre de St. Sc'bastien : la visitation de S te. Elisabeth : St. Antoine l’abbé qui rend visite a St. Paul l’hermite ; Stc. Cathérine devant l’empereur Blaximien : Ste. Barbe qui s’échappe des embûches de son père : St. Julien de Nicomédie : et en bas l’image de la Vierge avec l’enfant Jésus . Parmi d’autres objets et fragmens anciens on doit remarquer le beau trépied en marbre qui est au milieu de la salle, ùlais ce qui forme l’ornement principal de cette salle est la fameuse peinture ancienne qu’on appelle les noces Aldobrandini , pareeque le sujet en est un mariage , et la maison Aldobrandini en a été originairement propriétaire . Elle fut découverte dans les rui-
Appartement Borgia.
nés d’une maison ancienne sur T Esqniliu près de l’arc de Gallien en iGoG : et jusqu’à la decouverte des peintures d’iîerculanum elle a passe' pour la plus belle peinture ancienne . Depuis sa decouverte on l’avait mal restaure'e , mais heureusement elle vient d’ être de’barassêe de tout ce que les modernes y avaient change , et on peut être sûr de la voir comme les anciens la voyaient, a l’exception de ce que le tems, r humidité , et les sels de la terre peuvent y avoir affaibli . Voilà le motif par lequel on trouve que l’original n’est pas d’accord avec les gravures qui en avaient été faites jusqu’ici , et avec la copie même qu’en lit Nicolas Poussin , qui , comme nous avons remarqué, se conserve chez les Doria dans leur galerie. Le sujet est plus prol)ablement relatif aux noces de Pelée et Thétis : il y a des personnes qui y qnt cru tracées les noces de Steile et Yiolantilla dont parle Stace , ou celles de IManlius et Julie chantées par Catulle ; mais le costume étant grec et le sujet étant héroïque , ces explications paraissent moins fondées que l’antre . Outre cette peinture ancienne on en voit plusieurs autres , mais fort-inférieures : c’ est-à-dire une Nymphe trouvée en i8io près de la voie Nomentana dans la ferme de St. Basile : et cinq des plus célèbres femmes des tems héroïques avec leur nom , savoir Pasiphaë , Scylla , Phèdre , Myrrha et Canace qui étaient peintes sur
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les murs d’une petite cli ambre , qui a etc' trouvée en i8i8 hors de la porte St. Sébastien a deux milles de la ville dans la ferme de Tor Marancio. Au dessus et tout autour sont des mosaïques anciennes .
La quatrième et dernière chambre est orne'e aussi de fresques du Pinturiccbio qui sont relatives aux vertus , aux sciences et aux arts. On y voit rassemblée quantité de fragmens et autres objets en terre cuite , dont la plus grande partie a été recueillie par le célèbre cbev. d’ Agincourt , qui a sa mort les légua au musée ; et une bigue en bronze formée avec d’anciens morceaux .
En sortant de ces cbambres par la même porte par laquelle on y est entré, on trouve tout de suite a gauche la grille qui introduit au grand corridor de Bramante , dont la première partie aujourd’hui s’appelle le
corridor des inscriptions.
La réunion et l’arrangement de cette collection d’inscriptions anciennes est due au pontife Pie VU , qui pour leur classification employa un des plus illustres épigraphistes des tems modernes Mr. Cajetan I\larini . Le côte droit en entrant contient seulement des inscriptions payennes : le côté gauche a l’exception des premiers carreaux qui contiennent aussi des inscriptions payennes, est consacré aux inscriptions chrétiennes tirées pour la plupart des anciens
CorridoP des Inscriptions, Sa 5
cimetières chrétiens , connus sous le nom de catacombes : ces dernières sont fort intéressantes pour les symboles chrétiens qu’on y voit souvent marqués , tels que le monogramme , la vigne , le poisson , l’arche de Noë , la colombe , 1’ ancre , la paix , le bon pasteur etc. : elles sont aussi intéressantes pour la connaissance des rites et des formules sépulchiales chrétiennes , pour la clironologie des Consuls du quatrième et cinquième siècles de l’ère vulgaire , à cause des dates , et pour les fautes d’ orthographe qui servent à indiquer la prononciation équivoque de plusieurs lettres , et la corruption de la langue latine . Les premiers carreaux des inscriptions payenncs , en entrant , ayant été les derniers a être arrangés , n’étant pas en très-grand nombre , peuvent être considérés comme des mélanges , quoiqu’on ait suivi autant qu’on a pu la méthode de la grande collection originaire, qui est partagée en inscriptions relatives aux dieux et aux ministres sacrés , aux empereurs et aux magistrats , aux militaires , aux emplois, arts et métiers , aux funérailles et a des personnes les moins connues . Cette collection d’ inscriptions profanes doit être considérée comme la plus riche qui existe et comme un trésor pour r érudition sous tous les rapports : a chaque pas le voyageur instruit trouve des objets pour s’arrêter : quelque fois par la forme des lettres , quelque fois par l’or-
ôaG Corridor des Inscriptions.
thograplie , par les noms , les formules , les epigrammes , les usages , le genre des emplois et des magistrats , de manière qu’il serait trop long et trop loin du but de cet ouvrage de nous arrêter a citer toutes celles qui nous semblent me'riter l’attention de ceux qui sont instruits . Outre ce grand nombre d’inscriptions qui sont insérées dans les murs , ce corridor contient une grande quantité d’ autres objets anciens , mais presque tous relatifs aux tombeaux, tels que des sarcophages, des autels funéraires, des cippes , et des vases cinéraires : il y a aussi plusieurs morceaux d’ architecture fort curieux et quelques uns très-bien travaillés qui peuvent fournir beaucoup de lumières aux architectes , et dont plusieurs viennent d’Ostie . Parmi ces raonumens on doit remarquer une niche en marbre , avec des emblèmes relatifs a Neptune trouvée a Todi : sur cette niclie on a placé un petit fronton appartenant a quelqu’autre monument du même genre trouvé aRome dans le champ des prétoriens , avec une inscription qui en détermine la dédicace au Génie de la Centurie qui la dédiait , étant consuls Commode pour la troisième fois , et Burrus en i8i de Père vulgaire . C’est aussi remarquable le grand cippe portant l’inscription de Lucius Atimetiis puisque aux deux côtés on y voit représentée en bas-rélief une sorte de boutique de coutelier , et sa forge î 011 dit que ce monument a été trouvé près
Bibliothècjae du Vatican. 52j
de Ste. Agnes . Un des carreaux du côtd droit contient tous les monumens epigrapliiques ti’ouves a Ostie au commencement de ce siècle , parmi lesquels plusieurs appartiennent au culte mitliriaque dont on voit plusieurs représentations : parmi ces monumens il faut remarquer le puits consacré a Gérés et aux nymphes par Cerellius.
Avant d’ entrer au musée Chiaramonti on trouve a gauche une porte plaquée de fer qui introduit a la
S/BLTOTIIÈQUE bu VATICAN.
Cette bibliothèque surpasse toutes les autres bibliothèques de l’ Italie par le nombre des manuscrits grecs , latins , italiens , et orientaux et par le recueil des éditions du XV siècle .
On prétend que l’origine de cette bibliothèque dérive de celle que le pontife Hilaire rassembla dans le palais du Latran . Nicolas V forma dans le palais du Vatican une grande bibliothèque qui s’étant augmentée et par conséquent 1’ endroit qui la renfermait étant devenu trop petit, Sixte V éleva l’édifice dont nous parlons , sur les dessins de Dominique Fontana en coupant la grande cour du Bramante •
La chambre où l’on entre d’ abord par la grande porte est occupée par dilïérens interprètes que le Gouvernement entretient pour le service de la bibliotlièque . Ils sont
528 Bibliothèque du P^aJican,
au nombre de six ; deux pour la langue latine , deux pour la langue grecque , un pour la langue hébraïque , et un pour les langues arabe et syriaque. Tout autour de cette salle on voit les portraits des cardinaux bibliothécaires . Cette bibliothèque est ouverte tous les jours depuis le mois de novembre jusqu’au mois de juin; excepté les jeudis , les fêtes , et quelques autres jours qui sont marqués dans une affiche qu’ on voit dans la salle des écrivains «
De cette chambre, on passe dans la grande salle qui est le corps principal de labi- Idiothèque . Elle a 216 pieds de long sur 48 de large et 28 de haut , et elle est divisée en deux nefs , par sept pilastres. Tout autour des pilastres et des murs sont disposés des armoires qui renferment les manuscrits . Sur ces armoires , de même que sur celles des autres galeries et des autres chambres , on a placé la grande collection des vases italo-grecs du A^atican .
A’ droite de la porte d’entrée est un fort beau tableau de Scipion Gaetano, peint a r huile , où l’on voit Dominique Fontana qui présente le plan de la bibliothèque au pape Sixte V . Les murs de cette salle ont été peints par Antoine ATviani , Paul Baglioni , Aventure Salimbeni ,Paul Guidotti , Paris Nogari , César Nebbia , Jérôme jVanni et autres peintres, qui étaient les meilleurs de cette époque . Ces peintures rejirésentent l’érection des principales biblio-
Bihliüihècjue du Vatican. 5ag
thèques anciennes , les conciles gcne'raux , les premiers inventeurs des alphabets ; et dans le haut , les traits principaux de la vie du pontife Sixte V.
De cette salle immense on monte dans une autre , qui est comme une continuation de la première. On y voit un calendrier russe , peint sur bois ; un sarcophage ancien , où l’on a trouve' un drap d’ amianthe qu’on voit encore , découvert hors de la porte Majeure a 2 milles de Rome , et une colonne avec des cannelures spirales d’ albâtre oriental , trouvée près de St.Eusèbe .
Suivent deux galeries , l’une vis-a-vis de l’autre , qui forment ensemble une longueur de 4oo pas. Elles renferment aussi des armoires , avec les manuscrits et les livres jadis appartenant â la bibliothèque de 1’ électeur Palatin, a celles des ducs d’Urbin , de la reine Christine , de la maison Capponi , et de la maison Ottoboni , et qui successivement ont été réunies à la bibliothèque du Vatican .
La galerie a gauche est formée par six salles : au fond de la troisième , on voit deux statues assises en marbre , 1’ une représente St. Hippolyte évêque de Porto ; sur son siège on remarque le célèbre calendrier pascal : elle fut trouvée dans les catacombes de St. Laurent . L’autre représente Aristide de Srayrne , célèbre sophiste
53o B ihliotlieque du V^atican»
La salle suivante renferme un muse'e sacre'; c’est-à-dire un recueil d’utensiles , peintures , et autres objets des anciens chrétiens , trouvés dans les catacombes , et qui en grande partie formaient 1’ ancien musée Vettori . L’Eglise et la Réligion peintes sur la voûte, sont d’Etienne Pozzi; dans les murs on a enchâssé des bas-réliefs , qui ornaient les sarcophages des anciens chrétiens .
Suit une superbe chambre appellée des papyrus , parcequ’on y conserve plusieurs monumens anciens écrits sur des écorces de papyrus . Cette chambre est incrustée de f>caux marbres et ornée de fresques du chevalier Mengs qui a représenté sur la voûte i’Iiistoire écrivant sur le dos du Tems, entre un Génie d’un côté , et Janus et la Renommée de l’autre . Au dessus de la porte d’entrée , et vis-à-vis de celle-ci , le même peintre a représenté St. Pierre et Moyse assis . Au milieu de cette chambre sont deux superbes candélabres en terre de Sevres , que le pape Pie Vil donna à la bibliothèque .
De cette chambre on entre dans une salle très-vaste , où l’on a réunis des livres imprimés de la bibliothèque dans des armoires très-élégantes. De celle-ci on passe dans le cabinet des médailles et dans jdusieurs autres chambres qui aboutissent à l’appartement Borgia déjà descrit , et qui renferment des livres imprimés .
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jEn revenant vers la chambre des papyrus , on entre a gauche dans un joli cabinet dont la voûte a ete peinte par Guide ; c’est dans ce cabinet que le pape Pie Vil a fait transporter la célèbre collection d’estampes antiques et modernes qui avait ete' formée par Pie VI.
De ce cabinet on entre datis un autre , où le meme pontife a fait placer une riche collection de terres cuites avec des marques, trouvées dans les ruines anciennes, et pour la plus grande partie rassemblées et données par le célèbre monseigneur Cajetan Marini .
L’autre galerie, a droite de la grande salle de la bibliothèque , est aussi composée de plusieurs salles remplies d’ armoires avec des peintures relatives aux règnes de Pie VI et de Pie VU . Avant d’entrer dans la dernière chambre on remarque deux colonnes en porphyre , sur lesquelles sont deux grossières figures d’empereurs en basrélief .
On entre ensuite dans la dernière chaml)re de la bibliothèque , incrustée de beaux marbres , où l’on conserve un musée d’antiquités profanes , presque toutes en bronze , et fort curieuses pour les usages des anciens . La porte qui est au fond de ce Cabinet correspond aubasde l’escalier princijjal du Musée Pic-Clémentiu .
£n sortant de cette bibliothèque par la porte où nous sommes entrés , ou trouve a
Musée Chiaramonti.
gauche une grille de fer , par où T on entre dans le