CHAMBRES DE RAPHAËL
Ces chambres, où tous les amateurs des beauxarts accourent en foule, ont été peintes par T immortel Raphaël d'Urbin et par ses meilleurs ëfêves. Ces peintures seraient les plus belles fresques lie Tunivers, si le peu de soin qu'on a eu d'elles dans les temps passés, Thumidité du lieu et quelques aceidens, ne les eussent endommagées. Elles «ont ternies, le coloris en est presque perdu, et par conséquent l'effet et le goât le sont aussi; c'est pourquoi on est ordinairement surpris qu'au premier coupd'œil, elles ne répondent pas à l'idée qu'on s'en était formée ; cependant après le premier moment ,
Juand on a fait abstraction de ces accidens qui les èparent, on les voit ayec admiration.
La plus grande partie de ces chambres avait été peinte sous Jules II, par Pierre du Rourg, Rramante de Melin, Luc Signorelli et Pierre Pérugin. Ces maîtres peignaient encore, quand ce même pape, à la sollicitation de Rramante Lazzari d'Urbin, fit ve* nir de Florence le grand Raphaël, pour peindre. avcc les autres une face, où il lui ordonna de représenter la dispute sur le st. Sacrement. Lorsque cet ouvrage fut achevé, le pape en fut si surpris et si satisfait, qu'il fit suspendre tous les travaux des autres peintres; il ordonna même qu'on effaçât tout ce qui avait été fait jusqu'alors, et il voulut que cet incomparable maître peignit toutes les chambres. Cependant Raphaël, par respect pour son maître, Pierre Pérugin, ne voulut pas permettre qu'on détruisit une voûte qu'il avait peinte, et qui «liste encore dans ces chambres^ comme nous le verrons par la suite.
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Ces chambres sont aa nombre de qaatre; la première qui se présente après les salles des tableaai^ est la
CHAMBRE DE t*INGEIfDIS DU BOURG.
Le meilleur tableau de cette chambre est V incendie du Bourg st. Esprit, arrivé Tan 847 du tem|>s de st Léon IV. Dans cette merveilleuse peinture il semble que le grand Raphaël ait été inspiré par la description poétique que Virgile fait de Tincendie de Troie, en y peignant, entre plusieurs épisodes, un groupe de figures qu'on pourrait bien prendre pour Énée qui porte Ânchise sur ses épaules, suivi de Creuse, sa femme. Ce superbe groupe a été peiot par Jules Romain, tout le reste est de Raphaël.
Dans le tableau qui est sur la fenêtre, on a re^ présenté la justification de saint Lécm 111 devant Charlemagne, les cardinaux et les ardievèques, et son serment contre les calomnies qu'on lui imputait.
Le troisième tableau représente la victoire que st. Léon IV remporta sur les Sarrasins, à Ostie.
Enfin, sur le mur vis-a-vis, on voit le couronnement de Charlemagne fait par Léon III, dans la basilique de st. Pierre.
Les peintures de la voûte de cette chambre sont de Pierre Pérugin, que Raphaël,comme on a déjà dit, par respect pour son maître, ne voulut pas qu'on effaçât comme celles des autres peintres. Le soubassement de cette chambre est peint en clair-obseur par Polydore de Caravage.
De celte chambre on passe dans la
CHAMBRE DE l'ÉCOLE d'aTHÈNES.
L'école d'Athènes ou celle des anciens philoso^ phes est assurément un des chefs-d'œuvre de Tim* mortel Raphaël. Le lieu de la scène est un beau portique , décoré d'une architecture magnifique»
Chambres de Raphaël. 617
En haut et aa milieu des qaatre grandes marches, sont placés Platon et Arisfote, qu'on reconnaît facilement à leur maintien grave et majestueux. Du côté droit, parmi d'autres 6gures, on Toit Socrate qui raisonne avec Alcibiade: Diogène est étendu au milieu de la seconde marche, avec un livre à la main et son écuelle prés de lui : au bas , du côté droit, est Pythagore assis , écrivant sur un livre ; parmi ses disciples qui l'entourent, il y en a un qui tient une tablette où sont gravées les consonnances harmoniques.
L'excellent peintre a donné à quelques sages les traits des plus grands hommes qui florissaient de son temps. Sous la 6gure d'Archimède, qui, incliné sur une ablette, y trace avec le compas une figure hexagone, est représenté Bramante Lazzari, célèbre architecte , parent de Raphaël. La figure du jeune homme qui tient la main sur sa poitrine représente François Marie de la Rovère, duc dlJr* bin et neveu de Jules IL Celui qui a un genou à terre et qui parait observer avec attention cette figure , est Frédéric II , duc de Mantoue. Les deux figures à gauche de Zoroastre, qui tient un globe sur sa main , sont les effigies de Pierre Pérugin et de Baphaël son élève: il est coiffé d'un bonnet noir, et la douceur est peinte sur sa figure. Ce superbe tableau renferme cinquante-deux figures qui nous donnent une vraie école de peinture.
Le tableau qui est vis-à-vis de l'école d'Athènes, représente la dispute sur le st. Sacrement: c'est la
Eremière fresque que Baphaël fit dans ces chamres , et un des plus beaux tableaux de ce gran4 maître par sa belle composition, l'exactitude du dessin et le coloris. Au milieu du tableau on observe un autel sur lequel est un soleil avec le st. Sa« crementDans les airs on voit la très-sainte Trinité, la Vierge et st. Jean-Baptiste. Sur les côtés de l'au-
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tel sont les quatre docteurs de Téglise latine, arec d* autres saints pères, c^t plusieurs saints de F ancien et du nouveau Testament, disputant sur ce profond mystère.
Le troisième tableau, à droite sur la fenêtre, est aussi de Baphaël, qui y a représenté le mont Par^ nasse, où Ion voit, en plusieurs groupes, les neuf Muses , et au milieu Apollon jouant du violon. Il j a aussi, épars sur le mont et au bas, plusieurs poètes, tant anciens que modernes: on y remarque Homère, Horace, Virgile, Ovide, Ennius, Properce y I>ante, Boccace, Sannazar et Sapho.
Le Quatrième tableau, placé sur la fenêtre , est aussi ae Raphaël: il représente la Jurisprudence , assistée par les trois Vertus compagilbs de la Jostice, savoir: la Prudence, la Tempérance et la Force. Aux côtés de la même fenêtre soot deux traits d'bistoire: celui à droite représente l'empereur Jostinien donnant le Digeste à Trébonien; T autre est Gcégoire IX remettant les décrétâtes à un avocat coocistorial.
La voûte de cette chambre a été aussi peinte par Baphaël: elle est divisée en neuf tableaux, entourés par un ornement en clair-obscur, sur un fond d'or. Dans le tableau du milieu sont plusieurs petits anges qui soutiennent les armes de l'Église; les quatre ronds, qui correspondent aux quatre grands tableaux qui sont au dessous, re[Mrésentmit la Phi> tosophie, la Justice, la Théologie, et la Poésie; les quatre tableaux oblongs représentent la Fortune, le jugement de Salomon, Adam et Eve tentée par le serpent , et Marsyas écorché par Apollon. Les peintures en clair-obscur du soubassement de celte chambre sont de Polydore de Garavage. De cette salle on passe dans la
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CHAMBRE d'hÉLIODORE.
Dans le premier tableau de celte chambre , od voit représenté Héliodore, préfet de Seleucus Philopator, roi de Syrie, qui, 176 ans avant l'ère cbrétienne, fut envoyé par ce prince pour piller le tem^ pie de Jérusalem. Pendant qu^il se préparait à commettre ce sacrilège. Dieu, à la prière du grand-prètre Onias , envoya contre lui un chevalier et deux anges armés de fouets, qui le terrassèrent, et le chassèrent du temple. Par un anachronisme assez fréquent des peintres de cette époque , Raphaël y a placé le pontife Jules II. Le dessin de ce tableau est de Raphaël, qui peignit le premier groupe; l'autre, où sont plusieurs femmes, est une peinture de Pierre de Crémone, élève du Corrège; tout le reste est de Jules Romain.
Dans Tautre tableau vis-à-vis, est représenté le pape st. Léon I, allant au devant d'Attila, roi des Huns, qui venait saccager Rome, et qui, frappé de terreur, en voyant dans les airs les apôtres st. Pierre et st. Paul armés de glaives, se hâte de fuir.
Le troisième tableau de cette chambre repré^ sente le miracle arrivé à Boisena : un prêtre qui doutait de la présence réelle de Jésus-Christ dans TEucharistie, étant sur le point de consacrer, vit du sang se répandre sur le corporal. On y voit encore le pape Jules II entendant cette messe, av^e d'autres personnages contemporains^
Dans le tableau vis-à-vis de celui-ci, on voit st. Pierre en prison, au moment où l' ange le délivre de ses chaînes et le conduit hors de la prison. C'est la plus singulière production de Raphaël ; on ne peut la voir qu'avec étonnement. 11 y a admirablement bien exprimé quatre différens eCTets de lumière, savoir: celle de Tanffe dans la prison, celle du même ange qui est an dehors, l'autre de la lu-
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ne, et celle d'un flambeau ailumé, tenu par un soldat» et dont l'éclat réfléchit d'une manière extraordinaire sur ses armes. Raphaël fit cet ouvrage »- Yant que Ghérard dMe NoUi vint à Borne.
La voûte de cette chambre a été peinte en cldirobscur par Raphaël. Les cariatides que Y on voit dans le soubassement des tableaux sont de Pol jdore de Garavage. De là on passe dans la '