‹ Itinéraire de Rome et de ses environs T. 1Chapitre 24 sur 120 · PLACE DU PEUPLE · texte numérisé non relu

PLACE DU PEUPLE

Cette grande place paraît annoncer aux personnes qui entrent pour la première fois dans Rome , la capitale de la religion et des arts, et l’ancienne métropole du monde. Deux immenses hémicycles ornes de fontaines et de statues, bornés par quatre bâtimens uniformes et deux églises magnifiques le cernent; au centre s’élève un grand obélisque égyptien. L’ar-

im

PLACE Dl T PEUPLE

fïïTïïïïïïti

Place cia Peuple

chitecture nouvelle de cetle place est de l’architecte Valadier. L’hémicycle à gauche est couronne par le jardin public du mont Pincio : la statue colossale de Rome entre l’Anio et le Tibre qu’on y voit, est l’ouvrage de Ceccarini de meme que l’autre vis-à-vis représentant Neptune entre des Tritons; celles du Printems et de l’Eté qu’on a placées aux deux extrémités de ce demi-cercle ont été faites par Gnaeearini, et Laboureur; celles de l’Automne et de l’Hiver qui sont vis-à-vis ont été sculptées par Sîocchi et Baini. Des quatre grands bâtimens uniformes, celui à gauche sert de couvent aux Augustins de la congrégation de Lombardie; celui à droite, outre la douane, contient la salle d’exposition des objets des beaux arts et la grande caserne des carabiniers ou gendarmes pontificaux. Derrière celle-ci on a construit le grand abattoir de Rome d’après Je dessin de Marti üetti. Les (Iêii:< autres Lâtimens uniformes appartiennent à des particuliers, celui à gauche est un auberge ou hôtel appelé des îles Britanniques il a été bâti aux frais du duc lorlonia; son fils Alexandre vient de le rendre encore plus commode et plus élégant d apres les dessins de l’architecte Canetti. Le batiment vis-à-vis a été construit par Lovatti, et il est loue a des particuliers. Entre Iesdeux ég ises , d architecture presqu’uniforme , qui se présentent de front s’ouvrent trois grandes rues alignées , bordées de beaux édifices , sur tout celle du milieu qui a plus d’un mille de longueur et qu’on appelle le Cours. L’ obélisque s eleve sur un piédestal porté par un soubasfiCüient 01 ne de plusieurs gradins ayant aux

Place du Peuple

anglesquatrelions égyptiens copies sur les lions antiques places au bas du Capitole; inversent Peau dans autant de petits bassins. L obélisque meme est couvert d’hiéroglyphes; il a 74 pieds de hauteur sans compter le piédestal , et fut érigé originairement par le roi Pi a messe s IfJ, c’est à dire le grand Sesostris, à Héliopolis, ville de la basse Egypte, pour servir de décoration au temple du soleil, auquel il était dédié. Le nom de ce roi qui est répété plusieurs fois dans les cartouches, démontré l’exactitude d’Ammien Marcellin, qui nous a conservé une partie de la traduction des inscriptions, faite par Hermapion, Pline par méprise , ou plutôt ceux qui nous ont transmis ses ouvrages ont appelé ce roi Semnesertès.. Après la bataille d’Actium, et la conquête de l’Egypte, Auguste le transporta à Rome, le plaça dans le Circus Maximus , et renouvella cette dédicace au soleil qu’on lit sur F ancien piédestal sur le- côte qui regarde la porte du Peuple. Sixte V en 1587 le tira du cirque, cassé en trois blocs , et le fit eriger à cette place, sous la direction de Dominique Fontana. Comme à Rome il existe plusieurs de ces monumens, il est bon de rappeler que le»

obélisques ont été ériges par les rois d Egypte avant la conquête de ce pays par les Peises , sous Cambyse ; que leur exemple fut suivi pâlies Ptolomées, et par les Romains, de maniéré

que ces monumens peuvent être attribues a ces

trois différentes époques. Quant à ceux qui ies tent à Rome , l’obélisque de la place du Pe pie , celui de la place du Monte-Citorio , celui de latran , appartienent certainemen

îa première époque, ou à celle des P ara

Eglise de ste. Marie du Peuple

qu’on reconnaît aisément, au dessin, au sujet des inscriptions, et aux noms qu on y lit, qui, d’ après les dernières découvertes faites par Young et Champollion le jeune, continuées par le prof. Rossellini de Pise , ont cessé d etre un

énigme. 4

A’ gauche de la porle de la ville est l

ÉGLISE DE Ste. MARIE DU PEUPLE

D’après la tradition généralement leçue, le pape Pascal II fonda cette église, vers l’année 1099, pour délivrer le peuple des fantômes nocturnes, qu’on attribuait au corps de Néron; car, d’après Suetone* cet empereur avait été enterré sur le mont des Jardins [collis hortorum ) aujourd’hui appelé: Pincio , dans le tombeau de sa famille. On croit qu’elle fut rebâtie par le peuple romain en 1227. et c’est à cette circonstance qu’on attribue le SVU’iiom qu'üS donne a l’image de la Vierge qu’on y vénère. La pape Sixte IV la fit reconstruire par Baccio Pintelli, architecte qui travailla beaucoup à Rome pendant son pontificat, et son exemple fut suivi par ses neveux, par Augustin Chigi, et par d’autres particuliers, qui rivalisèrent vers le déclin du XV siècle et au commencement du siècle suivant, à décorer cette église de monumens et de chapelles , qui la rendent une des plus intéressantes de Rome. L’intérieur de l’église est divise en trois nefs: dans la première chapelle à droite en entrant, les peintures sont de Pinturicchio; cette chapelle a été dediée à la Vierge et à st. Jerome par le cardinal Dominique de la Rovere. Suit la chapelle Gibo dont le plan est celui d’une croix grecque avec un

H Église de ste. Marie du Peuple

vestibule au devant, qui en urie C1 ^ix latine: seize colonnes d’ordre corinthien forment sa décoration principale; elle est aussi ornée de vert et de noir antique, de marbre violet, d’albatre, etc. ce qui la rend une des chapelles les plus riches de Rome. Elle a été mise en Fe'tat actuel par le cardinal Alderan Cibo qui mourut en 1700, et dont on voit le tombeau à gauche en entrant dans cette chapelle; Charles Fontana en fut l’architecte. En y entrant, le tableau à gauche représentant le martyr de sf. Laurent, est l’ouvrage de Jean Marie Morandi; celui à droite représentant le martyr de ste. Catherine, est de Mr. Daniel. Sur l’autel Charles Maratta peignit à l’huile, sur le mur, la Conception de la Vierge, au dessous de laquelle sont st. Jean, st. Augustin, st. Grégoire, et st. Ambroise. La coupole est d’une belle for Ci C, Cî a été peinte par Louis Garzi. La troisième chapelle dédiée à la Vierge et à d’autres saints , érigée par Sixte IV, a été peinte par Pinturicchio et il n’y a pas long-tems qu’elle a été restaurée, d’après les dessins du baron Gamuccini. La balustrade est fort élégante. Sur l’autel de la quatrième chapelle on a représente en bas-relief ste. Catherine entre st. Antoine de Padoue et st. Vincent martyr, ouvrage du XV siècle éxécuté avec grâce.

L’ancienne image de la Vierge sur le maître autel , est une de celles , que l’on dit peintes par st. Luc. Les peintures de la voûte du chœur sont de Pinturicchio, et les deux beaux tombeaux ornés de statues sont d’André Contjicci, dit le Sansovino: on peut les regarde?

Église de ste. Marie du Peuple 9

comme les meilleurs exemples des ornemeus sculptes, qu’on voit à Rome depuis la renaissance des arts. Dans la chapelle qui est ^droite du maître autel, il y a un beau tableau d Annibal Carrache, représentant 1’ Assomption. Les peintures latérales représentant le crucifiement de st. Pierre et la conversion de st. Paul , sont de Michel-Ange de Caravage ; celles de la voûte sont d’innocent Tacconi et de Jean Baptiste de Novara, d’après les dessins d’Annibal Carrache. La chapelle du Crucifix qu’on voit dans l’autre nef, a été restaurée en 1825. Les fresques des parois qui étaient presqu’effacées ont été ranimées: elles sont l’ouvrage d’un peintre flamand du XVII siècle et représentent, l’Invention, et l’Exaltation de la croix.

L’avant dernière chapelle, dédiée à Notre-Dame de Lorette, appartenant à la famille Chigi, a été construite et décorée d’après les dessins de Raphaël, qui fit aussi les cartons des mosaïques de la coupole, des peintures de la frise, et du tableau de l’autel, qui représente la Nativité de la Vierge; ce dernier fut commencé par Sébastien del Piombo , et fini par François Salviati; le David et l’Aaron dans les deux lunettes placées sur les tombeaux, furent peints par le chevalier Vanni; les ronds ont été commences par Raphaël, continués par Sébastien del Piombo , et achevés par Salviati. Toutes ces peintures en general ont beaucoup souffert de 1 humidité. Le devant d’ autel est en bronze avec des bas-reliefs, travail de Lorenzetto. Il y a dans cette chapelle quatre statues, dont deux représentant Daniel dans la fosse aux lions, et

Rue du Cours

Habacuc avec l’ange qui le prend par les cheveux, sont du chevalier Bernin , qui a également fait les deux monumens d’Augustin et de Sigismond Chigi; les deux autres qui représentent les prophètes Elie et Jonas assis sur la haleine, sont de Lorenzetto, ouvrages très estimés, sur tout le Jonas, qui a été fait, non seulement sur le modèle de Raphaël, mais aussi sous sa direction. Près de cette chapelle est le magnifique tombeau de la princesse Odescalchi Chigi, fait sur les dessin de Paul Posi.

Trois grandes rues commencent , comme j’ai dit, à la place du Peuple; celle à droite, s’appelle de Ripetla % et va, le long du Tibre, jusqu’à un port de ce nom, et de là parvient à la place de st.. Louis des Français; l’autre à gauche, se nomme du B abuino elle passe par la pl ace d’Espagne, et conduit vers le penchant du mont Quirinal; la troisième, qui est entre les deux rues précédentes et qui conduit au Ca» pitole et au Forum, est. la.

Page 1