‹ Itinéraire de Rome et de ses environs T. 2Chapitre 5 sur 133 · PANTHÉON · texte numérisé non relu

PANTHÉON

Ce magnifique temple qu’on regarde avec justice comme le monument le plus parfait et le plus beau de l’antiquité qui reste à Rome,

a etc erige par Agrippa daus son troisième consulat, c’est à dire l’an 727 de Rome, correspondant à l’an 27 avant l’ ère vulgaire. Il est évident que la partie circulaire de cet édifice n’a aucun rapport avec le portique, et que celui-ci a été ajouté postérieurement. Cette circonstance a donné origine à quelques discussions fort sérieuses entre des écrivains moder-

nes; elles paraissent appuyées par Dion, car cet écrivain ne dit rien de la fondation de cet édifice en 727, et cependant en 729 il affirme qu’ Agrippa acheva le Panthéon; quelques uns prétendent que la salle ronde est d’ un teins fort antérieur à Agrippa et que le portique seulement lui appartient. Cependant il est évident qu’on doit attribuer à Agrippa la partie ronde de ce monument, puisqu’elle est tout à-fait 1 iée avec les thermes, que le premier il construisit à Rome ; et que le portique a été élevé par lui; tout le monde est d’accord sur ce point, et l’inscription qu’on lit encore sur la frise le démontré :

PLAC'K OU PANTHKOISI

PLAC'K OU PANTHKOISI

P anlhèon

M. agrippa . L. cos. TERTIVM . FEGIT

Ainsi 011 pourrait accorder la différence de la construction de la salle ronde et du portique en reconnaissant qu’ Agrippa, qui fut l’auteur de ces deux parties, construisit d’abord la salle ronde comme partie des^ thermes qu’il erigea, et qu’ensuite, voulant la transformer en temple il ajouta leportique, et c’est dans celte occasion que Dion dit qu’ Agrippa acheva le Panthéon en 729. De cette manière on peut croire que le Panthéon fut érigé en 727 , et fut achevé en 729. 11 fut dédié à Jupiter Vengeur, comme Pline nous l’apprend. Dion dit que les statues de Mars et Vénus qu’on y voyait, ayant les attributs de plusieurs divinités donnèrent lieu au nom de Panthéon, sous lequel on désigna ce bâtiment, et qu’il conserve encore,'mais ce même historien ajoute qu’ il croyait plutôt que ce nom dérivait de la voûte du temple , semblable à celle du ciel. Agrippa plaça dans ce temple la statue de Jules César : la sienne et celle d’Auguste furent placées sous le portique dans les deux grandes niches qu’on y voit encore. Cet édifice ayant été brûlé sous Titus et sous Trajan, fut restauré par Adrien, et ensuite par Antonin le pieux, Septime Sévère, et Garacalla. Cette dernière restauration , occasionnée par la vétusté est énoncée dans l’inscription qu’on lit en deuz ligues sur l’architrave:

IMP. CAES. SEPTIMVS . SEVERTS . PIVS . PERTINAX. ARABICVS . ADIABENICVS . PARTHICVS . MAXIMV3 . PONTIF. ArAX, TRIE. POTEST. X. IMP. IX. COS. III. P. P. PROCOS, ET

Panthéon^

IMF. CAES. M. AA'RELIA'S . ANTONINVS. PIVS . FEEIX . AVG. TRIE. POTEST. V. COS. PROCOS. PANTIIEVM. TETVSTATE . CORRVPTVM . CYM . OMNI . CVLTV . RESTITÜERVNT

Cette restauration appartient à l’an 202 de l’ère vulgaire, lorsqueSeplime Sévère fut consul pour la troisième fois et Caracalla pour la première. Depuis cette époque jusqu’à l’année 354 on ne fait aucune mention du Panlliéon . Ce fut dans cette année que l’empereur Constance le visita j Ammien Marcellin remarque qu’il fut étonné de l’immensité de la voûte. L’an 391 il fut fe rmé comme tous les autres temples paYens,et il resta ainsi fermé jusqu’à l’année 608, lorsque Phocas empereur de Constantinople, le concéda au pape Boniface IV qui le consacra à la Vierge et aux Martyrs, d’où dériva le nom de Sainte Marie ad Martyres que cette église conserve encore. A cette époque le Panthéon était bien plus entier qu’ aujourd’hui, puisqu’il conservait encore les tuiles en bronze qui couvraient le toit et la coupole. Mais eu 663, Constant II empereur de Constantinople enleva ces tuiles avec toutes les statues en bronze qui avaient échappées aux ravages des barbares avec l’intention de les transporter dans sa capitale; or, ayant été tué à Syracuse, ces objets furent pris par les Sarazins qui les transportèrent à Alexandrie. Grégoire III répara ce, dommage en faisant couvrir le Panthéon de plaques de plomb. L* an 71 3 Anastase IV lit construire un palais pontifical à côté de ce temple, car dans le moyen âge et dans les tems modernes il a toujours été reconnu comme dépendant direc-

Panthéon,

lement du souverain pontife . Les troubles du Xin et du XIV siècles causèrent beaucoup de dommages à cet édifice qui au commencement du XV siècle manquait de toute la partie orientale du portique, et était comblé jusqu’ à la hauteur des bases des colonnes du dit portique, de manière qu’on descendait de celui-ci dans l’église par plusieurs degrés. La coupole manquait aussi de la couverture en plomb. Le pape Martin V commença par restaurer le toit 5 son exemple fus suivi par EugènelVet NicolasV: le nom et les armes de ce dernier-pontife existent encore sur une grande partie des plaques qui couvrent la coupole vers le midi. Au commencement du XVI siècle on avait rélevé une colonne de granit a 1’ angle oriental du portique pour remplacer l’ancienne qui manquait. Urbain VIII dans le siècle suivant, c’est à dire en 1634, fit faire le chapiteau de cette colonne, sur' lequel on voit l’abeille qui est l’arme de la famille de ce pontife. Ce meme pape ut faire les deux clochers de cette église, comme on apprend par une des inscriptions qui sont à côté de la porte. L’autre inscinption, celle à gauche, rappelle que ce meme pape en 1632 enleva tout le bronze du portique du Panthéon pour en faire les colonnes de la Confession de st. Pierre, les ornemens de la Chaire dans cette meme basilique, et des canons au fort st. Ange. D’après le Torrigio qui a etc présent au transport du bronze , le métal enleve pésait 450, 251 , livres, et les clous seuls 9374. Les pièces des canons qui furent fondues pour le fort st. Ange montèrent a puis du 80. Alexandre VII en 1662 acheva

Panthéon

de restaurer le côté oriental du portique, en faisant élever deux colonnes en granit qu on trouva près de st. Louis des Français, à la place des deux colonnes qui manquaient depuis le mojen-age : ses armes ont été sculptées sur les chapiteaux de ces colonnes» Il fit aussi decombrer le portique et le débarrassa des chaumières qu’ony avait dressées. Clément Xr réduisit la place au niveau actuel. Benoît XIV vers la moitié du dernier siècle mit l’intérieur de l’église dans l’état où on le voit, et sous Pie VII on renouvela une partie de la couverture de la coupole, et on fit des fouilles le long du côté occidental du portique, pour mieux connaître le plan de ce bâtiment.

Ce temple était prostyle-octostyle puisqu’il n’avait qu’un portique dehuit colonnes au devant. Ou montait anciennement à ce portique par sept dégrés ; ce qui le rendait bien plus majestueux qu’il ne l’est aujourd’hui, que l’on y monte que par deux marches. Ce superbe portique a 1 03 pieds de largeur sur 61 de profondeur; il est décoré de seize magnifiques colonnes, toutes d’un seul bloc de granit oriental: elles ont 14 pieds de circonférence, et 38 et demi de hauteur, sans y comprendre la base et le chapiteau, qui sont de marbre blanc et les plus beaux qui nous restent de l’antiquité. Les huit colonnes delà façade sont de granit gris, à l’exception de celle qui a été replacée qui est en granit rouge ; elles soutiennent un entablement et un fronton, qui sont des plus belles proportions que l’architecture puisse fournir. Il y avait autrefois, au milieu de ce fronton, un bas-relief en bronze doré, La couver-

Panthéon

lure du portique était en bronze, et ce fut celle-ci qui fut enlevée par Constant II, comme il est dit ci-dessus. Les poutres étaient aussi plaquées de ce métal qui fut enlevé sous Urbain VIII comme on vient de le dire. Pour se faire une idée de la quantité du bronze qu’on avait employé dans ce monument, il faut remarquer que lorsque le pape UrbainVlII, enleva ce qui en restait, les clous pesaient eux seuls 9374 livres , et que la totalité pesait 450230 livres. Les murs du portique dans l’intervalle d’un pilastre à l’autre, étaient révétus de marbre ; ils étaient interrompus par des bandes ou l’on voit sculptés des ustensils sacres et des festons. La statues d’Auguste était placée dans la grande niche à droite, et celle d’Agrippa dans l’autre. Ce portique annonce d’une manière noble la porte principale du temple , laquelle s’ ouvre sur des pilastres de bronze cannelés; le seuil est de marbre africain ; les jambages et l’architrave sont de marbre blanc. Cetté porte qui est ancienne est revêtue de bronze.

L’inléi'ieur du temple n’a pas moinsd’élégance et de noblesse, que de majesté; sa forme circulaire a fait substituer le nom de Rotonde à son ancienne dénomination. Son diamètre est de 132 pieds; la hauteur de l’édifice, depuis le pavé jusqu’ au sommet , est égalé à son diamètre ; l’épaisseur du mur qui ceint le temple est de 19 pieds : on voit par les bases des colonnes qui sont tout autour , que le pavé était anciennement plus bas que celui du portique, ce qui rendait l’entrée plus noble et plus majestueuse. La lumière n’ entre dans le tem-

Panthéon»

pie que par une seule ouverture circulaii e ,

pratiquée dans le milieu de la voûte, et dont le diamètre est de 26 pieds; on y monte par

un escalier de 190 marches,

La tribune du maître autel est formée par un demi-cercle pris dans P épaisseur du mur; son grand arc, pareil à celui de l’entrée, est orné de deux grosses colonnes cannelees de marbre violet. Les six chapelles qui sont autour , sont aussi creusées dans l’épaisseur du mur : chacjine d’elles est décorée de deux pilastres enchâssés dans le mur et de deux colonnes :

les uns et les autres sont cannelés, et allernatîvement de marbre jaune et violet de 3 pieds et demi de diamètre, et27 et demi de hauteur, sans y comprendre la base et le chapiteaux qui sont de marbre blanc; ces colonnes et ces pilastres soutiennent un grand entablement de marbre blanc, dont la frise est plaquée de porphyre. Sur cet ordre est une espèce d’altique avec quatorze niches, ainsi qu’un entablement, sur lequel pose la grande voûte. Les fameuses caryatides de bronze, ouvrage de Diogènes d’Athènes, dont parle Pline, soutenaient peutctre la corniche supérieure de cet attique, ou étaient elles à la place des colonnes? c’est toujours une question à résoudre, La grande voûte est ornée de cinq rangs de caissons carrés que P on dit avoir été anciennement couverte de lames d’argent, ou de bronze doré, niais sans aucun preuve.

Sur la circonférence du temple, entre les chapelles sont huit niches de celles que les anciens appellaient aediculae ; elles sont ornées d’ an fronton soutenu par deux colonnes d’or-

Panthéon»

dre corinthien en jaune antique, en porphyre, et en granit; les chrétiens ont transformé ces aediculae en. autels en altérant]un peu leur forme primitive. Elles étaient encore intactes au seizième siècle comme on voit par le livre des dessins du Sangallo existant à la bibliothèque Barberini , et par les ouvrages de Serlio , et de Gamucci. Le grand Raphaël eu mourant désigna la troisième de ces niches, à gauche en entrant, comme devant lui servir de tombeau, et donna la commision k ses héritiers de la restaurer , et de faire sculpter en marbre à Lorenzetto,son élève, cette statue de la Vierge qu’ on voit dans la niche, et qu’on appelle laMa~ donna del Sasso. Comme en cette occasion on transforma en autel le devant de la niche, peu-àpeu on changea de même les autres. Le peintre divin fut enterré dans le soubassement de la statue, derrière l’autel, et dans l’année 1 833 ses ossemens furent découverts le 1 4 du mois de septembre, et replacés dans le meme endroit avec beaucoupde soinlesoir du 1 8 octobre, avec toute la pompe et la cérémonie convenables.

Ainsi lePanthéon,le monument le plus beau qui nous reste de Rome ancienne -, renferme la

dépouillé mortelle du plus grand artiste de Rome moderne. Outre Raphaël: Balthasar Peruzzi, Jean d’Udine, Périn del Vaga, Thadée Zuccari, Annibal Garrache , ec. ont été enterrés dans ce temple.

Depuis 1o42 une congrégation est attachée à cette église, elle est composée de peintres, de sculpteurs, d’architectes, et autres personnes^ de mérité . Les monumens de ceux cjui avaient ete enterrés ici , ont été transportés

Place de la Minerve

au Capitole dans la Protomothèque, et on a conserve ici l’inscription placée a Rapliacl ^ celle à l’honneur d’ Annibal Garraclie et celles de Perin dcl Vaga, de Thadée Zuccari, de François Borroinini, et de Flamiuio Vacca.

Les thermes de M. Agrippa, qui furent les premiers que P on construisit à Pvome avec magnificence, étaient adosses à ce temple, mais sans avoir aucune communication directe avec ce bâtiment. L’eau vierge qu’Agrippa amena à Rome, servit pour l’usage de ces thermes.

Du Panthéon on parvient à la

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