‹ Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, de la vallée de Chamonix et des vallées du PiémontChapitre 175 sur 865 · DE FRIBOURG A BERNE · texte numérisé non relu

DE FRIBOURG A BERNE

8o kil. — Trajet en l h. et 1 h. 15 min. — 3 fr. 50 c; 2 fr. 45 c; i fr. 75 c.

Après avoir, au sortir de la gare de Fribourg, dépassé la brèche ouverte par le chemin de fer au travers des remparts du moyen âge, on aperçoit un instant sur la dr. les deux ponts suspendus. On domine sur le plateau la gorge profonde de la Sari ne qui décrit de fortes courbes et que la voie ferrée franchit sur un viaduc considéré avec raison comme une des merveilles de l'industrie moderne. En effet, ce viaduc consiste en un pont en fer reposant, sur les deux rives, sur des culées en maçonnerie, et soutenu par six piles dont la base est en maçonnerie et le reste en fonte et en fer. Le pont, y compris les culées, a une longueur totale de 382 mèt. 61 c. Déduction faite des culées, le tablier en fer forgé compte 333 mèt. 72 c.

Ce tablier est un tube creux dont la tranche transversale affecte la forme d'un quadrilatère. 11 donne passage aux piétons dans son intérieur, et les rails du chemin de fer sont posés sur le côté supérieur. Cette masse énorme pèse 1 200 000 kilog. Les piles ont une hauteur maximum de 78 mèt., dont 34 mét. en maçonnerie et le reste en fer, soit 44 mèt. La partie en fer se compose de colonnes en fonte reliées entre elles par des treillis en fer forgé. Chaque pile contient, en poids, 208 000 kilog. de fonte et 84 000 kilog. de fer, ce qui donne au total 1 248 000 kilog. de fonte et 504 000 kilog. de fer. Le poids du tablier et des piles, fer et fonte,

donne donc 3 052 000 kilogrammes.

La maçonnerie comprend 20 000 mèt.

cubes.

On laisse à dr. Balliswyl, et à g.

Garmiswyl, pour venir passer sur un autre viaduc de 112 mèt. et de quatre travées hautes de 30 mèt.

71 kil. Guin, ail. Dùdingen, v. aux maisons éparses, de 2740 hab. dont 2415 cath., situé, à 581 mèt. d'alt. , sur les deux bonis d'un ravin. On commence à apercevoir par intervalles sur la dr. les glaciers de l'Oberland- Bernois.

77 kil. Schmitten, v. situé à dr. , à 653 mèt. d'alt. , et au delà duquel le chemin de fer traverse, dans un tunnel, long de 390 mèt., un mamelon boisé qui domine le hameau de Muhlethal. On longe dans un joli petit vallon la rive g. de la TafTerna, et, après avoir laissé à g. Wùnnenwyl , v. de 998 hab. dont 662 cath., qui jouit d'une très-belle vue sur les Alpes; à dr. Blumisberg; à g. Kckelried; on franchit la TafTerna, puis on passe dans un tunnel de 165 mét.

84 kii. Flamatt, ham. situé près de la rive g. de la Singine ou Sensée.

Des voitures de correspondance conduisent de la station à Laupen, en passant parNeueneck. — La route domine d'abord la rive g* de la Singine, qui forme les limites des cantons de Fribourg et de Berne, et qu'elle traverse à Neueneck (hôt.

Bxt)s v. de 2455 hab. dont 2413 professent la religion réf., dans l'église duquel les villes de Berne et de Fribourg jurèrent, en 1721 , leur traité d'alliance. Le 5 mai 1798, les Bernois, commandés par le colonel Grafenried^ y repoussèrent un détachement de Tannée française.

Laupen, V. de 724 hab. réf., est située, dans une contrée fertile, sur la rive dr. de la Singine, près du confluent de cette rivière avec la Sari ne, et au pied d'une colline sur- | montée d'un château. Elle doit la cé-

[ROUTE 19 j

XKUENECK.

— LAUPEN.

lébrité dont elle jouit à la bataille qui porte son nom et qui se livra sur la hauteur du Bramberg (entre Neueneck et Laupen).

Vers le milieu du xrv* s-, les comtes et les autres seigneurs des environs de Berne, jaloux de la prospérité croissante de Berne, saisirent avec empressement le premier prétexte qu'elle leur offrit de l'attaquer. Ce prétexte fut son refus de recevoir la monnaie du comte de Kyburg. En 1339. les comtes de Neuchâtel, de Kyburg, de Tfaun, de Gruyères, d'Aarberg et de Nidau, les évèques de Siou, de Lausanne et de Bàle,et la ville de Fribourg rassemblât ent une armée de 15ooo fantassins, ïooo cavaliers, 1200 chevaliers cuirassés et 700 seigneurs portant des casques couronnés, afin de détrutrede fond en comble leur rivale commune, et ils assiégèrent d'abord la petite ville de Laupen, qui, renforcée d'une garnison de 600 hommes, était défendue par l'ancien avoyer Jean de Bubenberg.

Tandis que l'on délibérait à Berne sur le choix d'an général, on vit entrer dans la ville Rodolphe d'Erlach, fils du beros qui, 41 ans auparavant, avait battu la noblesse au Donnerbûbl. On lui déféra le commandement d'une voix unanime, et, le li juin, à minuit, il partit de Berne à la téte de 4000 Bernois, &00 soldats d'Uri, Sctrwyz et Unterwalden, 3oo hommes du Basli et 80 Soleurois, et à midi il arriva avec sa petite armée à une demi-lieue de Laupen, sur la colline de Bramberg, d'où protégé par une forêt, il dominait le camp ennemi.

Avant la bataille, plusieurs guerriers des deux armées, s 'avançant entre elles, défièrent leurs ennemis. Jean de Makenberg, avoyer de Fribourg, s'ecria que les Bernois avaient des femmes parmi eux.

- C'est ce que l'on saura bientôt, répliqua Kuno de Bubenberg. — Nous sommes prêts, s'éc/ia un homme de Schwyr , ceux qui veulent n'ont qu'à avancer. » Cependant le comte de Nidau disait aux seigneurs impatients de combattre : « Ces Bernois vous donneront bientôt assez à faire; quant à moi, je puis perdre ici la vie, mais je la vendrai chèrement. » Le signal donné, les frondeurs bernois commencèrent l'attaque. Toute l'armée suivit leur exemple ; et, en même temps, de pesants chariots de guerre, remplis de combattants, se précipitaient avec fracas du haut de la colline au milieu des rangs ennemis. L'arrière-garde effrayée lâcha

pied et prit la fuite. « Amis, s'écria d'Erlach, la victoire est à nous! les lâches nous ont quittés. »

En effet, après une lutte acharnée, la victoire se décida pour les Bernois. Le comte de Nidau, le duc Jean de Savoie, Gerhard de Kyburg , trois comtes de Gruyères, tous les Fribourgeois avec leur avoyer qui portait leur bannière, 80 chevaliers, 3000 fantassins et 1500 cavaliers, étaient restés sur le champ de bataille. Après avoir remercié à genoux le Dieu des armées et enterré leurs morts, les Bernois retournèrent en triomphe dans leur ville, et leurs alliés dans leur pays. Rodolphe d'Erlach, s 'étant démis du commandement, ne demanda ni récompenses, ni emplois, ni titres, et vécut heureux en cultivant son champ paternel jusqu'à une vieillesse avancée.

Le 21 juin 1829, on décida que l'on célébrerait désormais tous les cinq ans l'anniversaire de la bataille de Laupen, et l'on éleva, sur la colline de Bramberg, un monument avec cette inscription :

« Der Burgerverein setzte den Grundstein zum Dcnkmal der Laupenschlacht den 21 Juni 1829. »

Laupen est à 3 h. 45 min. de Berne par Bttmplitz.

Au sortir de la station de Klamatt on traverse, dans la direction de TE., une tranchée creusée dans le roc; puis prenant la direction du N., on franchit sur un pont bas de 3 travées, long de 30 met., la Singinequi forme les limites des cantons de Fribourg et de Berne. Des stations ont été établies à Thôrishaus et à Bùmplilxy v. de 203'» hab. réf. au delà duquel on ne tarde pas à apercevoir Berne sur la dr. Le chemin de fer croise la route de Berne à Neuchâtel qu'il longe sur un assez long espace.

95 kil. Berne (R. 125).

B. Par Heuchltel.

137 kil. Chemin de fer. — Deux convois par jour.— Trajet en 5 h . 30 min. et 6 h. 10 min. selon les trains. — 15 fr. OS c.*, 9 fr. 30 c; et 6 fr. 65 c.

75 kil. de Lausanne à Neuchâtel (R. 16).

62 kil. de Neuchâtel à Berne par Bienne et Lyss (R. 111 et 124).

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