ROUTE 19] AVENCHES. — BATAILLE DE MORAT
la Tille (à une demi-heure de la route) ; une magnifique mosaïque conservée à l'endroit où elle a été trouvée , près de la route de Morat, à 1/2 h. d'Avenches , et recouverte d'une petite maisonnette, dont la clef est entre les mains du gardien du musée.
On peot consulter sur Aventicum : Dochat, Mémoire» critiques, t. II, p. 494 et 444. — Spon, Hixtotre de Génère, t. IV, r». 79. — Wild , Apologie pour la ville d'Avenches, 1710. — Schmidt de Rossau, Antiquités rt'Avenrhes.- Mémoire ahrégé et Recueil de quelques antiquités de la Suisse, par Ritter ; Berne, 1788.
1 h. Faovg, ail. Pfauen, v. d'où Ton jouit d'une vue magnifique sur le lac de Morat, et au sortir duquel on entre dans le canton de Fri bourg.
15 min. A Greing on remarque la belle maison de campagne (beau parc) de M. Pourtalès de Neuchatel. Avant d'arriver à Morat, on passe devant une simple colonne de pierre taillée à quatre pans, haute d'environ 9 nièt., et portant, gravée sur la face qui regarde îa route, l'inscription suivante :
Victoriam XXII Jun. MCCCCLXXVI Patrum concordia
Partam Novo signât lapide Respublica Friburg MDCCCXXI1.
« La république fribourgeoise consacre par cette nouvelle pierre la victoire remportée le 12 juin 1476 par les efforts réunis de ses pères. MDCCCXXII. .
Si l'on veut embrasser d'un coup d'œil le champ de bataille de Morat, il faut s'arrêter à cent pas de cette colonne; alors on a en face de soi la ville bâtie en amphithéâtre sur les bords du lac; à dr. , les hauteurs de Gurmels, derrière lesquelles coule la Sarine; à g., le lac, que domine, en le séparant du lac de Neuchatel, le Mont-Vuilly tout couvert de vignes; derrière soi le petit village de Faoug ; enfin, sous ses pieds, le terrain même où se passa l'acte le plus sanglant de
la trilogie funèbre du duc Charles, qui commença à Grandson et finit à Nancy.
Après la bataille de Grandson (F.
R. 16), Charles le Téméraire s'était enfui A Noïcroy , profondément chagrin et humilié de sa défaite ; il en devint comme insensé, ne voulant voir personne, s'enivrant seul dans sa retraite, et il tomba même malade de désespoir. Enfin, cependant, il reprit son activité, et, ne songeunt plus qu'à se venger, il rassembla à Lausanne une armée de 3o à 4o ooo hommes, avec laquelle il s'avança sur Morat. - Adrien de Bubenberg, avec tsoo braves et les habitants de la ville, y fit, dit Henri Zscbokke, une plus grande résistance que les défenseurs de Grandson. Tandis que le duc Charles se trouvait arrêté là, les Confédérés et leurs amis rassemblèrent leurs troupes. DéjA Morat était en grand danger ; ses murs et ses tours avaient des brèches ; le rempart s'ébranlait, mais non le courage de Bubenberg et des héros qu'il commandait : il tint ferme jusqu'à ce qu'il vit arriver da tous côtés les Confédérés et leurs alliés de Bienne, des villes de l'Alsace, de Baie, de Saint-Gall et de Schaffhouae. Ils marchérent en avant : sur leurs pas, malgré le mauvais temps et les mauvais chemins, des troupes de Zurich, de Thurgovie, d'Argovie, de Sargans, venaient en grande hâte. Jean "Waldroann, chef des Zuricoii, arrivé à Berne la veille de la bataille, n'accorda à ses troupes harassées que quelques heures de repos; à 10 h. du soir, il fit sonner le réveil et se remit en marche. La ville était illuminée; devant toutes les maisons se trouvaient des tables servies pour les braves. Tout partit pour l'armée de Morat, dans l'obscurité de la nuit, au milieu de l'orage (1476).
« Le jour vint-, c'était le 22 juin : le ch l était couvert de nuages, la pluie tombait par torrents. Les Bourguignons déployèrent leurs lignes immenses devant les yeux des Suisses. Ceux-ci comptaient à peine 34 000 combattants. Avant de donner le signal de l'attaque, Jean de Hallweil agita son épée, en s écriant : « Levez -vous, « levez-vous, Confédérés ! Dieu vient éclai- « rer notre victoire. » II dit; aussitôt retentit le bruit des armes; on se heurte, on se frappe; la bataille s'étend depuis le lac jusque sur les hauteurs. Hallweil commandait la gauche ; à dr. se battait le fort de l'armée suisse, sous les ordres de Jean de Waldmann ; sous les arbres du rivage, Adrien de BubenDerg. Hallweil avait à
soutenir un combat terrible; il lutta jusqu'à ce qu'il vit paraître au haut de la colline, sur les derrières des ennemis, le général de Lucerne, Gaspard de Herstenstein, guerrier à cheveux blancs. Hallweil l'avait envoyé là par des chemins détournés. La mort vola dans tous les rangs des Bourguignons -, les derniers, les premiers, tous étaient massacrés ; des milliers d'entre eux combattaient encore, des milliers tombaient, des milliers prenaient la fuite. Le duc, paie, morne, voyant que tout était perdu, s'enfuit à bride abattue, accompagné à peine de 30 chevaliers; il arriva sur les rives du lac de Genève. 15 ooo des siens étaient couchés dans la plaine, le lac de Morat et la ville d'Avcnches ; un grand nombre, en cherchant à se sauver, périrent dans le lac et dans les marais qui le terminent; le reste fut dispersé. Les tentes , les provisions , les trésors des ennemis, devinrent la proie de l'armée victorieuse. On jeta les morts dans des fosses pleines de chaux vive, et on les couvrit de terre. Quelques années après, les citoyens de Morat érigèrent un ossuaire qu'ils remplirent des os et des crânes des Bourguignons, pour avertir les étrangers de redouter les Confédérés quand ils sont unis. »
Quatre ans plus tard, on érigea à une demi-lieue de Morat, à côté de la grande route , une chapelle monumentale, dans laquelle on réunit tous les ossements bourguignons. En 1755, Berne et Fribourg firent réparer ce monument, long de 11 mèt., large de 4 mèt. On y lisait quatre inscriptions, tant en latin qu'en allemand. Voici la meilleure, ré<ligée par Haller :
Deo optimo maximo Caroli inclyti et fortissimi Burgundie ducis exercitus Moratum obsidens Ab Helvctiis cœsus Hoc sut monumentum reliquit.
Pendant trois siècles, ce Temple de la Mort resta debout. En 1797, après le traité de Campo-Formio, Bonaparte, se rendant au congrès de Rastadt, vint le visiter. «Jeune capitaine, dit-il à un officier suisse qui l'accompagnait, soyez persuadé que, si jamais nous livrons bataille en ces lieux, nous ne prendrons pas le lac pour retraite. » Mais l'année suivante
un régiment bourguignon l'ayant détruit, lors de l'invasion des Français en Suisse, en jeta les ossements dans le lac, qui, à chaque nouvelle tempête, en repousse quelques-uns sur ses bords. Un jour, lord Byron y trouva un squelette tout entier, qu'il emporta. « Ma seule excuse pour ce sacrilège, dit-il f est que si je ne l'avais pas commis, le premier venu s'en serait rendu coupable, et peutêtre pour profaner ces saintes reliques, tandis que je les conserverai avec un soin tout religieux. »
Le monument détruit fut d'abord remplacé par un arbre de la liberté, auquel succéda ensuite un tilleul entouré d'une balustrade. Mais, le 19 janvier 1821 , le Grand Conseil du canton de Fribourg vota un crédit de 6000 fr. pour ériger l'obélisque actuel.
25 min. Meyriei, en ail. Merlach.
10 min. (1 p. 2/8 de Payerne, 131.
4/8 de Lausanne, 5 1. 5/8 de Berne), Morat, en ail. Murten (hôt. : la Couronne, le Lion, sur le lac, Y Aigle), V. de 2266 hab. réf., bâtie sur une colline, à peu près au centre de la rive dr. du lac qui porte son nom.
D'une origine fort ancienne {Curlis Muratum en 516), Morat fut ravagée successivement par les Barbares et par l'empereur Conrad , dit le Salique, en 1034, et relevée de ses ruines, en 1152 ou 1190, par Berthold IV ou V; puis elle appartint aux ducs de Zaehringen, à la maison de Savoie et au comte de Romont. En 1476, les Confédérés s'en emparikrent et livrèrent sous ses murs la célèbre bataille dont le récit précède. Depuis cette époque jusqu'en 1798 , elle resta à Berne et à Fribourg, qui nommèrent alternativement un avoyer tous les cinq ans; mais la révolution de 1798 l'incorpor au canton de Fribourg.
Morat se divise en deux parties :
la ville basse, appelée la rive (an der ryf) , renferme des entrepôts de marchandises et des établissements industriels. Dans la ville haute, on re-