ROUTE 45] LES COLS DE MUGE ET DE TRÉLATÊTE
couvert est tombé dans une crevasse où il est mort, ne mérite pas d'être recommandé. Comme il offre, outre un certain danger, de grandes difficultés, il ne peut être tenté qu'avec de bons guides et par des touristes éprouvés.
Quelques membres de Y Alpine Club avaient essayé de trouver de ce côté une nouvelle route pour monter au Mont- Blanc. Mais cette route, quand bien même on parviendrait à la découvrir, resterait inutile, car elle serait plus longue, plus difficile et moins intéressante que celles déjà connues.
18à20 h. de marche sont nécessaires à un bon montagnard pour aller de Chamonix à Cormayeur par le col de Miage. On peut passer la nuit, soit aux chalets de Miage qu'on gagne, de Bionnassay par le col de Tricot, et, de Bionnay, par la Villette, soit à la Pierre-Plate. L'escalade du col de Miage (pour atteindre le point culminant de l'arête on monte pendant plus de 700 met. presque à pic) offre un point de vue curieux sur les flancs occidentaux du Mont-Blanc.
La descente n'est ni moins difficile ni moins dangereuse que la montée. Les pentes sont fort roides, les couloirs d'avalanches toujours menaçants, les crevasses nombreuses. — On rejoint le chemin de l' Allée-Blanche à l'extrémité inférieure du lac Combal.
Les touristes désireux d'étudier ce passage, peu recommandable, en trouveront de longues descriptions dans les Scènes from the Snow Fields de M. Coleman et dans les deux séries des PeakSy Passes and Glaciers.
Le 5 août 1864, MM.Reilly et Birkbeck, avec les guides Michel Croz, Michel-Clémence Payot et Marc Tairraz, partirent à 3 h. 10 min. du matin du chalet de Miage et atteignirent le col de Miage à 9 h. 5 min. Après en être partis à 11 h. 35 m. , ils traversèrent diagonalement un grand glacier descendant du versant S. de l'arête qui relie l'Aiguille de Bionnassay au Dôme -du -Goûter, atteignirent le sommet de cette arête près de son point central, et, la longeant, mon-
tèrent au Dôme à 4 h. 35 min. Ils descendirent du Dôme aux Grands- Mulets, et, à 10 h. du soir, ils étaient à Chamonix. Cette course prouverait que le Mont-Blanc est accessible par le glacier de Miage , mais la saison de 1864 était une saison exceptionnelle à cause de la grande quantité de neige tombée pendant l'hiver.
Le ool et l'Ai gui Ue de Trélatête.
On peut aller en 10 h. de marche de Cormayeur aux Contamines par le col de Trélatôte qui, haut de 2805 mèt., selon M. F. F. Tuckett, s'ouvre entre l'Aiguille du Glacier et le Mont-Tandieu ou Tondu. Ce passage, découvert il y a peu d'années, fait gagner 5 h. sur le trajet du col de la Seigne aux Contamines. Un guide est nécessaire et les précautions ordinaires doivent être prises sur les glaciers. Les renseignements suivants sont empruntés à M. F. F. Tuckett.
5 h. de Cormayeur au col de la Seigne (R. 44). En quittant le col de la Seigne, on doit, au lieu de descendre aux Motets, se diriger à dr. vers une dépression que l'on remarque dans la chaîne entre l'Aiguille du Glacier et le Mont-Tondu à l'O. Pour atteindre cette dépression (le col de Trélatête), il faut traverser le glacier des Lancettes, d'où des pentes de neige conduisent au col; 2 h. sont nécessaires. Du col on jouit d'une belle vue, plus étendue du haut de la pointe rocheuse au N. E. On y découvre au S. les Alpes Graïennes De la Grivola à la Grande-Casse.
Si le Tondu et l'Aiguille du Glacier arrêtent les regards à l'O. et àl'E.,on aperçoit entre le N. 0. et le N. E. les sommets des Aiguilles de Miage et de Bérenger et les montagnes qui forment la vallée de l'Arve.
Au-dessous du col s'étend la partie centrale du glacier de Trélagrand', vulgairemeut appelé le glacier de Trélatête, et, entre les Aiguilles de Miage et de Trélatête, le Mont-Blanc se dresse à une grande hauteur.
1 Pour gagner le glacier de Tréla-
dp: chamonix
A CORMAYEUR. [ROUTE 46]
grand', il est nécessaire de se diriger quelque temps à g. vers le Tondu, puis de tourner à dr. afin d'éviter les crevasses de la partie g. du glacier latéral qui descend du col. En un quart d'heure on atteint le glacier, qui est très-grand , et dominé par de nombreuses sommités : le Tondu, l'Aiguille du Glacier, l'Aiguille de l'Allée-Blanche, l'Aiguille de Trélatête, le Mont- Blanc, les Aiguilles de Miage et de Bérenger; l'inclinaison augmente, mais les crevasses n'offrent aucune difficulté sérieuse, et l'on atteint, en une demi-heure environ, un second plateau. Quittant alors le centre du glacier que l'on a suivi jusque-là, on se dirige en diagonale vers la moraine latérale dr. On sort du glacier à 1 h. environ du col, et, eu une demiheure, on descend au pavillon de Trélatête (on peut y coucher au besoin), d'où l'on découvre une vue admirable sur la partie inférieure du glacier et sur la vallée de Montjoie. 1 h. suffit pour aller du pavillon aux Contamines (5 h. du col de la Seignc; 6 h. euv. en sens inverse).
Le 28 août 1864, M. Mathews avec les guides Michel Balmat et Jean Carrier, aprcs avoir passé la nuit dans un chalet situé entre le lacCombal et le Col de la Scigne , partirent à 5 h. 30 min. avec l'intention de gravir l'Aiguille de Trélatête, et de descendre par le glacier du même nom au pavillon de Trélatête. Ils montèrent d'abord à la moraine médiane du glacier de l'AlIée-Blanche sur laquelle ils s'avancèrent pendant quelque temps sans difficulté , mais le glacier devint si crevassé qu'ils n'en atteignirent qu'à 1 h. 45 min. le plateau supérieur. La , ils virent devant eux un amphithéâtre de névé presque uni , borné à l'E. par l'Aiguille de Trélatête. Au-dessous du pic le plus septentrional, s'ouvrait un col bas qu'ils atteignirent facilement à 2 h. 25 min. Dos rochers escarpés, mais d'un accès facile, les séparaient du sommet de l'Aiguille dont ils ne
purent pas tenier l'ascension à cause de l'heure avancée. A 3 h. ils commencèrent à descendre le glacier secondaire qui aboutissait sur le plateau supérieur du glacier de Trélatête; mais ce glacier était si escarpé et si dangereux qu'ils n'atteignirent qu'à 6 h. 30 m. le glacier de Trélatête.
Force leur fut de bivouaquer sans souper à 8 h. 10 m. sur les rochers de l'Aiguille de Bérenger. Le lendemain ils se remirent en route à 4 m.
15 m., et ils atteignirent à 6 h. 40 h. le pavillon de Trélatête'.
Ên 1864, MM. Reilly et Whymper, avec les guides M. Croz, H. Charlet et M Payot, ont fait en 9 h. 45 min. l'ascension de 1 Aiguille de Trélatête.
Ils av aient bivouaqué sur le mont Suc, à plus de 3200 mèt. (5 h. 15 min. de Cormayeur) , et ils vinrent coucher aux Motets par le col de la Seigne.