‹ Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, de la vallée de Chamonix et des vallées du PiémontChapitre 291 sur 865 · ASCENSION DU GRAND DOLDENHORN · texte numérisé non relu

ASCENSION DU GRAND DOLDENHORN

9 h. — Course pénible et dangereuse, qui ne mérite pas d'être recommandée. — Des guides et toutes les précautions sont indispensables.

Les détails suivants sont empruntés à la relation de MM. Abraham Roth et Edmond de Fellenberg, qui ont gravi les premiers le Grand Doldenhom, avec les guides Lauener, Bischof, Gaspard Blatter de Meiringen , Gilgian Reichen de Kandersteg et Christian Ogi (Doldenhom und Weisse Frauy Coblentz, 1863). Cette ascension, d'après leur conseil, ne doit être tentée que par des montagnards éprouvés, et dans des conditions qui ne se reproduisent même pas tous les ans; c'est-àdire lorsque l'hiver a été assez rude pour jeter de solides ponts de neige sur les crevasses, et lorsque la chaleur du soleil n'est pas assez grande pour faire descendre des avalanches des flancs du Petit Doldenhom. Nous analysons brièvement leur expedi- |

tion, à titre de tour de force qui ne doit pas être renouvelé.

Partis le 30 juin 186?, à 2 h. du matin, ils traversèrent une forêt à la base du Fisistock , puis montèrent, par un ravin, à Valpe Beyberg, d'où il leur fallut gravir les rochers escarpés qui la dominent et s'inclinent à l'Envers le lac d'Œschlnen. A 4 h., ils quittèrent ce plateau pour s'élever sur des pentes couvertes de débris, ayant à dr. une des extrémités inférieures du glacier de Dolden, à g., un groupe de rochers, semblables de loin à des colonnes basaltiques et dominés par le Spitzstein. A 4 h. 45 min., ils étaient au pied de cette montagne, formée de calcaires en décomposition qui tomberont un jour dans le lac d'Œschinen qu'on aperçoit à ses pieds, à une profondeur immense. De la seconde terrasse , sur laquelle ils débouchèrent , à 6 h. ko min., on jouit d'une vue admirable sur les deux pyramides blanches de neige du Petit et du Grand Doldenhom. A 7 h. Us entraient sur le glacier; là commencèrent les difficultés et les dangers de l'ascension; il leur fallut en effet gravir un mur à pic à l'aide de l'échelle, puis traverser des amas de neige qui recouvraient de profondes crevasses. Vers 9 h. ils durent franchir une crevasse que remplissent souvent les avalanches du Petit Doldenhom ; à 9 h 40 min. ils se trouvaient sur la partie supérieure du glacier, où les crevasses, bien que nombreuses, no/ïrent ni difficultés ni dangers, ils purent, en conséquence, abandonner leur échelle ; mais en revanche la pente devint de plus en plus roide, et ils durent monter en zigzags daus la neige où ils enfonçaient parfois jusqu'au genou. A lo h. 10 min., ils avaient atteint l'arête qui relie les deux montagnes, et il ne leur restait plus qu'à gravir la pyramide terminale, ce qui ne leur demanda qu'une heure environ il h. de marche).

Le sommet du Grand Doldenhom (3647 mèt.) n'est qu'une étroite arête dominant presqu'à pic d'effroyables abîmes, surtout du côté du lac d'Œschinen, dont la nappu immobile s'étale à 3059 mèt. de profondeur verticale. Le panorama qu'on y embrasse ne peut se décrire ; on découvre en effet un monde de glaciers, de rochers, de montatagnes; on voit la chaîne colossale qui s'étend du glacier dcTschingel à la Jungfrau, la vallée du Rhône, toute la chaîne du Valais méridional, le Mont-Rose, le Matterhorn, le Weisshorn, le Mont-Blanc, etc. Il ne fallut que 5 h. 20 min. aux hardis et heureux touristes pour descendre à Kandersteg.

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