LE COL SESIA
quand la neige n'est pas encore fondue sur les rochers les plus élevés. »
MM. H. B. George et Moore étaient accompagnés par Christian Aimer, de GrindelwaJd, un des guides les plus courageux et les plus habiles des Alpes, et par Matheus zum Ttugwald, de Zermatt. Nous leur empruntons les détails suivants (Alpine Journal). Ils ne mirent pas moins de 18 h. pour se rendre des chalets qui se trouvent à 2 h. 45 min. d'Allagna à l'hôtel dn Riffel ( t h. SO min. à 2 h. de Zermatt). On doit donc compter 22 h. env. pour aller d'Allagna à Zermatt.
MM. George et Moore quittèrent Allagna à 2 h. 15 min. du matin. 2 h. 30 à 2 h. 45 min. leur suffirent pour atteindre un groupe de chalets situés sur la rive g. de la Sesia, au pied du Turlo, presque en face de la PileAlp qui se trouve sur la rive opposée ; le temps étant incertain ,ils passèrent la nuit dans ces chalets et se remirent en route le lendemain, à 2 h. 30 min.
du matin. A 4 h. 30 min. ils avaient dépassé les derniers chalets de la vallée et la région des rhododendrons où ils s'enfonçaient souvent jusqu'au genou; à 5 h. 45 min., après avoir gravi des pentes pierreuses assez roides, ils déjeunaient sur la moraine du glacier de Sesia. Ce glacier, qui n'est pas désigné sous ce nom dans la carte de l'état-major suisse .est compris entre la chaîne qui relie, au N. E. , la Signalkuppe au Monte délie Loccie et Taré te qui rattache la Parrotspitze à la pyramide de Vincent. Bien que de dimensions assez restreintes, si on le compare aux montagnes colossales qui le circonscrivent, il donne naissance à une des rivières les plus importantes de la plaine du Piémont, la Sesia. Le glacier, traversé dans la direction de la Parrotspitze, MM.
George et Moore commencèrent à gravir les rochers qui forment les pentes de cette montagne. A mesure qu'ils montaient ils découvraient une vue de plus en plus grandiose sur les montagnes, les vallées, les lacs et la plaine de l'Italie septentrionale. Pendant 2 h. aucune difficulté sérieuse
ne les arrêta à travers des blocs de rochers assez semblables à ceux du col du Géant , quand on y monte de Cormayeur. A ces roches succédèrent, pendant 30 min. ,des pentes de neige abrupte*, au sommet desquelles eut lieu une seconde halte, sur un groupe de rochers, d'où l'on jouissait d'un panorama splendide.
« Nous reprîmes notre marche, disent-ils, et nous gravîmes des pentes de neiges inclinées à 42 degrés, qui finirent par se transformer en une arête semblable au tranchant d'un couteau, dominant d'un côté un précipice et dominée de l'autre par un versant escarpé; puis cette arête cessa au pied d'un contre -fort rocheux qui se relevait vers le sommet de la Parrotspitze.... Après quelques minutes d'ascension nous commençâmes à désespérer du succès; au-dessus de nous se dressait un rocher poli , peu élevé, mais surplombant et n'offrant, fût-ce aux griffes d'un chat, aucune espèce de point d'appui ; à dr. les difficultés étaient plus insurmontables, à g.
s'ouvrait dans le roc une fente d'une profondeur redoutable. » Grâce au sang-froid, à la résolution et à l'adresse d'Aimer, ils se tirèrent de ce mauvais pas en franchissant, au risque de leur vie ,1e gouffre ouvert sur leur g., tant le rocher qui dominait le précipice offrait peu de points d'appui aux pieds et aux mains. De nouvelles difficultés se présentèrent ensuite ; il fallut abandonner de nouveau l'arête pour s'engager sur de grandes pentes de glace, conduisant au pied du couloir presque perpendiculaire qui sépare la Parrotspitze de La Signalkuppe; mais ce couloir semblait tellement impossible à gravir, tellement exposé aux avalanches, le trajet sur les pentes de glace devait être si long, qu'après avoir taillé une vingtaine de degrés, Aimer donna l'ordre de rebrousser chemin et de revenir sur l'arête.
« Cette arête, dit M. George dans une note adressée à M. Dali, se composait alors de roches extrêmement escar-