‹ Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, de la vallée de Chamonix et des vallées du PiémontChapitre 405 sur 865 · LE FORT DE JOUX · texte numérisé non relu

LE FORT DE JOUX

vièrei (42ô hab.), il traverse le plateau ondulé de la Chaux d'Arlier.

439 kil. Frasne, v. de 977 hab., Uati à dr., prèsd'un étang de 66 hect., sur la route de I.ons-ie-Saunier à Pontarlier que Ton croise au sortir de la station.

444 kil. La Rivière, v. de 673 hab.

bâti à dr. près d'un étang, traversé par le Drugeon, possède une église du xrv* s. — On franchit le Drugeon pour se diriger vers le N. 0. en longeant à dr. la chaîne du Laveron, dont les sommets boisés attirent depuis longtemps la vue. Le Signal de la Planée domine le Bois de la Bourgeoise, à 1051 met., mais le point culminant de la chaîne atteint 1120 mèt. A g-, le Drugeon décrit de nombreuses courbes à travers des tourbières.

456 kil. Pontarlier (hôt. : de la Poste, du Lion-d'Or), ch.-l. d'arrond.

de 4909 hab. , une des plus anciennes villes delà Franche-Comté , est située à 870 mèt. sur le Doubs, et à l'entrée de la gorge de la Cluse, l'un des principaux défilés du Jura. Les branches les plus importantes de son industrie sont la distillerie de l'absinthe, la boissellerie et l'horlogerie. — Le boulevard, imitation en petit de la porte Saint-Martin, à Paris, a été construit par l'architecte d'Arçon, de Pontarlier. — L'église n'a aucune valeur architecturale (à l'intérieur , beau tableau de la Vierge et saint Bernard). — Vhospice se recommande par sa position sur les bords du Doubs. — V hôtel de ville, batien 1832, est massif et lourd.

De Pontarlier à Lausanne par Joogne, R. 12; — au Locle, R. 113 ; - à Yverdun par Sainte-Croix, R. 114.

Au sortir de Pontarlier, le chemin de fer, se dirigeant d'abord vers le S. E. , remonte la vallée du Doubs, eu côtoyant à dr. la base d'une chaîne de montagnes, dont Tune des cimes, la Fauconnière, atteint 1033 mèt.

d'alt. En face du village de la Cluse

(390 hab.), qu'on laisse à g., on franchit le Doubs, et, décrivant une forte courbe , on vient passer au pied du rocher isolé, d'environ 200 mèt. de hauteur, dont le sommet porte le château de Joux.

De la maison de Joux , le château de ce nom passa successivement, parles femmes, dans les maisons de Blonay, de Vienne et de Neuchàtel. En 1476, il appartenait à Charles le Téméraire. Le sire d'Arbon , auquel le duc de Bourgogne en avait confie la garde, le livra au roi de France LouisXIpour 14O00 écus, et les Bourguignons, attachés à Maximilien, le reprirent en 1507. En 1639, j1 se rendit à Weimar, après quinze jours de tranchée ouverte. Conquis lors de la première soumission de la Franche-Comté, il fut restitué à l'Espagne par le traité d'Aix-la-Chapelle, en 1668, et, dix ans après, rendu à la France par le traité de Nimêgue. Le 1" janvier 1814, les Autrichiens le bombardèrent inutilement; mais, dix-sept jours après, le commandant Roubeaud capitula. En 1815, le brave commandant Hivel, assiégé par le» Suisses, prouva que la place était imprenable quand on la défendait avec courage et constance. Cependant les traités de 1815 faillirent l'enlever à la France. Le roi de Prusse la réclama, et, sans Ja fermeté du prince de Talleyrand, il 1 eût obtenue. Depuis, on l'a reconstruite en partie et agrandie.

C'est dans le donjon du fort de Joux, ce nid de hiboux égayé par une compagnie d'invalides, comme il l'appelait, que Mirabeau expia longtemps les folies de su jeunesse. Plus tard, l'infortuné Toussaint Louverture, le Spartacus de Saint-Domingue, vint y finir ses jours dans une humide casemate qui recevait à peine, par une étroite croisée, quelque lumière d'un ciel sombre, couvert des brumes du Jura. Après Toussaint, ce fut lu tour du marquis de Rivière, victime d'une réaction politique ;du général Dupont, que Napoléon y punit de la capitulation de Baylen ; du cardinal Cavalcbini, ancien gouverneur de Rome; du poète Kleist; et enfin d'un grand nombre d'autres malheureux. Aujourd'hui cette ancienne prison d'État renferme seulement la garnison, qui, selon Raoul Rochette, n'a plus d'ennemis à garder ou à combattre, si ce n'est peut-être l'ennui. Du donjon, on découvre une belle vue. Le grand puits a 145 mèt. de profondeur.

D'une petite esplanade, qui se trouve

DE PARIS A BERNE

entre le donjon et le magasin à poudre, on jouit d'une belle vue sur la vallée de la Morte, que côtoie le chemin de fer jusqu'à la frontière. On remarque surtout, à l'entrée de la vallée, l'église isolée de Saint- Pierre de Cluse; sur la dr., en avant de la quatrième chaîne du Jura, la chapelle de Montpetot, abritée par un tilleul gigantesque dont le tronc a plus de 5 mèi. de circonférence. C'est de cette esplanade que les Autrichiens précipitèrent les canons de la forteresse en 1814.

pendant ces dernières années, d'importantes améliorations ont été faites aux diverses parties du fort de Joux. Nous signalerons: la construction de la tour du Diable et l'achèvement de la couronne de la cinquième enceinte, dont on avait commence la reconstruction en 1833.

Le fort de Joux a été aussi l'objet de plusieurs légendes ou chroniques intéressantes. L'une d'elles rapporte que Berthe de Joux, ayant oublié son époux Amaury, qui s'était croisé, pour donner son cœur à Amé de Montfaucon, fut surprise en flagrant délit par son mari outragé, qui la tint enfermée jusqu'à sa mort dans une étroite cellule où elle pouvait à peine se tenir à genoux.

Ed face du chAteau de Joux, au N., sur l'emplacement de l'ancien château de la Cluse , le génie militaire a construit un petit fort; un blockhaus et un mur crénelé défendent en outre le fond de la gorge du Chauffaud, que traverse la route de terre. Un sentier en zigzag , longeant le mur crénelé , monte a ce fortin, plus haut de 30 met. que le fort de Joux, et d'où l'on aperçoit les lacs de Saint- Point et de Remoray.

Au delà du fort de Joux, le chemin de fer croise la route de Pontarlier à Jougne (R. 12), sur laquelle on laisse, à dr., le hameau de Frambourg. Ou voit, à g., l'église de Saint-Pierre de Cluse, près de la route de terre et de la rive dr. de la Morte, petite rivière que le chemin de fer franchit plusieurs fois , avant de traverser des tranchées taillées dans le roc.

A 11 kil. de Pontarlier, on laisse à g. les T>rnV?re* de France ou de Joux , v. de 676 hab., en deçà et au delà duquel on franchit encore la Morte. A

peu de distance de ce village, on sort de France pour entrer en Suisse (canton de Neuchâtel).

467 kil. Les Verrières suisses (hôt.

la Balance), v. de 1850 hab. (1524 réf.), est situé à 933 mét. — On peut visiter au S. les grottes de la Coteaux-Fées. La plus remarquable est la grotte connue sous le nom de temple des Fées, d'où l'on peut gagner Motiers par le moulin d'Enfer et la vallée des Buttes.

Au Locle par les Ponts, R. 115.

Le Cret des Verrières dépassé, le chemin de fer traverse le col des Verrières et atteint son point culminant, c'est-à-dire 940 mèt. d'altitude. Il s'est élevé de 103 mèt. à partir de la station de Pontarlier. On domine à dr.

la route de terre, qui, à l'extrémité de la vallée, près des ruines d'une tour romaine, dont la construction a été attribuée à Jules-César, traverse le défilé de la Chaîne, ainsi nommé parce qu'il fut fermé par une énorme chaîne, à l'époque de la guerre de Bourgogne, pour arrêter l'artillerie de Charles le Téméraire , et , lors des guerres de la fin du siècle dernier, pour arrêter l'artillerie des armées révolutionnaires. Au delà de ce défilé, la route de terre descend par une magnifique galerie de 20 mèt. de longueur, taillée dans le roc, au fond d'un petit vallon dans lequel la Reuse prend sa source , près de Saint-Sulpice, v. de 561 hab. réformés.

Cependant le chemin de fer s'engage dans un tunnel de 305 met. de longueur. Quand on en sort, on aperçoit, sur la dr., au fond de la vallée, quelques maisons de Fleurier et le souterrain dans lequel passe la route de terre. Mais à peine a-t-on eu le temps de contempler ce curieux passage que le convoi entre dans un second tunnel, long de 257 mèt. Au sortir de ce tunnel, les regards sont sollicités dans un si grand nombre de directions, que l'attention ne sait sur quel point s'arrêter. On revoit en même

[ROUTE 1 i 1] FLEURI ER. — MOTIERS. — TRAVERS. 389

temps Saint-Sulpice et Fleurier, la route de terre, les deux viaducs sur lesquels on va passer et l'entrée du souterrain de Fleurier. Ces deux viaducs, la Prise Milord et Huguenay, ont, Je premier, 87 mèt., le second 103 mèt. de longueur et une hauteur de 30 mèt. Quant au souterrain de Fleurier, sa longueur est de 546 mèt.

Au débouché de ce tunnel, on se trouve dans la partie supérieure du Val de Travers, une des plus jolies vallées du Jura. Partout où la vue peut s'étendre, on n'aperçoit que des prairies et des sapins, à travers lesquels apparaissent quelques rochers. De belles et élégantes maisons, que Ton est étonné de trouver à une pareille hauteur, dans une solitude si peu propre à la culture, se groupent sur certains points ou s'échelonnent le long de la route de terre. L'industrie et le commerce ont en effet enrichi les habitants de cette vallée qui ne produit que du bois et des pâturages.

477 kil. Boveresse, v. de 441 hab.

réf. La station dessert à la fois Fleurier (hôt. la Couronne), v. de 2661 hab. (214 cath.), — un des centres principaux de l'industrie neuchâteloise (on y fabrique environ 10000 montres par an), d'où part une route conduisant à Yverdun par Sainte- Croix (R. 1 14) — et (30 min.) Motiers (hôt. Maison Commune), v. agricole et industriel de 1776 hab. réf. (horlogerie, fabrication de dentelles et d'extrait d'absinthe). — On découvre une belle vue du château, situé au sommet d'un rocher,- ancienne demeure des barons de Travers, et qui sert aujourd'hui de prison. Au-dessus du château , non loin d'une cascade, s'ouvre une grotte très-profonde.

Ce fut à Motiers-Travers que Jean- Jacques Rousseau, banni de Genève, vint chercher un asile, et qu'il écrivit ses célèbres Lettres de la Montagne. Après deux ans et demi de séjour et huit mois d'une constance inébranlable à souffrir les plus cruels tourments, dit-il dans ses Confessions

(part. II, liv. XII, 1765), il se vit obligé de le quitter et d'aller habiter l'Ile Saint- Pierre, parce que le peuple, le regardant comme l'Antéchrist, et voyant toutes ses clameurs inutiles, parut enfin vouloir en venir aux voies de lait , brisa pendant la nuit les fenêtres de sa maison (que Ton montre encore aut voyageurs) , et l'empêcha d'y vivre désormais avec sûreté et avec honneur.

A 2 kil. env. de Boveresse on décrit vers le S. une courbe de laquelle on contemple le Val de Travers sous ses plus beaux aspects ; puis on franchit un ruisseau sur un viaduc de 114 mèt. de longueur.

481 kil. Couvet(hôt. del'tfcu), v, de 1981 hab. réf., situé sur la Reuse, qui le divise en deux parties, est la patrie du célèbre mécanicien Ferdinand Berthoud, inventeur d'une montre marine, mort en 1807. Les habitants de Couvet se livrent à la fabrication et au commerce des dentelles.

484 kil. Travers, v. de 1982 hab.

réformés, agriculteurs et industriels, possède un château , bâti à 729 mèt.

Au Locle par les Ponts, R. 115.

Le chemin de fer croise la route de terre, et, la longeant à g., se dirige pendant 1 kil. vers leN. pour reprendre ensuite la direction du N. E. Dominé à g. par des pentes rocheuses,, il domine a dr. la vallée de la Reuse trop marécageuse sur ce point On aperçoit au S. E. une montagne remarquable appelée le Creuxdu-Van ou Vent (1465 met.).

Cette montagne forme une haute terrasse dans laquelle se trouve une échancrure en forme de fer à cheval.

La circonférence de ce creux, prise en marchant autour de son bord supérieur, est de 2833 pas; sa profondeur de 300 mèt. environ. Le bruit d'un coup de fusil s'y répercute de proche en proche tout autour de la circonférence avec une variété , une force et une durée surprenantes.

Quelquefois, lorsque le temps doit

DE PARIS

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