‹ Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, de la vallée de Chamonix et des vallées du PiémontChapitre 581 sur 865 · ROUTE 191] . HABSBOURG. — BRUGG · texte numérisé non relu

ROUTE 191] . HABSBOURG. — BRUGG

conquise par les Bernois, en 1415, surprise, pillée et incendiée, en 1444, par les ennemis des Bernois et des Confédérés, Thomas et Hans de Falkenstein et Hans de Baldeck ; — surnommée la Bourgade des Prophètes, dit Lut/, parce que, depuis la Réformation, un grand nombre de ses bourgeois se sont voués à la carrière ecclésiastique. — Patrie des historiens Thûring et Frickard, des chroniqueurs Etterling et Eglof, de Zimmermann, auteur d'un ouvrage sur la Solitude. La tour noire, restaurée au xv* s. , date de la domination romaine. — Un beau pont d'une seule arche, de 23 mèt. d'ouverture, y traverse l'Aare.

La contrée qui environne Brugg offre un grand intérêt, au double point de vue de la géographie et de l'histoire. En effet, c'est dans une plaine située à une courte distance de ses murailles que les trois principales rivières de la Suisse, la Reuss, la Limmat et l'Aare, grossies de toutes les eaux qui descendent du revers septentrional des Alpes, du Jor.it et du Jura, se réunissent en une seule rivière pour aller se jeter à Coblenz dans le Rhin.

Près de la jonction de ces rivières, sur la langue de terre triangulaire qui sépare l Aare de la Reuss, s'élevait autrefois Vindonissa, l'un des établissements commerciaux et militaires les plus importants des Romains dans lHelvétie, car elle leur servait de place d'armes et de boulevard contre les peuplades germaniques.

Bien que cette ville fameuse s'étendît

sur un espace de 4 lieues env., du N. au S., il n'en reste pas une seule ruine. Détruite par Attila, au v s. .

puis en 594, pendant le règne du roi frank Childcbert, elle est depuis des siècles complètement enfouie sous les décombres. Des traces de l'amphithéâtre et des prisons, un aqueduc souterrain qui traverse le Birrfeld, des fondations de murailles, des débris de poterie, quelques inscriptions et quelques médailles : voilà tout ce qui en est parvenu jusqu'à nous. Son nom seul subsiste encore. On appelle Windisch le village situé sur l'éminence qui domine le confluent de la Limmat, de la Reuss et de l'Aare.

A 20 min.

env. au S. £.

de Brugg, on voit encore l'ancienne abbaye de Kœnigsfelden (le champ du roi), fondée, en 1310, par l'impératrice Elisabeth et par Agnès, reine de Hongrie, à l'endroit mè-

Chàteau de Habsbourg.

me où , en 1308, leur

époux et père, l'empereur Albert, avait été assassiné.

A la nouvelle de l'insurrection desWaldststten ou cantons forestiers (R. 168), en 1309. l'empereur Albert, hors de lui, jura de tirer une vengeance éclatante de ses sujets rebelles. Il rassembla des troupes, et, suivi d'un grand nombre de seigneurs et de nobles, il se rendit dans l'Argovie; mais Jean d'Autriche , son neveu et son pupille , auquel il refusait depuis longtem s son patrimoine , prêta l'oreille aux conseils criminels de quelques-uns de ses compagnons , et, avec les seigneurs d'Eschenbach , de Tegerfeld , de Wart et de Balm, résolut de se venger de sa propre main. Arrivés près de Brugg , en face du château de Habsbourg, les conjurés proposèrent à Albert de traverser la Reuss

DE RTLE

A zurich. [route 191]

sans suite, afin de ne pas surcharger le bateau ; et, aussitôt qu'ilseurent débarqué de l'autre côté, Jean d'Autriche lui porta un coup de lance dans la gorge en criant : «• Voici le salaire de l'injustice ! » Balm lui passa son épéo au travers du corps, et Walther d'Eschenbach lui fendit la téte du revers de la sienne ; mais de Wart ne le blessa point. Us se regardèrent alors avec effroi, et se séparèrent à l'instant pour toujours. L'empereur expira entre les bras d'une pauvre femme qui se trouvait par hasard sur le chemin.

Ce crime répandit l'épouvante partout.

Zurich ferma ses portes ouvertes depuis trente ans ; toutes les villes levèrent des troupes et prirent des mesures de défense; les WaldsUetten eux-mêmes, qui avaient tout à gagner par la mort de leur plus cruel ennemi, bâtirent a la hâte la tour de Stanstard, et plantèrent des palissades sur les bords du lac.

Cependant le fils et la fille d'Albert (Léopold et Agnès , veuve d'un roi de Hongrie), poursuivirent avec un acharnement sans bornes les amis et les parents des conspirateurs, rat me ceux qui n'avaient eu aucune part a ce crime. Le nombre des victimes s'éleva, à ce que dit Millier, à plus de milh\ Agnès surtout se signala par sa cruauté. On dit qu'à Fahrwangen (R. 194), voyant couler à ses pieds le sang de soixante -trois chevaliers innocents, elle s'écria : » Je me baigne dans la rosée de mai. » En vain , l'épouse du chevalier Rodolphe de Wart embrassa ses genoux et les arrosa de ses larmes pour obtenir la grâce de son époux. Il fut roué vif et exposé encore vivant à la voracité des oiseaux de proie. Walther d'Eschenbach vécut trente-cinq ans sous l'habit de berger dans le Wurtemberg , et ne se fit connaître qu'à l'instant de sa mort. Quant au duc Jean, il passa en Italie , déguisé en moine; on le vit à Pise, mais il disparut ensuite.

Sa vengeance assouvie , Agnès vécut cinquante ans dans le couvent de Kœnigsfelden, qu'elle avait construit avec la fortune des auteurs réels ou supposés de l'assassinat de son père.

« En cette abbaye, écrivait Montaigne, en 1580, il y a des miches de pain toutes prêtes et de h soupe pour les passants qui en demandent, et jamais n'eu y a nul refusé de l'institution de l'abbaye. » Déjà à cette époque, les deux couvents qui en

dépendaient, l'un de clarisses, l'autre de frères mineurs, avaient été sécularisés ( I fv28) et transformés en hôpitaux par le gouvernement Bernois, qui les possédait alors.

L'église de Kœnigsfelden, où, depuis 1826, un chapelain célèbre le service divin, est nue et dépouillée de tous ses ornements; elle n'a pas même conservé son ancien autel, qui en fut enlevé et transporté à Wettingen à l'époque de la Réformation.

Les vitraux représentent, avec tout Tait du xiv* s., la tragique histoire d'Albert et de sa fille, et les murailles sont décorées d'une longue suite de portraits des chevaliers tuls à Sempach et du duc Léopold, leur chef.

De cette église , on entre dans une vaste salle, dont le pavé n'est formé que de pierres tumulaires. Là sont déposés ces fidèles alliés de l'Autriche, ces braves et infortunés gentilshommes qui s'immolèrent pour sa cause à Morgarten , à Serapach et ailleurs. . . Au centre s'élève une espèce d'autel en marbre noir et en forme de catafalque, entouré d'une balustrade de bois. L'inscription allemande qui s'y lit, contient les noms de neuf princes et princesses de la famille impériale, déposés jadis dans le caveau creusé au-dessous. .. Mais ce caveau est maintenant vide. Les corps, retirés en 1770, par l'ordre de Marie-Therèse , furent transportés au monastère de Saint-Biaise, dans la Forêt- Noire , d'où la Révolution les chassa. Ils reposent aujourd'hui au couvent de Saint-Paul en Carinthie.

De Urugg à Luterne, R. t»5.

On franchit la Reuss sur un beau pont à treillis.

20 kil Tùrgt\ petit village situé sur la rive g. de la Limmat.

A g. , embranchement de Waldshot. SchafihouseetaàleR. 197).

On remonte la vallée de la Limmat dans la direction du S. E. A g. s'étendent les coteaux du Siggenthal.

25 kil., 2. Badeti (hôt. : Waagt, Lœtcey Bahnhof, Engel), ch.-l. du district et du cercle de ce nom, petite V. de 2922 hab. (dont 734 réf.).

[ROUTE 191] KŒNIGSFELDEN. ~ BADEN.

à 383 mèt. , entourée de murailles et resserrée dans un défilé étroit, sur la rive g. de la Limmat, que traverse un pont couvert.

Les eaux minérales de Baden furent connues et fréquentées par les Romains, qui les appelèrent Thernuv HelrettCtV, et qui bâtirent dans les environs un château fort, nommé Castellum Thermarum, où ils entretenaient toujours une légion. Des ruines, des médailles, des ustensiles de tout genre, attestent leur présence. D'après Ebel, la figure que l'on voit dans les bains publics sur une colonne, et que, depuis le temps des Franks, on a gratifiée du nom de sainte Vérène et du titre de patronne des bains, n'est autre chose qu'une /m. Les Therma? Helvetica? furent détruites par Cccinna et la légion Rapax. Reconstruite au moyen âge, la ville actuelle ne fut longtemps qu'une forteresse importante , connue sous le nom de Rocher de Baden (Stein su Baden), et dont on voit les ruines sur une éminence voisine. Les ducs d'Autriche y établirent le siège de leur gouvernement. et y résidèrent souvent, pendant tout le temps que la Suisse leur appartint. Cette forteresse semblait pourtant leur porter malheur. En 1308, le roi Albert y reunit ses troupes avant d'aller se faire assassiner à Brugg ; en 1315 et en 1386, le duc Léopold I*r et le duc Léopold II y préparèrent leurs désastreuses expéditions de Morgarten et de Sempach (V. ces deux motsV enfin, au mois de mai 141n, les Confédérés s'emparèrent du château, le brûlèrent et le démolirent; puis, ils en établirent un autre à cAté pour servir de résidence aux baillis que chaque canton devait envoyer tour à tour dans ce bailliage commun aux cantons de Berne, de Zurich et de Glaris. Bade fait partie du canton d'Argovie.

Parmi ses édifices publics, on remarque : — V Hôtel de ville, où, à dater de 1426, se tinrent les diètes

de l'ancienne Confédération suisse, et où, en 1714, le prince Eugène de Savoie, en qualité de plénipotentiaire de l'empereur et de l'empire germanique, et le maréchal de Villars, pour la France, signèrent le traité de paix qui mit fin à la guerre de Succession ; — les églises calh. et réf. ; — deux couvents; — Yhôpital , fondé, au xvi* s., par l'impératrice Agnes; — un petit théâtre, etc. — Les principales ressources des habitants sont l'agriculture, le commerce des vins, un transit considérable, mais surtout Les Bains (hot. : Stadthof, le meilleur, Rabe, Schiff, Oc/w, Limmathof, Freihof, Verenahof), situés sur les deux rives de la Limmat, à 10 min. environ au-dessous ou au N.

de la ville, et fréquentés pendant les mois d'été, de juin à septembre, par un grand nombre de baigneurs ou de malades, et principalement par des Suisses. Ceux de la rive g. s'appellent les grands bains, parce qu'ils contiennent trois cents chambres de bains; ceux de la rivedr. ne comptent que trente-six chambres et se nomment les petits bains (hôt. : Stem, Engel, Rebstock, Hirsch). En mémoire des bienfaiteurs du fonds des pauvres, qui monte à une trentaine de mille francs, le gouvernement argovien a fait élever, en 18*23, une colonne de marbre jaune, sur laquelle sont gravés leurs noms.

L'eau de Baden, thermale, saline , connue dès l'époque romaine, émerge d'un terrain calcaire mêlé d'argile, de dolomie et de houille. On compte environ 22 sources, dont o dans le petit bain et 16 dans le grand bain, qui débitent en 24 h. 10454 hectol. On distingue les sources de la Limmat, de Sainte- Vérène, du Statdhof , etc. La température varie, suivant les sources, de 50- (source du Stadthof) à. 4i*,7 (source de Sainte -Verène). C'est une eau limpide, incolore, qui dégage dans le verre des bulles nombreuses ; elle a une saveur douceâtre, avec arrière-goût salé et légèrement sulfureux, et une odeur sulfureuse prononcée au grillon. Le principe sulfureux, probablement de l'acide tulfhy-

DE EALE

A ZURICH

drique libre, se dissipe rapidement au contact de l'air, et on n'en trouve pas trace à l'analyse. On emploie l'eau de Baden en boisson, en bains d'eau et de vapeur, et en douches.

Cette eau, légèrement laxative à la dose de 2 à 7 verres, n'agit pas ainsi chez tous les malades, et l'on est quelquefois obligé d'assurer son effet par le mélange d'un sel purgatif. Elle est diurétique , sudorifique et résolutive. On l'emploie surtout dans les affections goutteuses ou rhumatismales, dans certains engorgements des viscères, dans certaines maladies de la peau et des voies aériennes , ainsi que chez les scrofuleux. Elle détermine ordinairement la fièvre thermale, qui cède facilement, et une sorte de poussée.

Les promenades les plus agréables que Ton puisse faire aux environs de Baden, sont : au château, sur les bords de la Limmat; — à la propriété Baldinger: — au h'reusberg (15 min);

— au-dessus de Vœltwyl (30 min.);

— sur la Baldegg (1 h.), aub. (572 mèt.) et belle vue des Alpes (panorama de F. Schmid) ; — au chaos appelé Teufelskcller (15 min.); — sur la Lrgern-Hochwachl , haute de 856 mèt. (2 h. 30 min.), etc.

De Baden àLucerne, R. 195.

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