FLEUVES ET RIVIÈRES
Aucun pays de l'Europe n'est proportionnellement plus riche en eaux que la Suisse. Outre le nombre incalculable des torrents produits par la fonte des neiges et des glaces, des sources abondantes sortent, pour ainsi dire, de terre à chaque pas. Toutes ces eaux, réunies en ruisseaux et en rivières, vont alimenter quatre grands fleuves : le Rhin, le Rhône, le Pô et le Danube, qui se jettent : le Rhin dans l'océan Atlantique, le Rhône dans la Méditerranée, le Pô dans ta mer Adriatique, et le Danube dans la mer Noire.
Le Rhin, en allemand der Rhein (de Rhen, ren, mot celtique signifiant qui coule), en latin Rhenus, en goth Rino, Rinno, ce fleuve célèbre que les Romains désignaient déjà par l'épithète de superbe, se forme, dans le canton des Grisons, de la réunion de trois bras connus sous le nom de Rhin Antérieur, Rhin du Milieu et; Rhin Postérieur.
Le Rhin Antérieur (Vorderrhein) sort du petit lac Toma, enfermé dans une cavité du mont Badus (2351 mèt.); près de Ghiamut, il fe^oit le Rhin de Cornœra et le Rhin du Kaemer ou Gaemerthal, et, a Dissentis (1111 mèt.), il mêle ses eaux à celles du Rhin du Milieu
INTRODUCTION
(Mittelrhein) . qui, descendu du lac Dim, à l'O. du Lukmanier (2169 mèt.), et grossi par l'écoulement du lac Scur et divers torrents, vient de parcourir la vallée de Medels. De Dissentis à Reichenau, le Rhin Antérieur et le Rhin du Milieu réunis emportent avec eux environ soixante ruisseaux ou torrents.
A Reichenau (594 mèt.) ils se réunissent au Rhin Postérieur (Hinterrhein) qui, sorti du glacier du Rheinwald, au fond de la vallée de ce nom, à 1871 mètres, et au pied des monts Adula, Moschelhorn, Piz Valrhein , a déjà reçu treize torrents ou ruisseaux avant de traverser la Via-Mala et le Trou-Perdu, et parcouru, au-dessus de Reichenau, la belle vallée de Domleschg, où il se grossit de la Nolla, de VAlbula, de la rivière de Davos, et du Rhin de YOberhalbstein.
De Reichenau, le Rhin proprement dit (les trois Rhins réunis) coule à l'E. jusqu'à Coire, prend près de cette ville la direction du N., arrose toute la vallée qui porte son nom jusqu'au lac de Constance où il se perd, sort de ce lac à Constance, et, se dirigeant à l'O., traverse un second lac qu'il quitte à Stein ; puis descend à la ville de Schaflhouse, au-dessus de laquelle il forme la belle cataracte appelée la Chute du Rhin. De SchaflThouse à Bàle, il conserve presque toujours la même direction. Près de Coblentz, il reçoit l'Aare qui lui apporte, avec la Limmat et la Reuss, toutes les eaux des cantons de Fribourg, de Lucerne, d'Unterwalden, d'Uri, de Schwyz, de Zug et de Glaris, et une partie de celles des cantons de Vaud, de Neuchâtel, de Berne, de Soleure, d'Argovie, de Zurich et de Saint-Call, car son bassin s'étend de l'O. à TE., depuis le lac des Rousses jusqu'à la frontière des Grisons, et du S. au N., depuis le Saint-Gothard jusqu'au Rhin.
Au delà de Bàle (243 mèt.), le Rhin s'éloigne de la Suisse en prenant la direction septentrionale.
Le Rhône, en latin Rhodanus (de deux mots celtiques, r/io, ou rhod, course rapide, et dan, fleuve), en allemand die Rhône, la Rhône, en patois Rotten, ce fleuve, que les poètes anciens faisaient descendre c des lieux les plus secrets de la terre, du séjour et des portes d'une nuit éternelle, » est formé, sur le Saasberg, au pied de la Furka, par trois sources situées à 1700 mètres environ, appelées Rothen ou Rotte dans les environs, à cause du sédiment rouge qu'elles déposent. Ces sources, dont les eaux conservent une température constante de \k degrés et demi, ne gèlent jamais et ont un léger goût sulfureux, se réunissent bientôt, puis reçoivent le torrent du glacier du Rhône (V. ce mot), que quelques géographes considèrent comme la véritable source du fleuve. Se dirigeant d'abord au N. E., le Rhône