‹ Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, de la vallée de Chamonix et des vallées du PiémontChapitre 94 sur 865 · SOCIÉTÉS SAVANTES · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉS SAVANTES

Sur les 2 627 428 enfants reçus dans ces écoles, 922 820 enfants, ou plus d'un tiers, y sont à titre gratuit.

Près de 600 000 enfants restent encore complètement privés d' instruction, et beaucoup de ceux qui figurent sur les listes de l'école n'y allant que pendant deux ou trois mois de la mauvaise saison, oublient l'été ce qu'ils ont appris l'hiver. C'est parmi ces enfants abandonnés à l'ignorance que se recrutent plus tard les malfaiteurs.

Les associations littéraires, philosophiques, scientifiques sont anciennes et nombreuses en Suisse. Nous les indiquerons dans les chapitres de l'Itinéraire, consacrés aux villes où elles ont leur siège principal.

Parmi les recueils périodiques qui se publient en Suisse, il faut placer au premier rang la Bibliothèque universelle de Genève, revue mensuelle, historique, littéraire et scientifique. Les journaux sont très- nombreux, il en existe plus de deux cents : cent cinquante-cinq en allemand, quarante -cinq en français, cinq en italien et un en roman. La Feuille fédérale de la Suisse, qui parait à Berne, est le journal officiel. Elle publie les lois, les projets de loi et les actes des autorités fédérales.

S XIII. Sociétés fédérales.

La Confédération suisse ne forme pas une nation proprement dite ; elle se compose, en effet, de trois peuples qui, non-seulement ne parlent pas la même langue, mais qui n'ont ni les mômes mœurs, ni les mêmes idées, ni les mêmes besoins. En outre, de profondes dissidences politiques et religieuses mettent presque constamment en opposition et souvent en lutte la population de deux ou de plusieurs cantons, parfois aussi celle d'un seul canton. Heureusement, si vif, si puissant est, dans cette agglomération d'États hétérogènes, l'amour de la patrie commune, si forte est la nécessité où sont les confédérés de rester unis pour pouvoir se défendre contre les ennemis étrangers, que toutes ces causes de mort ne détendent pas même le lien fédéral qu'elles sembleraient devoir rompre. En outre, pour le resserrer chaque année, il s'est établi un grand nombre de fêtes fédérales, — tirs, concerts, expositions — qui se célèbrent périodiquement, tantôt dans une ville, tantôt dans une autre, et qui ont pour résultat principal de calmer bien des haines, de rendre possibles bien des concessions. Ces fêtes, dont les journaux indiquent la date longtemps à l'avance, intéresseront tous les étrangers. Elles offrent un caractère élevé et profondément national. Les Suisses ne sont pas sans défauts; ils en

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INTRODUCTION, ETC

possèdent surtout de fort désagréables pour les touristes; leur avidité, devenue proverbiale, va quelquefois jusqu'à l'indélicatesse; comme tous les peuples libres, ils sont souvent grossiers, surtout les Allemands. Mais ils ont aussi de belles et solides qualités, ils croient encore, et ils s'en enorgueillissent, à la patrie, à la liberté, à la vertu. Ce n'est pas un peuple à dédaigner que le peuple chez lequel de grandes fêtes nationales sont inaugurées par des discours semblables à celui qui a été prononcé à Berne, au tir fédéral de 1857, et qui contenait le passage suivant :

Voyez nos Alpes majestueuses! depuis des siècles, leurs cimes vénérables s'élèvent vers la voûte des cieux. Elles demeurent immobiles. Pourquoi? Parce que le fondement sur lequel elles reposent a été établi pour des milliers d'années par le grand architecte du monde. La force de notre peuple doit de même reposer sur des fondements inébranlables, si nous ne voulons pas qu'elle soit anéantie ou brisée par le tourbillon des temps. Un peuple robuste de corps et d'esprit peut seul demeurer un peuple libre. L'histoire nous montre la chute de nations puissantes qui n'ont dû leur ruine qu'au décbn de la force du peuple.

Le foudement de la force du peuple, c'est la vertu. Oui , chers confédérés, de même que l'enfant a besoin d'être bien soigné et bien nourri , de même la force de notre peuple exige non-seulement des soins, mais encore une nourriture saine. Ces soins, c'est l'exercice; cette nourriture, c'est la vertu : ce sont les mœurs pures et la tempérance. Combien de forces une jeunesse dissipée n'enlèvc-t-elle pas à la patrie, co;iibien de vigueur perdue par l'abus des plaisirs et l'intempérance! Mais la vertu elle-même a besoin d'une base solide; elle ne doit reposer ni sur la crainte de l'opinion, ni sur une déférence complaisante, ni sur aucun motif d intérêt personnel : non, la base la plus solide de la vertu civique, c'est la crainte de Dieu. Jeunes gens qui m'ecoutez, soignez votre jeunesse par des exercices soutenus, mais surtout nourrissez la par une vertu que sanctifie la crainte de Dieu; alors, seulement alors, les fils de la patrie seront capables de former autour de leur pays une muraille infranchissable, la muraille d'un peuple fort, appuyé sur une base solide. Alors s'accomplira aussi pour nous cette promc&se : Dieu exauce un peuple juste.

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