‹ Itinéraire descriptif et historique des bords du Rhin, du Neckar et de la MoselleChapitre 49 sur 279 · K. 4.— SCHAFFHOUSE — LA CHUTE DU RHIN · texte numérisé non relu

K. 4.— SCHAFFHOUSE — LA CHUTE DU RHIN

ge succèdent jusqu’à Lauffen , nom donné à la cataracte dans la Suisse allemande. Parvenues en cet endroit, les eaux se précipitent d’une hauteur qui varie de 16 à 20 mèt., sur une largeur de 100 mèt., entre la colline de Bohnenberg, du côté des gorges de Neuhausen, et celle du Kohlfirst, au N. E. du château de Lauffen ; puis, reprenant leur belle teinte azurée, elles continuent à couler paisiblement du côté du midi.

« Qu’on se représente, dit Mme Roland, tout le fleuve, dans la plénitude de sa majesté, tombant à la fois de 70 ou 80 pieds, comme une mer d’écume jaillissante ; trois roches, couronnées de quelque verdure , interrompent le cours de cette vaste nappe d’eau, de ce torrent de neige; le fleuve irrité bat leurs flancs avec furie, les sape, les amincit, et multiplie ses chutes'par les jours qu’il se fait au milieu d'elles ; il tombe avec un fracas qui répand l’horreur, et dont toute la vallée retentit; l’onde brisée s’élève en vapeurs où se joue le brillant iris. »

Le Florentin Poggio, l’un des littérateurs italiens les plus distingués du x* siècle, et qui accompagna le pape au concile de Constance, en qualité de secrétaire, est le premier auteur qui fasse mention de la chute du Rhin. « Le fleuve, dit-il, se précipite entre des rochers avec une telle fureur et un tel fracas, qu’on dirait qu'il déplore lui-même sa chute. »

« Au-dessoubs de Schaffhouse, dit Montaigne, le Rhin rencontre un fond plein de gros rochiers, où il se rompt, et au-dessoubs, dans ces mesmes rochiers, il rencontre une pante d’environ deux piques de haut, où il faict un grand sault, escumant et bruiant estrangement. Cela arreste le cours des bateaux et interrompt la navigation de laditte rivière. »

Il est curieux de comparer ce peu de lignes froides et sèches que les notabilités littéraires de cette époque ont consacrées, comme en passant, à cette scène magnifique, avec les longues et pompeuses descriptions qu’en ont faites nos écrivains modernes. On a peine à croire qu’ils parlent du même objet. Selon l’expression d’un touriste du xixe siècle, la nature n’était pas encore inventée au temps où vivait Montaigne.

La chute du Rhin mérite d’être visitée, sous tous ses aspects, sur les deux rives; au château de Wœrth, où se

R. \ ■ — SCHAFFHOU SE.— LA CHUTE DU RHIN. b" trouve une chambre obscure (85 c.) et une auberge; au belvédère du château de Lauffen , au-dessous duquel une galerie de bois solide vient aboutir au milieu des eaux. On paye 1 fr. par personne env. pour entrer dans cette galerie, où l’on ne court d’autre danger que celui d’être mouillé de la tète aux pieds. Enfin, on peut aussi se faire conduire et monter sur le rocher principal, qui divise la chute en deux grandes parties, mais il faut avoir la tête sûre pour tenter cette ascension (3 fr. pour une ou deux personnes. 1 fr. par personne s’il y en a plus de trois). Des bateaux sont toujours prêts à passer d’une rive à l’autre (60 c. par personne s’il n’y en a que deux, 20 c. s’il y en a plus de trois). C’est surtout la nuit, au clair de lune, que ce magnifique tableau produit l'elTet le plus saisissant. La largeur du Rhin au-dessus de la cataracte est de 100 met. La cataracte tombe de 15 à 16 mèt. sur la rive dr. et de 20 mèt. env. sur la rive g. Cette différence provient de l'inégalité de la barre. En comptant les rapides qui la précèdent, la chute est de près de 33 mèt.

Les heures les plus convenables de la journée sont (pendant l’été) de six h huit heures du matin et de trois à quatre heures de l’après-midi, car les rayons du soleil forment alors sur la chute de magnifiques arcs-en-ciel. En général, le volume d’eau est plus considérable aux mois de juin et de juillet. Le bruit de la cataracte s’entend la nuit, par un temps calme, à 1 h. 30 m. et même plus loin, surtoutdu côté de la rive zuricoise, quand le vent le porte. — On a dit souvent que des bateaux avaient descendu la chute du Rhin sans être brisés en morceaux ; il n’en est rien. Les saumons ne la remontent pas plus que les bateaux ne la descendent, mais à l'arrière-saison on en prend beaucoup au-dessous, qui s’y trouvent arrêtés par cet obstacle infranchissable.

Depuis quelques années, on a bâti, près de la chute du Rhin, sur la route de Zurich, un bel hôtel, appelé VHâtel Weber et d'où l'on voit la cataracte (chambre, 2 fr. ; déjeuner, 1 fr. 50 c.; dîner, à 1 h., 3 fr., à 5 h., 4 fr.; bougie, 50 c.; service, lfr. — Moyennant 1 fr., on conduit les voyageurs à la poste, ou aux bateaux à vapeur.

Si, de la chute du Rhin, on veut aller visiter Rheinau, on remonte à Neuhausen pour gagner Altenburg, v. badois, où l’on s’y rend directement du château Wœrth par Im-Nohl.

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