I. Henri Martin
les plus frivoles, il rentra dans le giron de l’Église romaine, et s’abandonna tout entier à l’empire de Mlle du Rouet, dont les charmes n’avaient pas été étrangers à sa conversion. Bientôt après il fut blessé à mort au siège de Rouen, et mourut dans cette ville le 17 novembre.
Jeanne se trouvait alors à Pau.
Maîtresse d’elle-même et du gouvernement, elle abjura bientôt le culte catholique dans une cérémonie publique et solennelle , puis elle rendit à l’Eglise romaine guerre pour guerre, interdit les processions, ferma les couvents , fit prêcher partout le calvinisme, et ne négligea aucun moyen de l’imposer aux consciences récalcitrantes.
Les seigneurs catholiques du comté de Foix et du Béarn appelèrent à leur secours leurs coreligionnaires de France. Montluc entra dans le Bigorre, Terride pénétra jusqu’à Pau, mais il n’y resta pas longtemps. Jeanne avait eu recours à la reine Elisabeth d’Angleterre et au prince de Condé. Aidée par eux d’hommes et d’argent, elle organisa rapidement une armée, et lui donna pour chef le comte de Montgommery, ce même Montgommery qui avait blessé à mort Henri II dans le dernier tournoi qu’ait vu la France. Le Béarn fut reconquis plus vite encore qu’il n’avait été perdu , et les protestants vainqueurs se signalèrent par leurs violences. De représailles en représailles les deux partis en étaient arrivés à des excès effroyables ; mais il faut reconnaître que les catholiques avaient commencé et que les protestants n’avaient, pendant trente ans, opposé aux persécutions, aux exécutions, aux massacres, qçie le courage du martyre. Terride, qui s’était réfu-
gié dans Orthez, /fut enfin assailli par Montgommery , « et forcé de se rendre , vie et bagues sauves. La capitulation fut fort mal observée, et plusieurs des principaux seigneurs du Béarn, qui avaient, pris parti pour les catholiques contre la reine de Navarre, furent livrés par Montgommery aux officiers de Jeanne d’Albret, qui les firent mettre à mort comme rebelles à leur souveraine » ’ C’est à Pau , et dans le chéteau même , que s’accomplit , en 1569 , cette terrible tragédie.
Jeanne d’Albret revint à Pau, y régna paisiblement et y promulgua un code de lois tout empreint de la sévérité calviniste. Elle mourut en 1572 à Paris, où elle s’était rendue pour marier son fils Henri avec 4 la sœur de Charles IX. On ne sait trop comment le Béarn fut gouverné après sa mort. Henri , devenu roi de Navarre, était prisonnier au Louvre, et avait abjuré. sa religion pour sauver sa vie. Il rétablit par un édit le culte catholique dans ses domaines. Mais l’assemblée des Etats du Béarn, réunie à Pau, repoussa l’édit; la guerre civile recommença bientôt. Le comte de Grammont, chargé de l’exécution des ordres de la cour de France, dont Henri captif et menacé n’avait été que l’instrument, fut vaincu, fait prisonnier, et aurait été égorgé (Voy, page 65) sans le dévouement et les éloquentes supplications de sa bru, la célèbre Corisande d’Andouins , qui fut depuis si chère au roi de Navarre.
Celui-ci rapporta, dès qu’il fut libre, l’édit que la violence lui avait arraché.
Il ne fit à Pau que de rares et courtes apparitions pendant les treize
t. Henri Martin.
années de combats et d’aventures qui précédèrent le jour où le couteau de Jacques Clément le fit roi de France.
Il s’y rendit en 1581 pour y prêter solennellement, selon l’usage, le serment de respecter les fors ou libertés du Béarn. Il y était allé précédemment avec sa femme Marguerite, qui se plaint amèrement, dans ses Mémoires, de n’avoir pu y pratiquer le culte catholique avec une entière liberté. On n’était pas plus tolérant alors d’un côté que de l’autre.
Ce fut Catherine , sœur d'Henri, qui gouverna le Béarn. Elle avait le titre de régente, et résidait habituellement à Pau ou au Castel- Béziat, qui n’en est pas éloigné.
Aucun fait extraordinaire ne signala son administration. Elle fit le bonheur du Béarn sans bruit, jusqu’en 1599, où le roi de France la força d’épouser le duc de Bar, fils aîné du duc de Lorraine, qu’elle n’aimait pas, à la place du comte de Soissons, qu’elle aimait.
Le Béarn n’en demeura pas moins séparé de la France, et Pau conserva son rang de ville capitale jusqu’en 1620. Déjà, en 1614, les Etats généraux avaient demandé la réunion du Béarn et de la Basse- Navarre à la Couronne; le clergé, en particulier, avait réclamé le rétablissement du culte catholique dans ce petit Etat, et la restitution des biens d’Êglise que Jeanne d’Albret avait affectés à l’entretien du culte protestant. Un arrêt du Conseil, du 25 juin 1617, avait fait droit à la requête du clergé ; mais les plaintes des Etats du Béarn, formulées avec une grande vivacité, n’avaient point été écoutées. En mai 1618, le parlement de Pau avaitdonné l’exemple et le signal de la résis-
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
tance. Enfin, en 1620, Louis XIII âe rendit à Bordeaux, puis, après quelques pourparlers sans résultat, a il marcha droit à Pau , remit luimême les évêques et le clergé béarnais en possession de leurs églises, de leurs domaines, de leurs privilèges, établit un gouverneur catholique dans Navarrenx, la plus forte place de la contrée, cassa les Persans ou milices du Béarn, qui étaient indépendantes de l’autorité royale , et fit enregistrer au parlement de Pau un édit qui réunissait le Béarn et la Basse-Navarre à la couronne de France , et qui fondait en un seul corps de parlement séant à Pau les deux cours souveraines de Pau et de Saint-Palais1. »
Le Béarn s’agi ta de nouveau quand le roi fut parti , et la guerre civile éclata. Mais le parti calviniste, un moment vainqueur à Montauban, fut vaincu définitivement à la Rochelle, et Pau dut se résigner à n’être plus que le chef-lieu d’une province française.
Son histoire finit là. La lutte du parlement de Pau contre le chancelier Maupeou, en 1771, méritet-elle qu’on s’y arrête î Vingt ans plus tard, Pau devint le chef-lieu du département des Basses-Pyrénées, et n’eut point à souffrir de la Révolution. Elle ne figure dans l’histoire de cette grande époque que pour avoir donné le jour à Bemadotte (né dans une maison de la rue de Tran, n° 6). Napoléon I" y passa en 1807; M. d’Argout, en 1815, y brûla en cérémonie, devant l’hôtel de la préfecture , le drapeau impérial, qu’il avait longtemps servi , et auquel on l’a vu se rallier plus t$rd. Pau, depuis cette