LE CHATEAU
Le château d’Henri IV1 s’élève, au confluent du Gave et du Hédas , sur un promontoi re borné , au N. et à l’O . , par le ruisseau le Hédas, au S. par le canal du moulin , et , à l’E. , par un large fossé de 9 met. de profondeur qui le sépare de la ville. La base de son enceinte, de forme Irrégulière, a une longueur de 170 mêt. sur une largeur moyenne de 100 met., et sa forme est à peu près celle d’un triangle tronqué, dont la base serait tournée vers l’E. Deux ponts le relient maintenant à la ville et au parc ; le premier , qui traverse le fossé et qui sert d’entrée principale au château , a été construit par les ordres de Louis XIII ; le second date de 1838, il passe comme un arc de triomphe au-dessüs du Hédas et de la route de Jurançon.
Le château de Pau est flanqué de cinq tours carrées ayant chacune leur nom. Le donjon ou tour de Gaston Phcebus, se dresse au S. O. , à gauche de l’entrée ; c’est une tour en briques plus élevée et plus forte que les autres; sa hauteur est de 34 à 35 mèt. ; et l’épaisseur de ses murs de 2 mèt. 80 c. La tour de Montaùset ou Monte-oiseau est située au N. E., vis-à-vis de la porte d’entrée qu’elle défendait. Dans cette haute tour, comme dans celle d’Orthez et dans plusieurs autres, l’escalier était remplacé par des échelles que Ton retirait après être monté ; c’est cette disposition qui a fait donner à la tour son nom poétique de Monte-Oiseau. Sa hauteur est de 33 mèt. 50 C. On dit que les oubliettes se trouvaient dans l’é-
I. Cette description est empruntée en graude partie aux ouvrage» de H. Bascle de Lagrèze et de H. Justin Laitier.
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paisseur de ses murailles. La tour de Bilhères , qui flanque le château au N. 0., est ainsi nommée parce qu’elle regarde le village où le jeune Henri fut mis en nourrice.
Elle n’offre rien de remarquable. A l’O. s’élèvent les deux autres tours, dont l’une a été construite pendant le règne de Louis-Philippe. Leur hauteur est d’environ 30 mètres, comme celle de la tour de Bilhères.
Au S. du château, au boni de l’escarpe qui domine le Gave, s’élève une sixième tour appelée du Moulin oq de la Monnaie, parce que la fabrication des monnaies béarnaises y avait été établie. Elle servait à défendre le vieux pont du Gave, dont on ne voit plus que les ruines. Le camp Batalhé ou champ clos, où se décidait le jugement de Dieu, s’étendait à sa base dans l’espace connu maintenant sous le nom de Basse Ville. On montrait autrefois l’entrée d’un souterrain profond qui , d’après la tradition, allait déboucher à Lescar, à 7 kil. de distance. En 1838, on a fermé cette entrée par des travaux de maçonnerie servant d’appui à l’une des piles du nouveau pont qui joint le palais au Parc.
On entre dans le château par le pont de Louis XIII, on laisse à g.
la tour du donjon, on passe à travers une fort laide construction en galets de rivière appelée Chancellerie, et l’on pénètre dans la cour d’honneur qui forme, comme le château dont elle est entourée , un triangle tronqué par le sommet. A dr. de l’entrée , dans l’angle N. E.
de la cour, se trouve un puits de G8 met. de profondeur ; son diamètre est de 2 mèt. 38 c. , et la haufcur moyenne de ses eaux dépasse 30 mèt. Il a été fermé extérieurement en 1855.
On entre par une petite porte placée à dr. au fond de la cour, et , après avoir traversé le salon d'attente et la salle à manger des princes, on parcourt les pièces dans l’ordre suivant :
Grande salle d manger ou salle des États. Cette pièce est longue de 26 mèt. et large de 11 mèt. Autrefois les Etats du pays de Béarn s’y réunissaient : maintenant c’est la salle des banquets ; une grande table de cent couverts en occupe le milieu. Pendant la Révolution, elle servait d’écurie. Les magnifiques tapisseries de Flandre qui recouvrent les murs ont été faites par ordre de François I" pour orner le château de Madrid près de Paris.
Elles représentent des scènes de chasse et divers mois de l’année.
Dans le fond de la salle , près de la porte de sortie, on remarque une statue en marbre blanc d’Henri IV, attribuée à Francheville. Dans, l’épaisseur des murailles de cette salle existe encore l’ancien chemin de ronde; il sert aujourd’hui pour communiquer avec les cuisines souterraines.
Le Grand escalier a une largeur de 2 mèt. 65 c. ; ses marches sont au nombre de 107. Les arcs des voûtes varient de forme à chaque palier, et sont tour à tour en ogive , en plein-cintre, en cintre surbaissé. Dans les frises, on voit des H et des M enlacés; ce sont les initiales d’Henri II et de Marguerite de Valois, qui ont restauré le château. Au haut du premier palier, on lit H. S. R. S. M. S. R.
Les S ne sont qu’un signe séparatif; il faut lire H. R. M. R. (Henri, roi, Marguerite, reine.) Toutes les sculptures ont été réparées par M. PiquenoU
Petit salon. On y voit de belles tapisseries des Gobelins représentant les scènes principales de la vie d’Henri IV : 1* le roi chez le meunier Michaud ; 2° le roi devant Paris ; 3° le roi avec Sully ; 4* le roi surprenant Bellegarde chez Gabrielle ; 5* le roi faisant ses adieux à Gabrielle.
Salon Bernadette. La cheminée de porphyre vert et une table en mosaïque de marbre ont été envoyées par le roi de Suède , Charles Jean. Pendant l’hiver, on voit aussi dans ce salon deux grands vases de porphyre suédois; mais, pendant la belle saison, ils servent à décorer l’hémicycle extérieur. Les tapisseries proviennent des Gobelins ; elles servaient autrefois de portières au cabinet de Louis XIV à Versailles, et datent de 1670.
La Chapelle est de construction moderne; car elle n’a été terminée qn’en 1843. On y remarque un beau vitrail peint par Piroussel , d’après un tableau de Zurbaran, représentant l’adoration des Mages.
Une pierre sculptée portant la légende -.JPhcebus me fe, est incrustée dans la muraille. La chapelle est adossée au donjon.
Grands appartements. 1" salon.
Les deux grandes tentures de Flandre qui décorent ce salon datent du commencement.du xvi* siècle. Les six autres petites tapisseries proviennent des Gobelins. La table en chêne sculpté a servi à François I".
Le Grand salon de réception d'Henri II. Les tapisseries ont été commandées en Flandre par François I". La première représente le mois de mars, le jardinage et la pêche; la seconde, le mois de juillet, la chasse au faucon; la troi-
sième et la quatrième, la tonte des moutons; la cinquième, 1 eliràl'arc.
La statue en bronze d’Henri enfant a été exécutée d’après 1a statue en marbre de Bosio. La cheminée est du style de la Renaissance; la pendule en Boule décorait le cabinet de Louis XIV à Versailles: de beaux vases de Sèvres ornent les consoles.
Le Salon de famille. On y voit un clavecin à double clavier fabriqué à Anvers en 1590, et ayant appartenu à Marie-Antoinette. La table rouge du milieu est en porphyre rose de Suède : c’est un don du roi Charles-Jean. Devant la cheminée est le bureau de Napoléon.
La Chambre de l’empereur, ancienne chambre des rois de Navarre. Les tapisseries sont des Gobelins; deux représentent les mois de janvier et de février. On montre dans cette pièce : un beau bahut du xvt* siècle ; deux vieux fauteuils de la même époque et un vieux coffre gothique que le cicerone affirme être un don du Vieux de la Montagne à Saint-Louis, mais qui a été tout simplement acheté à Malte en 1838; ce n’en est pas moins un meuble très-curieux, et, sans aucun doute, le plus ancien de tous les objets conservés dans le palais. Quelques personnes pensent qu’Henri IV est né dans cette pièce.
Le Cabinet de l’empereur. Tapisseries de Flandre et des Gobelins.
Petits appartements. Cabinet de toilette de l’impératrice. Une tapisserie des Gobelins représentant Henri IV chez le meunier Michaud.
La Chambre d coucher de l’impératrice. Quatre tableaux en tapisserie des Gobelins représentant Henri IV devant Paris; l’évanouissement de Gabrielle, surprise avec
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Bellegarde ; le départ d’Henri IV et ses adieux à Gabrielle ; Henri IV et Sully. La glace , d’une seule pièce , a 2 mèt. 93 c., sur 1 mèt. 56 c. ; elle a été fabriquée à Saint-Gobain.
Chambre de la reine Jeanne.
Cinq tentures très-belles des Gobelins, représentant l’apparition de Dieu à Moïse, l’hiver, le printemps, îobie et la toiletté de Vénus, une des plus remarquables tapisseries du château sous le rapport du dessin. Le lit, en bois richement sculpté, porte la date de 1562.
La petite statuette en bronze est la reproduction de celle du pont Neuf. Un bahut en chêne sculpté date du temps de François I,r.
Le Cabinet de la reine Jeanne.
Tapisseries des Gobelins ; statue et statuettes d’Henri IV. Au milieu de la pièce, fauteuil de Jeanne d’Albret.
Chambre d'Henri IV. C’est dans cette pièce qüe naquit Henri IV, le 14 décembre 1553. On y conserve le berceau royal formé par une carapace de tortue dont les dimensions sont de 1 mèt. 08 c. , sur 0 mèt.
81 c. On connaît le récit de Favyn sur la naissance du prince. Le roi de Navarre avait promis à Jeanne d’Albret de lui montrer son testament et de lui donner une chatne d’or qui pourrait faire vingt-cinq fois le tour de son cou, si elle chantait une chanson béarnaise pendant les douleurs de l’enfantement. En effet, quand le moment arriva, la courageuse femme entonna le cantique de Notre-Dame du bout du Pont (ainsi appelé d’un oratoire où les femmes venaient prier pour avoir d’heureuses couches).
Nousie Dame deü cap deü Poun
Adyudat me a d'aquest’ hore;
Pregats aü Diü deü CeQ Qa’em bouille blé delioura leü,
D’u mavnat qu’am bassie lou doan ; Tout d'inqu’aâ haut dous mounU l’implore.
Nouste Dame deü cap deü Poun Adyudat me a d'aquest' hore.
Notre-Dame du bout du Pont,— Aidezmoi à cette heure, — Priez le Dieu du ciel — Qu’il veuille bien me délivrer au plus vite; — D’un fils qu’il mq fasse le don; — Tout jusqu’au haut des monta l’implore.
« Le bon Henry remply d’une ioye indicible, mit la chaîne d’or au col et la boeste où estoit son testament dans la main de la princesse sa fille, luy disant : « Voylà « qui est à vous, ma fille, mais ceci « est à moi,» prenant l’enfhnt dans sa grande robbe sortant du ventre de sa mère et l’emporta en sa chambre , où il le fit accommoder. Ce petit prince vint au monde sans crier ny pleurer, et la première viande qu’il receut fut de la main du roy, son grand-père, lequel ayant pris une gousse d’ail, luy en frotta ses petites leuvres qui susserent le ius de ce thériaque de Gascogne, et prenant sa couppe d’or, il luy en mist une goutte dans la bouche, qu’il aualla fort bien. Dont ce bon roy, étant remply d’allégresse, se mist à dire devant les gentilshommes et dames qui étoient dans sa chambre : « Tu seras un vrai Bear- « nois. »
Sur la cheminée on lisait autrefois une inscription qui contenait l’acte de naissance d’Henri IV ; elle est effacée aujourd’hui. En général, il reste dans le château peu d’objets du temps d’Henri IV ; presque tous ont été donnés par Louis XIV à l’intendant Foucault pour le récompenser de son zélé contre les
protestants pendant les dragonnades.
Troisième pièce. Ancienne chambre à coucher des femmes d’Abdel-Kader. Belles tapisseries de Flandre représentant l’histoire de Psyché.
Quatrième pièce. Belles tapisseries de Flandre datant du xvr siècle, et représentant les quatre saisons.
Cinquième pièce. C’est dans cette chambre, sur un lit très-modeste, que couchait Abd-el-Kader, lors de sa captivité dans le chîteau de Pau. Depuis son départ, on a dû réparer le parquet qu’il avait détérioré par ses fréquentes ablutions.
Les tentures sont en tapisserie de Flandre du xvi* siècle. On voit encore dans cette chambre un lit magnifique en tapisserie au petit point, brodé pour Louis XIV par les dames de Saint-Cyr, sous la surveillance de Mme de Maintenon.
Il appartenait à Mme de Montespan et se trouvait au château de Ménars.
Tels sont les principaux appartements où le public est admis. Dans ceux qui sont réservés au ministre d’Étatetau grand-maréchal du palais se trouvent cinq tapisseries admirablement conservées représentant diverses scènes de la vie de saint Jean. Ces tapisseries avaient appartenu autrefois au château de Pau, puis longtemps on les avait crues perdues, jusqu’à ce qu’on les découvrit de nouveau dans le garde-meuble de la couronne.
PnOMESADES.
Le château de Pau était entouré autrefois des « plus beaux jardinages qui fussent en F.urope, * car ils avaient valu à la ville le surnom
de Pau la Jardinière. « Mandezmoi des nouvelles de mes jardins de Pau, et s’ils sont beaux et bien entretenus, » écrivait Henri IV quand il fut devenu roi. Sous Louis XIII, tout tomba en décadence autour du palais abandonné, dit M. Bascle de Lagrèze. L’ancien taillis devint en 1706 la Haute-Plante. Le président Bayard la fit dessiner en quinconce et lui donna son nom. La Haute- Plante a perdu aujourd’hui ses arbres antiques, vendus à la mariné en 1833. Mais « elle est ornée par une des plus belles casernes qui existent en France, » Les anciens parterres royaux furent successivement envahis par la ville.
I.e 14 août 1782 , l’ingénieur Flamichon demandais concession d’u» i terrain dépendant du château pour y construire la place Grammont.
« Le palais de Pau n’a plus de jardin ; il ne possède que sa Basse- Planté, nommée jadis les Hormelettes, et son Parc, une des promenades les plus gracieuses, les plus pittoresques, les plus renommées du monde. »
La Basse -Plante, qu’un pont met en communication avec la terrasse du château, sert de vestibule, ou pour mieux dire d’avenue au Parc, long d’un kilom. environ, qui déroule ses belles allées de hêtres sur une butte étroite entre le Gave et la route de Bayonne.
Nous avons déjà parlé de la place Royale , d’où l’on découvre « la plus belle vue de terre, * selon l’expression de M. de Lamartine (Voy. page 184.) De cette place on descend à un établissement de bains, d’où l’on gagne, en remontant la rive dr. de l’Ousse, le bois Louis, poétique et solitaire allée qui mène au village de Bizanos.
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EXCCRSIOS8.-
Lesear.
7 kil. Route de voitures.
Pour aller de Pau à Lescar, on suit la route d’Orthez qui -se dirige au N. O. A 1000 met. de la ville, à dr. de cette route , se trouve Bilhères, joli v. de 680 hab., qui possède encore la maison où Henri IV a Hé mis en nourrice. 4 kil. plus loin on laisse à g. la route d’Orthez tour prendre , à dr. , celle de
7 kil. de Pau. iLesoar, ville de 1877 hab., chef-lieu de canton de ’arrond. de. Pau, siège d’un évêché usqu’en 1789 , et probablement antique Benrharnum qui a donné in nom au Béarn. Elle n’offre par «Ile-même rien d’intéressant, mais a basilique romane mérite la visite le tous les archéologues. Cette belle glise, d’une régularité à peu près arfaite, a une longueur de 61 mèt.
sur 22 mèt. 50 c. de largeur ; seulement on doit regretter que l’élévation de la grande nef ne soit pas proportionnée à sa largeur. On y remarque surtout des chapiteaux historiés , dont les curieuses sculptures représentent l’adoration des Mages, Daniel entouré de lions, la décollation de saint Jean-Baptiste , Adam et Eve, des saints, des cavaliers, des anges et des animaux.
Dans le chevet, on montre encore sous le plancher du chœur des fragments précieux de mosaïque (une chèvre attaquée par deux lions); cette scène a du mouvement, dit M. Cénac-Moncaut, et la tête du lion dévorant est d’une énergie qui ne déparerait pas une composition romaine ou byzantine. Les stalles du chœur placées dans le chevet absidal sont du xvn* siècle et peu "emarquables. Quant aux pierres I
tombales, elles ne remontent pas au delà du xvn* siècle , car les tombeaux antérieurs à cette époque furent détruits par les calvinistes. L’évêque Louis d’Albret n’essaya pas même d’arrêter alors la profanation de sa cathédrale ; aussi , quand l’invasion française fit triompher la religion catholique dans le Béarn, fut- il impitoyablement massacré avec les membres du chapitre qui s’étaient le plus compromis par leur complaisance envers les protestants.
M. Cénac-Moncaut, appuyant son opinion sur certains points de ressemblance qu’il énumère, donne à la cathédrale de Lescar la même date qu’à celle de Sainte-Croix d’Oloron j et en fixe la construction à la fin du xu* siècle.
On voit encore à Lescar quelques restes des anciennes fortifications et un vieux château de briques, qui couronne l’escarpement de la colline; la tour carrée de ce château parait remonter au xu* ou au xiii' siècle. A peu de distance s’élèvent quelques ormeaux , où des prêtres qui avaient osé protester contre la dévastation de la cathédrale furent pendus par les huguenots aux sons du fifre et du tambour.
Depuis le moyen âge, Lescar a singulièrement perdu de son importance : elle a eu beau descendre de sa colline et s’étendre dans la plaine, elle n’en reste (vas moins déserte et solitaire; tout le mouvement afflue vers Pau. L’édifice le plus remarquable de la ville moderne est une grande école normale qui s’élève au N. et à quelques centaines de mètres de la route de Bayonne. Mais l’agriculture a fait de grands progrès dans cette partie du département. Le lin et le mais de Lescar sont renommés.