‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 115 sur 384 · ENVIRONS · texte numérisé non relu

ENVIRONS

RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

Hôtels. — Le meilleur, de l’avis unanime des voyageurs, est Y hôtel de France (3 fr. la chambre, S fr. le déjeuner et lè dîner). Viennent ensuite l’hôtel d'Orient, V hôtel de Richelieu, l’hôtel dee Prince*, l’hôtel de* Ambassadeurs , l’hôtel de l'Europe, l'hôtel du Petit-Pans, etc.

Les prix de ces hôtels sont & peu près les mêmes, 8 fr. par jour, nourriture et logement.

Maisons meublées. — Presque toutes les maisons des Eaux-Bonnes se louent meublées aux étrangers pendant la saison des eaux. Les prix des appartements et des chambres varient sans cesse. Il est souvent difficile de choisir, par con-r

séquent de marchander. Les malades qui sent forcés de prendre les eaux Subissent donc quelquefois des conditions trop rigoureuses. Parmi les maisons les plus recommandables, nous citerons celle de MM. Fourcade et Pommé.

Médecins. — Le médecin-inspecteur est M. Darralde; le sous-inspecteur, M. Crouseilles. Ils sont tous deux logés k l'établissement. Les autres médecins sont MM. Cazenave (Ils, Mesuet, Mane fils, Tarras.

Pharmaciens. — MM. Cazaux frètes, Léon Vergez.

Poste aux lettres. — Derrière l’hôtel des Princes.

Librairie, papeterie, objets d’abt et de fantaisie. — M. Auguste Bassy, libraire k Pau, tient aux Eaux-Bonnes, pendant la saison (maison Pommé), un magasin dans lequel les étrangers trouveront , outre des collections de guides, de cartes et de livres heureusement choisies, des albums de vues et de costumes des Pyrénées, des fournitures de bureaux, des objets en marbre provenant de la fabrique de M. Geruzet, des bijoux, etc., des pianos & vendre ou k louer.

Cabinets de lecture. — Chez M. Bassy, k l'hôtel de France et 6 l’hôtel des Princes.

Guides. — Les guides des Eaux- Bonnes ne sont soumis à aucun règlement, à aucun examen. Tout individu k qui la fantaisie en prend, se fait guide. C’est là un grave abus auquel il serait temps de porter remède. Plus d’une fois des voyageurs ont été égarés dans les passages difficiles par de prétendus guides qui connaissaient à peine le chemin des Eaux-Bonnes aux Eaux-Chaudes. Je recommanderai donc tout particulièrement aux touristes Estel le , Fourcade , Lanusse , Salanave et Larresq. Ce dernier, qui fait surtout des promenades, est complaisant et modéré dans ses prétentions. Si ces guides étaient occupés et qu’on voulût entreprendre une course un peu difficile, on ne devrait pas se confier au premier venu sans avoir pris des reoseiguements suffisants sur ses connaissances et sa capacité. Les principaux guides des

Eaux-Bonnes, Esterle, Fourcade, etc., ont eu le bon esprit de conserver le coatume pittoresque de la vallée d’Ossau.

Pas de règlement, pas de tarif par conséquent. Il faut débattre le prix pour chaque course et ne pas craindre de marchander ; on obtient souvent des rabais considérables et bien mérités.

En général, pour les courses ordinaires, un guide se paye de % à 5 fr.

Chevaux. — Les chevaux ne sont pas plus tarifés que les guides. On en trouve de fort bons pour 4 fr. par jour, s fr, quand la course est longue. Pecastella et Le Major ont les meilleurs chevaux de plaine ; Lanusse , les meilleurs chevaux de montagne. Un cheval au mois coûte ioo fr. environ.

Voitures. — Une voiture k deux chevaux se loue de k k io (r. pour la demijournée et de 18 k 20 fr. pour la journée. Paire ses conditions k l’avance.

Porteurs. — Les prix varient selon la longueur des courses. Il est bon de les débattre et de les fixer (sans les payer, bien entendu avant le départ).

Tirs. — l.abeille et Lissonda.

Bains. — Voir ci -dessous le paragraphe spécial consacré aux eaux.

Omnibus, des Eaux-Bonnes aux Eaux- Chaudes ; plusieurs départs par jour, l fr. 10 c.

Diligences pour Pau, Bayonne, etc., k l’hôtel des Princes et k l’extrémité supérieure du jardin anglais.

situation et aspect général.

Le village des Eaux-Bonnes, qui dépend de la commune voisined’Aos (404 hab.), est situé à 748 mût. dans une gorge étroite, au fond de laquelle se dresse le Pic de Ger, au confluent du ruisseau de la Soude et du torrent le Valentin , sur la rive g. de ce dernier. 11 se compose d’une rue unique qui monte par une pente malheureusement trop roide k l’établissement thermal, bâti k son extrémité supérieure. Quand on y entre, on a sur la g. une ligne

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

de maisons et d’hôtels construits avec un certain luxe, mais sans style, et sur la dr. un espace assez vaste planté d’arbres qu’on persiste, on ne sait trop pourquoi, à qualifier de jardin anglais. « La première maison qu’on remarque à dr. , au delà du jardin anglais , est bien mal placée, a dit M. Moreau; elle coupe la vue , brise la ligne droite jusqu’ici, et lui fait faire une espèce de crochet bien disgracieux. Son aspect vieux, sombre, triste, contraste avec l’élégance de ses modernes rivales. On l’appelle la Maison du gouvernement; elle appartient au département. Il avait été question de la vendre, à la charge de la démolir et de reculer à l’alignement en cas de nouvelles bâtisses. Des difficultés sur le partage du prix entre Bonnes, qui voudrait avoir tout, etlesEaux-Chaudes, qui prétendent avoir droit à la moitié du gâteau, ont empêché la réalisation de ce projet. Au lieu de se donner la peine de résoudre ces difficultés et de lever les obstacles , on a préféré rester dans le statu quo, si cher à toutes nos administrations.

a Cette maison servait autrefois d’hôpital et de logement pour les militaires qui venaient prendre les eaux dans cette localité. Comme depuis longtemps on envoie à d’autres sources pour la guérison des blessures , il a fallu changer la destination première de ce bâtiment.

On y a réservé, pour le préfet des Basses-Pyrénées, un appartement que j’eus occasion d’occuper quelques jours, et que je désertai bien vite, parce qu’à la moindre pluie, il fallait prendre un parapluie et presque aller à la nage. Est-ce là ce qui empêche M. le préfet de ve-

nir plus souvent à Bonnes ? 11 y a bien de quoi, et à sa place j’en ferais tout autant. On garde aussi dans cette maison , par prévoyance, deux chambres pour le pasteur qu’on sera obligé d’accorder à ce petit bourg, qui, comme dépendance du chétif hameau d’Aas, n’est desservi officiellement que par le curé de ce village ; ce qui , vous l’avouerez, n’est certes pas fort commode , surtout pendant l’hiver, pour les nombreux habitants du pays qui, tout en étant un peu juifs et arabes, n’en suivent pas moins pour cela, et très-religieusement , toutes les pratiques du culte catholique. »

Au delà de la Maison du gouvernement, la rue est bordée des deux côtés de maisons ou plutôt d’hôtels, jusqu’à l’établissement et à la chapelle. En 1806, il n’y avait aux Eaux-Bonnes que des maisons de bois. Depuis cette époque on élève chaque année, souvent à la place des rochers que la mine a fait sauter, des constructions élégantes qui ont inspiré à M. Lemonnier les réflexions suivantes : « Nulle [part dans les Pyrénées, pas même dans le voisinage de l’établissement thermal à Luchon, on ne voit dans les constructions autant d’art et de symétrie; mais, il faut le dire, cette magnificence tranche si durement avec la nature sauvage de ces lieux, qu’il en résulte quelque chose de triste et de fatigant. Telle est l’impression que ce petit morceau de grande ville a produite sur moi et sur beaucoup d’autres visiteurs. N’aurait-on pu avoir ici ses aises, comme à Saint -Sauveur , comme à Bagnères de Bigorre, sans défigurer entièrement un site assez joli? Est-ce donc pour avoir des

maisons alignées et parées que l’on vient aux Pyrénées? Il me semble que tout ce luxe, au milieu d’une nature paisible et solitaire, s’oppose à la douce quiétude que les malades viennent chercher aux eaux. »

a On comptait trouver la campagne aux Pyrénées, dit M. Taine :

un village comme il y en a tant, de longs toits de chaume ou de tuiles, des murs fendillés, des portes branlantes, et dans les cours un pêle-mêle de charrettes, de fagots, d’outils, d’animaux domestiques; bref, tout le laisser-aller pittoresque et charmant de la vie rustique.

On rencontre une rue de Paris et les promenades du bois de Boulogne. Jamais campagne ne fut moins champêtre; on longe une file de maisons alignées comme des soldats au port d’armes, toutes percées régulièrement de fenêtres régulières, parées d’enseignes et d’affiches, bordées d’un trottoir, ayant l’aspect désagréable et décent des hôtels garnis. Ces bâtisses uniformes, ces lignes mathématiques, cette architecture disciplinée et compassée , font un contraste visible avec les croupes vertes qui les flanquent. On trouve grotesque qu’un peu d’eau chaude ait transporté dans ces fondrières la cuisine et la civilisation. Ce singulier village essaye tous les ans de s’étendre, et à grand’peine, tant il est resserré et étouffé dans son ravin ; on casse le roc, on ouvre des tranchées sur le versant, on suspend des maisons au-dessus du torrent, on en colle d’autres à la montagne, on fait monter leurs cheminées jusque dans les racines des hêtres; on fabrique aussi derrière la rue principale une triste ruelle qui se creuse ou se relève comme elle

peut, boueuse, à pente précipitée, demi-peuplée d’échoppes provisoi ■ res et de cabarets en bois, où couchent des artisans et des guides; enfin, elle descend jusqu’au Gave, dans un recoin tout pavoisé de linge, qu’on lave au même endroit que les cochons. »

Les Eaux-Bonnes sont visitées chaque année par plus de 4000 malades ou touristes ; mais en 1 857 ce chiffre s’était sensiblement abaissé.

Les exigences ridicules des habitants, et d’autres causes qu’il ne m’appartient pas de révéler ici, avaient produit ce déplorable résultat.

« C’est une pitié que le séjour des Eaux-Bonnes, dit M. D.Nisard.

D’abord , on est là dans un entonnoir, au bout du monde, c’est la fin de la route : il faut reculer pour en sortir. Quand les nuages sont bas, ce qui arrive de trois jours l’un, il semble qu’on soit enfermé dans une cage dont le toit est de plomb. Et puis on rencontre sur son chemin, tantôt une jeune femme voilée, qui se traîne à la buvette sur le bras de sa domestique, et dont la taille est déjà horriblement déformée par le mal ; ou bien un grand jeune homme, surpris dans sa croissance par une toux sèche et douloureuse, qui va boire aussi de cette eau , si vantée au siècle dernier pour la guérison des blessures.

« C’est chaque matin une longue file de malades enveloppés dans leurs manteaux, se rendant à l’établissement avec un verre qui contient deux cuillerées de lait, mélange ordonné pour adoucir l’effet des eaux. Chacun jette un regard de curiosité sur son voisin. »

Cette peinture n’est pas parfaite-

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

ment vraie. Tous les malades qui viennent aux Eaux-Bonnes sont loin d’inspirer les sentiments de pitié ou de regret dont parle M. Nisard ; beaucoup , au contraire , y recouvrent , d’abord l’espérance , puis la santé. A l’inquiétude qu’on avait d’abord éprouvée pour eux succède bientôt l’assurance d’une guérison complète et prochaine.

D’ailleurs on ne rencontre pas seulement des malades aux Eaux-Bonnes; les valides y sont presque toujours en majorité : aussi , que de promenades à pied, à âne, à cheval, en voiture! Le temps est-il beau, dès le lever du soleil, souvent même avant qu'il n’ait doré le sommet du Pic de Ger, le fouet strident des guides retentit tout le long de la rue et les caravanes se mettent en marche , développant leurs longues files dans toutes les directions.

Vers 4 h. reviennent les cavalcades.

« Il est défendu, dit M. Taine, de rentrer au galop , c’est pourquoi tout le monde rentre au galop. Le moyen d’arriver à la façon des bœufs ! On se cambre sur la selle , la chaussée résonne, les vitres tremblent, on passe superbement devant les badauds qui s’arrêtent ; c’est un triomphe : l’administration des Eaux- Bonnes ne connaît pas le cœur humain, ni surtout le cœur féminin.»

Page 1