ROUTE 34. LE PIC DU MIDI D’OSSAU
à partir de ce point, l’ascension du Pic, pour que je ne lui emprunte pas le passage suivant :
«1° Déposant son sac, sa botte, ses souliers et son bâton ferré, il attaque le rocher par sa face N. E. ; à vingt ou trente pas du lieu d’où il est parti , il remarque une eicavation creusée par le choc des avalanches ; il aperçoit les traces du saut des’ isards qui ont laissé l’empreinte de leurs pieds dans certains creux du roc, où il se trouve quelques décompositions ou humus provenant de crottes et lichens pourris; quoique environ 30 mèt. de rocher perpendiculaire soient le premier escalier de cette pyramide, il surmonte cet obstacle en s’aidant des mains et des pieds, et souvent des genoux et du dos, à la façon des ramoneurs.
a 2” 11 rencontre, au-dessus de ce premier et grand escalier, une pente moins inclinée d’environ une centaine de mèt., où le granit n’est pas uni, mais plus ou moins chargé d’aspérités, et -même de blocs détachés de différentes grandeurs, se soutenant les uns sur les autres.
« 3° Et successivement il attaque un autre escalier plus difficile que le premier, mais de la même direction perpendiculaire et même orientation ; parvenu au-dessus, il grimpe une seconde pente moins inclinée, au sommet de laquelle il rencontre un troisième escalier moins difficile que les deux précédents. Jusque-là on suit la même orientation. Ici on trouve une pente transversale d’environ 200 mèt. du S. au N. Cette pente est inclinée de 30°, et se trouve placée entre deux grands rochers à parois perpendiculaires, dont l’un au-dessous de celui qu’on
vient de monter, l’autre au-dessus, qu’après environ 100 mèt. de trajet, il faut se disposer à gravir.
Ici, on a devant soi trois espèces de ravines, mais peu enfoncées ou creusées; celle du milieu est la plus large , et par conséquent celle à monter ; elle est inclinée au moins de 60“ , et présente plusieurs zigzags à faire. En arrivant au sommet, on trouve un mur rond, haut d’un demi-mètre, que des chasseurs ont construit, pour qu’en revenant du haut du Pic l’on puisse se reconnaître. De ce lieu on monte une pente très-longue et assez large sans gazon (tout comme ce qu’on vient de monter) ; celle-ci est inclinée à 35* , et vous conduit au Pic, à travers des fentes et des blocs de différentes grandeurs. Quelques tas de neige qu’on y rencontre sont là, comme placés tout exprès , afin que le curieux fatigué puisse en prendre quelques poignées qu’il porte dans la bouche pour se désaltérer, et qu’en quelques secondes on doit rejeter à cause de sa glaciale température. Bientôt on arrive au haut du Pic, dont on est séparé par une fissure assez profonde. Ici je me tais, et ne dis rien de ce qu’on voit, de ce qu’on entend, de ce qu’on pense: de savants écrivains nous l’ont déjà dit. Là, on trouve une quantité d’ardoises de diverses grandeurs portant signatures de plusieurs grands et de plusieurs savants. Ces ardoises sont en pile, posées les unes sur les autres, contenant des noms illustres mêlés avec ceux des guides. »
A. la base du Pic, les guides font ôter aux touristes leurs souliers et même leurs bas pour rendre leur pied plus sûr dans les passages vraiment difficiles. Cette précaution
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
n’est pas aussi indispensable à la descente qu’à la montée.
Le panorama du Pic du Midi est plus étendu que beau; on est entouré d’abîmes nus , désolés , béants : on se croirait sur le sommet d’un immense obélisque. Au S.
s’étendent les pâturages verts d’Anéou et de Roumigas , sur les frontières d’Espagne jusqu’au chaînon longitudinal du Canaourouye, dont les schistes hérissés semblent tachés de sang ; plus loin apparaissent le chaînon plus élevé de Sainte-Hélène, les versants de Sallent et de Canfranc, les cours du Gallego et de l’Aragon, les campagnes de Panticosa.
A l’O. se déploie toute la chaîne que nous avons déjà vue du col des Moines, depuis les pics d’Aspe et de Bernères jusqu’au pic d’Anie, dont la tête se détache en blanc sur les bois sombres que ses contre-forts vont porter au loin dans la plaine. Dans le bassin du Gave de Bious on distingue le lac Peyreget, le lac d’Ayous et le lac Bersou.
Au N. s’enfonce la vallée d’Ossau, dominée par la masse du pic d’Aule, drapée de neiges et de bois ; plus loin se montrent les bassins de Laruns et d’Arudy; plus loin encore on découvre la ville de Pau , à moitié cachée dans une brume bleuâtre. A dr. enfin s’élève une haute barrière de montagnes, les pics de Ger, d’Amoulat, de Gabisos et de Som de Séoube, qui, à l’exception de la pointe du Vignemale et du Mont Perdu, empêchent de voir les sommets des Hautes-Pyrénées. Cependant, à côté du Som de Séoube , on aperçoit vaguement une petite ligne ronde : c’est le Pic du Midi de Bigorre.
1 h. 30 m. suffisent pour des-
cendre du sommet du Pict du Midi au col de Pombie ou de Suzon , où l’on retrouve ses chevaux. On descend alors en 1 h. dans la vallée qui s’étend au S. entre le Pic de Saoubiste et la chaîne de rochers bizarrement découpée qui se détache de la base même du Pic. On y trouve quelques misérables cabanes "où l’on peut se procurer du lait. A l’extrémité inférieure s’ouvre une gorge pittoresque, trop escarpée pour qu’on s’y hasarde ; il faut traverser le ruisseau, et, prenant la direction de l’O., contourner la base de la ramification rocheuse du Pic du Midi, pour descendre, par un sentier fort roide, à travers une belle forêt de sapins, dans le vallon de Bious-Artigues (1 h., soit 3 h. 30 m. en comptant du sommet du Pic du Midi), qui a été décrit ci-dessus.
De Bious-Artigues on descend aisément à Gabas en 1 h. là m.