ROUTE 86. DE SAINT-GIRONS A TARASCON. — MASSAT
gazonnées. A peine quelques roches nues apparaissent-elles sur les "hauteurs; partout le regard charmé se repose sur une belle végétation. A g., au haut d’une colline, se montrent les ruines du Castel d’amour, ainsi nommé parce que les seigneurs avaient l’habitude d’y prélever certains droits infâmes sur les femmes et les filles de leurs serfs. Un jour, les paysans indignés l’assiégèrent et le démolirent de fond en comble; puis, se jetant sur les forêts, ils les défrichèrent et s’en approprièrent le sol.
La route s’écarte un peu de la rivière pour entrer à
3 kil. (‘16 kil.) Massat, chef-lieu de canton de l’arr. de Saint-Girons, petite V. située il 660 môt. de hauteur sur la rive g. de l’Arac, au débouché de tous les vallons supérieurs qui déversent leurs eaux danscette rivière. La commune contient une population totale de 3862 hab. ; mais la population agglomérée ne se monte qu’à 1217 hab.
a C’est, dit M. Bergès, la commune de l’Ariége qui produit les plus beaux hommes , et à ce sujet nous devons faire remarquer que l’eau et la pomme deterre avec le lailagesont presque leur unique nourriture. » Le clocher de l’église est construit de la même espèce de grès que le pont de Kercabanac et presque toutes les anciennes églises du pays.
Massat possède quelques établissements industriels: une forge, des scieries, des moulins. Sur la rive dr. de l’Arac, près du ham. de Lirbat, jaillissent quelques sources ferrugineuses appelées Balmes. Sur le Tue de Balmion , qui domine la V.
du côté du S., on a découvert une mine de fer.
Les grottes à ossements de Mas-
sât, au nombre de deux, sont situées dans une montagne calcaire formant un promontoire au N. de ville. Elles ont leurs galeries principales dirigées parallèlement au sens de la longueur de la vallée, et leur sol, composé de sable et de cailloux roulés, atteste d’une manière irrécusable le passage et le séjour des eaux.
• L’une d’elles, dit M. Alfred Fontan, qui les a scientifiquement explorées le premier, est située au sommet de la montagne et précédée d’un vaste péristyle , dans lequel on pénètre par deux grandes ouvertures, faisant face l’une au N. , l’autre au N. N. O. Le sol de la première chambre, entièrement dépourvu, comme la voûte , de concrétions stalagmi tiques, est uni, horizontal, et , à l’exception d’une partie située près de l’ouverture N. N. O., où se trouvent amoncelés des débris informes de poterie mêlés à de la cendre et à du charbon , il est parsemé de petits cailloux roulés et ressemble à un lit de rivière abandonné. Ces dépôts se continuent ainsi dans les galeries, seulement en diminuant d’épaisseur à mesure qu’ils pénètrent plus avant, et ils disparaissent entièrement dans le fond.
« Dans la première tranchée que je fis pratiquer dans le sol, on découvrit une quantité considérable d’ossements de carnassiers, de ruminants et de rougeurs, parmi lesquels dominaient le grand ours des cavernes décrit par Cuvier, une espèce de hyène et un grand félin, le tout pêle-mêle et brisé; à travers tous ces débris apparaissaient du charbon, de la cendre, et quelques dents humaines, » que M. Isidore Geoflïoy-Saint-Hilaire a mises depuis sous les yeux de l’Académie
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
« Le monceau de cendres et de poteries, situé sur la surface du sol près de l’ouverture N. N. O. , prouve que la grotte a été habitée à une époque relativement moderne, quoique déjà ancienne, car j’y ai recueilli deux médailles romaines, dont l’une à l’effigie d’un Gordien , et un poignard en fer. Je crois que pes débris n’ont aucune analogie avec ceux de l’intérieur; depuis sa formation , le sous-sol ossifère est resté intact.
« La grotte située au pied de la montagne ne diffère de la première que par une faune entièrement dépourvue de carnassiers et de rongeurs : les espèces qui y dominent sont le cerf et l’antilope. J’y ai découvert aussi plusieurs outils faits en os, entre autres des flèches creusées de petites rainures, qu’on a supposé destinées à recevoir des substances vénéneuses. »
Si, en partant de Massat, on remonte le vallon de l’Arac , qui prend ici le nom de Courtignan, pour s'élever au S. vers le Tue de Monbéas , on atteint facilement le col d’Eret, l’étang de l’Hers et la vallée d’Aulus (V. R. 82).
Au sortir de Massat , la route de Tarascon se dirige en droite ligne vers le N., traverse l’Arac , et, laissant à g. les bains -des Bal mes , monte et descend plusieurs côtes , franchit trois petits cours d’eau, avant de reprendre complètement sa direction normale vers l’E. Quand on a passé le ham. de 5 kil. (31 kil.) Rioupregoun (Ruisseau profond), ainsi nommé parce qu’il domine à une grande hauteur le ruisseau qui arrose la vallée au-
dessus de laquelle il est situé, on traverse
3 kil. (34 kil.) Le Port, chef-lieu de canton, contenant avec tous les hameaux voisins une population de 2170 hab. , et l’on atteint le col duBortouduFour(1249mèt.), qui forme la ligne de partage entre les eaux de Salat à l’O. et celles de l’Ariège à l’E. Pendant toute la montée, on jouit, en se retournant, d’une vue magnifique sur le Mont-Vallier et sur toute la grande chatne.
Au delà du col , la route ne reste pas longtemps sur le plateau, mais elle descend d’abord par deux grands et brusques lacets, puis par une succession de courbes plus douces, dans de beaux pâturages parsemés de granges et de cabanes, et arrosés par de nombreux ruisseaux.
9 kil. (43 kil.) Saurai, antique localité gauloise, que M. Boucoiran dit avoir été consacrée au dieu Saurhausi , v. de 193G hab., et cheflieu d’une commune peuplée de 4075 hab., est situé à 674 mèt. sur la rive g. du ruisseau du môme nom . au - dessous d’un rocher à pic qu’entourent de tous côtés de magnifiques pâturages. On y remarque une église fort ancienne, autrefois sous la dépendance du chapitre de Saint-Saturnin de Toulouse, qui l’avait acquise du seigneur de Saurat en l’an 800.
Presque au sortir du village , on traverse le Saurat, et l’on descend, en suivant sa rive dr., au pied de mornes escarpés, qui rétrécissent beaucoup la vallée et lui font perdre son caractère pastoral. Laissant à g. , sur le versant opposé, le ham. de Aynat, on vient passer à
3 kil. (46 kil.) Bèdeillaof v. de 586 hab., dominéà l’O. par la vieille ruine du château des Calames, dont