BOUTE 101. DE PERPIGNAN A PRADES
bâtie à 145 roèt. , dans une position délicieuse, entre la rive dr. de la Têt et la rive g. du Bolès.
En 1598, 111e, qui appartenait encore à l’Espagne, soutint un siège mémorable. 3000 Français, arrivés inopinément sous ses murs, avaient fait sauter une tour pour pouvoir y pénétrer; mais les habitants , hommes , femmes , enfants, se précipitèrent hors de leurs maisons, arrêtèrent les Français à coups d’épées, de bâtons et de pierres : si bien qu’après deux heures de combat les assaillants furent forcés de se retirer, laissant les rues et les campagnes voisines jonchées de morts. En 1640, Ille se souleva contre le gouvernement espagnol et ouvrit ses portes au prince de Condé. Quelques troupes sorties de Perpignan vinrent l’assiéger; mais elle résista avec succès. En 1793, les Espagnols s’en emparèrent, et pendant deux mois et demi le gouvernement des Bourbons y fut rétabli.
L’église paroissiale est assez jolie ; ses murailles sont revêtues de marbre ; mais l’intérieur n’est éclairé que par de petites fenêtres rondes. La chaire et les fonts baptismaux sont en marbre poli. Devant une maison de la ville, on remarque une charmante croix gothique de la fin du xiv* siècle.
Les murailles et les tours de l’enceinte existent encore; elles sont entourées de jardins et de vergers qui produisent les meilleurs fruits de tout le département : les pêches d’Ille surtout jouissent d’une grande réputation.
Au delà d’Ille, la vallée se resserre, et, cessant de suivre le bord de la Têt, on rpmonte la vallée du Bolès en longeaut la rive g. de cet
affluent; puis on laisse à dr. un petit mamelon et à g. le village de Boule (925 hab.), où se trouvent des carrières de marbre.
Serraboaa.
A 6 kil. au S. de Boule, sur le versant occidental de la vallée du Bolès, se trouve l’ancien monastère de Serrabona. M. P. Mérimée le visita en 1834, et c’est à lui que nous empruntons les lignes suivantes : .
« Le site est triste et sauvage.
Les bâtiments qui dépendaient de l’ancienne abbaye s’élèvent à micôte sur une montagne aride, audessus d’une vallée profonde et étroite qui l’entoure de trois côtés.
Sur quelque point que la vue se porte, elle ne rencontre que des roches schisteuses d’une teinte sombre et verdâtre , parmi lesquelles quelques arbustes rabougris croissent comme à regret. Les murs sont construits de gros morceaux de schiste assemblés avec précision.
L’appareil de l’église, et surtout l’abside, est remarquable par la taille de ces pierres, que leur contexture feuilletée rendait très-difficiles à travailler. Aujourd’hui, les bâtiments dépendants du monastère tombent en ruine, et l’église ellemême est en très-mauvais état.
« Sa forme est celle d’une croix latine terminée par une abside , ornée à l’extérieur d’une petite arcature et de dents de scie. Cette forme de croix n’existe qu’à l’intérieur; car les murs qui terminent les collatéraux se prolongent parallèlement à ceux de la nef, formant ainsi de chaque côté une espèce de galerie qui ne communique point avec l’église. Du côté du midi, cette galerie est ouverte à l’extérieur avec des arcades en plein-cintre qui lui
. ITINÉRAIRE DSS PYRÉNÉES.
donnent. l’apparence d’une allée de cloître : elfê servait sans doute de promenade d’hiver aux religieux de Serrabona.... Un portique très-bas, sombre, voûté, et soutenu par deux rangées d’arcades cintrées, communique avec les deux galeries latérales et précède la nef. Au-dessus est une tribune avec un escalier pour descendre dans l’église. Les eolonhes du portique sont ornées de sculptures bizarres, parmi lesquelles on remarque des singes cynocéphales. Un mur s’élève devant la première rangée d'arcades, et ce n’est qu’à l’aide d’une torche que l’on peut distinguer les détails de sculpture qui en couvrent les archivoltes, les pendentifs et la corniche.
Le style des sculptures annonce les commencements de l’art byzantin, mais déjà très- éloigné des souvenirs romains et plein de caprioe; d’ailleurs, nul goût, nulle proportion.
Je ne pense pas qu’on doive assigner à ce portique une date postérieure à la tin du xr siècle.
« La nef est à voûte ogivale ; elle a probablement été bâtie vers le vin* ou ix° siècle, puis restaurée considérablement dans la suite. Les raines et quelques arpents de rochers appartiennent aujourd’hui au chapitre de Sulsona en Catalogne. •
Après avoir dépassé Boule , on quitte la vallée du Bolès et on gravit la côte de Ternère pour redescendre ensuite datts la vallée de la Tôt et franchir le Riu-Fagès, audessus de Rodés, v. de 631 bah.
Au S. de Rodez, dans le petit vallon de Bernadal, sur les bords du ruisseau le Corbère , jaillissent deux sources ferrugineuses connues dans le pays sous le nom significatif de
Font Roubillouse (fontaine rouilleuse). A 8 -kil. au S., sur une colline qui domine le vallon du même ruisseau, se trouve Glorianrs, v. de 221 hab., prés duquel jaillit une autre source ferrugineuse renommée. Elle coule avec grande abondance dans un champ ombragé par de beaux ârbres fruitiers. Les habitants de Glorianes en utilisent lés eaux pour leur boisson habituelle et pour tous les usages domestiques.
10 kil. (34 kil.) Vinça, chef-lieu de canton de l’arr. de Prados, petite V. de 2054 hab. , est située dans un vallon agréable, entouré de tous les côtés par des montagnes arrondies que domine la liante cime du Camigôu. De nombreux ruisseaux traversent les campagnes voisines et la ville elle-même , où ils entretiennent une délicieuse fraîcheur.
Vinça était autrefois une place forte ., flanquée de tours rondes dont on aperçoit encore les ruines.
Le 26 juillet 1793, les Espagnols s’en emparèrent, mais ils en furent chassés après cinq jours d’occupation.
Les bains de Vinça OU du 9Tos(a,
appelés autrefois Font* dal soffe (fontaines du soufre), sont situés à moins de 2 kil. au N. O. de Vinça sur la rive g. de la Tôt , qui coule dans un lit encaissé. Le nom de Colline des bains (Cmtme (Tais banys), que l’on donnait dans le pays à la montagne d’où jaillissent les sources sulfureuses , prouve que depuis longtemps on les avait utilisées sous forme de bains. En 1817,
M. F.scanyé y construisit un établissement. L’édifice, bâti parallèle- ' ment à la rivière, se compose de plusieurs étages; il sert à la fois ■ à l'a htthnstratijti des sources et au logemeu des baigneurs. Ceiix-çi
ROUTE 101. SERRABONA. — VINÇA. 599
Sontencorepeu nombreux ; la température assez basse de ses eaux , et surtout le voisinage de Molitg et du Vernet, ont nui jusqu’à ce jour à la prospérité de Vinça.
Dans la même direction que l’établissement thermal , mais à 2 kil.
plus loin , se trouve sur un rocher aride le petit v. de Marcevoi , jadis fortifié, auprès duquel existait un prieuré de l’ordre du Sàint-Sépulere, fondé peu de temps après les croisades. Le portail de l’église est d’arehitectare romane; selon une tradition locale , la mère du pape saint Lin , successeur de saint Pierre, serait enterrée sous l’autel.
A 3 kil. au 8. de Vinça, près du v. de Joch (306 hab.J, on voit les ruines pittoresques d’un château, dont le donjon est flanqué au sommet d’une charmante tourelle.
De Vinça au Canigon, par la vallée de la Lentilla (V K. tes).
A 2 kil. de Vinça, on franchit le ruisseau Lentilla ou Nantilla, dont le vallon remonte au S. vers les escarpements neigeux du Canigou; puis, se rapprochant de la rive dr.
de la Tôt, on traverse
4 kil. (38 kil.) Marquixanes, v.
de 583 hab., en partie bâti sur la crête d’un focher. Plus loin , la vallée s’élargit un peu , et on laisse à une certaine distance sur la dr. la Tôt qui décrit de nombreux méandres au-dessous des escarpements de sa rive g. couverts de vignès et rf oliviers. Enfin, après avoir franchi plusieurs ruisseaux, on atteint
4 kil. (42 kil.) Brades (Hôt. Jnnuari, propre et bon), chef-lieu d’un arrondissement des Pyrénées- Orientales, V. de 3074 hab., agréablement située à 500 m't. su S. de la Têt, à une hauteur moyenne île 320 mèt. au-dessus du niveau de la
mer, et composée decinqrues rayonnant autour d’une place centrale.
Prades n’a d’abord été qu’un simple monastère dépendant de l’abbaye de la Grasse. Une charte de l’année 855 y signalé déjà une cellule. Ver?
l’an 1588, elle se racheta de la juridiction bénédictine pour se mettre sous la protection directe du roi, à la condition de garder ses privilèges.
L’église s’élève au centre' de la ville, sur une place ombragée de beaux arbres où viennent converger les cinq fues principales. Le clocher, — tour carrée de construction romane, — haut de 35 mèt. , ét en partie reconstruit, est surmonté d’un affreux carillon; on y a placé, en outre , une ■ horloge non moifts laide entré deux colonnes romanes.
La nef, unique et voûtée en pleincintre , est partagée en deux par deux chapelles’ qui forment un transsept. Tous les autels sont décorés avec ùn mauvais goût déplorable. A l’un des angles de l’église de Prades, on remarque un lit où repose, sur un oreiller brodé et dans des draps bien blancs, une statue en bois de Jésus-Christ.
Prades possède un bel établissement de bains dont les colonnes sont ornées de chapiteaux , aux sculptures variées , provenant de l’abbaye de Saint-Michel de Guxa.
Pour aller visiter l’abbaye de Saint-Michel dé Cuva , qui Se trouve à 2 ‘lril. de Prades, il faut se diriger au S. sur Cndolet (325 hab.), où se trouve une jolie fontaine gothique, et pénétrer dans le vallon de la Taurinya, qui remonte directement vers le Canigou.
Cette abbaye fut fondée en 878 par des moines dont un U inondation avait complètement détruit le
couvent , situé à Exalada , sur les bords de la Tôt (V. R. 106). Plusieurs grands personnages y vinrent terminer leur vie, entre autres un doge de Venise, Pietro Orseolo, qui suivit l'abbé Garin dans cette solitude et mourut l’an 987, en grande réputation de sainteté. Grâce aux munificences des fidèles, Saint-Michel devint peu à peu très-riche.
En 1011, le territoire de l’abbaye s'étendait sur le vaste espace compris entre lq sommet du Canigou au S., et les rives de la Têt au N. ; en outre, plusieurs monastères situés en Cerdagne, dans le Toulousain, dans le Fenouillet (R. 90), en Espagne, et jusque dans l’île de Minorque, dépendaient de l’abbé de Saint-Michel, qui commandait en maître à la fois temporel et spirituel , dans 42 paroisses et dans 234 villages, alleux et vallées. Il jouissait de tous les honneurs dus au rang d’évêque, et quelques auteurs affirment que. les religieux avaient chacun -leur maison et leurs domestiques. An xm* siècle, commença pour cette riche abbaye une période de décadence qui se prolongea jusqu’à sa chute. ,
L’église, construite en 974, fut détruite en 1794; c’était un bel édifice roman, et les ruines qui en restent encore sont classées parmi les plus belles des Pyrénées-Orientales. Presque toutes ses murailles étaient de marbre commun ; toutes les colonnes du cloître étaient en marbre rouge , provenant des carrières voisines; et plusieurs portails, ainsi que l’entrée de la maison abbatiale, étaient en marbre blanc.
« Ce qui reste de l’enceinte, a dit M. Edouard Barthélemy ( Bulletin monumental, publié par M. de Caumont), est environné de murs sou-
tenus par des contre-forts et percé de plusieurs portes, dont une a conservé de curieux débris ; elle est entourée d’une épaisse et large bordure de marbre rose ; sur les montants, dans l’intérieur, sont sculptés saint Pierre et saint Paul; à l’extérieur , des sculptures représentent un hibou, des lions et des animaux fantastiques. Les sculptures , notamment celle des deux saints .
ont un singulier air de famille avec le style byzantin et semblent remonter au moins au xi* siècle. Ôn entre dans une vaste cour toute jonchée de débris, et on arrive au cloître, c’est-à-dire à son emplacement, car il n’en reste que 9 arcades en plein-cintre, avec de magnifiques chapiteaux en marbre rose :
plusieurs de ces chapiteaux ont été transportés à Prades, où ils ornent un établissement de bains : un de ceux qui restent dans le cloître représente trois hommes bizarrement accroupis, les mains posées sur les genoux, supportant avec effort le poids de la corniche.
<i Derrière le cloître . est l’église avec transsept et nef à cinq arcades ; le chœur est du style ogival ; tout le reste est en plein-cintre. Chacun des transsepts se terminait par une tour carrée à trois étages; mais, en 1839, l’une de ces tours s’est écroulée. En arrière du chœur est une chapelle carrée, à dôme, communiquant par une petite porte avec le maître autel, et éclairée parle haut; son état de dégradation ne permet pas de lui appliquer de date précise.
a A l’autre extrémité de l’enceinte était située la maison abbatiale, dont le portail en marbre , élevé sur un perron de plusieurs marches, présente encore un très-bel
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