‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 36 sur 384 · ROUTE 2. B AT O N UE · texte numérisé non relu

ROUTE 2. B AT O N UE

cours est de 280 kil. Ses principaux affluents sont : sur la rive dr. , l’Arros et la MidOuze ; sur la rive g. , le Leez, le Gabas, le Louts, leLuy, le Gave de Pau , la Bidouze et la Nive. Il est flottable en trains sur 39 330 mèt. , depuis Aire jusqu’à Saint-Sever, et navigable entre Saint-Sever et son embouchure.

Toutefois, de Saint-Sever à Mugron (18 200 mèt.), la navigation n’a lieu qu’à la descente , et pour une très-faible quantité de transports, et, si à Mugron elle devient possible à la remonte comme & la descente , elle n’acquiert d’importance qu’au confluent de la Midouze et surtout en aval de Dax , où viennent successivement se jeter le Gave de Pau réuni au Gave d’Oloron, la Bidouze , l’Arros , l’Ardanobia et la Nive, également navigables. La pente de l’Adour est très-variable ; elle est par kilomètre :

De Saint-Sever | à Mugron de 18“ ,476, soit 1“ ,015.

De Mugron à la Midouze, de 6“,830, soit 0“, 050.

De la Midouze aux Gaves, de 9“,139, soit 0“,129.

Le tirant d’eau varie également.

Sur le haut Adour , la profondeur atteint à l’étiage 4“, 05 dans quelques parties, dans plusieurs autres 2 mèt. et 3 mèt. , et sur un fgrand nombre 1 mèt. et 1“ ,50 ; mais, sur certains points où le lit est fort large ou partagé en plusieurs bras, elle se réduit à Û“,35, 0"25 et même 0“!5. Sur le bas Adour, en amont des Gaves, partout où des travaux d’amélioration ont été exécutés, le tirant d’eau atteint à peu près 1 mèt.; dans les autres parties il s’abaisse à 0“ ,40 ; au delà de l’embouchure des Gaves, il est, à basse mer, de l“,60au minimum.

La marée se fait sentir jusqu’à Vim* port, au-dessus de Saubuse. Des bateaux à vapeur, destinés au transport des voyageurs et au remorquage des bateaux de marchan* dises, remontent jusqu’à Dax;

Sur la rive g. de l’ Adour, à l'ex»

trémité du pont , s’élève le réduit qui défend le confluent de l’Adour et de la Nive. A peine l’a-t-on traversé, que l’on franchit la Nive sur un pont en pierre de 3 arches, achevé en 1857 ; c’est le pont Mayou. A g., entre l’Adour et 1a Nive, s’étend le petit Bayonne, la quartier le plus populeux et la moins élégant i il Contient l’hôpital militaire , le château neuf et l’arsenal. Les alléet de B ouf fier s , promenade abandonnée, conduisent, le long de la rive g. de l’Adour , aux chai » de Mousserollee , vastes magasins où s’entrepose une partie des produits vinicoles du [Midi. Le* deux quais de la Nive sont bordés de galeries couvertes ou d’arceaux appelés à dr. les arceaux du pont traversant, à g. les arceaux de la, Galuperie. Ges derniers doivent leur nom aux galupes , grandi bateaux plats qui portent à l’arrière un aviron long de plusieurs mèt., et qui font le roulage par eau de Mont-de-Marsan à Bayonne, Deux ponts traversent la Nive audessus du pont Mayou.

La XTive se forme à Sain t- Jean- Pied-de-Port de plusieurs ruisseaux descendus des montagnes.

Flottable en trains à partir du confluent du torrent de Laurribare , à 2500 mèt. en aval de Saint-Jeaa- Pied-de-Port, jusqu’à Cambo, c’està-dire sur une longueur de 37 kil. , elle est navigable de Cambo à son embouchure, c’est-à-dire sur une longueur de 22 kil. Mais, dans cette

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

dernière partie de son cours, des biefs assez profonds , des atterrissements à peine recouverts et les barrages des moulins rendent la navigation fort difficile , surtout à la remonte. La pente de 0“,60 par kil. est rachetée en partie par ces barrages. Le dernier est en descendant celui d’Haïtze, au-dessus duquel la marée cesse de se faire sentir.

A la dr. du pont Mayou , au confluent de la Nive et del’Adour, s’étend le port de Bayonne. De nombreux navires de divers tonnages y sont constamment amarrés. Leur longue file se développe, au delà du quai de la Douane et de la place d’ Armes, jusqu’aux Allées marines.

Du pont à la mer la navigation n’est soumise à aucun droit. Les documents publiés par l’administration des douanes ont donné, en 1852, les résultats suivants pour le port de Bayonne : Descente 48 906 tonneaux ; remonte , 25 924 ; total, 74 830 En 1854, on a compté 1750 entrées et sorties.

La rue qui continue le pont Mayou , la rue la plus commerçante de Bayonne, monte, après avoir traversé les cinq cantons , à la porte d'Espagne. On a donné ce nom, les cinq cantons, à nn carrefour formé par cinq rues, la rue du Pont-Mayou , la rue Orbe à dr. , la rue du Port-de-Castets à g. , la rue Salie en face, la rue Argenterie qui conduit à la cathédrale.

Si l’on tourne à dr. , c’est-à-dire du côté du port , quand on a franchi le pont Mayou, on se trouve sur une place , la place Grammont , qui vient d’être considérablement élargie. A g. s’ouvre la rue du Port- Neuf, la rue des Arceaux, qui monte à la cathédrale. Au fond s’élève un

vaste édifice carré récemment bâti , entouré d’arcades comme les maisons de la rue Rivoli, et renfermant la sous-préfecture , la mairie , l’hôtel des douanes et le théâtre. De l’autre côté de ce bâtiment s’étend la place d’Armes, à l’extrémité inférieure de laquelle s’ouvre la porte Marine , qui conduit aux Allées marines; enfin, à g. de la place d’Armes, la rue du Gouvernement, rue plantée d’arbres comme les boulevards de Paris , monte au vieux château et à la poste. C’est là que sont les principaux hôtels , les bureaux des omnibus pour Biarritz, Cambo, Saint-Jean-Pied-de- Port, les diligences pour l’Espagne ou pour le midi de la France , et la plupart des consulats.

Bayonne est une place forte de première classe : on n’y entre et on n’en sort que par quatre portes :

porte de France ou du Réduit; porte de Mousserolles , entre l’Adou r et la Nive; porte d’Espagne, à l’extrémité méridionale de la ville, et porte marine, sur la rive g. de l’Adour en aval. Une grande et importante citadelle la domine; une enceinte fortifiée l’enserre (le tous côtés, et cependant on y respire à l’aise, on ne s’y sent pas enfermé, étouffé , comprimé comme dans presque toutes nos places fortes du Nord ; une fois qu’on y est entré , on y voit rarement les murs de -sa prison. Ce n’est pas au génie qu’il faut en savoir gré, c’est à la nature , qui , en réunissant l’Adour et la Nive au pied de la petite colline sur laquelle Bayonne s’étage en amphithéâtre, assure pour toujours à cette charmante ville la vue des agréables paysages dont elle est entourée. D’ailleurs, Bayonne pûtelle être un jour complètement

enveloppée , comme Lille ou Saint- Omer, d’affreux terrassements qui ne permissent plus aux regards de dépasser l’extrémité de ses dernières rues, elle plairait encore aux étrangers. Ses maisons sont toutes avenantes; ses rues propres, animées; sa population offre une grande variété de physionomies, de costumes, de langages; des marins de tous les pays, des soldats de toutes armes, des Basques, des Gascons, des Landais, des Espagnols, se croisent incessamment sur ses places, ses ponts ou dans ses rues; les femmes, surtout les femmes du peuple, les grisettes, dont la coiffure , un simple madras noué au sommet de la tête, ferait paraître jolies les plus laides, y captivent les juges les plus difliciles en fait de beauté par la vivacité de leurs regards, l’élégance de leur taille, la petitesse de leurs pieds, l’éclat de leur teint, la légèreté de leur démarche, la grâce piquante de leur physionomie. J’ignore si elles ont dégénéré; mais un historien qui devait bien les connaître, en traçait, il y a deux siècles, le portrait suivant: Uxores maritos, puellæ amatores suos sincerissime colunt.

HISTOIRE

Bayonne existait probablement avant l’ère chrétienne , car les Romains, s’en étant emparés, y construisirent une forte citadelle et y entretinrent une escadrille de galères. Mais son origine est inconnue. Elle s’appelait alors Lapurdum (en basque, comme en celte, lapur-dun veut dire désert profond). A quelle époque Lapurdum acquit-elle le titre et les droits de cité? On l’ignore. Quoiqu’il en soit,

c’était une ville importante lorsque l’empire romain s’écroula. Les Alains, les Visigoths, les Basques, les Normands, la ravagèrent et l’occupèrent tour à tour; puis elle perdit jusqu’à son nom, qu’elle laissa au pays environnant (le Labourd). Quand elle reparut dans l’histoire , elle était gouvernée par des vicomtes, elle s’appelait Bayonne (la bonne baie, le lieu du port, le lieu des rivières, oui il est bon, oui , monsieur , suivant les diverses interprétations de ce mot). Dès lors elle ne fut plus resserrée sur la rive g. de la Nive, elle s’étendit sur ses deux rives. ■* La pêche de la baleine , le tannage des cuirs , la navigation et le trafic sur les côtes d’Espagne, le commerce des vins et des matières résineuses, la fabrication de ses arbalètes et de ses armes1, dont la trempe était renommée, ses relations avec l’intérieur, le passage continuel des pèlerins allant, les uns, implorer la protection de saint Jacques de Compostelle, les autres, s’enrôler dans les rangs de l’armée chrétienne

1. Delà, suivant Moreri , le nom de bâtonniers, donné anciennement auxarbalétriers de France. L'arme appelée baïonnette , qui passe à tort pour avoir été inventée, vers 1674, à Bayonne, a peut-être dû son nom à ces bâtonniers.

D’abord la date est fausse, et rien ne prouve que les premières baïonnettes aient été fabriquées à Bayonne. A en croire un linguiste distingué, le mot baïonnette vient du mot roman bayneto (petite gaine, petit fourreau , et dans tons les idiomes de l’F.spagnc bayna veut dire gaine, desbninar, dégainer, et envainar, mettre l’épée dans le fourreau.

Le contenanlauraildoncdonnèson nom au contenu. Plusieurs faits semblent confirmer cette opinion. Les premiers fourreaux de baïonnettes sont d’un travail recherché: le cuir est orné de reliefs d’un dessin remarquable. Les règlements relatifs au costume militaire s’occupent sans cesse de la position du fourreau.

pour Combattre les Maures, telles furent, a dit un historien , les causes de cette précoce et brillante prospérité. »

Le mariage d’Eléonore de Guienne avec Henri Plantagenêt avait fait passer Bayonne sous la domination anglaise. Elle se montra dévouée en toute circonstance à ses nouveaux maîtres, qui, du reste, confirmèrent et étendirent même ses privilèges. Dans les dernières années du xii* siècle, elle avait eu le bonheur de voir mourir sans postérité Guillaume Raymond du Sault, le fondateur du château vieux et son dernier vicomte. Plus libre désormais, elle profita, en 1215, des embarras du roi Jean pour se faire octroyer une charte qui confirmait ses coutumes et franchises.

En 1294, Philippe le Bel en prit possession; mais, dès l’année suivante, Édouard I" la faisait occuper par une armée à laquelle elle s’empressait d’ouvrir ses portes. De nouveaux privilèges récompensèrent sa fidélité etaccrurent sa reconnaissance, qui ne se démentit jamais.

Aussi repoussa- t-elle, en 1374, une attaque sérieuse du roi de Castille, allié de la France , et , lorsqu’elle fut attaquée, en 1451, par les troupes de Charles VII, sçus les ordres de Dunois et du comte de Foix, se défendit-elle avec une rare énergie; mais force lui fut de capituler. Dunois, pour la punir de son opiniâtreté, exigea que le commandant de la garnison, Jean de Beaumont, demeurât prisonnier du roi avec tous les gens de guerre , et que les bourgeois lui payassent quarante mille écus de contribution. A ces conditions Bayonne ouvrit ses portes et redevint française. C’était la dernière place,

à l’exception de Calais, que les Anglais eussent encore dans le royaume.

Les rois de France, Charles VII, Louis XI, Charles VIII, se montrèrent favorables ft Bayonne ; mais, tout en lui accordant des immunités et des franchises, ils s’efforcèrent constamment de restreindre ses libertés municipales. Sous Louis XII, le duc de Longueville fit commencer les fortifications, qui, continuées et agrandies sous François I"', permirent à Lautrec, gouverneur de la Guienne, de repousser, eu 1523, plusieurs assauts d’une armée espagnole. Les femmes, les enfants, les jeunes filles, aidèrent courageusement les hommes à la défense de la ville. Trois uns après, François I*r arrivait à Bayonne, où l’attendaient sa mère et la Gour. Après une année de captivité, le traité de Madrid lui avait rendu sa liberté. On sait ce qu’était ce traité. Il renonçait à l’Italie, donnait la Bourgogne , épousait la sœur de Charles-Quint, rétablissait Bourbon, abandonnait ses alliés, livrait ses deux fils en otage, et, si le traité n’était exécuté, rentrait en prison. Le matin du 14 janvier, où il devait signer et jurer, il protesta secrètement, par-devant notaire, établit par acte authentique qu’il allait faire un faux serment.

Aussi à peine eut-il fait son entrée à Bayonne, qu’au lieu de ratifier le traité, comme il s’y était engagé, il manifesta le désir de * consulter ses Etats. »

En 1565, Bayonne donna son nom à une entrevue qui eut lieu entre le roi Charles IX et la reine Catherine de Médicis d’une part, la reine d’Espagne et le duo d’Àlbe d'autre part. Près de trois semaines

se passèrent en bals, en| joutes et en festins. Cette entrevue ne cacha peut-être pas tous les mystères tragiques que l’on y a cherchés.

Les dépêches du duc d’Albe, qui ont été publiées , nous apprennent qu’un grand nombre de questions politiques y furent discutées, mais qu’aucune décision ne fut prise.

Qu’elle ait été, ou non complotée à Bayonne , la Saint-Barthélemy ne devait pas y faire de victimes.

« A Bayonne, dit d’Aubigné, arriva le courrier qui venait de faire mettre en pièces les hommes, les femmes et les enfants de Dax qui avaient cherché leur sûreté dans la prison. Mais le vicomte d’Orthe, gouverneur de la ville , répondit au roi en ces termes : « Sire, j’ai a communiqué le commandement « de Votre Majesté à ses fidèles ha- « bitants et gens de guerre de la * garnison , et je n’y ai trouvé que « bons citoyens et braves soldats , « mais pas Un bourreau. C’est pour- « quoi eu* et tooi supplions très- « humblement Votre dite Majesté «r de vouloir employer en choses « possibles y quelque hasardeuses « qu’elles soient , nos bras et nos « vies, comme étant, autant qu’elles « dureront, sire, vos, etc. »

Pendant la Ligue, le repos de Bayonne ne fut pas troublé. Seulement, en 1594, un traître, nommé Château-Martin, ourdit un complot qui avait pour but de livrer la ville aux Espagnols. 11 fut découvert, arrêté et roué avec ses complices. En 1636 , les Espagnols essayèrent de s’emparer de cette place, qu'ils n’avaient pas cessé de convoiter. La résistance du duc d’Ëpernon et du duc de La Valette fit échouer leur tentative. En 1651, une nouvelle conspiration se termina comme la

première par l’exéotttl^n du coupable principal, qui, cette fois, était un Espagnol.

Tout le temps que dura la Fronde , Bayonne resta fidèle au roi. Le 17 juillet 1659, Mazarin la traversa pour aller oonclure , avec don Louis de Haro, ministre d’Espagne, la paix des Pyrénées, le roi et la * reine y firent un long séjour , et les habitants, qui leur donnèrent des fêtes magnifiques , célébrèrent leur retour avec une nouvelle magnificence, quand Louis XIV ramena de Saint -Jean -de- Luz l’infante Marie - Thérèse qu’il venait d’épouser.

A dater de cette époque jusqu’aux guerres de l’Empire, l’histoire locale de Bayonne ne se compose pins pour ainsi dire que de passages de princes et de princesses. C’est d’abord Philippe V, qui, escorté des ducs de Bourgogne et de Berry, va prendre possession de son royaume d’Espagne (1701); viennent ensuite Marie-Anne de Bavière Neubourg , reine douairière d’Espagne , qui devait passer à Bayonne trente-deux années d’exil (1706); le duo d’Orléans (1707) ; les ducs de Vendôme et de Noailles (1710); la princesse des Ursins (1712); Mlle de Montpensier, fiancée au prince des Asturies (1722); l’infante d’Espagne, promise à Louis XV , dont elle ne devait pas devenirla femme (1722); Mlle de Beaujolais, accordée A l’infant don Carlos qu’elle n’épousa pas non plus (1722); Marie-Louise-Êlisabeth de France, mariée par pro-« curation à l’infant don Philippe, depuis duc de Parme (1739); l’infante Marie-Thérèse se rendant à Versailles pour épouser le dauphin (1745) , etc. , etc.

En 1718-, Bayonne comptait

16 000 hab. Jamais elle n’avait été plus prospère. Dans la seconde moitié du xviii* siècle , sa population était réduite de plus d’un tiers. Son commerce, de 27 millions, était tombé à 9 ou 10 millions; ses marins acceptaient du service à l’étranger. Cette décadence était le résul- • tat du système prohibitif. La liberté du commerce ayant été proclamée , en 1784 , grâce â M. de Vergennes et à M. de La Fayette, Bayonne recouvra bientôt la prospérité que de mauvaises mesures administratives lui avaient fait perdre.

Sous l’Empire, Bayonne devint le théâtre d’événements si importants, que leur récit remplit presque tout un chapitre du tome VIII de Y Histoire du Consulat et de l’Empire , par M. Thiers. Ce fut en effet dans cette ville , et dans le château voisin de Marrac, que Napoléon détrôna les Bourbons d’Espagne , pour mettre à leur place son frère Joseph, et qu’il donna à l’Espagne une constitution nouvelle.

« Deux châteaux et 10 millions par an étaient, dit M. Thiers, le prix auquel devait être payée, tant au père qu’aux enfants, la magnifique couronne d’Espagne ; prix bien modique, bien vulgaire, mais auquel il fallait ajouter un terrible complément, alors inaperçu : six ans d’une guerre abominable, la mort de plusieurs centaines de mille de soldats1, la division funeste des forces de l’Empire, et une tache à la gloire du conquérant.... Ce fut ainsi que Napoléon parvint à détrôner les Bourbons régnant en Espagne. Comme il ne pouvait , à cause de leur faiblesse ,

1. De 1807 à 1810 , 508 69S hommes sont entrés en Espagne par Bayonne.

Combien en sont revenus ?

y employer la force, car il eût été ridicule de déclarer la guerre à Charles IV, il voulut y employer la ruse, et les faire fuir en leur faisant peur. L'indignation des Espagnols ayant arrêté dans leur fuite ces malheureux Bourbons, il profita de leurs divisions de famille poulies attirer à Bayonne, par l'espérance d’une justice quil leur rendit comme le juge de la fable, qui donnait l’écaille de l’huître aux plaideurs. Il fut entraîné ainsi de la ruse à la fourberie, et ajouta à son nom la seconde des deux taches qui ternissent sa gloire. Il lui restait pour l'absoudre le bien â faire A l’Espagne, et par l’Espagne à la France. La Providence ne lui réservait pas même ce moyen de se laver d’une perfidie indigne de. son caractère.... Les événements qui se succédèrent ne tardèrent pas à le punir, carie génie n’est pas plus dispensé que la médiocrité ellemême de loyauté et de bon sens. »

Le 7 juin 1808, Joseph avait été proclamé à Bayonne roi d’Espagne ; au mois de février 1814, le général anglais Hope, ayant passé l’Adour près de son embouchure , attaquait cette ville, qui lui opposait une vive résistance.

Le 14 avril, à trois heures et demie du matin , 3800 hommes sortirent de la citadelle au pas de course, pour aller surprendre les assiégeants. La défense fut aussi opiniâtre que l’attaque: Cette sortie devait être une boucherie inutile.

Quand les Français rentrèrent, à six heures et demie du matin, ils avaient perdu 800 hommes et les ennemis environ 830

i. Ce chiffre est extrait des dépêches ant;laises. Les rapports français estimèrent & 3000 hommes la perte des Anglais,

Le général Hope, fait prisonnier , apprit à la garnison de Bayonne la capitulation de Paris; mais ce fut seulement le 21 , après la nouvelle de la bataille de Toulouse et de l’armistice conclu entre les généraux des deux armées , que Bayonne arbora le drapeau blanc et laissa les Anglais pénétrer dans ses murs.

Elle méritait encore de porter fièrement sa devise : nunquam pollula, toujours vierge. En 1815, les Espagnols, sachant qu’elle ne renfermait pas un soldat, s’en approchèrent d’assez près pour voir les gardes nationaux et les marins qui se disposaient à les bien recevoir. A cet aspect, ils jugèrent plus prudent de se retirer, et quelques jours après ils avaient repassé la Bidassoa.

De nos jours , Bayonne a souvent servi d’asile et de retraite aux personnages les plus considérables des trop nombreux partis qui ont régné en Espagne.

Bayonne a vu naître le chimiste Pelletier, le comte Garat, les marins Bergeret, Roquebert , Dubourdieu, Bruix, le comte Cabarrus, le banquier Jacques Laffite, la directrice de théâtre la Montansier, le chanteur Baroilhet, le violoniste Alard et Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, qui, en 1606, y fit nommer son ami Jansénius principal du collège.

Bayonne est aujourd’hui l’un des chefs-lieux d’arrondissement du département des Basses-Pyrénées ; elle possède des tribunaux de première instance et de commerce , une chambre et une bourse de commerce, une direction des douanes, une école d’hydrographie de troisième classe, etc. C’est une ville industrielle et commerçante ; elle

est l’entrepût principal des productions diverses des départements des Landes et des Basses - Pyrénées :

vins de Chalosse, eaux-de-vie, matières résineuses, planches , bois de construction, kaolin de Louhossoa, sel de Briscous, etc. Elle fabrique un chocolat renommé, auquel elle a donné son nom; mais ses jambons (de Bayonne ) viennent des contrées voisines. Ses eaux-de-vie d’Hendaye sont estimées. Elle exporte des laines d’Espagne. Si elle a perdu son arsenal de marine , elle construit un grand nombre de navires pour son port et pour ceux de Bordeaux, de Marseille et du Havre; enfin elle arme pour la pêche de la baleine, de la morue, etc.

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