‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 67 sur 384 · ROUTE 13. LES BASQUES ET LE PAYS BASQUE. U · texte numérisé non relu

ROUTE 13. LES BASQUES ET LE PAYS BASQUE. U

s’élève à 2000 environ , c’est-àdire à un soixante-dixième environ de la population totale. Une foule de jeunes gens émigrent pour échapper au recrutement, de sorte que le nombre des insoumis du département des- Basses-Pyrénées est égal aux deux cinquièmes, et quelquefois à la moitié des insoumis de toute la France. Ce fait suffit pour donner une idée de l’esprit d’indépendance de la population.

Les Basques sont généralement superstitieux. Ils croient chacune de leurs montagnes habitée par un génie favorable ou malfaisant, et racontent une légende sur chacune deleurs fontaines. lians leur opinion, des serpents gigantesques habitaient encore du temps de la reine Jeanne les cavernes de la Soûle , et se jetaient sur les passants pour les dévorer. De nos jours, on entend parfois des hurlements étranges se mêler au murmure du vent; ces hurlements sont poussés par Rassajaona, le dieu des forêts et des montagnes.

Vers le commencement du xvn* siècle , nulle part , si ce n’est peut-être en Alsace , on ne brûla un si grand nombre de sorcières. Les femmes allaient en foule s’accuser d’être les amantes de Satan, et demandaient avec instance d’être décapitées ou brûlées. Une d’entre elles , la plus belle fille du pays basque , fut conduite à Bayonne , où elle devait monter sur le bûcher. Quand le bourreau s’approcha d’elle et s’avança pour lui donner, selon la coutume, le baiser de paix, elle rejeta vivement sa tête en arrière en s’écriant :

o Moi , qui ai touché Satan de mes lèvres, me laisserais -je embrasser par le bourreau ? »

Les réfugiés visigoths ou Cagots

(chiens de Goths , Agotacs) , furent toujours considérés par les Basques comme des hommes maudits, et lorsque, après les Croisades , la lèpre se répandit dans le midi de la France , les quartiers habités par les Cagots furent transformés en léproseries. Jusqu’en l’année 1789, voici quelle était la loi souletine appliquée aux Cagots :

« Tu bâtiras ta demeure dans les sites écartés et déserts , loin de nos habitations et de nos villes; l’on t’assignera la porte par laquelle tu dois entrer à l’église, le bénitier où tu trouveras Peau bénite, et les galeries où il te sera permis .de prendre place, semblable à la brebis infectée que l’on sépare du troupeau.

a Tu vivras avec les crétins et les lépreux ; tu feras coudre, sur tes habits et sur ton épaule un morceau d’étofle rouge qui te fasse reconnaître de loin. Ne te présente jamais dans les halles et marchés; ne touche point aux provisions exposéës eu vente; tu serais puni de mort.

« Evite de marcher nu-pieds , sous peine d’avoir le talon percé d’un fer brûlant; si quelque Basque s’approchait de toiparmégarde, tu l’avertiras en criant, et tu fuiras loin de sa présence. »

La langue escuara, que plusieurs érudits basques prétendent avoir été la langue du Père éternel, est véritablement une langue admirable :

elle a la douceur de l’italien et la mâle sonorité de l’espagnol , et , seùle parmi toutes les langues des hommes, elle peut se vanter de n’avoir pas de sœurs et d’être une langue absolument primitive. « Par le système d’agglutination des membres de la phrase en un seul mot , elle ressemble aux langues américaines; mais plusieurs autres particularités gram-

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matïcales la séparent complètement dé cette famille; elle n’a également aucün rapport avec les langues monosyllabiques de la Mogolie. »

Ecoutons M. Chaho parler de sa langue maternelle :

« La grammaire euskarienne se distingue entre toutes par une admirable simplicité et par une régularité invariable qui n’admet aucune exception à ses règles; on peut dire qu’elle réalise l’idéal de la perfection philosophique du langage.

Tous les noms euskariens sont cotijugables, ce qui revient à dire qu'il y a eh euskarien autant de verbes (Jue dé mots, richesse qu’aucune langue connue ne partage avec cet idiome. En outre, tous les mots, quels qu’ils soient , peuvent être conjugués synthétiquement de la manière la plus régulière et la plus complète'. La langue euskarienne conjugue tous ses noms avec le verbe. être-avoir, et non-seulement les noms, mais les adverbes de lieu; et non-seulement ce* adverbes, mais leurs diminutifs, approximatifs, augmentatifs, et, comme op compte ceux-ci par douzaines, cela fait pour chaque adverbe une douzaine de conjugaisons différente^. Dans cette langue , toute lettre, toute syllabe, est comme les touches sonores d’un clavier : chacune d’elles rend un son intellectuel , uüe note , et joue son rôle dans l’harmonie de la pensée.

a Les combinaisons entre les verbes, leurs sujets et leurs régimes, sont presque innombrables; mais ieur parfaite régularité rend ces formes multiples très-faciles à apprendre.

Ainsi on compte 1645 formes pour le présent do l’indicatif du verbe être-avoir, ce qui donne plus de 10000 formes pour le verbe entier, et cependant pas un enfant basque

né commet d’erreur dans son langage.

« Le mécanisme de la langue basque, ses inversions, ses désinences grammaticales . facilitent singulièrement la versification. Un jeune homme a-t-il une imagination vive, un père barde ou une mère habituée à répéter les chansons du temps passé, il commencera par chanter à son tour. Bientôt il composera lui-môme des chants, sans autre étude, pareil à l’oiseau qui rédit d’instinct les conseils de sou père veillant sur sa couvée. .«

Avec cette facilitéde versification, il n’est pas étonnant que tous les événements un peu extraordinaires, tels que les mariages entre veufs, ouïes coups donnés par une femme à son mari, soient célébrés dans des chansons burlesques , avec accompagnement de processions, de danses. et de charivaris. Ces chansons étaient parfois suivies de luttes au makita; aujourd’hui ces drames de famille sont moins souvent traduits à la barre populaire.

Mais on joue toujours de véritables pièces de théâtre, des pastorales nationales avec décors et musique.

Les pièces que M. Francisque Michel a recueillies, au nombre de 34, sont empruntées, soit à la Bible, soit à la légende , à la mythologie grecque et aux traditions historiques du moyen âge. Les annales ottomanes ont aussi donné au théâtre basque Mustapha grand, Sultan.

«A-t-on décidé que l’on jouerait une pastorale, la jeunesse de l’endroit va trouver l’homme de lettres du voisinage, le plus souvent l’instituteur de la commune, et lui fait part du dessein qu’elle a formé. On s’entend sur le choix de la pastorale et l’on convient des honoraires à

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route 13. les Basques.

payer au directeur de la troupe, qui remplira en même temps les fonctions de copiste, de répétiteur, de régisseur et de souffleur. Ces honoraires sont de 40 francs, la nourriture en sus.

« Quelques planches, solidement élevée'S sur une donzaine'de solives, font les frais de la construction du théâtre; une triple rangée de barriques supporte le tout et donne à la scène utie élévation d’environ r»,5'0 Sur 4 ou 5 métrés de côté. Le haut du théâtre est partagé eh deux compartiments égaux, dont l’un forme la scène et l’autre le foyer des acteurs. Une corde tendue Via hauteur d’environ 3 mètres , et d’où descendent des draperies plus ou moins riches, forme la ligne de démarcation entre les dfeux compartiments.

Sur la gauche s’élève ordinairement une espèce de pantin monstrueux,, que l’on met eu mouvement aii moyen de cordes il représente Allah, le dieu des maliométans; son rôle est d’applaudir aux crimes des méchants, etde se livrer à de nombreuses contorsions en présence des personnages vertueux qui paraissent sûr la scène. On s’en sert encore dans les eulr’actes pour amuser le public, si toutefois on peut appeler entr’actes des interruptions accidentelles.

« Les acteurs ne sont pas les seuls qui aient le droit de siéger sur le théâtre : les personnes marquantes de l’endroit y occupent une place d’iionneur. On y voit aussi les couturières qui ont préparé les costumes et qui veillent sur les décorations; le répétiteur qui' remplit ubliquement les fonctions de soufeur; enfin, deux ménétriers, l’un jouant du violon, l’autre de la flûte avec accompagnement de tambou-

rin; ils ne jouent pendant la pièce que pour accompagner les chants, qui sont ordinairement des prières adressée^ à Dieu par les acteurs ou des choeurs d'enfants dans les moments critiques.

« Les costumes se composent de tout ce que l’on peut obtenir d’ancien et de beau dans leS châteaux et dans les maisons bourgeoises, en vertu d’un droit acquis de temps immémorial à la jeunesse, droit que l'on ne saurait lui dénier sans s’exposer â quelques reprè- «aillés. Les coiffures surtout sont l’objet de soins particuliers, et l’on y prodigue les rubans et les bijoux.' Chacun essaye de se rapprocher autant que possible du costume qu’il attribué à son personnage; mais il faut le dire, acteurs et spectateurs soht assez peu, difficiles sur ce point. Voyez plutôt : l’habillement d’un roi chrétien consiste communément en un pantalon blanc galonné , uh beau gilet , un habit bourgeois et de petites bottes, une couronne ornée d’une riche chaîna d’or, une autre chaîne de même métal descendant sur le dos et sur l’estomac, une épée, une canne, des gants, deux montres et la croix d’honneur. Les courtisans qui accompagnent lé roi sont vêtus de même, avec cette différence qu’ils sont coiffés de chapeaux pareils à ceux des gendarmes et garnis de plumets et de rubans. Les princes musulmans portent de grandes bottes, un pantalon blanc galonné, un habit rouge, un chapeau cylindrique décoré de panaches et de petits miroirs; leur suite offre des costumes pareils, si ce h’est qu’au lieu d’habits, ceux qui la composent ont des vestes courtes en écarlate; les uns et les autres por-

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tent de grands sabres. Quant aux danseurs qui paraissent sur la scène pendant les entr’actes et que l’on nomme Satans, ils ont des escarpins rouges garnis de petites sonnettes, un pantalon blanc galonné, une ceinture en soie, un riche gilet, une veste écarlate, un chapeau triangulaire en carton orné de rubans et de plumets, et une petite arme pareillement décorée de rubans rouges.

a Les pastorales sont toujours représentées par des hommes. Quelquefois, quoique assez rarement, les jeunes filles se donnent en spectacle sur les tréteaux ; mais on n’y voit guère de filles de bonne maison. A la fin de la représentation d’une pastorale, on exécute sur le théâtre des danses diverses.

Le public y est admis; mais l’honneur de danser les trois premiers mutchico , ou sauts basques , est mis à l’encan par les agents des acteurs, et la jeunesse des diverses communes se le dispute. Le premier saut basque coûte quelquefois de 150 à 200 fr.

« Presque toutes les pastorales ont été composées dans la Soûle, pays dont Mauléon est le chef-lieu. C’est dans ce coin de terre, qui a vu naître les Oihenart, les Archu, tous les meilleurs poètes basques, que l’on conserve les recueils dramatiques les plus renommés, et que se •donnent les représentations les plus soignées comme les plus fréquentes.

Dans le Labourd, on ne joue plus que des comédies.

« La danse est aussi l’un des grands amusements du peuple basque, et les jeunes gens né manquent jamais de se livrer à cette récréation favorite pendant les longues veillées d’hiver. Dans les trois

ou quatre maisons notables que compte le village, la cuisine forme la pièce principale : là, tous lessoirs se réunissent de nombreux voisins.... Dn vieillard fait claquer ses mains, pousse un houp vigoureux et entonne l’air national. : aussitôt une demi-douzaine de jeunes gars sont en file, et décrivent l’arc suivant lequel s’exécute ep va-êtvient la danse du saut basque, dite mutchico, de muthico, garçon. .

« Le jeune homme qui danse le mtitchico d’une manière irréprochable doit laisser pendre mollement ses bras, sans les balancer avec exagération; il doit avoir les épaules effacées, le corps droit, la tête légèrement inclinée vers la poitrine, le regard grave, et fixé sur le demi-cercle qu’il s’applique toujours à décrire, et qu’il lui est défendu d’étendre ou de rompre. Il doit encore soutenir sa danse vive, rapide, tant que dure le chant; après quoi , deux bâtons sont posés en croix à angle droit : c’est la dernière épréuve. Le jeune danseur exécute, d’un angle à l’autre, une série de prouesses, luttant de rapidité avec la musique; et, si le musicien se tait de fatigue , le danseur saisit d’un bond les deur bâtons, et son triomphe est complet.

« On compte encore parmi les petites récréations de veillée , ta lutte corps à corps , la main chaude, les jeux de force, le colinmaillard, le jeu de berger, espèce de jeu de dames réduit à sa plus simple expression; le fétu allumé, que l’on se passe de main en main , etc.

La réunion n’est-elle composée que de femmes et de vieillards, ce sont les chroniques du temps passé, ‘ les questions religieuses, des histoires de loup-garou et de

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