DE BAYONNE A PAMPELUNE
101 kit. 1/2. —27 kil. en Frarice; 13 lieues (7k kil. t/2) en Espagne.
Deux entreprises de diligences, rue du ftnuverntment , la JVu&va Union et «1 Morte y Mediodia de EspaAa, alternent et font le service chacune deux jours de suite. Le premier jour, la vuilure va seulement & l’ampelune; le second jour, elle prend les voyageurs pour Madrid, par Parti pelune , Soiia et Guddalïjara. Durée du trajet, 16 heures de Bayonne k Pampelune. Prix : i48 réadx, 132, iOI et 80.
13 kil. De Bàyonne à Ustaritz (Y.
A 2 kil. environ d’Ustaritz, la route, laissant à g. celle de Canibo , se dirige au S. et s’élève de 27 mèt. à 140 sur des coteaux couverts d’arbres et de fougère. Après avoir laissé à g. le chemin de Cambo (V. R. 15) , on descend par une pente rapide à Espelette. Dans ce trajet, trois montagnes attirent principalement les regards : l'Ursouia à g. , le Mondarrain presque en face, et la Rhune à dr.
6 kil. (19 kil.). Espelette (hôtel du Mondarrain, chez Gracieuse), chef-lieu de canton de 1532 hab.
(dép. des Basses-Pyrénées , arrondissement de Bayonne), est situé à 62 mèt. sur une petite éminence, dans l’une des parties les plus accidentées et les plus riantes du paye basque. Il n'offre par lui-même rien d’intéressant. Son église, qui s'élève à la droite de la route, ne mérite pas une visite. Mais la plupart de ses maisons témoignent par leur apparence extérieuré de l'aisance de ‘ses habitants. Tous les quinze
ROUTE \k. ESPELETTE. — URDAX.
jours, en effet, il s’y tient des marchés considérables, très-fréquentés par les Espagnols.
A 1200 mèt. environ d’Espelette, on laisse à dr. la route de Souraïde (V. R. 15) et, 1200 mèt. plus loin, le chemin de Sare (V. R. 15). La route, qui décrit des zigzags habilement tracés, et qui offre de charmants points de vue sur une vaste étendue de pays, s’élève jusqu’à 176 mèt. entre des hauteurs qui la dominent de 1Ô0 à 150 mèt., puis redescend, après avoir , souvent descendu et remonté, à
5 kil. (24 kil. de Bayonne), Âinhoue (754 hab.) , le dernier village français, situé à 124 mèt.
A 3 kil. d’Ainhoue, on franchit la Nivelle sur le pont de Danchariaenea, qui forme les limites de la France et de l’Espagne.
C’est à Ainkoue que là douane française visite les bagages des voyageurs qui entrent en France; c’est au petit hameau de l.andibar , situé tout près de la frontière, et dépendant de la commune espagnole d’Urdax, que les autorités espagnoles procèdent à l’examen des passeports et au signalement minutieux de la voiture et des chevaux (si l’on voyage avec une voiture particulière qui doit rentrer en France).
La frontière franchie — frontière toute politique et sans aucune raison géographique, — on remonte la rive g. delà Nivelle, et, après avoir traversé le hameau de Leorda* , d’où un chemin conduit, à dr. , par Alquerdy , à Zugaramurdy , on ne tarde pas à.. atteindre
3 kil. (30 kil.) Urdax ( Posada de ■la Toreta) , v. de 600 hab. , qui doit son origine à un vieux monastère de San Salvador, aujourd’hui inhabité, dont la chapelle est l’église parois-
siale de la ville. <* Là, dans une délicieuse position qui rappelle celle de Lescaladieu dans le Bigorre , et celle du val Suzon dans la Bourgogne, vivait, dit M. Cénac Moncaut, une pieuse colonie monastique, établie d’abord dans les bruyères et les forêts, jirès d’une étable à pourceaux , comme l’indique le nom d’Urdach (Urdetche, maison des porcs). Cette circonstance vient d'ailleurs confirmer tout ce que nous connaissons des habitudes agricoles basques. Nous voyons,. -dès, la plus haute antiquité, les Béarnais et lesCantabres se livrer sur la plus grande échelle à l’élève des pourceaux. La principale générosité des rois de Navarre et d’Aragon envers les abbayes fut toujours d'ouvrir leurs forêts aux troupeaux de porcs des monastères, et Bayonne dut peut-être à la prospérité de ce système agricole la réputation européenne de ses jambons. Les premiers moines d’Urdach défrichèrent les landes, les bois, et appelèrent autour d’eux les pâtres du voisinage.... Les descendants de ces bergers occupent maintenant une dizaine d'habitations disséminées dans les prairies, et le bourg moderne , éclos soûs la protection de l’abbaye, a payé sa dette de reconnaissance en expulsant les religieux, ou plutôt en les laissant expulser par les décrets récents des progressistes espagnols.... Toutefois les ravages que le temps a exercés sur les bâtiments d’Urdach n’éveillent pas des regrets bien amers. Un lourd clocher carré, à toiture aplatie, qui pourrait aisément devenir le donjon dé la bourgade, domine une église noire et solide comme une forteresse féodale. Le autres con-
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
slructions, dans le flanc desquelles le regard peut indiscrètement se glisser du haut de la montagne, ne présentent que cette suite de lignes sèches et roides du dernier siècle, qui fait ressembler le corps principal à une manufacture, et le cloître aux arcades de la rue de Rivoli.
Urdach n'offre donc aucun détail intéressant. Si le clocher et les rmrrs de l’église appartiennent à. la fin du xv« siècle, les galeries du cloître ne remontent qu'au xvn'.
Le souvenir le plus intéressant que réveille cette espèce de spectre monastique, c’est que l’établissement fut fondé par l’abbé de la Case-Dieu dePardiac, au commencement du xvin* siècle. »
Le vallon où se trouve Urdax, et qu’arrose le ruisseau d’Ugarana, affluent de la Nivelle, forme presque une enclave au milieu du territoire français. Bien que séparé de la vallée dé Bastan par l’une des ramifications des Pyrénées, et principalement par la montagne d’Ochondo, d’où descend la Nivelle, il appartient administrativement à cette vallée.
C’est par Urdax que le prétendant don Carlos entra en Espagne, le 9 juillet 1834, et qu’il se retira en France, le 13 septembre 1839, après la transaction de Vergara, avec environ 5000 hommes, reste de son armée. Le général Espartero, qui le poursuivait, arriva à Urdax deux heures après lui, et s’empara de l’artillerie et des munitions qu’il y avait abandonnées.
Sept jours auparavant, le général espagnol Vincente Moreno y avait été fusillé et massacré. Dès qu’il eut appris la trahison de Maroto , Moreno avait cru prudent de se retirer en France avec sa
femme et sa famille. Il était près d’atteindre la frontière, quand il fut rejoint et arrêté par des soldats du 11* bataillon de Navarre. En vain il s’adressà pour obtenir un sursis à l’officier qui les commandait.
Il ne demandait que le temps de se confesser. « Tuez-moi demain, s’écriait-fl, laissez -moi vivre encore aujourd’hui, seulement une demiheure. — Meurs , traître , lui répondirent ses assassins ; on n’aura pas plus pitié de toi que tu n’as eu pitié de Torrijos. » Moreno s’était fait connaître en 1808, en massacrant les Français à Valence. En 1831 , il feignit, sous le nom de Ffriatus, de conspirer contre Ferdinand VII avec Torrijos, et, quand il eut suffisamment compromis Torrijos, il le fit fusiller avec pinquante de ses ‘Complices, comme rebelle et traître, sans jugement, sur la plage de Malaga. Ferdinand VII le récompensa de ses infamies en le nommant capitaihe-général de Grenade.
Mais, en 1832, la reine Christine le disgracia lorsqu’elle voulut se rapprocher du parti libéral. Alors il se fit carliste.
Au delà d’Urdax , la route s’élève peu à peu , sur les versants occidentaux des monts Aguerre et Urtamendi, jusqu’au port d’Ochonâo ou de Maya.
En 1813, ce port fut le théâtre d’un combat acharné entre les Français et les Anglais-. Après la défaite de Vittoria, les Français voulaient reprendre l’offensive pour aller dégager Pampelune. Le 25 juillet, les divisions d’Armagnac et de Marransin enlevèrent le col de Maya, malgré la vigoureuse résistance des alliés. Malheureusement le comte d’Erlon se contenta d’occuper cette importante position , au lieu de