DE JACA A 8ARAG08SE
10 lieues espagnoles 1/2. Pour la description de celle rouie, voir ['Itinéraire de l'Espagne , par M. A. G. de Lavigne.
Après être descendu de la colline de Jaca, on suit la rive g. de l'Aragon , qui coule dans la direction de ro. , à travers une plaine parsemée de vergers, de granges et de petits hameaux. Vue de ce côté, la Pena de Oroel , dont on longe la base septentrionale, présente une longue crête noire de sapins , et ce n'est qu'après l'avoir dépassée qu'on la voit graduellement prendre la forme d'un cône gigantesque. Au bout d'une heure et demie de marche , on laisse à dr. le chemin qui monte au couvent de San Juan de la Pena (voy. ci-dessus) , et on côtoie de belles forêts pour entrer bientôt dans un petit bassin bien cultivé, au centre duquel se troùre le gros V. de .Santa Lucilia. Au delà , la vallée de l'Aragon devient triste et nue; pendant 3 h, de marche on n'aperçoit ni champs, ni prairies , et la vue ne s'étend , à g. , que sur une chaîne de grès et ses noires forêts, à dr., sur les Pyrénées couronnées de neige. Enfin on arrive à un moulin solitaire ., Molino de Arres, situé sur un petit affluent de l'Aragon , à 503 met. de hauteur. Ce moulin sert en même temps d'auberge, et l'on peut y passer la nuit.
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
Au delà (lu moulin, la vallée s'élargit peu à peu et devient un vaste bassin de 3 lieues de diamètre, dont le fond est évidemment le lit d'un ancien lac ; en effet , de tous les côtés, il semble parfaitement entouré'par une enceinte de montagnes : c'est un cirque immense, sans aucune issue apparente. Au centre, sur un petit mamelon qui domine la rive dr. de TAragon, s'élève la petite ville de Verdun , qui donne son nom à la vallée.
De Verdun à Anso, et de là au port d'Anie(Voy. page «67).
Le chemin de Jaca à Pampelune ne passe pas à Verdun ; mais , laissant la ville à dr. sur la rive dr. de l'Aragon, il continue à longer la rive g. Bientôt on entre dans un défilé sauvage, et l'on perd de vue la Pena de Oroel , dont on avait pu jusqu'ici, en se retournant, voir le cône se dresser au-dessus des autres montagnes de l'E. La région que l'on traverse devient de plus en plus solitaire ; çà et là on aperçoit dans le lointain* quelque pauvre village suspendu aux flancs de la montagne, au-dessus d'affreux précipices ; à peine quelque champ mal cultivé; à peine quelques l)arrières en planches pour retenir le bétail pendant la nuit. La vallée est triste, infertile, inhabitée. De distance en distance, l'Aragon se cache derrière un promontoire de rochers; au N. apparaît dans toute sa majestueuse grandeur la crête des Pyrénées, depuis le pic d'Anie jusqu'au mont Orhy.
A 3 ou 4 h. de marche, au delà du bassin de Verdun , la vallée devient un peu plus cultivée ; on commence à voir çà et là des vignes et des champs de* blé ; puis on longe à
ROUTE 28. VERDUN. — TIERMAS.
g. quelques chênes épars, et, après avoir franchi , sur un pont de l)ois, le torrent large et rapide , on gravit la colline sur laquelle est bâti
18 l. Tiermas, petit V. d'une centaine d'hab. , qui doit la réputation dont il jouit à ses deux sources sulfureuses, qui jaillissent un peu plus bas, sur les bords de l'Aragon , au pied d'une colline presque perpendiculaire, appelée Petrillon. Une autre source, nouvellement découverte , se trouve à une lieue en aval ; on la désigne sous le nom de los Herpès (bains des dartres).
Le nom même de Tiermas ( Thermes ) donné à ce village prouve que la vertu de ses sources est connue depuis longtemps; on prétend même que les Romains y avaient bâti quelques maisons.
Vers le commencement de ce siècle Tiermas était rarement visité, et ce fut en 1819 seulement que M. Alexandre Olivan y fonda un établissement thermal.
Les eaux des sources sont sulfureuses et ont une température de 30 à 34° C. ; on s'en sert en bains, en boissons et en douches. L'établissement thermal est situé à un quart de lieue environ du village ; il contient 52 chambres commodes, 8 baignoires et un certain nombre de pièces où l'on peut prendre des bains de vapeur. De 1847 à 1851, la moyenne des l)aigneurs a été de 335 par an. Le propriétaire actuel, M. Thomas Lletget , paye une rente annuelle de 4000 réaux (environ 1000 fr.) à la commune de Tiermas.
Le prix d'un bain est de 4 réaux (1 fr.). Pour les pauvres, les bains sont gratuits. La table d'hôte est de 1*2 réaux par jour (3 fr.).
Enfin on paye :
Bains, chambre et linge pendant 9 jours.
l'» cl, 72 réaux (18 fr. 00 c.)
2« cl. Sk réaux (13 fr. 50 c.)
Cheval ou mulet jusqu'à Liedena(i lieue
1/2), 10 à 12 réaux (2 fr. 50 c. à 3 fr.) Voiture de Liedena à Pampelune (21 lieues
1/2), 120 à 200 réaux (30 fr. à 50 fr.)
De Tiermas à Roncal et à Tardels (V.
On descend de Tiermas par un chemin en zigzag pour suivre la rivedr. de l'Aragon, qui coule entre des e.scarperaents calcaires ravinés par les eaux et complètement dépourvus de végétation. A une h, de marche environ, l'aspect de la vallée change graduellement, et des rochers pittoresques de grès, couverts (le forêts magnifiques, bordent l'horizon du côté du N. et cachent la vue des Pyrénées; au S., les forêts qui tapissent les pentes sont assez clair-semées et se composent en général de chênesverts. Bientôt après, la vallée, qui depuis Jaca se dirigeait uniformément du côté de l'O., décrit une vaste courbe vers le S. , pour aller se réunir à l'Ebre en amont de Tudela Du chemin élevé où l'on se trouve, on voit, à une distance de quelques lieues, les hautes tours de Sangiiesa (3000 hab.) s'élever au-dessus des collines boisées qui dominent la rive g. de l'Aragon.
On traverse le premier village navarrais, triste et misérable, appelé Yesa; puis, cessant de suivre la rive dr. de l'Aragon, on remonte à ro. un petit col couronné par un plateau aride. De cet observatoire on jouit d'une vue remarquable sur la vallée de l'Aragon, qui descend à dr. vers le S. entre des collines boisées, et en face remonte par l'E.
entre deux montagnes escarpées.
De l'autre côté du col se trouve le petit V. de
1 lieue 1/2 (19 1/2.). Liedena, situé à 379 met. de hauteur dans un vallon où apparaissent çà et là quelques oliviers.
De Liedena par Ochagavia à Tardets (Y. U. 25}.
Au delà de Liedena, un chemin pierreux et accidenté, mais parfaitement carrossable , mène sur les bords du Salazar, torrent qui descend des hauteurs d'Ochagavia , et va se jeter un peu plus bas dans riraty, en amont du confluent de cette puissante rivière avec l'Aragon, non loin de Sangùesa. On traverse ce torrent au moyen d'un bac, puis on tourne à g. pour remonter la rive g. de Tlraty, qui coule doucement à travers les prairies. Ici le paysage est charmant; à dr. de la fertile vallée, on voit s'élever sur une petite colline la petite ville pittoresque de Xiumbier, entourée de murailles grises, et d'où l'on peut gagner Ochagavia (V. R. 25); à g. brillent les eaux de riraty, à travers les arbres qui le bordent; en face se dresse un rocher perpendiculaire semblable à une énorme muraille. On suit la rivière jusqu'à la base même de ce rocher, et l'on se demande avec étonnement de quel côté s'omTe la vallée, lorsque tout à coup, au delà d'un petit détour du sentier, on voit cette barrière, en apparence infranchissable , se diviser comme par enchantement, et le regard surpris pénètre dans l'énorme coupure que se sont taillées les eaux de l'iraty. On dirait que la montagne a été fendue en deux par la Durandal de quelque Roland, car on peut voir d'une extrémité
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
à l'autre de la gorge, et les parois, éloignées seulement d'une dizaine de met., et hautes de GO met.
environ, sont parfaitement polies.
L'eau coule lentement dans le canal qu'elle s'est creusé, et, bien qu'elle soit parfaitement limpide.
sa couleur bleuâtre indique sa grande profondeur. Au sortir de ce défilé, elle forme un petit lac, profond de 14 met. environ. On comprend à peine comment l'ancien lac de la vallée supérieure a pu se frayer une route à t^a^'ers le rocher, au lieu de le contourner du côté de l'O., où s'élèvent seulement de petites collines sans importance.
On traverse le torrent sur un pont appelé autrefois pont du Diable, et aujourd'hui pont de Jésus; puis, passant sous une petite chapelle construite au sommet du rocher sur le bord même du précipice, on gravit la colline qui borne la rive dr. de l'Iraty. Du sommet, on jouit d'une vue charmante sur la vallée inférieure de l'Iraty.
appelée aussi vallée (ÏÀiba, sur la ville fortifiée de Lumbier, et sur le rocher au pied duquel apparaît le petit lac que forme l'Iraty à sa sortie de la gorge. On descend alors au fond d'une autre vallée qui s'ouvre à l'O. dans la direction de Pampelune ; on suit un chemin fatigant qui traverse quelques petits hameaux et longe çà et là des taillis de chênes. Après 2 h. de marche, on arrive au petit et misérable village de Mùnreal, au delà duquel on traverse un pays triste et inhabité. Des landes marécageuses s'étendent à perte de vue dans la direction de l'O. ; à dr. et à g. s'élèvent des collines jaunâtres où apparaissent quelques misérables ca-
banes ; pas de champs, pas d'arbres ; c'est le désert. Pendant 5 h. de marche, de Monreal à Pampelune, deux ou trois auberges malpropres sont les seules traces du séjour de l'homme.
A dr. on aperçoit un aqueduc de 97 arches, construit vers la fin du XVIII' siècle. Enfin, on rejoint la route de Pampelune à Saragosse, qu'on voyait depuis longtemps se dérouler à g.
21 I. 1/2 (41 lieues). Pampelune (V. R. 14).