SITUATION ET ASPECT GÉNÉRAL
a Bagnèrei de Bigorre^ un des
chefs-lieux (rarr()n{li.s.sement du dé-
partement des Hautes-Pyrénées , dit M. Lemonnier, est une riante et coquette petite ville de 8835 hab. , sans compter la population llottante.
Située à r)67 met. au-dessus du niveau de la mer, sur TAdour qui la traverse et s'y divise en nombreux lilels, elle termine et ferme par son côté N. la vaste et riche plaine de Tarbes, et donne accès par son côté méridional dans la célèbre vallée de Campan. La température moyenne delà belle saison y est de 1U0 cent. »
a L'aspect de la ville est charmant, dit M. Tainc. De grandes allées de vieux arbres la traversent en tous sens. Des jardinets fleurissent sur les terrasses. L'Adour vuule le long des maisons. Les deux rues de Venise sont des îles qui rejoignent la chaussée par des ponts chargés de lauriers- roses et qui mirent leurs fenêtres vertes dans le tlot clair. Des ruisseaux d'eau limpide accourent de toutes les places et de toutes les rues; ils se croisent, senfoncent sous terre , reparaissent , et la ville est remplie de leurs murmures, de leur fraîcheur et de leur
gaieté. »
a Bagnères de Bigorre est la plus
leurs fenêtres, des terrasses suspendues et des murailles qui sont blanches comme la robe de noce d'une jeune fille; imaginez des rues, non pas tirées au cordeau, mais aérées, spacieuses et serpentant comme les allées d'un jardin autour iWui cottage; des rues, non pas pavées avec des cailloux pomlus comme la plupart des villes du Midi , mais qui semblent avoir été battues et nivelées par Mac-Adam lui-même; et partout, le long des maisons, des ruisseaux d'eau courante et limpide qui ne se taisent pas plus que les cascades du grand Condé; et une promenade qui vous donne, en plein midi et au milieu d'une cité populeuse, la fraîcheur du bocage le plus retiré et le plus secret; et plus de vingt sources d'eaux minérales qui jaillissent à gros bouillons du sein de cette terre échaufTée par les plus doux rayons du soleil : et des établissements thermaux dignes des Romains, si ce n'est que, dévote à ses dieux autant que nous sommes devenus matériels, Home adorait des naïades où noiis ne voyons que des fontaines, et construisait des temples où no'us bâtissons des buvettes;
a Bagnères de Bigorre est la pms " -; ^^ -^^^i^e dans ces rues, charmante vignette que l'on pmsse ^^^^^T^"^^, ees prome-
placer au frontispice d'un voyage dans les Pyrénées, ajoute M, Cuvillier Fleury. Je ne sais rien, en France et en Italie, qui donne une idée de ce délicieux séjour. La jolie petite ville de Suze, qui vous reçoit à la descente des Alpes, du côté du Piémont, dans son enceinte si riante et si hospitalière, ne peut lui être comparée que de très-loin.
Vous allez en juger : Imaginez une ville où les maisons ont partout des chan.branles de marbre à leurs portes, des assises de marbre 5
sur ces places, dans ces promenades, une population pressée, mosaïque mouvante, bigarrure singulière de mœurs, de langage et de costume, où les modes de Pans luttent quelquefois sans succès avec la simple et rustique élégance du justaucorps montagnard, ou 1 habitué de l'Opéra coudoie le rude chasseur des plateaux de l'Aragon, à peu près comme si un des deux pôles rencontrait l'autre dans 1 espace; enfin, représentez-vous cette scène dominée au N. par la flèche
ITINERAIRE DES PYRENEES
hardie et le gracieux campanile d'une église gothique, tandis qu'à l'extrémité opposée s'allonge le Pic du Midi , couché comme un sultan parmi les roches verticales qui se dressent tout autour de lui, trop éloigné cependant pour projeter ses grandes ombres sur la délicieuse vallée où Bagnères sourit et se joue sous l'azur oe son beau ciel, n'empruntant à la montagne que sa fraîcheur et lui laissant sa majesté. »
HISTOIRE
Bagnères a, comme toutes les villes célèbres, des prétentions aune haute antiquité. Il est môme de ses enfants qui en font une contemporaine de la ville de Troie, et la fondent modestement 695 ans avant Rome.
Quoi qu'il en soit de cette origine reculée, il est certain que les eaux thermales de Bagnères étaient connues des Romains, qui leur avaient donné les noms de Àqua; Bigerronum, Balneario' , Vie us Aqu nis is .
Ils construisirent des bains et des piscines, et, attirés sans doute par les charmes du site, bâtirent quelques maisons de plaisance sur le flanc des collines. Plusieurs monuments témoignent authentiquement du séjour des Romains à Bagnères :
ce sont des pierres votives portant des inscriptions. La plus ancienne est placée au-dessus de la porte d'entrée de la maison Jaiou ; on y lit:
»\MPH1S
PRO. SALY
TE. VA. ï^E
tER. SEliA
nVS. t.S.L.M.
(Aux Nymphes pour sa guérison, Sevei-us. Seranus.... a accompli volontairéraeDt ce vœu bien mérité.)
Une seconde inscription plus im-
portante était autrefois placée sur le frontispice d'un temple consacré k Diane; actuellement, on la voit audessus d'une fontaine, entre la place aux Grains et les promenades Coustous; elle porte :
NVMINI. AVGV8TI
8ACRVM
ëECVNDVS. hEMDEBO
MIS. FIL. MOMIMK
VICANORUM. AQUE!«
SIVM. ET. SVO. l»OSClt.
CAutel du Dieu Auguste, élevé par Secundus , flls de Sotnbedo du teourg des Eaux pour lui et pour les siens.)
Dans les fouilles entreprises en 1823 pour asseoir les fondations du grand établissement thermal, on trouva des médailles, des colonnes et des chapiteaux, enfin quatre piscines avec des revêtements en marbre ornés de moulures travaillées avec art ; trois de ces piscines étaient carrées, la quatrième était ovale et pouvait avoir une circonférence d'environ 40 met. Tous ces débris ont été recouverts de terre.
« Bagnères, comme le reste de la Gaule méridionale, pa.ssa, dit M. Frédéric Soutras, sous la domination des Visigoths , qui laissèrent subsister dans leur nouvelle conquête les monuments et les institutions de Home. Jaloux de continuer l'œuvre de leurs prédécesseurs, les nouveaux conquérants ouvtirent des routes, bâtirent des ponts, construisirent dés aqueducs, creusèrent des caââux. Un de leurs rois , Alaric , peut-être celui - là même qui fut vaincu ptir Clovis, dériva les eaux de l'Adour à 1 kil.
au-dessous de Bagnères, et répatidit ainsi là fécondité suf toute la rive dr. du fleuve, dans Un espace de plusieurs liëués.
a Mais quand les Franks fireiit
irruption dans le Bigorre, ils l'incendièrent, le pillèrent et le saccagèrent, et revinrent dans leur pays du Nord chargés de butin, conduisant devant eux des troupeaux d'esclaves. C'est vers cette époque, sans doute, que fut détruit, à Vieux A<ixiensis, le temple de Diane qui s'élevait au midi de la ville, sur la rive g. de l'Adour. Une église, placée sous l'invocation de saint Martin de Tours, s'éleva sur les ruines du temple; vers le milieu du xvii' siècle, l'église fut démolie à son tour, c Bagnères dut, sans doute, subir comme toutes les autres cités de l'Aquitaine le fléau de l'invasion des Normands: cependant l'histoire de cette malheureuse ép^ue n'en fait aucune mention. Ce n'est que plus tard, quand les hommes du Nord se furent retirés ou fixés, quand le Bigorre fut devenu un Élal indépendant, que nous retrouvons le nom de Bagnères à cette l)age glorieuse de l'affranchissement des communes. La charte octroyée h la cité par le comte Centulle III lui confère, entre autres privilèges et immunités, le droit de se garder elle-même , droit précieux qui faisait de la commune affranciiie une espèce de commune indépendante.
Dès lors Bagnères s'entoure d'une ceinture de remparts, flanquée de fortes tours, épaulée de bastions
massifs.
a Les longues discussions de Henri de Transtamare et de son frère Pierre le Cruel furent la cause d'un grand désastre pour Bagnères.
Vaincu par le Prince Noir, Henri s'était réfugié sur les terres de France. Il recruta bientôt , avec l'aide de Duguesclin, des bandes «le routiers et de malandrins qui faisaient la guerre pour leur propre
compte , dévastant tour à tour les États du roi de France et ceux du roi d'Angleterre. Animé par la vengeance , le prince castillan se jette en passant sur Bagnères, à cette époque vassale du Prince Noir. Les bourgeois dormaient , les sentinelles faisaient mauvaise garde. Les malandrins dressent en silence leurs échelles contre les murs du couvent des Dominicains, situé au N. de la ville. Ils y pénètrent sans être découverts , et de là se répandent dans la placé , où ils commettent les plus affreux ravages.
a Après des luttes sanglantes j après de terribles séditions qui valurent à la malheureuse cité l'excommunication papale, après une guerre longue et cruelle, qui alK)utit à l'expulsion des Anglais, le comté de Bigorre rentra sous la domination des rois de France, puis devint un apanage de la maison de
Foix.
a Au milieu du xvi" siècle, Bagnères fut le rendez-vous de la noblesse de Bigorre , de la Navarre et de la Guienne. C'est alors que Montaigne visita les Pyrénées, et écrivit ces lignes tant soit peu ironiques :
« J'ay veu, par occasion de mes voyages, quasi touis les bains fameux de chreslienié, et, depuis quelques années, ay commencé à m'en servir : car, en général, i'esiime le baigner salubre, et crois que nous encourons non légi^re6 incommodité* en nosire santé , pour avoir perdu cette coustume, qui estoii généralement observée au temps passé quasi en toutes les nations, et est encore en plusieurs , de se laver le corps touts les iours; et ne puis imaginer que nous ne \aillions beaucoup moins de temr ainsi noi membres encroustez et nos pores estoupez de crasse... A cette cause, i'ay choisi iusqu'à cette heure à
ITIN':^RA1RE DES PYRÉNÉES
m'arresler el à me servir de celles où il y avoit plus damœniié de lieu , commodiié de logis, de vivres et de compaignies, comme sont en France les bains de Banières.... »
« A la même époque , le poète DubarUis vint aussi célébrer Bagnères , et
« Ces raonis enfarinés d'une neige éternelle!
« En 1588, la ville, atteinte par une terrible épidémie , fut presiiue entièrement dépeuplée. Le fléau, disent les registres de la ville , ne cessa que grâce à l'intervention de Notre-Dame de Médous , qui se laissa toucher par les larmes des habitants , venus processionnellement aux pieds de la statue. En tète de la procession s'avançait une femme de Baudéan, nommée Liloye, qui fit, en se traînant à genoux, le trajet de Bagnères à Médous. A son approche, les cloches se mirent à sonner d'elles-mêmes, et, dès ce moment, Liloye fut vénérée comme une sainte. »
A dater de la fin du xvii' siècle jusqu'à nos jours , l'histoire de Bagnères est purement thermale, qu'on nous permette cette expression. Le nombre des étrangers va toujours en augmentiint; maintenant il s'élève chaque été à 18 ou 20 000 , y compris les hôtes des hameaux voisins. En effet, Bagnères attire les visiteurs par la douceur de son climat, par la beauté de ses environs bien plus encore que par l'efficacité de ses sources thermales.
Un voyage aux Pyrénées ne peut manquer d'avoir des résultats lieureux ; car, d'après l'aphorisme philosophique de Bordeu : « Les eaux guérissent quelquefois, soulagent souvent et consolent toujours. »
MONOMErSTS. — CURIOSITÉS.
V église de Saint-Vincent se compose de parties différentes , du xiv , du xv« et du xvK siècle. « Heureusement que la juxtaposition de ces fragments évite, dit M.Cénac-Moncaut, les contrastes trop brusques qui se font remarquer dans d'autres édifices du Bigorre. La muraille du couchant, large façade appuyée de contre-forts , est percée de fenêtres ogivales ; une élégante tourelle (juinquagone , avec pyramide à crochets, s'élève sur l'angle sud; une porte ogivale i\ trois retraites, avec trois simulacres de colonnettes et de chapiteaux à feuilles plates, complète cette façade, évidemment construite au XIV siècle.
« La nef, spacieuse et hardie, sa voûte ogivale, ses nervures redoublées s'appuyant sur des pilastres arrondis, ornés de gros filets et descendant jusqu'au sol, leur abaque de feuillages enroulés, les grandes fenêtres divisées en deux baies, sont autant de témoignages du xv siècle, tt Le porche plein-cintre do la façade méridionale appartient au style le plus pur de la Renaissance. Sa voûte à double croisement de nervures, la clef j)ortant les armes de Bagnères, la porte ogivale décorée de voussures fleuries, d'un rang de consoles et de feuilles d'eau, les arabesques des pilastres, les trois niches à fond de coquilles du tympan , le lion chimérique à tète d'aigle , le dragon à l'épine dorsale décharnée léchant son dos avec sa langue de feu, sont des détails qu'aurait pu avouer le Primatice. La pierre porte le millésime 1567. »>
V église et le cloître des Jacobins, ([m s'élevaient au centre de la vdle, ont été prescjue enlièremeul dé-
truits ; il n'en reste plus qu'une élégante tour de la fin du xv« siècle. Ce charmant beffroi, carré aux deux premiers étages, octogonal aux trois derniers, est percé sur chaque pan d'une gracieuse fenêtre ogivale.
Le dernier étage, reconstruit récemment, est éclairé par des ouvertures du môme style.
Un retable de ce couvent, représentant l'histoire de Jésus-Christ, se trouve maintenant chez M. Soubies, dans le beau ])arc de sa villa Théas. Cette grande composition, sculptée sur une pierre tendre mesurant 1 met. 20 de haut, et 2 met.
40 de large, e.st composée de 18 niches, placées sur deux étages; la grossièreté d'exécution des figures dépasse tout ce quil est possible de concevoir.
Véglisc des Cannes, de construction moderne, a un portail surmonté d'une pierre sculptée par Bonnassieux, et représentant la Multiplication des pains.
La chapelle Saint- Jean, aujourd'hui salle de spectacle , offre un portail très-élégant dans le style du ive siècle. C'est une grande ogive élancée, de 3 met. d'ouverture, ornée de trois retraites, et d'un nombre égal de colonnettes doriques.
Le grand arc est divisé en deux baies ogivales aiguës, séparées par une forte colonne, au chapiteau à larges fleurs romanes; un élégant monogramme, entouré d'une torsade et d'un ruban il dents de loup concentriques, orne le tympan.
Dans Vhospice, on montre égalemeiit une petite chapelle de la fin du Ml* siècle; c'est une œuvre grossière et sans aucun intérêt.
Le wiist'e. fondé en 18.'j3, occupe une siUc de rélablissemenl; il est
midi à 4 h. A côté, est installée la bibliothèque, également ouverte au
public.
Le Casino, établi en 1848, avait succédé à l'établissement de Frascati , dont les soirées dansantes ont joui longtemps d'une réputation européenne. Les soirées des lundis , mercredis et vendredis , sont consacrées régulièrement à la danse; les autres sont réservées pour de simples concerts d'artistes.
Le Cabinet d'histoire naturelle
(Je M. Philippe, rue de Frascati, en face de l'hôtel de France, mérite une visite; il renferme des échantillons fort curieux.
l'établissement thermal.
ce Les Thermes, dit M. Taine, sont un beau bâtiment blanc, vaste et régulier. La façade a 70 met. de long ; elle est tout unie et de forme très-simple. Cette architecture voisine du style antique est plus belle au Midi qu'au Nord; comme le ciel, elle laisse dans l'àme une impression de sérénité et de grandeur.
a Une moitié de rivière baigne la façade et précipite sous le pont d'entrée sa nappe noire hérissée de flots étincelants. On entre dans un grand vestibule , on suit un vaste escalier à double rampe, puis des corridors (jue terminent de nobles portiques et qui donnent sur des terrasses. Des salles de billard et de conversation, un salon de lecture , des cabinets de bains lambrissés de marbre, un jardin verdoyant, de beaux points de vue, partout de hautes voûtes, de la fraîcheur, des formes simples, des couleurs douces qui reposent l'(Pil et font contraste
une '-i.uc uu ..u..,w..... ^. avec la lumière crue, éblouissante,
ouvert trois fois par semaine, de | qui tombe au dehors sur la place
poudreuse et sur les maisons blanches; tout attire le voyageur aux Thermes, et l'on juge que c'est plaisir d'être malade ici. »
Afin de donner aut étrangers une idée des riches et nombreuses carrières de marbre que possède le département desHautes-Pyrénéee, on a réuni dans l'établissement thermal des échantillons de marbre de Campan, d'Aspin, de Sarrancolin , etc.
LES EAUX
A. Eau thermale, saline.
B. Eau thermale , ferrugineuse.