ROUTE 70. BAGNÈRES DE LUCHON. — SITUATION
ture y est tout à la fois riante et forte, gracieuse et terrible ; elle s'y pare de toutes les couleurs de sa palette; elle s'y montre sous des formes aussi variées que pittoresques.
«On aimeraità croire, ajoute M. de Chausenque, que cette riante oasis, cernée d'imposantes barrières, sert d'asile à des humains séduits par la paix qui semble y régner.
Vaine illusion! Quel lieu a plus d'éclat et d'agitation que Luchon dans la saison des eaux, et en d'autres temps qu'a-t-il de plus qu'une petite ville?... Mais ce qui la fait oublier, c'est la majesté des sommets de la crête qui dans le lointain portent avec une rare fierté leurs festons de granit et leurs neiges éternelles, au-dessus des bois toujours sombres qui tapissent les gorges. L'œil ne s'y trompe pas : leurs formes alpestres et, dans les beaux jours, ces lignes teintes d'azur qui n'appartiennent qu'aux hautes régions de l'atmosphère, plus sensibles sous les rayons du couchant , disent au voyageur que c'est vers des monts de premier ordre qu'il 8'avance.... De cette barrière du Midi, dont les périlleux déserts repoussent l'homme , les regards s'abaissent, avec un plaisir qu'augmente le contraste , sur un amphithéâtre de forêts, sur un bassin fertile où partout les prairies sont mélangées aux moissons, et les villages demi-cachés dans les arbres , comme Juzetet Montauban, ou pittoresquement penchés comme Cazaril et Lartigue. La Pique, dont les aunes dessinent le cours, n'y roule plus que des eaux rapides qui ont laissé leur fureur, le fracas et l'écume, dans les nides vallons d'où •Bis descendent ; mais les channes
le mieux sentis de ces grands tableaux résident toujours dans l'opposition des fonds richeS et frais, où tout plaît à l'œil , où toutes les formes sont douces, avec l'âpretê, le colossal des cimes. » (Voir les panoramas - cartes de M. Victor Petit.)
L'église de Luchon a été récetnment construite dans le style roman, sur les plans de M. Loupeau.
L'intérieur est décoré de grandes fresques peintes par M. Romain Gaze , et d'assez beaux vitraux placés à l'extrémité des absides. Tous les blocs de marbre employés pour la construction de cet édifice viennent d'Italie; l'architecte semble avoir oublié que les belles carrières de Saint-Béat sont tout près de Bagnères, dans la vallée de la Garonne.
L'ancienne église, qui a été récemment démobe, n'avait d'autre valeur que son antiquité , et ne possédait ni bas-reliefs, ni colonnes, ni corniches oniementées.
L'hôpital de Luchon est tout simplement une maison que la municipalité a achetée en 1855. Moyennant 1 fr. 25 c. par jour, remboursés à la ville de Luchon par la commune d'où viennent les malades, ceux-ci sont logés et nourtls à l'hospice et reçoivent tous les soins médicaux que réclame leur état.
HISTOIRE
Les thermes de Luchon sont connus depuis une haute antiquité. Strabon les désignait sous le nom de Thérmnr Onésiœ prœstantissimcr (bains onésiens très-excellents), et les nombreux objets d'art que les fouilles ont fait découvrir prouvent qu'ils jouissaient d*une grande réptrta-
ITliNÉRAlRE DES PYRÉNÉES.
tion. Ou y parvenait de Toulouse en suivant une voie romaine dont on retrouve les traces à Saint-Martory, à Beauchalot, à Saint-Gaudens, à Valentine, à Labroquère, à Barcugnas, et en plusieurs autres endroits. Près des thermes s'élevait le temple du dieu Lixon, dont le nom à peine modifié (Luchon) est encore celui de la ville et de la vallée.
La plupart des inscriptions romaines trouvées dans le sol ont été transportées au musée de Toulouse, mais il en reste encore quelquesunes à Luchon, Au-dessus de la grande porte d'entrée de l'établissement thermal actuel, on voit un autel votif portant une amphore sur l'une de ses faces, avec cette inscription :