ROUTE 107. SALLAGOSSA. — BOURG-MADAME
Au sortir de Sallngossa, on traverse la Sègre; puis, s'éloignant de cette rivière qui coule dans la direction de l'E. à ro., et se dirigeant auS.C, on lai.sseàg.,sur la rive dr.
d'un ruisseau, Err, v. de 801 hab.
qui possède une source d'eau minérale ferrugineuse froide, et qui fait un grand commerce avec la Cerdagne espagnole. On traverse la rivière, puis on dépasse le petit hameau de Llus, et, sans entrer dans l'enclave espagnole de Llivia , dont on longe la frontière méridionale à moins d'un kil. de distance, on gagne, à l'O. ,
10 kil. (98 kil.) Bourg-Madame (Hôtel chez Jambon) , v. de *288 hab., situé à 1140 met. au-dessus de la mer, divisé par la Sègre en deux parties, dont l'une, sur la rive g.,. s'ap-
pelle Hix, et l'autre, sur la rive dr., est connue sous le nom des Guinguettes. En 1815, le duc d'Angoulême, qui résidait alors à Puycerda, et venait tous les jours à Hix, voulut rappeler le nom de la duchesse en donnant à l'ensemble des deux hameaux le nom qu'il porte aujourd'hui.
A l'O. du Bourg-Madame coule une autre rivière ai)pelée la Raur ou Sègre de Carol, qui sert de frontière entre la France et l'Espagne, et va, à 500 met. en aval, se réunir à la Sègre de Sallagossa.
Hix possède une charmante église romane formant un parallélogramme de 12 met. de longueur, non compris l'abside , sur 7 met. de largeur.
L'abside a .3 met. de rayon , et sa voûte est séparée de celle de la nef par deux grands arceaux dunt les arêtes sont en retraite d'environ un pied. Trois fenêtres absidales, ornées de colonnettes en marbre blanc, de modillons et dune corniche , sont , avec la porte , les seules ouvertures ;\ travers lesquelles la lumière pénètre dans l'église. La voûte de la nef, élevée de 7 met. au-dessus du pavé, est ogivale et ne date que du xw siècle ; elle est moins belle que l'abside; celle-ci se termine de chaque côté par un pilastre peu saillant, que domine unebelle corniche. On conserve dans l'église une chape avec une aigle impériale germanique brodée en or et en soie : la tradition ne raconte pas l'origine de cet ornement.
Bourg-Madame (les Guinguettes)
est à 2 kil. (100 kil.) de Puycerda.
On traverse la Raur, et l'on monte, par un horrible chemin hérissé de pierres et percé de fondrières, à la ville espagnole, dont on voit les
murailles se dresser en face sur une colline (V. R. 94).
De Boarg Madame à Vallsabollera.
10 kil. Koule de mulets.
Au sortir de Bourg-Madame, on se dirige vers le S. E. pour traverser un chaînon qui sépare la vallée de la Sègre de celle de la Vanera.
On laisse à g. , à près de 2 kil. , Sainte-Léocadie, v. de 125 hab., et Nahuja, v. de 148 hab.; puis à dr. Palnu, v. de 265 hab., avant d'atteindre Osseja, v.de 1039 hab., situé comme le précédent non loin de la rive dr. de la Vanera, et faisant avec l'Espagne un assez grand commerce d'échange. Au delà, il faut traverser la rivière , remonter la vallée en longeant la rive g. de la Vanera. dominée au S. par des montagnes boisées, dépasser le ham.
de (d kil.— 8 kil.) Qucra, puis franchir de nouveau la Vanera et en suivre la rive dr. jusqu'à
2 kil. (10 kil.) Valhabollera , v.
de 360 hab. , situé au confluent des ravins supérieurs, dont les ruisseaux réunis formentla Vanera. Les montagnes qui environnent ce bassin sont couronnées de bois de sapins. Un sentier escarpé mène en une heure de Vallsabollera à la frontière de la Catalogne (2 234 met. ) .
De Boorg-Madame aux Escaldas.
6 M. Uoiue de petits chars.
En quittant Bourg-Madame, la route des Escaldas longe la rive g.
de la Raur , dont les eaux séparent ici la France de l'Espagne , laisse à g. (3 kil. — 101 kil.) Ur, v. de 301 hab., situé sur un promontoire qui domine le confluent de la Raur et de la rivière de Villeneuve, et, traversant la rivière de Villeneuve.
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
en remonte la rive dr. à travers de belles prairies ombragées jusqu'à
2 kil. (103 kil.) Villeneuve, y. de 176 hab. , au delà duquel on laisse à dr. Anjfoustrina (Voy. B), avant d'atteindre
1 kil. (104 kil.) les Escaldas (Lngements à l'établissement thermal) .
hameau dé})endant de la commune deVilleneuvp, situéà 1400 met d'altitude sur une hauteur d'où l'on découvre au S. tout le b.i.ssin de laCerdagne. A dr. , la rivière de Villeneuve coule (l:ins un lit hérissé de blocs de granit; sa rive dr. est bordée par une vaste prairie où .se groupent de beaux massifs d'arbres, de cerisiers, de noisetiers et de frênes.
Le V. des Escaldas , dont le nom vient évidemment de Ayuas culdas (eaux chaudes), doit son existence aux sources qu'il possède.
o Les Romains y avaient construit des Thermes, dit M. Henry. Ce qui en restait encore a entièrement disparu dans les dernières restaurations faites au local. D'après la manière dont en parle Marca, il semblerait que les bâtiments romains devaient être encore assez bien conservés de son temps, puisqu'il les qualifie de somptueux. En 1787 , ces bains ne consistaient plus qu'en un lavacrum de 8", 76 de longueur, sur 4"^0 de largeur et Q'^,91 de profondeur, pavé en larges dalles par-dessus une charpente qu'on avait accidentellement mise à découvert en soulevant une de ces dalles. On descendait dans ce lararrum par trois marches de marbre blanc courant sur les quatre faces : à la même époque, on voyait encore quelques traces du sudatorium. En 1819 nous avions encore retrouvé nous-même une partie de ces constructions:
mais tout a disparu depuis, dans les reconstructions urgentes faites en 1821. «
II y a deux établissements aux Escaldas : le plus considérable est celui connu sous le nom de Baint de Colomer ; l'autre s'appelle Bains de Merlat. Tous deux offrent aux étrangers des logements commodes entourés de jardins et de riantes promenades. Ces thermes ne sont pas seulement fréquentés par les habitants du département et des contrées voisines; les cantons les plus popideux de la Catalogne, et môme Barcelone . leur envoient un grand nombre de malades.
Sources. On en compte trois. La première, qui est la Grande source, ahmente les thermes de Colomer, garnis de huit baignoires dans six cabinets; deux sont appropriés à l'administration des douches.
La deuxième, la source Merlat, alimente quatre baignoires.
La troisième source, située au N. du village, dans un endroit connu sous le nom de Tarière de Margnil. n'est point utilisée.
LES EADX.
Eau thermale sulfureuse.
Émergence : Du terrain granitique.
Débit en 24 h. : Grande S. 7955 hectol.. les deux autres beaucoup moins.
Température : Grande .S. 42M.'i, S. Merlat 35»,10 (Roux, Annuaire).
Caractères particuliers : Eau limpide, onctueuse au toucher, odeur sulfhydrique , goût légèrement sulfureux.
Service médical : Un médecin-inspecteur.
Emploi : Boisson, bains, douches.
ROUTE 107. LES ESCALDAS.
r/tmaf chaud, une saison de printemps, une d'automne.
Effets physiologiques : Ceux des eaux .sulfureuses thermales en général.
Ne se transportent pas.
L'analyse d'Anglada est déjà ancienne; M. Roux a trouvé ces eaux sulfurées dans des proportions moins fortes qu'Anglada.
Sulfure de sdditim par litre.
r.rande soiure 0,0186
S. Merlai... 0.0155
Analyse (Anglada.)
Grandes S,
(lai'honate (le soude. .. . o,o27<(
»• de potasse, . o,Oii7
I» de chaux. . . (t,0003
» de magnésie. 0,0005
Sulfure de sodium 0,0333
Sulfate de soude 0,0i8i
» de chaux 0,0003
Chlorure de sodium.. .. o,OOb'i
Acide silicique 0,0390
(iiairii)e ou l)a(-ôgiiie. . ■ 0,0075
Perte
Merlat
indéi 0.09^5
A 1 kil. à ro. d'Escaldas, sur la hauteur, se trouve Dorres, v. de 366 hab. A moitié chemin entre les deux villages, on voit surgir, du milieu de ((uelques prairies, une source thermale très-abondante, qui ])araît être l'une des plus chaudes «les Pyrénées-Orientales. « Les habitants, dit M. Anglada, en utilisent les eaux pour l'arrosage de quelques prairies d'alentour; et la haute température (40* C.) dont elles sont douées ne paraît pas sans efficacité pour activer la végétation, dans cette région où les froids de l'hiver sont si rigoureux. Un petit bassin,
ménagé au bouillon môme de la .source, permet aux malades d'y I>rendre des bains. »
Des Escaldas à Ax par le col de Paymorln et l'Hospitalet.
<il kil Uoute de mulets.
Après avoir traversé (1 kil.) Dorres, on contourne la base septentrionale d'une montagne sur le sommet de laquelle s'élève un ermitage consacré à Notre-Dame de Belle- Hoc, puis on descend dans la vallée de la Raur, où quelques cabanes sont éparses au milieu des prairies.
Là, la route, tournant au S., franchit un petit ruisseau qui coule vers le V. d'Enveigh (V. R. 94), et se dirige de nouveau vers l'O. pour atteindre
7 kil. (8 kiL) Carol (V. R. 94).
33 kil. (41 kil.) De Carol à Ax
Des Escaldas aux étangs de Carlitte.
Une journée aller et revenir. Excursion fatigante, dans des gorges rocheuses dépourvues de végétation.
Au sortir des Escaldas , on se dirige vers Angoustrina (Voy. B) , et l'on remonte la vallée d'un affluent assez considérable de la Sègre, qui s ouvre vers le N. A 5 kil. (on monte sur l'une ou l'autre rive), la vallée principale, changeant de direction, s'élève vers le N. E. On la suit pendant une demi-heure , jusqu'au point où elle se bifurque pour former deux gorges, dont l'une, àdr., continue à suivre la direction du N. E., tandis que l'autre, à g., .s'ouvre vers le N. Ces deux gorges mènent à de nombreux étangs situés dans la région des neiges, au S. et à l'O. du pic de Carlitte. non loin de la gorge où coule la Tôt (V. R. 100).
ITINERAIRE DES PYRENEES
R. De P«rpifl:nan aux EscaldaK pmr
86 kil. De Perpignan jusqu'au pied du col de Riga. Route de voitures (Voy. A).
Pour aller à Llivia, on peut suivre la route de Perpignan à Puycerda jusqu'à Sallagossa (Voy. p. 627).
Toutefois, si l'on est à cheval ou à pied, il vaut mieux, après avoir traversé la rivière d'Eyna (Voy. pag.
628), prendre i\ dr. des sentiers qui abrègent, mais qui sont difficiles à trouver sans guide, ou du moins sans une bonne carte.
Sur le sommet d'une montagne boisée, qui domine la Cerdagne du côté N., on aperçoit le Calvaire de Font-Romeu (V. * R. 100) ; plus h ro., à l'entrée de ravins nus qui viennent déboucher dLms la vallée de la rivière d'Eynii, se montrent trois villages : Odetlo (.')15 hab.), Éguet (102 hab.), Targassonne (160 hab.); à g., dans un fond de verdure, apparaît Sallagossa; en face, la vallée grise de la Sègre s'étend au loin vers le S. 0., et sur l'escarpement qui la domine se dresse la vieille ville de Puycerda (V. R.94).
On laisse à dr. le hameau de Callastres , à peu près à moitié chemin entre Eyiia et
7 kil. (93 kil.) Estarar, dernier V. français, contenant une popul, de 320 hab. V église , d'architecture romane, est mentionnée dans des actes des années 819 et 1011; cependant la tradition orale attribue au comte Guiffre ou Guiffred (V, R. 104) la fondation de ce monument; peut-être ce comte la fit- il agrandir, et en effet elle a été certainement allongée du côté opposé à l'abside. Deux ouvertures latérales en éclairent la nef; la voûte est ogivale.
Dans les environs d'Estavar on exploitait autrefois une mine de lignite, oiï l'on trouve des pommes de pin et d'autres débris végétaux parfaitement conservés : les paysans disent qu'on y a découvert des ossements humains.
A 300 met. d'Estavar, on traverse un petit ruisseau et l'on entre dans une enclave e.s{)agnole d'environ 12 kil. carrés, formant une espèce de croissant dont la convexité est tournée à l'O. ; cette enclave n'e.st point séparée de la France par des frontières naturelles; elle n'a dû son existence qu'à l'ignorance géographique des commissaires chargés de la délimitation des frontières après la paix de la Bidassoa, en 16.')9. On a |)rétendu aussi qu'elle fut établie afin de favori.ser la contrebande. L'Espagne s'est engagée à ne pas y élever de fortifications. Un chemin neutre, à peine praticable aux chevaux comme la plupart des chemins espagnols, celui d'Estavar à Puycerda, la traverse dans toute sa largeur.
1 kil. (94 kil.) Iilivia, la capitale de cette absurde enclave, est, malgré le titre de ville qu'elle ose prendre, un petit village ignoblement sale et laid, situé au pied d'une montagne nue. l'ne tradition populaire en attribue la fondation h l'impératrice Livie; mais cette tradition repose uniquement sur la coïncidence des noms. L'ancienne ville romaine s'appelait Julia Libyen; déjà du tem\)ii d'.Vugu.ste, elle était la capitale de la province Ceretania Juliana , et jouissait du droit latin. C'est dans les environs, suivant les chroniques arabes, que le fameux Munuza, qui avait souvent «lévasté la France méridionale à la tête de ses Sarrasins, fut tué