ROUTE 112. DE PERPIGNAN A PORT-VENDRES. — ELNE
et qui va se déverser dans la partie méridionale de l'étang de Saint- Nazaire. A 500 met. environ du v., sur la rive g. , est la chapelle du Paradis.
4kil. (13 kil.) Eine, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Céret, V. de 24G2 hab. , est située dans la plaine, au pied d'une petite colline de 44 met. de hauteur , qui s'élève du côté de l'O. C'est l'antique lUiheris, fondée,- dit-on, par les Phéniciens. Il paraît prouvé qu'Annibal campa sous ses murailles. l'an de Rome 556, avec une armée de 80000 hommes d'infanterie et 12 000 hommes de cavalerie, et qu'il vint y conférer avec les principaux chefs des Volces Tectosages. Elle devait être alors très-considérable, si l'on peut en juger par ses restes et par les vestiges des monuments qu'on a découverts à différentes époques en fouillant dans la plaine. Au temps de Pomponius Mêla, elle était complètement tombée en décadence et réduite aux proportions d'un village. L'empereur Constantin, l'ayant
relevée, lui imposa le nom de Castrum Uelmx ou plus simplement Helena, en souvenir de sa mère l'impératrice Hélène, et y fonda -probablement un évèché.
Les rois visigoths ne négligèrent pasElne; mais bientôt les Maures (719-7 5U). et ensuite les Normands (850). la dévastèrent et en brûlèrent plusieurs quartiers. En 1385 le roi de France somma les habitants de lui livrer passage : ils s'y refusèrent et s'exposèrent vaillamment à tous les dangers d'un siège pour sauver l'indépendance de leur pays.
Vaincus, ils périrent tous par le fer et la flamme, hommes, femmes, enfants, vieillards , à l'exception
d'un écuyer, nommé le BAtard df> Roussillon . qui . étant monté avec quelques autres dans la tour du monastère, obtint, dit Guillaume de Nangis, la grâce de vivre, en se rendant au roi de France. La ville fui ruinée de fond en comble.
En 1474. Louis XI, au mépris de la trêve qu'il avait conclue avec Jean 11, roi d'Aragon, lit assiéger Elne, qui se rendit à discrétion, après six mois de tranchée. En 1002. elle perdit son évêché. transféré à Perpignan, et par suite, un grand nombre d'habitants la déser tètent. En 1641 , le prince de Condé l'assiégea de nctuveau. et la contraignit à capituler. En 1793, l** duc d'Ossuna, avec une division espagnole forte de plus de 4000 hommes, s'en empara à son tour sans éprouver de résistance. L'année suivante, les Es[»agnols furent cha.ssés de ce poste i>ar le général Ihigommier.
Deux fois l'église cathédrale, Utie en plaine, avait été saccagée par les Sarrasins: pour éviter le retour de catastrophes semblables, l'évoque IJérenger fit bâtir sur la hauteur, df 10l9 à 1060. une nouvelle église qu'il aftirme, dans l'acte de consécration, être construite sur le modèle et les mesures de l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem .
a pieuse erreur ou pieuse fraude, dit M. le baron Taylor, divulguée pour hâter lea dons (jui devaient concourir ;\ l'érection du temple. ?> Malgré les réparations (jui ont altéré son caractère, cette antique cathédrale offre encore un gran<l intérêt.
a A l'extérieur, dit M. Mérimée, l'appareil est généralement compoié de petites pierres noyé»»s dans le
rangés en arêtes de poisson. La façade assez élevée, et qui se termine par un galbe crénelé, est encadrée par deux tours carrées qui ne s'élèvent pas plus haut que lui.
Cinq fenêtres étroites sont percées dans le galbe, et leur sommet s^aligne sur ses corniches rampante"s. Des incrustations de pierres noires, disposées çà et là sur la façade, rappellent un style d'ornementation tout oriental, qui paraît s'être introduit de bonne heure dans le midi de la France. La porte cintrée, revêtue de marbre grisâtre . est d'ailleurs presque dépourvue d'ornements.
« Le plan de l'église est celui d'une l)asilique divisée en trois nefs.
La voûte de la principale est une ogive à peine sensible, renforcée d»arcs doubleaux en plein-cintre.
L'ornementation est très -pauvre, comme celle de la plupart des monuments du XI- siècle. Les piliers.
voit aujourd'hui, chef-d'œuvre de mauvais goût et de mesquinerie.
La sacristie renferme un très-ancien tombeau en marbre blanc, orné de rinceaux dans le style du Bas-Empire , et plusieurs table»
(l'autel fort anciennes , soutenues par de petites colonnes romanes à larges chapiteaux.
tt Une porte ogivale du xiii* siècle , à voussoirs de marbre, alternativement rouges et blancs, communique de l'église au cloître. Sa ressemblance avec la porte de l'égUse de la citadelle de Perpignan (V. R. 98) est frappante. Toutes les deux indiquent des souvenirs de l'Onenl ai)portés par les croisades, ou résultant du voisinage du Roussillon avec les pays occupés par les
Maures.
a Le cloître lui-même est d'une admirable élégance. Il forme un l)arallélogramme, ayant à l'intérieur 16 met. sur 15, entouré d'une
numents au XI- sieuic. i.^^ i'— - - n^ivalp de 3
lounls et massifs,, portent des co- '^»'t"l ,/ rchTauè fat
ciment, et par places, de cailkwix
lonnes engagées à chapiteaux grossièrement ébauchés, qui rappeUent le galbe corinthien. Quelques moulures, un cordon de damiers autour des fenêtres de l'abside, voilà les seuls ornements qui m'aient semblé du xi* siècle. Quant aux réparations nombreuses de l'intérieur elles datent probablement du xi'v ou du XV siècle. A la base du mur de l'abside, des ouvertures cintrées obstruées de pierres, indiquent une crypte dont l'entrée est inconnue aujourd'hui.
a L'autel était autrefois d'argent massif ( M. Taylor dit plaqué d'argent); les chanoines, sous le règne de Louis XV. ainsi que nous l'apprend
une inscription, le firent fondre, de peurqu'ilnefûtvolé. et le remplacèrent par l'abominable autel qu on
le largeur. Sur chaque face, trois piliers carrés . non compris les piliers angulaires, supportent quatre grands arceaux, divisés chacun en trois arcades cintrées par quatre colonnettes doublées. La voûte des quatre galeries est en ogive avec des nervures saillantes, croisées, qui, d'un côté, s'appuient sur les piliers, de l'autre, sur les murs latéraux, colonnes, piliers et arcades sont revêtus de marbre blanc. On observe une grande variété de formes dans les colonnes, dont le fût et les chapiteaux offrent comme un ensemble complet de l'ornementation du moven âge, depuis le xii* jusqu'au xv« siècle, car il paraît évident que l'on n'a pas cessé de travailler à ce cloître pendant cette longue période. Toutes les ciselures
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
ont été faites sur place, ca • çà et là on remarque des chapiteaux, (les tailloirs ou des bases qui ne sont qu'ébauchés. D'ailleurs on a travaillé sans ordre et dans les quatre galeries à la fois : à côté de colonnes cannelées, nattées, imbriquées, de chapiteaux historiés, de basreliefs byzantins sculptés sur les architraves, on voit des chapiteaux à feiiilles frisées, des moulures prismatiques, des statuett-s où Ton peut reconnaître Torigine et le progrès de l'art gothique. Dans les basreliefs les plus anciens, on distingue quelques traces de peintures, parfois des incrustations de verre ou de pierres de couleur, surtout dans les yeux des figurines. Une circonstance qu'il est important de signaler, c'est qu'à toutes les époques, on a voulu imiter le style des parties les plus anciennes, et conserver ainsi l'unité d'ornementation telle qu'elle avait été conçue dans le plan primitif. Les voûtes ne sont pas antérieures au xiV siècle. »
Plusieurs inscriptions et quelques bas-reliefs sont encastrés dans le mur qui touche à l'église. On montre entre autres un morceau de marbre qu'une tradition peu ancienne signale comme ayant fait partie du tombeau de Constant , le dernier des tils de Constantin, tué aux environs d'Elne par un des émissaires de Maxence. Un autre bas-relief, plus intéressant, représente un évê(iue , les bras croisés sur la poitrine, entre deux anges tenant des encensoirs. La mitre , très-basse et très-échancrée par devant, est d'une forme remarquable. Le goût byzantin se montre dans les ajustements, la robe et le manteau plissés, avec quantité de broderies, de joyaux et de perles.
U ne reste plus que des ruines des anciennes murailles de la Mlle.
Du haut de la colline située derri.'-re l'église, on jouit d'un beau point de vue sur la plaine du Roussillon, depuis la tour de Ruscino (V. R. 98) à g. jusqu'aux promontoires lointains des Albères.
A 2 kil. à l'E. d'Elne se trouve, dans une région traversée de canaux marécageux , la Tour-Rns- Elne, v. de IhS hab. , où s'élevait autrefois un château bâti par Constantin le Grand.
A I kil. au N. de la Tour-Bas- Klne , près du v. de Saint -Cyprim ÇAXi hab.) , situé sur la rive dr. du ruisseau du même nom, à •) ou :i met. seulement au-dessus du niveau de la mer, on montre les débris d'une vieille tour.
D'Elne au Boulon par Palau del Vidre et Saint-André de Soréda.
20 kil. D'Elne à Saint-André, 6 kil.
Clicmin vicinal. De Suint-André au Boulon, l'a kil. Koute de voitures.
Après avoir traversé le Tech en bateau à '2 kil. au S. d'Elne, on atteint 1 kil. (3 kil.) Palau del Vidre, V. de 716 hab. , situé à 20 met. d'altitude, dans une plaine marécageuse , entre le Tech et son affluent le Tanyari, dont les inondations sont également désastreuses. Le village doit son nom aux verriers qui y exerçaient autrefois leur industrie. L'église , ancienne dépendance de l'ordre des Templiers, possède deux beaux retables en bois doré du xiv siècle, et une magnifique chape brotlée en perles fines par Martin Otxoar. ouvrier de Barcelone, en
\hhk.
A .3 kil. (6 kil.) au S. 0. de Palau <lel Vidre, on traverse en bac Ile torrent de Sf)réda, et l'on entre