DE CORFOU A ANTIVARI, SCUTARI ET GUSINJE
Pour visiter la haute Albanie et lei contrëei ▼oUines, le voyageur « la retiouree des vapeurs do Lloyd, qui partent de Cor fou chaque tpin- BAÏne, le mercredi, et arrivent d«ui jours après
1 Anttvari, an faisant aacala à Avlona at & Ourano.
Le navire remonte vers le N. le canal de Corfou, et longe la côte d'Albanie (V. R. 51, p. îii-243, lisez a rebours) jusqu'au cap Linguetta(en grec Glossa) qu'il double pour entrer dans la baie d'Avlona, rangeant à gauche l'île de Saseno.
Avlona (en &\b.Vljorè$), l'antique (Awicov), est bâti au fond de la baie, à
2 ki 1 . environ de la baie. Sur le rivage est un quai de débarquement avec un mauvais fort tombant en ruines. La ville elle-même, construitesurune espèce d'amphithéâtre de rochers , a plutôt un aspect italien que turc, malgré ses huit ou dix minarets. Elle est entourée de jardins et de collines bien boisées.
La baie, fermée au S. et à 10. par les monts Acroeérauniensetl'ile de Saseno, a l'aspect d'un grand lac.
Avlona est le point de départ des voyageurs curieux de visiter les monts Acrocérauniens, excursion romantique mais difficile, pour laquelle un bon guide est nécessaire.
D'Avlona, le navire longe une côte basse et marécageuse , où l'on remarque seulement l'embouchure de trois fleuves : du Voïoutza,du Loum et du Scoumbi, jusqu'à
Durazzo (en turc Dratch, en. albanais Duraesti) , l'ancienne Épi" damne, colonie corinthienne, dont la possession fut une des causes
D'EUROPE. [RotJti 66.;
principales de la guerre de Corerre, en 436 avant J.-C. Colonisée plus tard par les Romains, sous le nom de Dyrrachium, elle était le passage le plus fréquenté pour se rendre d'Italie en Grèce en partant de Brundusium (Brindes).
En 1081 après J.-C, Robert Guiscard y délit l'empereur Alexis Comnène. Par la suite, Durazzo devint un duché qui fut possédé par plusieurs princes de la maison d'Anjou.
La ville actuelle est bâtie sur une péninsule rocheuse, dontl'extrémité est occupée par un château moyen âge, réparé par les Turcs. Elle possède un port naturel, que quelques travaux d'art rendraient excellent, mais elle est presque réduite à une seule rue.
Quelques tronçons de colonnes et des débris de marbre encastras
dans les murailles, et dispersés dans le cimetière, sont tout ce qui reste de la ville antique. — A partir de Durazzo, la côte se creuse, et le navire tient le large jusqu'au promontoire de Dulcigno, d'où I on atteint bientôt l'escale de
Antivari, située au fond d'une jolie baie et composée seulement de deux habitations : un khdn albanais où l'on mange assez confortablement à la turque et qui sert en même temps de douane, et la maison de l'agent consulaire à Autriche, pour lequel les voysgeurs européens de toute nationalité feront bien de se munir de lettres de recommandation. On traite en ce lieu avec un hiradji (loueur de chevaux), pour le voyage assez pénible de ce point à Se u tan (de 9 à 10 heures).
En partant de l'escale, on laisse à une lieue sur la gauche, dans une position pittoresque et hardie, Antivari et ses fortifications vénitiennes; on atteint le fond du cirque formé par les montagnes, on remonte un torrent à travers des hauteurs bien cultivées, et, après une grande heure d'une ascension pénible, où il faut deux fois descendre de cheval, on atteint un
[Route 67.]
petit plateau avec une mosquée d'où Von jouit d'une vue cnarin on te sur 1 Adriatique. Trois heures plus loin, on se repose à peu près à moitié route, au khdn de Koderkol, où l'on a l'habitude de faire halte et de diner. Après ce point, on descend insensiblement dans la plaine où coule la Boïana, rivière de décharge du lac Scutari, et on aperçoit au fond le massif isolé ou s'élève la citadelle. Une demi-heure après, on tourne le pied du mont Tiroboch, on traverse on pont de bois et on entre à Scutari par le quartier du Bazar, qui contient plusieurs khâns à l'orientale et une locande à l'italienne pour les Européens.
Scutari (al6. Schkodra , Scodra des anciens) semble tirer son nom du mot albanais Kodra, la colline, qui est le nom spécial d'une haute colline voisine ae la butte du château. Cette ville, de 4,500 maisons et de 93,000 hab. (dont les trois quarts sont musulmans), occupe une surface énorme, ses diverses parties étant de véritables villes isolées, en guerre les unes avec les autres il n'y a pas bien longtemps. Le quartier le plus ancien et le plus animé est celui du Commerce ou du Bazar, au pied de la citadelle , avec un vaste bazar couvert. La ville orientale semble plutôt une ville de propriétaires aisés et oisifs : c'est une agglomération confuse de maisons entourées de jardins, toutes ceintes de murs élevés et percés de meurtrières. Treize places ayant au centre des cimetières, des mosquées, des platanes ou d'autres grands arbres, représentent assez bien des squares un peu primitifs, et serventde points de repère aux touristes. C'est la partie la plus saine de Scutari, et celle qu'habitent les consuls de France, d'Angleterre , de Russie et d'Autriche.
La partie voisine du fleuve est sujette aux fièvres paludéennes.
Des excursions intéressantes autour de Scutari s'offrent au voyageur : telle est la visite des ruines