CHAPITRE PREMIER
GÉNÉRALITÉS
Section I. —Géographie
S 1er.— Vue générale. Situation. Limitée. Étendue. Divisions.—
L'Egypte, c'est la vallée étroite et sinueuse où coule le Nil, depuis les cataractes d'Assouàn jusqu'à la mer. Très-resserrée dans sa partie supérieure (5 kil.), un peu plus spacieuse dans ses parties moyennes de 20 à 25 kil.), la vallée du Nil ne se développe en une large plaine qu'à son extrémité inférieure, là où le fleuve, se partageant en deux bras principaux, forme ce que, d'après sa ressemblance avec une lettre grecque, on a nommé le Delta. Assouan ou Syène est par 24° 5' 23" de latitude ; la côte du Delta s'étend en moyenne sous le 31e degré 1/2. L'intervalle est de 187 lieues de 25 au degré, ou de 831 kilomètres , distance astronomique f mais en suivant les contours rlu fleuve, il y a 318 lieues (1415 kil.). La vallée du Nil est partotft entourée de déserts : à TE., jusqu'à la mer Rouge, ce sont des solitudes pierreuses et accidentées, que l'on regarde comme appartenant elles-mêmes à l'Egypte ; au N.-E., les plaines nues de l'isthme de Suez ; à 10., le désert sablonneux du Sahara. Les points du Nil les plus rapprochés de la mer Rouge en sont à 30 lieues (125 kil.) ; les plus éloignés, à 50 lieues ou 210 kilomètres. La longueur du Delta, depuis la bifurcation du fleuve jusqu'à la côte, est de 42 lieues en ligne droite, et de 00 en suivant le Nil ; la plus grande largeur de sa base, en la prenant depuis Alexandrie jusqu'à Péluse, est de GO lieues. On peut évaluer à 3500 lieues carrées la surface entière de l'Egypte, dont 1000 pour la vallée du Nil d'Assouàn au Çaire, et 2500 pour le Delta ; mais la moitié à peine est aujourd'hui couverte par les inondations. Comme point de comparaison, nous rappellerons que la superficie de la France est de 27 000 lieues carrées. L'Egypte en est donc la huitième partie environ.
La division en haute et basie Egypte est tellement indiquée par la nature même, qu'elle a dû se présenter dès l'origine à la pensée des habitants. On la trouve en usage dans les inscriptions des plus anciens monuments de l'époque pharaonique. Il est moins aisé de dire où en était la séparation précise, car sûrement la désignation de hasse Ègypte ne s'appliquait pas seulement au Delta, mais aussi à une fraction quelconque de la vallée. Plus tard, le nombre des divisions
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est porté à -trois ; on a la batte, la moyenne et la haute Egypte ou Thébaide. Cette triple division est celle qu'on trouve dans les auteurs grecs et latins de la période romaine, indépendamment de la subdivision en districts (appelés nomes par les Grecs"', qui remonte aussi aux plus anciens temps. Le mémo système de divisions existe encore aujourd'hui. L'Egypte est partagée en trois régions : Masr el-Bahn (la basse Egypte), ed-Doustani ou Egypte nfoyenne, et et-Satd ou haute Egypte; chacune de ces trois régions est subdivisée en provinces qui répondent aux anciens nomes.
§ 2. — Le Nil — Le Nil, avons-nous dit, la où il quitte la Nubie pour entrer en Egypte en franchissant les rochers d'Assouàn, coule dan* une vallée très-étroite dopuis Assouân jusqu'à Esnèh, ce qui est une longueur de 40 lieues ; la double chaîne qui l'enserre à dr. et à g. ne présente qu'un intervalle d'une lieue à une lieue et demie. Dans cpremier parcours, les deux chaines sont de nature granitique , asj delà, en descendant jusqu'au Caire, elles sont calcaires ou de grt> tertiaire. Après Esnèh, la vallée s'élargit sensiblement, mais sac» guère dépasser 2 lieues jusqu'à Kénèh et un peu au delà. Une remarque générale, pour ces premières parties de la vallée comme pour les suivantes jusqu'au commencement du Delta, c'est tyic la chaîne qui borde le Nil à dr. ou à l'E. (la chaîne arabique, comme oo la nomme), serre le fleuve de beaucoup plus près. que celle qui coun sur la rive g. ou à l'O. (la chaîne Ubyque). A une dizaine de lieue* au-dessus de Kénèh, l'écartement de la chaîne libyque devient beaucoup plus considérable qu'il ne l'a été jusque-là. La vallée prend une largeur de 5 à 6 lieues, qu'elle conserve sans grandes variation? jusqu'aux approches du Caire. Cette largeur est presque tout entière sur la gauche du Nil, comme nous venons de le dire. Une dérfVation du fleuve, qui commence à Farohoût, à une douzaine de lieues au-dessous de Kénèh, y coule parallèlement au eours principal, et, alimentée par d'autres dérivations successives, se continue ainsi, sur une longueur de plus de 90 lieues, jusque dans le Fayoum. Cette province n'est ellemême qu'une plus large expansion de la vallée du Nil, renfermant uo lac d'une dou/.âine de lieues de longueur (le ftirkcl el-Keroûn , !e seul que possède l'Egypte (sauf les lagunes qui bordent la eôtc\ Te lac a été longtemps confondu avec le Mœris, qui en était tout à fait distinct, et dont les traces ont été reconnues de nos jours par M. Linant {*V. R. 166'. Du Fayoum part une vallée appelée la vallée du fleurisans eau, Banr-6e7d-Af«, qui va déboucher à la côte à une quinzaine de lieues à l'O. d'Alexandrie, et qui semble avoir servi d'écoulement au Nil à une époque antérieure n tous les souvenirs historiques. C'est un trait extrêmement remarquable de la conformation physique de cette région.
La tôte du Delta était autrefois plus au S. qu'aujourd'hui. Le palais de Choubra, à 5 quarts d'heure au N. du Caire, en marque à peu près l'emplacement. C'était non loin de là, un peu plus bas, que la branche Pélusiaque, la plus orientale de l'ancien Delta, S3 détachait du corps du fleuve et tournait au N.-N.-E. vers Huhuste. Maintenant le Delta commence à la jonction des branches de Rosette et de Damietïc. à
4 lieues au-dessous du Caire. Ces deux branchée sont actuellement les seules qui soient comptées dans le Delta ; leur écartement à la côte est de 33 lieues. Les anciens en énuméraient sept principales. C'étaient, en partant de l'O., la branche Canopique, qui débouchait à Cunope, un peu à l'K. d'Alexandrie ; la Bolbitique, qui est la branche actuelle de Rosette ; la Scbennytique, dont on reconnaît encore les traces dans le lac de Burlos ; la Phatmlique, qui est la branche de Damiette ; et enfin la Mendesienne, la Tanitique ou Saïtique, et la Pélusiaque, trois branches dont les faibles vestiges vont se perdre dans le lac Menzalèh. Toutes ces branches prenaient leurs noms des villes principales où elles passaient. La négligence des temps postérieurs ayant laissé se détruire les canaux et les digues, les eaux du fleuve ont abandonné une partie de ces anciennes bouches, et n'ont plus alimenté que les branches de Damiette et de Rosette, qui, du reste, même dans les anciens temps, semblent avoir été les deux plus considérables. Les grandes lagunes qui bordent la côte, depuis Alexandrie jusqu'à Péluse, existaient aussi dans les temps anciens, mais avec moins d'extension qu'elles n'en ont pris depuis que les travaux qui 1rs resserraient ont été négligés. La plus grande de ces lagunes, le lac Menzalèh, s'étend sur une longueur de 15 lieues entre Damiette et Péluse.
La largeur du Nil s'évalue à 1200 mètres dans la haute et dans la moyenne Egypte ; elle est moitié moindre dans le Délia. Depuis Syène jusqu'à la mer, il coule paisiblement à travers une plaine unie, recouverte de sesalluvibns et légèrement inclinée vers le N. D'après une suite d'observations très-attentives, la pente du fleuve est en moyenne, entre Assouàn et le Caire, de 11 centimètres par kilomètre (17 pouces par lieue.!, et de 4 centim. au plus par kilom. entre le Cairo et la mer. Ces nombres se déduisent des chiffres suivants :
Hauteur d'A&souan au-dessus de la Méditerranée 104 met.
— de Gizèh, port du Caire, au-dessus delà Méditer. 0 m.
Les berges du fleuve croissent en élévation à mesure qu'on remonte vers le S. Dans les parties inférieures du Delta, elles ne sont guère qu'à 2 mètres au-dessus des basses eaux. *A partir du Caire, elles ont G à 7 mèt., et leur élévation graduelle arrive à 11 mèt. dans la haute Egypte. Il faut donc que, dans la haute Egypte, le fleuve, au temps des crues, s'élève de 20 à 21 coudées ^11 à 12 mèt.}, pour que les eaux franchisent les rives, et de 24 coudées au moins (13 mètres', pour qu'on ait une inondation suffisante. Dans l'Egypte moyenne, il faut qu'il marque au mékias du Caire 14 coudées (7 mètres ."0), pour qu'il sorte de son lit, et de 10 à 17 coudées (de 8 m. 75 à 9 m. 40}, pour donner une bonne inondation. Ces chiffres ne diffèrent pas de ceux qu'indiquait Hérodote il y a 3300 ans. On conçoit que le niveau de l'inondation s'abaisse à mesure que le lit moins resserré ouvre au fleuve une plus large surface, indépendamment de la masse d'eau que les terrains absorbent. Volney avait déjà très-bien expliqué le fait au chapitre III de sa Relation d'ÊyupIr, toujours bonne à lire, même après les meilleures du siècle actuel. L'époque où les eaux atteignent la hauteur voulue est une grande féte pour le pays.
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Le fleuve croit régulièrement tous les ans vers le 20 juin jusqu'au commencement d'octobre ; il décroît de même d'octobre à janvier. Du commencement de février à la (in de mai, il est rentré dans son 1.et à son point le plus bas. Comme en Egypte tout se règle sur c« changements réguliers du niveau du Nil, il suit de là que le pays j trois saisons naturelles.
Un témoin oculaire, M. Lebas, l'ingénieur qui a transporté k Par et dressé sur la place de la Concorde l'obélisque de Louksor, déer ainsi l'aspect des crues dans la moyenne Egypte : < L'eau per: d'abord peu à peu sa transparence ; on remarque ensuite de légèroscillations. Quelques jours après (vers le milieu de juin\ elle prer : une teinte verdàtre et la crue devient sensible. Plus tard, la couleu passe au rouge foncé, la vitesse du courant augmente, et les eain charrient des masses de mousse. Le mouvement d'ascension a heu sans trouble, sans agitation, sans produire aucun bouleversement àï* terres. Avant que les eaux aient atteint leur maximum, on ouvre le* canaux de dérivation pour faciliter et étendre l'inondation. Communément tout le terrain de la plaine n'est pas couvert par les eaux ; Imparties restées à sec s'humectent par infiltration, s
Le principe de la fécondité du Nil est dû au limon qu'il charne Ce limon se dépose partie sur le terrain inondé, partie dans le lit du fleuve ; le reste se précipite dans la mer. Les premiers de ces dépôts, ceux de la vallée qui borde le fleuve, sont visibles et faciles à constater. Le sol qui vient d'être arrosé est couvert d'une couche de terre noire, à laquelle chaque inondation superpose nécessairement unr couche nouvelle. C'est un phénomène palpable, que nul ne peut ré voquer en doute. Le sol de l'Egypte éprouve donc nécessairement un changement séculaire d'élévation. Et cependant, d'un autre cote, comme nous avons la preuve historique, ainsi qu'on l'a vu tout à l'heure, que depuis Hérodote au moins rien n'est changé dans 1rs conditions extérieures de l'inondation du sol égyptien, il s'ensuit nécessairement que la hauteur des crues restant la môme, le lit d-j fleuVe s'exhausse d'une quantité précisément ou à très-peu près égale à l'exhaussement de la vallée. On peut discuter sur le plus ou xnoin» d'épaisseur des dépôts limoneux, et de l'exhaussement qui en résulte: mais le fait en lui-même est hors de discussion.
On peut d'ailleurs le vérifier par l'observation directe. La base d'un grand nombre de monuments, dans toute la longueur de la vallée du Nil, se trouve aujourd'hui à plusieurs mètres au-dessous du niveau du fleuve. Ainsi les socles qui portent les deux colosses de Memnon, danslaplainede Kournah (V. R. 1*5.), ont presque entièrementdisptru sous les couches du limon ; ils se trouvent à 5 mètres au-dessous du sol actuel, qui cependant n'a pas cessé^ïl étre annuellement inondé. M. Lebas a constaté que si l'édifice voisin des obélisques de Louksor était déblayé des décombres modernes qui l'entourent, il serait couvert aujourd'hui par les eaux jusqu'à une hauteur de 5 mètres. Les ingénieurs français de l'expédition d'Egypte ont évalué à 126 millim. (4 pouces 1/2) l'exhaussement séculaire du sol pur les dépôts du limon. Sir Onrdner Wilkinson, dans un travail spécial sur cette question,
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y géographie. . j»oi
arrive à un résultat presque semblable. Le fait, néanmoins, varie nécessairement selon les localités, et on ne peut guère en tirer une conséquence certaine, absolue. On conçoit qu'il suffit d'un pli de lorrain, d'une légère ondulation du sol, pour que tel édifice, construit sur un endroit un peu plus enfonce, accuse à sa base une épaisseur de dépôt limoneux plus considérable, tandis qu'une autre construction, sur un point un peu plus élevé, en accusera une en apparence beaucoup moindre. Il n'y a en tout ceci que deux choses parfaitement irrécusables : l'une, c'est l'exhaussement graduel du sol de la vallée du Nil et l'exhaussement a la fois simultané et proportionnel du lit du fleuve ; l'autre, c'est l'extrême lenteur de ce double exhaussement.
Quand on creuse le sol de la vallée du Nil, on trouve invariablement une première couche de terre végétale de 7 à 8 mètres d'épaisseur, et sous cette couche un dépôt de sable de mer d'une profondeur indéterminée, descendant probablement jusqu'au roc. Le limon déposé par le Nil est tres-compacte^t de couleur brune. Il acquiert une dureté qui permet de l'employer dans les constructions au lieu de la pierre et de la brique. L'analyse chimique y a donné, sur 100 parties, 0,48 d'alumine, 0,18 de carbonate de chaux, 0,9 de carbone, 0,4 de carbonate do magnésie, 0,0 d'oxyde de fer, 0,4 de silice, 0,11 d'eau pure.
L'eau du Nil est légère, agréable au goût; pendant les crues, elle contient 1 parties de limon sur 1000 parties d'eau. Elle est excellente pour préparer les aliments, comme pour les arts chimiques.
Le Nil, c'est la vie de l'Egypte, ou plutôt c'est l'Egypte môme. S'il pouvait jamais arriver que le fleuve se détournât de son lit actuel, ou seulement qu'il cessât de répandre autour de lui le tribut de ses débordements périodiques, la terre égyptienne redeviendrait aussitôt un désert inhabitable. Aussi Napoléon, dans un morceau très-remarquable dicté à Sainte-Hélène sur la géographie de l'Egypte, a-t-il pu dire, avec une grande et forte raison : «Dans aucun pays l'administration n'a autant d'influence sur la prospérité publique. Si l'administration est bonne, lescanaux sont bien creusés, bien entretenus, les règlements pour l'irrigation sont exécutés avec justice, l'inondation est plus étendue. Si l'administration est mauvaise, vicieuse ou faible, les canaux sont obstrués de vase, les digues mal entretenues, les règlements de l'irrigation transgressés, les principes du système d'inondation contrariés par la sédition et les intérêts particuliers des individus ou des localités. Le gouvernement n'a aucune influence sur la pluie ou la neige qui .tombe dans la Beauce ou dans la Brie ; mais, en Egypte, le gouvernement a une influence immédiate sur l'étendue de l'inondation qui en tient lieu. C'est ce qui fait la différence de l'Egypte administrée sous les Ptolémées, de l'Egypte déjà en décadence sous les Romains et ruinée sous les Turcs. Pour que la récolte soit bonne, il faut que l'inondation ne soit ni trop basse, ni trop haute. »
* Le roi Mœris», poursuit Napoléon, dont les souvenirs se reportent
' Le véritable nom du princo qu'Hérodote appelle Mœrii, e»l, d'aprê» tes monuments, Ainenemha, de la dm/i. me dyna»tie. Sou t'f^uv remonte, i phn de 2<i<'0 aiii at..nt notre ère. (F. p. 01 1 .)
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ici vers Hérodote, le roi Mœris avait remédié a ces grands inconvénients. Le lac qu'il fit construire était un grand réservoir où il faisan écouler le Nil lorsque l'inondation était trop forte. Il ouvrait le la: et venait au secours du Nil dans les années où son inondation étaj: trop faible. Ainsi, tantôt le Nil coulait par le canal Joseph dans U lac Mœris, et tantôt les eaux du lac Mœris coulaient dans le Nil pale même canal. Il ne reste que de légères traces de ce beau et icmense système. (V. R. 10G). On se servait de ce réservoir pour four nir de l'eau, pendant les basses eaux, aux pays qui en avaient besoir. et dans une proportion calculée. »
La nécessité de régler ainsi, pour les besoins des terres, la distr • bution des eaux du fleuve au temps des crues, dut faire imagier: de bonne heure des échelles uilométriques propres à indiquer, jour par jour, le point exact de son niveau. L'existence des anciens nilomètres est en effet historiquement attestée ; mais le temps les a tou* détruits, à l'exception d'une partie de celui d'Eléphantine , pré* d'Àssouân. Le nilomètre actuel de l'Ile de Roudah, au vieux Caire, connu sous le nom de Mékyas (c'est le seul qui existe maintenant et Egypte), fut originairement construit par le sultan Souleïman, dt la dynastie des Ommiades, au commencement du vme siècle de notre ère.
S 3. Agriculture, produits du sol.— Nous avons déjà cité le beau morceau de Napoléon sur l'Egypte. Écoutons-le encore nous décrire, de son style ferme et concis, les travaux de l'agriculture et ses produits. Napoléon avait étudié le pays, pendant sa rapide campagne «le 98, avec la hauteur et la sûreté de son coup d'œii, en organisateur autant et plus qu'en conquérant, et, à un certain moment, avec de* vues d'avenir dont les événements détournèrent l'accomplissement, mais qui n'en ont pas moins gardé toute leur force et leur vérité. (Campagnes d'Egypte et de Syrie; Mémoires dictés par Napoléon à Sainte- Hélène et publiés par le général Bertrand. Paris, 1847, 2 vol.} Il y a, dans ces commentaires du moderne César, une page (t. I«r p. 122; qui devrait être gravée en lettres d'or et toujours placée sous les yeux da souverain de l'Egypte. Mais nous revenons à notre agriculture."
* En septembre, octobre et novembre, dit-il, la terre est couverte d'eau : c'est la saison du repos; tout est suspendu. Le peuple a les yeux attachés sur le Nil ; il attend le moment où le fleuve sera rentré dans les canaux pour se livrer aux travaux champêtres. Dans une contrée prédominée par de telles circonstances, le commencement de Tannée & dû être fixé au 21 septembre. L'équinoxe d'automne est lè milieu de la saison morte, la limite placée entre les deux années, le point «le séparation des deux exercices. . .
« En Egypte, la terre produit sans engrais, sans pluie, sans charrue. L'inondation du Nil, son limon productif les remplacent. Les terres où l'inondation ne peut arriver, on les couvre de limon, comme en Europe de fumier, et on les arrose par des moyens artificiels. Les bœufs servent à faire mouvoir les machines à roue pour élever les eaux et arroser la terre. On ne pourrait, sans les arrosements artificiels, ni cultiver les champs qui sont au-dessus de l'inondation, ni
se procurer une seconde et une troisième récolte. Les moyens artificiels en usage pour l'arrosement sont de deux espèces. Le premier consiste a élever les eaux par le moyen d'une roue à pots qui est mue par une paire de bœufs. (C'est ce que les Arabes nomment Sakyèh. On l'appelle aussi Naoura). Une de ces machines suffit pour dix feddans, mais il faut alors dix paires de bœufs. Le second moyen est le délou ou ckadouf. C'est une espèce de grande écoupe, souvent un simple panier, suspendu entre deux cordes comme une espèce de balançoire, que fait mouvoir un homme placé sur le côté. A chaque oscillation, l'écoupe s'emplit en rasant la surface de l'eau, pour se déverser, au plus haut point de sa course, dans une rigole disposée à l'avance). A l'aide de cet appareil si simple, un homme élève l'eau de 2 à 3 mètres. Il faut deux délous pour un feddan de terre (qui équivaut à environ 610 d'hectare). Deux hommes sont nécessaires pour maintenir un délou en activité. L'homme qui se repose travaille aux rigoles ou sarcle le champ. Deux délous, l'un sur l'autre, élèvent l'eau à environ 6 mètres; trois à 9 mètres. On pourrait en mettre- à l'infini, mais alors la dépense dépasserait le produit. On n'emploie d'ordinaire que deux délous, l'un au-dessus de l'autre.
« Cette terre d'Égypte produit plusieurs récoltes. La première est la principale. Cette première récolte est produite soit par la culture des terres inondées, qui s'appellent bayady et aussi râyi, soit par la culture des terres arrosées artificiellement, qui s'appellent nabary ou charaki. On cultive dans les terres inondées, ou le bayady, les blés, l'orge, les fèves, les lentilles, les, pois chiches, les pois lupins, les trèfles, le fénu grec, le guilban, le lin, le carthame. Au mois de novembre ou de décembre, aussitôt que les eaux sont rentrées dans les canaux, que la terre est découverte, mais encore à l'état de boue, les cultivateurs sèment Le poids delà semence la fait enfoncer dans la bouc. De cette époque aux mois de février, mars et avril, elle germe, pousse, croît, mûrit, et devient en état d'être récoltée. Le blé «e recueille en mars. La terre a conservé suffisamment d'humidité par l'inondation pour n'avoir plus besoin d'arrosement. Les rosées sont d'ailleurs très-abondantes. Un feddan de terre reçoit un demiardeb de blé (l'ardeb est égal à 180 litres), un ardeb d'orge, un ardeb de fèves, un demi de lentilles, un demi de pois chiches. Un demiardeb de lupin produit neuf ou dix fois la semence... Le trèfle se coupe trente jours -après la semaille; les deuxième et troisième coupes ont lieu chacune à vingt jours de distance. Le fénu grec s'arrache soixante -dix jours après la semaflle, le guilban soixante jours; il sert à la nourriture du bœuf. Le lin s'arrache en mars; on en epare la graine, on fait séjourner les gerbes vingt jours dans des fosses carrées de 6 mètres de côté sur 1 de profondeur, pleines d'eau. Un feddan produit 560 rotls de lin (le rotl vaut 415 grammes), et deux ardebs de semence. Le carthame est indigène de l'Egypte ; il donne le safranum, qui sert à la teinture. La récolte commence en avril; elle dure un mois. Le feddan rend 3 quintaux de safranum (le quintal, kantar, vaut 100 rotls) et trois ardebs de semence. On fait de l'huile avec des graines de lin, de carthame, de colza, de laitue. »
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On cultive, dans les terres arrosées artificiellement, le dourah , le maïs, le ri?, la canne a sucre, l'indigotier, le cotonnier, le hennèb. Le dourah est une sorte de millet; c'est la nourriture du peuple dan* la Nubie et dans la haute Egypte. Cette culture se restreint de plus en plus à mesure qu'on s'approche du Caire. Elle donne 240 pour un. La tige s'élève à dix ou douze pieds. Le ris c&t cultivé dans diver* districts du Delta et au Fayoum : il rend 18 pour 1. Le coton se sème en mai; le plant dure 2 à 4 ans. Le hennèh est un arbrisseau originaire de l'Inde ; les anciens le connaissaient sous le nom do cyprus. Ils l'employaient à la teinture des enveloppes de momies Des feuilles broyées, ils faisaient une pale dont ils se teignaient le* ongles en rouge orangé : c'est ce que les femmes d'Orient font encore aujourd'hui. Les rosiers se plantent à deux pieds d'intervalle ; le plant dure cinq ans. L'eau de rose du Fayoum est très-renommée. Le pavot, dont on extrait l'opium, se récolte en avril. La canne à sucre est cultivée dans une grande partie du Saïd ou haute Egypte. Bien d'autres cultures avantageuses pourraient prospérer, si le cultivateur x pouvait faire les avances qu'elles exigent.
Les premières récoltes sur les terres inondées sont terminées en mars ou en avril. Sur les terres arrosées artificiellement, on obtient, par la continuité des arrosements, une seconde et même une troisième récolte. Les secondes récoltes donnent»du dourah, du maïs, etc.; les troisièmes, des concombres, des fourrages, des plantes potagères.
Le palmier abonde; il commence à être productif à quatre an*. Sa floraison a lieu en avril. Indépendamment de la valeur du bois-, qui est employé aux constructions, la feuille sert à faire des paniers, des coffres. Quand le bois est exposé à l'air, l'intérieur se durcit. La datte est une fort bonne nourriture. En Egypte, le sycomore est trèsbeau, le mûrier prospère, l'acacia est d'une espèce distinguée. Les orangers no sont pas aussi multipliés qu'ils devraient l'être. 11 y s quelques oliviers dans le Fayoum. Hormis le palmier, tous ces arbre» sont en petite quantité* « C'est que l'on coupe et que l'on ne plante pas. On étaye des ruines, on ne les répare jamais. » La soie, la cochenille, la vigne pourraient prospérer dans ce beau pays. « On affirme, disait M. Chaix en 1847, que, sur les terres non cultivées de l'Egypte, il serait possible de rendre encore 1 million 400 000 hectares à la, culture. Que faudrait-il pour cela? une bonne administration, et surtout des hommes. Dans la fertile province du Fayoum, un cinquième seulement des terres cultivables est actuellement en valeur, »
Animaux domestiques.— Les chevaux, les ânes et les mulets sont d'une belle race. Le cheval ne sert point à la culture; il est exclusivement réservé à la selle. Les Arabes préfèrent les juments aux chevaux, parce qu'elles ne hennissent pas. Les chevaux restent entiers. Ce n'est pas la race arabe pure, mais une race particulière au pays. Us n'ont que deux allures, le double pas et le galop; jamais le trot. Ils sont mauvais sauteurs, mais ils supportent admirablement la chaleur. Leur nourriture est de l'orge et de la paille hachée. Les mules et les Anes de nos climats ne donnent qu'une bien faible idée de la beauté et de la force de ceux des bords du Nil, L'utilité dout
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ils sont pour l'Egypte est incalculable. Le chameau porte de 4 à fi quintaux. (V. p. 009.) Les bœufs sont nombreux et d'une belle espèce. Il y a beaucoup de buffles. Les chiens n'ont pas de maîtres ; comme dans tout l'Orient, ils errent par troupes dans les villes et dans les campagnes. Les moutons sout de grande taille et bien fournis de laine; il y a dans le pays une certaine quantité de chèvres et quelques sangliers. Les poules sont innombrables. On a souvent décrit le procédé d'incubation artificielle par lequel les Égyptiens font éclore les poulets sans couvaison. On dispose les œufs dans des fours chauffés à 38 ou 40 degrés du thermomètre centigrade. En vingt et un jours, l'éclosion a lieu, c'est-à-dire au bout du même temps que dans l'incubation naturelle. Ces sortes d'établissements sont appelés maamaU; ils sont nombreux, surtout dans la basse Egypte. Le nombre des œufs qui n'éclosent pas est. en moyenne, d'un sur quatre.
Au total, on peut remarquer que les conditions économiques de l'Egypte ont éprouvé, dans le cours des siècles, un grand changement. La vigne, autrefois très-répandue, est maintenant confinée dans le Fayoum. Le papyrus et le lotos ont a peu près disparu. Il n'est pas besoin d'ajouter efue l'étendue des terres productives est énormément diminuée. Par contre, l'ancienne Egypte n'avait ni le buffle, ni le chameau ; *et parmi les plantes qui y ont été naturalisées, on peut citer le tabac, le maïs, le ri/ et la canne à sucre.
^ 4. Climat. Vents. Maladies. — Il pleut rarement en Égypte, plus dans le bas Delta qu'au Caire, plus au Caire que dans la haute Egypte ; mais les rosées sont très-abondantes. En hiver, le thermomètre descend quelquefois, dans la basse Égypte, à 2 ou 3 degrés centigrades au-dessus de zéro, mais communément il se maintient à 10 et 12 degrés. Dans le Saïd on a, en toute saison, une dizaine de degrés de plus. En été, la température monte à 35 et même 38 degrés au Caire, et arrive jusqu'à 45 degrés dans la haute Égypte, le tout à l'ombre. Les eaux croupissantes, les murais du littoral, les eaux détrempées par les inondations, n'ont pas ici, à beaucoup près, les inconvénients qu'ils auraient sous un ciel moins chaud et moins sec ; il est cependant indubitable qu'à la suite des inondations le pays n'a pas le même degré de salubrité que dans le reste de l'année. En juin, juillet et août, c'est-à-dire à l'époque de la crue du Nil, il souffle des vents réguliers du X. et du N.-O. ; de janvier à mars, ce sont les vents du S.-E. Dans l'intervalle d'avril à mai, on a fréquemment, et quelquefois pendant trois jours consécutifs, un vent du S. extrêmement incommode, même pour les habitants, quoiqu'il n'influe pas sensiblement sur l'état général do la température ; et comme on a remarqué que la période pendant laquelle ce vent se fait sentir est de 50jours, les Arabes l'ont appelé khamsin (cinquante). L'Egypte est sujette aussi, particulièrement au printemps et en été, au vent brûlant appelé en arabe le' Semoum (le poison), plus suffoquant encore que le khamsin, mais heuseusement de beaucoup plus courte durée. 11 se maintient rarement au delà d'un quart d'heure ou de vingt minutes. Il souffle généralement du S.-E? au S. -S.-E., et apporte avec lui des nuages de poussière et de sable. Les fortes chaleurs de l'été sont généralement tempérées
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par une brise du N. et par l'extrême sécheresse de l'air. Cette sécheresse a néanmoins son inconvénient : c'est la quantité de poussière qu'elle engendre. C'est une des plaies du pays. Les essaims de mouches pendant le jour, et de moustiques quand vient le soir, en sont une autre, ainsi que les punaises et d'autres insectes.
En général, le climat de la haute Égypte, quoique plus chaud, est d'une salubrité plus égale et plus constante que celui de l'Egypte inférieure. Le ciel y est d'une pureté admirable ; jamais l'atmosphère ne s'y voile du moindre nuage. C'est à cette sérénité constante et à l'extrême sécheresse qui en résulte, que l'Egypte doit la conservation de tant de monuments, avec leurs sculptures et leurs peintures, qui remontent à des époques si reculées. Mais aussi, c'est dans la haute Egypte que les vents du désert se font sentir de la manière la plus pénible. Le khamsin et le semoum s'annoncent par des signes particuliers, comme chez nous les ouragans. L'air est morne et pesant ; les animaux, aussi bien que l'homme, ressentent un malaise, une oppression indéfinissables. Puis tout à coup l'horizon se voile d'un rideau rougeâtre, et des nuages d'une poussière impalpable arrivent avec impétuosité. La peau se dessèche, H respiration s'arrête, on éprouve une irritation nerveuse, puis une prostration et une suffocation telles que l'organisme ne pourrait les supporter longtemps. «Un homme placé à la bouche d'un four, n'aura, dit M. Lebas [Expédition du Liixor) , qu'une idée imparfaite des sensations excitées par le khamsin. Cet état douloureux cesse aussitôt que le vent prend une autre direction. Le soleil dévoilé boit, comme disent les Arabes, les particules ignée* qui tourbillonnaient dans 1'es.paee, et les sables, en ondes furieuses, se retirent dans le désert. La transpiration se rétablit et les forces vitales reprennent en partie leur énergie. . . Mais l'influence du climat agit sans cesse, ajoute le narrateur, elle les mine sourdement, et un plus long séjour à Luxor aurait occasionné la mort d'un grand nombre de nos hommes : ils étaient devenus blêmes, faibles et languissants. On ne s'acclimate pas sous ce ciel d'airain; il faut y être né de parents arabes pour respirer impunément cet air de feu. Le fils d'un Européen et d'une femme du pays y atteint rarement sa dixième année; les Mamelouks eux-mêmes, qui habitaient et gouvernaient le Saïd, n'y ont pas laissé de descendants. Les enfants de la race pure résistent parfaitement et sans précaution à cet excès de calorique; on les voit, sous une température de 40 degrés, nus, la tête découverte, jouer, s'ébattre, courir, se précipiter dans le fleuve, reprendre leurs amusements, se rouler sur le sables sans que leur santé en soit jamais altérée. » Il faut ajouter que ces effets du climat de la haute Egypte, si bien décrits par un observateur attentif, ne se font sérieusement sentir qu'après un assez long temps de séjour, et que le voyageur proprement dit n'en saurait être affecté d'une manière sérieuse. Il n'en est malheureusement pas tout à fait ainsi des maladies les plus graves de la basse Égypte, dont nous donnerons un aperçu.
L'ophthalmie provenant, soit des changements brusques de température, soit des poussières dontl'air est souventehargé, rev^t à son début une marche aiguë assez facile a enrayer, mais passe rapidement à la
forme granuleuse, comme les ophthalmies épidémiques de certaines contrées de l'Europe, celle de l'armée belge par exemple. Un nombre très-considérable des habitants mêmes du pays en éprouvent de terribles conséquences, surtout dans les classes inférieures où elle est aggravée par la malpropreté. A chaque pas, dans les villages, on rencontre des hommesqui ont perdu l'usage d'un œil ou quisonttoutà fait aveugles. La fièvre intermittente, assez rare au Caire, est très-fréquente et très-redoutable à Alexandrie (sans doute à cause du lac Marœotis), où elle revêt souvent le type pernicieux, ainsi que dans une grande partie de l'Egypte, surtout en remontant vers le Soudan. Les simples fièvres rémittentes bilieuses ou gastriques sont communes partout. La fièvre typhoïde, les fièvres éruptives y sont assez rares, à l'exception de la variole, qui est très-curieuse à observer chez les nègres. Les affections du foie, l'hépatite, atteignent surtout les Européens qui ne veulent pas s'astreindre à l'hygiène du pays. La diarrhée simple, passant facilement à l'état chronique , et la dyssenterie y sont très-fréquentes et sévissent sur les Européens (F/ Hygihie t p. 956 et Introduct. générale.) Les affections nerveuses sont rares, comme les maladies aiguës de l'appareil respiratoire. La phthisie pulmonaire, rare chez les Égyptiens, sévit au Caire sur les nègres du Soudan, qui grelottent sous ce climat où les phthisiques européens retrouvent la santé. L'anémie est très-fréquente chez les fellahs , et surtout dans l'armée, où elle est aggravée par la nostalgie ; la mort en est souvent la conséquence par un état de langueur progressive. Contrairement à l'opinion commune, la peste est devenue très-rare en Egypte. Depuis quinze ans. le docteur Burguières n'en a pas vu un cas au Caire. La syphilis, fréquente chez les Egyptiens, garde un caractère assez constant de bénignité. Les affections de la peau sont fréquentes , et on observe des cas intéressants chez les mendiants du Caire : la plus commune est la gale, avec les maladies parasitaires. Parmi celles-ci, on toit souvent le plaire ou ver de Médine, qui s'introduit principalement sous la peau des jambes et y constitue un cordon sinueux, dur et douloureux (F. Dr Isambert, Sur là pathologie de VÉgypte, Gazette médicale, 1857, et Grinzinger, dans les Archives de Vierort.)
Pour résumer cet aperçu général de l'Egypte, nous rapporterons un curieux document des premiers temps de la conquête arabe, encore applicable aujourd'hui : c'est la lettre écrite par Amrou au khalife Omar, qui lui avait demandé c une peinture assez exacte et assez vive de l'Egypte pour qu'il pût s'imaginer voir de ses propres yeux cette belle contrée.» Amrou écrit au khalife ( vers 642 ou 64.'J ) :
« O prince des fidèles! peints-toi un désert aride et une campagne magnifique au milieu de deux montagnes :voiJà l'Egypte. Toutes ses productions et toutes ses richesses, depuis Assouàn jusqu'à Mencha, viennent d'un fleuve béni, qui coule avec majesté au milieu du pays. Le moment de la crue et de la retraite de ses eaux est aussi réglé par le cours du soleil et de la lune ; il y a une époque fixe dans l'année où toutes les sources de l'univers viennent payer à ce roi des fleuves le tribut auquel la Providence les a soumises envers lui. Alors les eaux Hugmentent, sortent de son lit et couvrent toute la face de l'Egypte
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pour y déposer un limon productif. Il n'y a plus de communication d'un village a l'autre que par le moyen de barques légères, aussi nombreuses que les feuilles de palmier. Lorsque ensuite arrive le moment où ses eaux cessent d'être nécessaires à la fertilité du sol, 1? fleuve docile rentre dans les bornes que le Destin lui a présentes, pour laisser recueillir le trésor qu'il a caché dans le srin de la terre.
« Un peuple protégé du Ciel, et nui, comme l'abeille, ne semble destiné qu'à travailler pour les autres sans profiter lui-même du iruti de ses sueurs, ouvre légèrement les entrailles de la terre, et y dépo>r des semences dont il attend la fécondité du bienfait de Celui qui fan croître et mûrir les moissons. Le germe se développe, la tige s'élève, l'épi se forme par le secours d'une rosée qui supplée aux pluies et qui entretient 1 humidité féconde dont le sol est pénétré ;"puis a la plu* abondante récolte succède de nouveau la stérilité.
«C'est ainsi, 6 prince des fidèles, que l'Egypte offre tour à tour l'image d'un désert poudreux, d'une plaine liquide et argentée, d'un marécage noir et limoneux, d'une ondoyante et verte prairie, d'un parterre orné de fleurs et d'un guéret couvert de moissons dorée*. Béni soit le Créateur de tant de merveilles !
« Trois choses, ô prince des fidèles, contribuent essentiellement a la prospérité de l'Egypte et au bonheur de ses habitants : la première, c'est de ne point adopter légèrement des projets enfantés par l'avidité et tendant à accroître l'impôt; la seconde, d'employer le tiers des revenus à l'entretien des canaux, des ponts et des digues, la troisième, de ne lever l'impôt qu'en nature sur les fruits que la terre produit. Salut. »
Section II . —Histoire.
S 1. Aperça général. — L'histoire de l'ancienne Egypte est restée couverte d'une obscurité profonde, elle n'a été pour les savants qu'un champ de stériles controverses*, tant qu'on ne l'a connue que par les notions imparfaites que nous en ont laissées les auteurs grecs et latins. Le grand-prêtre égyptien Manéthon, à la demande du second desPtolémées (Ptolémée Philadclphe ) , avait écrit, d'après les archives sacrées, une histoire des dynasties pharaoniques; mais nous n'avons de ce précieux ouvrage, sauf les passages qu'en a cités Josèpbe dans ses Antiquité* juives, que les extraits des premiers chronographes chrétiens, et ces extraits se bornent à des listes de règnes dont l'arrangement même et la succession étaient une source de doutes. En retrouvant la clef si longtemps cherchée de la lecture des hiéroglyphes , Champollion a enfin apporté la clarté au milieu de ces ténèbres. On a pu déchiffrer les inscriptions dont les monuments sont couverts, et dans ces inscriptions, on a trouvé, en môme temps que la confirmation générale des listes de Manéthon, un guide sûr pour en ressaisir la véritable signification, pour les compléter en beaucoup de points, les rectifier sur une foule de détails, et remonter avec elles jusqu'à l'origine de la monarchie. Les travaux des savants européens qui depuis Champollion, ont consacré leurs veilles à l'archéologie égyptienne, MM. Birch et Wilkinson en Angleterre, Lepsius et Brugsch
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en Allemagne, Charles Lenormant, Mariette et de Kouge* en France (pour ne mentionner que les plus illustres), ont élargi et fécondé ce nouveau champ d'études. Des ouvrages importants sur l'ensemble et suc beaucoup de points de détail de l'histoire pharaonique ont été publiés. Tout récemment, M. Brugsch, de Berlin, le compatriote et l'émule du docteur Lepsius, a donné à l'Europe savante une Histoire de l'Egypte ancienne * qui descend jusqu'il la conquête persane, époque où la terre des Pharaons perdit son indépendance nationale qu'elle n'a jamais recouvrée. Ce qui fait l'importance du livre de M. Brugsch, c'est qu'il est tout entier basé sur les monuments. Depuis les plus anciennes époques jusqu'au temps? de Cainbj'se, la suite et l'histoire des dynasties sont tirées des inscriptions qui se lisent sur les parois des temples et des tombeaux, confrontées avec les listes de Manéthon. Sous ce rapport, on peut regarder ce grand ouvrage comme étant, jusqu'à l'heure actuelle, le dernier mot de la science. Ce point de vue, sous lequel il est conçu, a pour nous d'autant plus d'intérêt , qu'en nous plaçant constamment en regard des monuments de la vallée du Nil, il rappelle à chaque pas au voyageur l'importance et la signification historique^ie ces monuments. Ce sera notre guide pour les temps pharaoniques du tableau qui Va suivre. Nous y donnerons les dates adoptées par M. Brugsch, sans nous préoccuper (ce ne serait pas ici le lieu) des questions de critique que ces dates peuvent soulever pour ces dix-huit premières dynasties, niais en faisant observer qu'il est prudent de les accepter seulement (en ce qui se rapporte à ces anciennes périodes] comme des approximations. Toutefois, les dissidences entre leB égyptologues, entre M. Bunsen notamment et M. Lepsius, vis-à-vis des déterminations approximatives de M. Brugsch, vont rarement au delà de deux ou trois siècles pour les dynasties les plus anciennes; or, quand on considère que ces différences portent sur des temps compris entre le xv« et le XLve siècle avant l'ère chrétienne, on peut n'y attacher qu'une signification très-secondaire. Ce n'est pas là qu'est l'importance de cette grande page historique.
S H. Tableau chronologique.
i'Hëmière pkriodb. l'ancienne i momie», sont une race asiatique et non