ROUTE 3] LANGUES
CHALINDREY. • 221
bord qu'un faible ruisseau; mais, à la sortie de Bâlesme, l'eau est déjà assez abondante pour faire mouvoir la roue d'un moulin. Un peu audessus de la source supérieure, on a établi, dans une excavation du rocher, une chapelle consacrée à la Vierge. Dans un des massifs de rochers s'ouvre une grotte assez spacieuse, d'un accès facile, et qui a été longtemps considérée comme le lieu dans lequel Sabinus et Éponine restèrent cachés pendant huit années pour échapper à la colère de Vespasien. Cette opinion est aujourd'hui généralement rejetée, et les savants admettent de préférence celle du P. Viguier, qui place la retraite de Sabinus dans un souterrain de l'église de Griselles, sur la route de Tonnerre à Châtillon-sur-Seine (F. l'Itinéraire général de la France : Bourgogne , Franche - Comté , Savoie , par Ad.
Joanne).— Des fouilles exécutées, il y a une trentaine d'années, dans le voisinage de la Marnotte , y ont fait reconnaître les vestiges de bains romains d'une certaine étendue, auxquels le village de Bâlesme doit vraisemblablement son origine et son nom.]
De Langres à Neufchâteau, par Clefmont, R. 40 ; — à Dijon , par Prauthois, R. 02; — à Châtillon-sur-Seine, R. 93*, — à Nogent le- Roi, R. 94 ; — à Gray, R. 95.
En quittant la gare de Langres, le chemin de fer longe pendant quelque temps (à g.), la Marne que Ton croise bientôt ainsi que la route de terre de Paris à Mulhouse. Après avoir dépassé à g. Châtenay-Macheron, c.
de 220 hab. , et Saint- Maurice, c. de 90 hab., on passe dans un tunnel de 1380 mèt. percé sous les hauteurs qui séparent la vallée de la Marne du bassin de la Saône. On laisse ensuite à g. Culmont, c. de 432 hab. , sur le Saulon, affluent de la Saône, dans un vallon profond, bordé de collines qui atteignent 400 mèt. d'alt.
308 kil. Chalindrey (Buffet à la gare), c. de 961 hab., située à dr. et
à environ 1500 mèt. de la station, au pied d'une colline de 381 mèt. de hauteur. Chalindrey semble remonter à une date très-reculée. Plusieurs cercueils en pierre, dont quelques-uns renfermaient des vases en terre et en verre, y ont été découverts. Au xvr s., plusieurs habitants de Ghalindrey, accusés de sorcellerie, furent condamnés au feu. La montagne du Cognelot (470 mèt. d'alt.), qui s'élève à TO. du village et d'où l'on découvre une vue magnifique sur la vallée de la Marne , les Vosges et le Jura , était regardée comme le séjour d'un esprit malfaisant auquel certains habitants de la contrée étaient accusés de s'être liés par un pacte.
[Excursion au Pailly (3 kil. delà station; 1 kil. 1/2 de Chalindrey). — Le Pailly, v. de 377 hab., situé à 1 kil. environ à l'E. de la montagne de Cognelot, possède un magnifique château de la Renaissance, que le maréchal de Tavannes fit construire, en 1563, sur l'emplacement d'une ancienne demeure féodale dont les bourgeois de Langres s'étaient emparésau xve s., pendant la guerre des Anglais et des Bourguignons contre la France, et qu'ils avaient démantelée en partie.
Le donjon qui subsiste encore, s'élève sur le côté de la cour d'honneur, dominant les constructions du xvr* s.
qui l'entourent. Le château du Pailly, (à g. à l'entrée du village) offre, par une heureuse combinaison de l'architecture militaire et de l'architecture civile, un ensemble de constructions d'un goût et d'une élégance remarquables et que fait encore ressortir l'aspect sévère du donjon. L'édifice formait originairement un parallélogramme, et les divers corps de logis entouraient la cour sur ses quatre côtés ; mais une partie des bâtiments ayant été détruite en 1576, par les protestants, il ne reste plus qu'une façade avec pavillons intérieur et extérieur au centre, et deux ailes flanquées aux angles de tourelles rondes.
222 DE PARIS A
Les différents corps de logis sont!
composés d'un seul étage et d'un attique ; au rez-de-chaussée règne sur la cour intérieure une galerie ouverte et formée d'arcades séparées par des pilastres d'ordre dorique. On monte au premier étage par une charmante tourelle à jour que terminait autrefois un groupe de deux statues.
Les pavillons seuls ont deux étages.
M. Pistolletde Saint-Fergeux a donné, dans les Mémoires de la Société archéologique de Langres, une intéressante notice sur le Pailly, à laquelle nous empruntons quelques-unes de nos indications. C'est surtout à l'intérieur que le château du Pailly déploie toute sa splendeur architecturale.
Nous signalerons spécialement le pavillon S. 0., qui offre un soubassement en pierres rustiquéesy supportant deux étages ornés chacun de huit colonnes cannelées, d'ordre ionique au premier étage, d'ordre corinthien au second.
Au-dessus de chaque étage, se développe une frise d'un travail délicat, formée de feuillages au premier étage et de modillons au deuxième. « Cette façade, dit M. Pistollet de Saint-Fergeux, est assurément l'un des types les plus gracieux de l'architecture au xvx* s., et je ne connais pas en France de château qui puisse offrir un pavillon plus remarquable. »
Le pavillon intérieur, dans lequel se trouve l'entrée principale sur la cour, est également d'un goût recherché, tout en différant par ses dispositions du pavillon extérieur. — Sur toute la façade du corps de logis situé à PO. de la cour, règne un beau balcon supporté par des consoles géminées, cannelées et ornées de têtes d'animaux. — Le donjon, grosse tour carrée qui s'élève à l'extrémité de l'aile du N. , se compose de deux étages construits en pierres à bossages; il se termine par quatre tourelles à jour et est décoré d'une corniche simple et de bon goût.
Le château du Pailly renferme plusieurs vastes salles, dont la décora-
tion monumentale répond aux magnificences de l'extérieur. Les principales sont : — un grand salon donnant sur le balcon (les fenêtres en sont séparées par des colonnes cannelées auxquelles s'appuie la voûte); — une belle salle a manger à côté du salon , et la salle dorée, qui occupe le premier étage du donjon et dans laquelle on remarque des restes de dorures et de peintures à fresque. — De larges cheminées, décorées de bas-reliefs allégoriques, de figures sculptées, d'ornements d'architecture travaillés dans la manière la plus brillante de la Renaissance, se dressent dans chacune de ces pièces; celles du grand salon et de la salle dorée méritent surtout de fixer l'attention.
Les plans et la construction du château du Pailly sont attribués à un architecte de Langres nommé Nicolas Ribonnier, qui aurait été secondé pour les travaux d'ornementation par des artistes italiens, chargés à la même époque des sculptures du jubé, aujourd'hui détruit, de la cathédrale de Langres. Le château, envahi au moment de la Révolution par une bande de paysans, subit les plus regrettables mutilations; la chapelle, construite au xvij« s., et dont il subsiste encore quelques parties, fut alors saccagée. Plus tard , après être passé en différentes mains, il fut acheté par un spéculateur suisse qui, pour s'y livrer à l'élève des bestiaux, transforma une partie des bâtiments en étables. Revenu enfin en des mains plus intelligentes, le château du Pailly a été rendu à sa destination primitive et restauré autant qu'il pouvait l'être.]
De Chalindrey à Gray, R. 95.
Après avoir laissé à dr. l'embranchement de Gray, la voie ferrée traverse une tranchée rocheuse ; et, décrivant une courbe pour prendre la direction de l'E., avec une légère inflexion vers le N., elle franchit le Saulon sur un beau viaduc de 1H arches. Au delà de Torcenay , v. de