DE REIMS A SOISSONS
55 kil. — Chemin de fer. — Trajet en i h. 7 min., 1 h. 25 min. et 1 h. 30 min. — i" cl. 6 fr. 15 c; 2« cl! 4 fr. 60 c; cl. S fr. 40 c.
L'embranchement de Reims à Soissons se détache, à dr., de la ligne d'Épernay, et, franchissant le canal de l'Aisne, suit la vallée de la Vesle qu'il traverse après avoir dépassé, à g., Saint-Brice (846 hab.; château moderne, jolies maisons de campagne) et Champigny (170 hab.). On aperçoit, à dr., dans les prairies, les châteaux de la Malle et des Marais.
9 kil. Muizon, v. de 278 hab. (château des Vautes), faisait autrefois partie du Tardenois, petit pays borné au S. par la Brie Pouilleuse, au N. et à PO. par le Soissonnais, à l'E. par le cerritoire de Keims.
La voie ferrée côtoie la vallée de la Vesle que dominent, à dr., la butte deProuilly (204 mèt. d'altit) et le v de ce nom (655 hab.), presque entièrement détruit par un incendie en 1842, et à g. un plateau de 100 à 190 mèt. d'altit., où se trouvent entre autres villages, Vendeuil (202 hab.; beau château moderne; au hameau à'Irval, restes d'une ancienne maison forte).
17 kil. Jonchery, v. de 570 hab., mentionné dès le milieu du ix° s., possédait au xui* s., un hôpital pour les pauvres, avec une chapelle particulière dédiée à saint Jean. 11 ne reste
que le souvenir de cet établissement.
— L'église paroissiale parait dater du xne s.; on y remarque une bonne Descente de croix (maître-autel) et une Visitation peinte sur bois. — 11 existe à Jonchery de nombreux souterrains (ils servent de caves) creusés en ogive dans le tuf, et qui servaient sans doute de lieux de refuge pendant les invasions du moyen âge. — Près du village est une ferme du camp de Chàlons.
Le chemin de fer, se tenant entre la route de terre de Soissons et la rive g. de la Vesle, laisse à dr., dans une presqu'île formée par la rivière, le v. de Breuû-sur-Vede (140 hab.), qui paraît devoir son origine à un château fort dont il ne reste pas de vestiges mais dont on peut encore reconnaître l'emplacement. Les fondations d'un manoir moins ancien que le précédent, et qui fut démoli pendant les guerres de la Fronde, se voient, en outre, à Breuil, dont \ église, romaneogivale, est remarquable par la régularité de son plan. Le château de la Ville-aux-Bois (1842), aux tourelles élancées, possède une jolie chapelle gothique. On aperçoit à dr. (500 mèt.) Courlandon (163 hab.) et à g. Magneux (289 hab.; église du xive s., renfermant un beau retable du style flamboyant.)
27 kil." Fismes, ch.-l. de c. de 2840 hab., situé au confluent de l'Ardre et de la Vesle, est une petite ville qui existait incontestablement au moment de l'occupation des Gaules par les Romains. Elle est désignée dans les Commentaires de César, sous le nom de Fines Suessionum. Elle était autrefois fortifiée, mais ses remparts, percés de quatre portes curieuses, et ses fossés ont été transformés en jardins et en promenades. — L'église date de p.usieurs époques. Les moulures et les chapiteaux du porche accusent le xvi' s.; la grande nei parait être de la fin du xnr\ L'abside, ornée de vitraux modernes, est du pur roman ; le chœur offre une corniche à
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modillons grimaçants. — Vhôtel-Dieu a été fondé par Colbert.
Fismes marquait autrefois la limite de la Champagne, et, sous les Romains, celle de la Gaule Belgique et de la Gaule celtique. On montrait , près de la ville, avant la Révolution, une pierre qui indiquait la séparation des deux diocèses de Reims et de Soissons, au lieu où confinaient, sous les Mérovingiens, les royaumes de Metz et deSoissons. Le territoire de Fismes était traversé par la voie romaine qui conduisait de Reims en Allemagne , et dont subsistent des restes désignés sous le nom de chaussée Brunehaut.
On a cru longtemps que la célèbre act rice Adrien ne Lecouvreur était originaire de Fismes; mais, ainsi que nous l'avons dit, elle est née à Damery (R. 1).
Passant de la rive g. sur la rive dr. de la Vesle, on sort du départ, de la Marne pour entrer dans celui de l'Aisne, où on laisse à g. (2 kil. de la voie) Villesavoie ( Villa SapientitT) , v. de 145 hab., dont V église date, en partie, du xvr s. Les restes de l'ancien château fort des seigneurs de ce bourg remontent au xv* s. — Plus loin, le chemin de fer passe entre Saint-Thibault, à g., sur un mamelon, et Bazoches, à dr.
SaintrThibauU (131 hab.) eut, dès le vmc s., un prieuré qui existait encorc à l'époque de la Révolution et qui appartenait alors aux Bénédictins anglais de Paris. L'église de ce prieuré, construite dans la seconde moitié du xi« s., a été, en grande partie, démolie en 1842. Les restes en sont curieux ; à TE. de l'abside, deux tourelles, qui défendaient le château du prieur, seigneur de Saint-Thibault, sont décorées de masques et de figures grimaçantes. Au-dessous de t; >is étages de caves, un bel escalier conduit à un souterrain très-profond formant oubliettes.
bazoches (422 hab.), qui tire son nim «lu mot Basili^a, corrompu au moyen âge, possédait, à l'époque n>
VOSGKS.
maine, un palais du préfet des Gaules et des greniers impériaux. Au lieu dit les Pâtures ont été retrouvés, lors des travaux de terrassement exécutés pour la construction du chemin de fer, des peintures murales , les restes d'une villa et un fragment très-curieux de mosaïque, transporté depuis au musée de Laon. L'église Saint- Pierre est de la fin du xnc et du commencement du xin* s. Les fonts baptismaux appartiennent à l'époque primitive de l'église. — Un ancien château fort, défendu par onze tours, maintenant démantelées , sert de ferme. Au-dessous existent encore des souterrains, voûtés les uns en plein cintre, les autres en ogive. Ce château ou donjon se trouve enveloppé par le village qui, lui-même, est entouré de fossés et d'un mur épais, flanqué de tours, dont seize sont encore apparentes. — Bazoches a conservé, en outre, deux portes fortifiées, flanquées de deux grosses tours. — Dans le jardin du château, se voit un vieux pan de mur avec le bas d'une fenêtre, qui date, au rapport de plusieurs archéologues, du vr s., et qui faisait partie d'une collégiale élevée par saint Leu, évêque de Soissons, en l'honneur de saint Rufin et de saint Valèrc, sur l'emplacement d un oratoire construit, à l'époque de Constantin, à l'endroit où les deux martyrs avaient été inhumés. — Au lieu dit la Maladrerie, sur la rive g. de la Vesle, existent les restes d'un hôpital bâti au xiv s. — Bazoches est la patrie de Guy de Bazoches, auteur du plus ancien Dictionnaire géographique français connu.
On aperçoit bientôt, à 2 kil. sur la g., le Mont-Notre-Dame (608 hab.) , village bâti autour d'une colline isolée et connu anciennement sous le nom de Saurèle {Sauriacicum) . C'était primitivement un domaine appartenant aux rois de France, qui le donnèrent plus tard à des vicomtes. Il s'y est tenu six conciles, de 589 à 98ô, puis deux synodes, en 1015 et 1023. Le
t)E REIMS A SOISSONS. [ROUTE 135]
château fort, composé de plusieurs corps de logis, dont le principal était flanqué de quatre grosses tours et renfermait un donjon, fut démoli vers 1427, après avoir été enlevé aux Bourguignons. Relevé plus tard, il fut détruit par les Huguenots. Le château actuel a été construit au xyiii* s., en partie avec les matériaux de l'ancien. Véglise (mon. hist.) offre encore un beau et vaste vaisseau voûté en ogive, avec une partie du triforium; mais l'ancien chœur et le transsept ont disparu. En 1650, un assez grand nombre de paysans, qui s'étaient réfugiés dans les tours, y furent brûlés par les Espagnols. 11 reste du xi° s. un fragment de crypte et plusieurs gros piliers carrés trapus, ornés de curieux chapiteaux.
Au delà de Mont-Notre-Dame, le chemin de fer traverse la Vesle, puis le Murton, et laisse à g., à rentrée d'une gorge, Limé, v. de 324 hab., qui possède une église du xne au xvc s. Le château, bâti dans le style Louis XIII, renferme une collection d'antiquités découvertes dans le pays et réunies par le propriétaire actuel, M. de Saint- Marceaux. La Butte des Croix est un tumulus celtique où furent élevées, au moyen âge, des fourches patibulaires. D'autres souvenirs très-anciens se rattachent, dans les traditions du pays, aux lieux dits les Hautes-Bornes, le Pré du Diable et le Pont du Diable. Les débris du pont d'Ancy, où aboutissaient plusieurs voies antiques et près duquel ont été découverts les restes d'une importante villa gallo-romaine, sont encore visibles lorsque les eaux de la Vesle sont basses. — En face de Lime, de l'autre côté de la rivière et sur la route de terre, se trouve Courcelles (459 hab.), dont Véglise (xn°, xinc et XVe s.) renferme un très-beau lutrin du xvir s. Près de la grande route, Une chapelle carrée, dite du Calvaire attirail autrefois, le vendredi saint, de nombreux pèlerins. Elle fut bâtie, en 13G5. par Enguerraud de Cour-
celles pour l'accomplissement d'un vœu qu'il avait fait en Terre-Sainte.
Les hameaux de Montussart, de Crèvecœur et de Vauberlin au N. du village, offrent diverses curiosités. A Montussart, existent une chapelle duxv's.
et une grange des xu° et xme s., qui appartenait aux Templiers. Cette grange forme à l'intérieur trois nefs séparées par deux rangs de huit grands piliers carrés. A Crèvecceur, se voit la Roche-aux-Fées, adossée à une autre roche de grande dimension. A Vauberlin, le chœur d'une ancienne chapelle, dédiée à saint Médard et à saint Gildard, sert d'habitation à un cultivateur.
39 kil. Braisne, ch.-l. de c, V.
de 1649 hab., située à 1 kil. N. 0.
de la station , sur la rive dr. de la Vesle, était, dans la période gauloise, un des douze oppida des Suessiones. Des antiquités celtiques et romaines y ont été découvertes.
A l'époque mérovingienne, les rois francs y avaient un palais où se tint, en 580, un concile provincial. Au ix° s., ce palais fut entouré de fortifications, plusieurs fois détruites et relevées depuis et supprimées enfln en 1793. En 994, Hugues Capet abandonna, dit-on, la terre de Braisne aux comtes de Champagne , qui y établirent des seigneurs particuliers. Ce domaine échut par mariage, .vers 1150, à Robert Ier, comte de Dreux, frère de Louis VII. Sous le comte Robert II, en 1205, plusieurs hérétiques furent condamnés au feu et suppliciés à Braisne. On cite, parmi eux, Nicolas Perrot, un des plus anciens peintres français dont le nom ait échappé à l'oubli. La ville «le Braisne a été huit ou dix fois prise et brûlée, notamment en 1G50 et 1652, par les Espagnols.
L'église Saint-Yved (mon. hist.), ancienne dépendance d'une abbaye ,de l'ordre de Prémontré, est, suivant M. Viollet-le-Duc, un des plus beaux monuments de cette partie de la France. « Le plan de l'abside pré-
[ROUTE 135] BRAISNE. — CIRY. — SËRMOISE.
sente une disposition excellente et rare. Cette église paraît avoir été construite par l'architecte de la cathédrale de Laon ; elle date du commencement du xiii' s. La façade et quelques travées de la nef ont été détruites en 1832. Les sculptures du portail sont en partie déposées dans le musée de Soissons. L'église Saint-Yvcd contenait, avant la Révolution , de magni fiques tombes en cuivre émaillé, dont les dessins se trouvent aujourd'hui dans la collection Gaignières de la bibliothèque d'Oxford. » On remarque encore, à l'extérieur de l'église (croisillon N. ), deux ânes debout, dont l'un joue de la guitare et l'autre de la viole; puis, à l'intérieur, quelques sculptures provenant de l'ancien portail, entre autres : un tympan sculpté, qui sert maintenant de tombeau à l'autel de la Vierge; deux statues, l'une de Jésus-Christ, l'autre de sa mère , qui sont placées dans le chœur; enfin une troisième statue (dans l'embrasure d'une fenêtre, à l'extrémité du chœur) représentant encore la Vierge assise , plus grande que nature : c'est un des plus beaux types de l'art du moyen âge. Les vitraux du portail , utilisés en partie pour la restauration de la cathédrale de Soissons, avaient été donnés, au commencement du xiuc s., par une reine d'Angleterre à la comtesse de Braisne, femme de Robert II.
Un ancien prieuré de dames bénédictines, fondé en 1647, est occupé aujourd'hui par un haras (rue du Martroy) ; l'église n'existe plus. — A côté de ce prieuré , on remarque une maison du xv° s., en briques et en bois, avec sculptures (tourelle renfermant un escalier en hélice). — Le musée particulier de M. Masure renferme des objets précieux des époques celtique et gallo-romaine, recueillis à Braisne, à Chassemy et dans les villages environnants. — 11 existe, à Braisne , des sources d'eau minérale.
Le chemin de fer longe un instant la Vesle, près de Braisne, et, croisant
la route de terre, laisse à g. Âugy, v. de 177 hab., dominé à l'E. parles tours du château de la Folie (autrefois le château du Haut). Près des ruines de cette forteresse, construite au commencement du xiii» s., par Robert II, comte de Braisne, sur une colline escarpée, ont été trouvées des épées longues et pesantes, des haches d'armes, etc. — Plus loin, du même côté, se mo'ntrcnt Vasseny ( 196 hab. ; église du xiii* et du xv* s.) et Salsogne, hameau de 177 hab., dépendant de Ciry.
La Vesle s'éloigne à dr. pour aller se jeter dans l'Aisne, à Condé.
45 kil. Ciry-Sermoise, station qui a pris le nom du v. de Ciry, situé à 1 kil. environ au S., et ceîui du v.
de Sermoise, bâti un peu plus à TO., près de la voie ferrée.
Ciry (576 hab.) possède une église en partie du xn° s., qui paraît avoir été fortifiée. Au moulin de Quincampoix, se voient les vestiges d'un pont romain. Sur le territoire de la commune ont été découverts aussi , dans les substru étions d'une villa, des murs en grand appareil, ornés de peintures, des tronçons de colonnes, des marbres de toute espèce, et, au milieu de ces débris, une salle de bains, encore revêtue de stuc, une étuve, une salle à parfums, des pierres, de 1 mèt. de hauteur sur 2 mèt. de largeur, taillées et creusées eu forme demicylindrique, qui faisaient partie d'un aqueduc amenant les eaux de la montagne; une main en marbre supportant un lion au repos, etc. (une grande partie de ces objets sont actuellement à Braisne, près de l'église Saint-Yved).
Sermoise, v. de 348 hab., était traversé par la grande voie romaine de Milan à Boulogne. Véglise, de diverses époques (xn*, xin", xv- et xvi- s.), offre, dans l'abside, le transsept et les collatéraux, des fenêtres du style flamboyant garnies de magnifiques vitraux, représentant des sujets historiques et religieux des XVe et xvr> s. Quelques détails d'or-