SAINT-VALERY-EN-CAUX
vallon, dont les habitants ont habilement tiré tout le parti possible. La route de Paris longe, avant d’y entrer, le vaste bassin de la Retenue où entrent, par la haute mer, les bateaux de pêche. Les deux quais sont bordés de maisons simples, propres, bien alignées et dont les groupes se resserrent à mesure qu’elles approchent de la plage. Deux jetées étroite^ s’avancent hardiment dans la mer, et, de l’extrémité de celle du N., on découvre une longue ligne de falaises; au S. la vue est limitée. La ville est entourée de jolies avenues d’arbres qui se prolongent jusque dans l’intérieur.
« Une petite rivière, objet d’un culte idolàtrique, coulait, dit M. Joachim Michel, au milieu des bois, lorsqu’un moine de Picardie, dont le nom a été donné à un grand nombre d’églises, saint Valéry, vint fonder un établissement religieux dans la vallée , étroite et sans profondeur, où se sont groupées les maisons de Saint-Valeryen-Caux. Comme, malgré les prédications du saint homme, les habitants continuaient à adorer les bois et les eaux courantes, il s’avisa d’un excellent moyen pour supprimer la partie aquatique de leur culte ; il enfonça un grand nombre de balles de laine dans la source de la rivière, et la boucha si bien que depuis onc elle ne coula. »
Ce ruisseau, dont la légende raconte ainsi ladisparition, reparut dans le xve siècle pour disparaître de nouveau dans le xvic siècle. 11 y a quelques années, en creusant la Retenue, on le retrouva à une assez grande profondeur, sous la vase et le galet.
L’histoire de la ville, qui s'établit autour des établissements religieux fondés par saint Valéry, et dépendant de l’abbaye de Fécamp, est peu connue et peu intéressante. Il y eut longtemps deux groupes d’habitations. La ville, c’est-à-dire le quartier encore connu sous ce nom et contenant l’église. et le port naval, navail ou na-
varre. Ce dernier appartenait aux seigneurs de Néville (voir p. 136) dont l’un, par une charte de 1237, céda aux moines de Fécamp les droits et coutumes qu’il possédait, mais qui gardèrent la possession de leur fief jusqu’en 1716. Leur château $e trouvait sur la pente même de la colline qui domine au S. le vallon de Saint- Valéry.
Saint-Valéry, prise par les Anglais en 1422, reprise par les Français en 1432, et par les Anglais en 1433 et 1437, par Charles-le-Téméraire en 1472, fut reconquise peu de temps après par les troupes de Louis XI. Elle avait à peine réparé , au xvi' siècle , les désastres du siècle précédent, lorsque éclatèrent les guerres de religion.
Ses habitants, très-dévoués à la religion catholique, s’étaient empressés d’adopter le parti de la Ligue. La ville, prise par les royalistes, à la suite de combats meurtriers, dut payer une rançon pour se racheter du pillage et prêter à Henri IV un serment de fidélité qu’elle tint religieusement. Au commencement du xvii* siècle, ce n’était plus qu’un bourg ruiné et dépeuplé. Vers 1612 cependant, les habitants commencèrent à rouvrir le port à demi fermé par les galets et la vase. Mais ce ne fut qu’en 1660 que des travaux sérieux y furent entrepris sur l’ordre de Louis XIV. La ville actuelle doit en quelque sorte son origine et ses développements à ces travaux.
Les guerres de la Révolution et de l’Empire arrêtèrent ses progrès. Son commerce fut anéanti et les Anglais la bombardèrent en 1804. Sous le règne de Louis-Philippe, d’importants travaux lurent exécutés dans le port, qui, malgré sa petitesse, est devenu sùr depuis la construction de l’écluse destinée à retenir l’eau de la mer. A dater de cette époque, sa prospérité s’est constamment accrue.
Le port, complètement entouré de maisons, est éclairé par deux phares, l’un de trois, l’autre de six milles de portée. Le mouvement du cabotage a
donné en 1861 : à l’entrée, 107 navires jaugeant 6394 tonneaux, et 36 navires sur lest ; à la sortie, 110 navires, jaugeant 5403 tonnes et 12 navires sur lest. La grande navigation a donné à l’entrée, 48 navires chargés de 4000 tonnes : et à la sortie, 70 navires chargés de 6000 tonnes. C'est par ce port que s’exportent les produits de l’arr. d’Yvetot et que s’importent ses principales consommations.
Saint-Valéry arme des bateaux pour la pèche de la morue dans les mers d’Islande, du hareng, du maquereau, etc. En outre, plusieurs parcs aux huîtres y ont été créés dans le bassin de la Retenue. Ce qui manque à Saint- Valéry, c’est l’eau de source ; l’eau de puits, qui sert à l'alimentation des habitants, est chargée de sels marins et terreux.
L’église, construite au centre de l’ancienne cité, est située à 20 minutes environ de la ville nouvelle.
Bâtie dans une sorte de faubourg appelé la Ville, sur les ruines d’un ancien prieuré, — qui fut fondé, selon quelques historiens dont les allégations sont contestées, par saint Valéry , et détruit en 895 par les pirates du Nord, rebâtie en 925, — dévastée pendant les guerres de l’invasion anglaise et de l’invasion bourguignonne, rebâtie vers la fin du xv* s. , reconstruite en partie en 1535 (le portail et la nef), enfin, récemment restaurée, cette église est un édifice lourd, nu, massif, en grès du pays.
La façade principale, trop nue, se compose de deux portails accolés, placés à dr. d’une tour carrée que coiffe ~une sorte de tiare en ardoises. Des arcades ogivales séparent la nef principale des deux nefs latérales éclairées chacune par sept fenêtres, qui ont été jadis garnies de beaux vitraux.
La chapelle de Notre-Damc-dc-Bon- Pnrt (xvi* ou xvn* s.), située dans la nouvelle ville, appelée le Port, et la chapelle Clémencée, ancienne maladrerie, bâtie dans un vallon latéral, ne méritent qu’une mention»