ROUTE 50] ABBAYE DU VAL-R1CHER
du tunnel, on aperçoit, à dr., dans un site gracieux, au milieu des bois, l’église et le manoir de la lloublonnière (279 hab.), village ainsi nommé parce qu’on y faisait jadis de nombreuses plantations de houblon , dont les habitants se servaient pour fabriquer une espèce de bière qu’ils appelaient cervoise. On remarque, dans Yéglise des xm* et xv' s. : une cuve baptismale (xv* s.) sculptée sur chaque face; une belle voûte en caréné, dont le sous-faîte est orné de rosaces découpées à jour; des fragments de vitraux gothiques; deux jolies piscines ; des chapiteaux sculptés; une statue et un bas-relief (détails naïfs et curieux) du moyen âge. « Les bâtiments du château sont disposés, dit M. de Caumont, de manière à former deux cours dont la première a la forme d’un carré long à peu près régulier. On y accède par une porte et une poterne ornées de sculptures qui indiquent la fin du xv' s. ou le commencement du xvi*. A g. de cette entrée, s’élève une belle tour dont les murs ont plus d’un mètre d’épaisseur, et qui, néanmoins, paraît avoir été faite simplement pour servir de colombier Toutes les autres constructions de cette cour en pierre, avec fenêtres à moulures prismatiques, indiquent le xvr s. Dans la seconde cour, il n’y a qu’un seul côté garni de bâtiments; ils sont en bois.
La salamandre, sculptée sur une des lucarnes, et les autres caractères de l’ornementation indiquent le règne île François 1". Ce château, dit-on, a appartenu aux Templiers. »
A 6 kil. environ du chemin de fer, sur la dr., se cachent, au milieu des arbres, les restes de l’abbaye du Val-Richer, transformés en un beau château, par M. Guizot, qui y passe une grande partie de l'année et qui y a écrit plusieurs ouvrages. Le domaine du Val-Richer, habilement cultivé par M. de Witt, gendre de M. Guizot, est une des plus importantes exploitations agricoles de toute
la Normandie. Il compte à peu près 75 hect. de prés et terres labourables et 70 hect. de bois ; tous les travaux d’amélioration ont été exécutés avec une rare intelligence.
L’abbaye du Val-Richer , fondée vers l’an 1167, eut pour premier abbé Thomas, qui avait été moine de Clairvaux et disciple de saint Bernard.
Thomas Becket y séjourna. Ruinée par les guerres , aux xiv' et xv” s., désorganisée au xvi* s., par la Réforme , elle fut reconstruite presque en entier au xvii' s. Le mobilier du Val-Richer orne quelques églises des environs de Lisieux. Les restes des bâtiments conventuels ont été restaurés avec goût.
L’église romane de Saint-Ouen-le- Pin, commune sur le territoire de laquelle est situé le Val-Richer, possède un bel autel (style Louis XV) dont le magnifique parement, en toile peinte, provient de l’abbaye du Val- Richer, de bons tableaux, de jolis autels ornés de peintures, un groupe en pierre représentant sainte Anne et la sainte Vierge, etc.
La voie ferrée laisse à g. Lécaude, v. de 269 hab. L’église, dont l’ensemble paraît remonter au xii* s., contient quelques détails d’architecture et de sculpture assez intéressants. A 1 kil., sur la dr., se trouve le v. de Mouteille (148 hab.). La corniche de Yéglise (xir s.) offre des modifions à figures très-bien conservés. La voûte en bois de la nef se distingue par son élégance. Une éminence (53 mèt.), située à dr. du chemin de fer et sur le territoire de la c. de Mouteille, porte les débris de l’ancien château de Mont-à- la- Vigne qui joua un rôle important pendant les guerres de religion.
On franchit ensuite la Vie et les deux bras de la Viette, entre Saint- Crespin (à dr.) et Cerqueux (à g.), v. de 224 bab., dont l’ancien manoir est bâti sur une éminence au pied de laquelle passe le chemin de fer.
209 kil. Mesnil-Mauyer, v. de 353 hab., gracieusement situé dans une
belle vallée. Un petit quai;d’embarquement a été établi près de la station pour les bestiaux destinés à la consommation parisienne.
On aperçoit à dr. la belle tour romane de V église, à la flèche pittoresque. Cette église a conservé quelques parties des xiii* et xv* s.; la nef, reconstruite au siècle dernier, est séparée des ailes par des arcs surbaissés.
On remarque : les fonts baptismaux en plomb, (style du xv's.),à huit panneaux, décorés chacun d'unearcature ; la pierre tombale du restaurateur de l’église, le curé Formage, mort en — 1757; les deux belles statues qui accompagnent le retable du maîtreautel; une statue de la Vierge datant du moyen âge, etc. Des fragments de vitraux de diverses époques (blasons du xvr s.; personnage occupé de préparations pharmaceutiques) décorent les fenêtres (xm* s.) du chevet. A peu de distance de l’église s’élève un manoir en bois (xvi* s.) entouré de fossés pleins d’eau.
[A 2 kil. environ de Mesnil-Mauger, au S., sur la rive g. de la Viette, se trouve le village de Sainle-Marie-aux- Anglais (295 hab.). Le chœur et la net de l'église (mon. hist.), l’une des plus curieuses et des mieux conservées de l’arrond. de Lisieux, appartiennent au style roman. Les murs sont décorés de fresques malheureusement badigeonnées. Signalons aussi deux belles statues tumulaires, et les élégants chapiteaux des colonnes. Sur le bord de la Viette se voit un manoir dont le côté droit offre, au centre, une tourelle à pans servant d’escalier et des fenêtres à croisées de pierre.
Des peintures, exécutées au commencement du siècle dernier, ornent les salles du rez-de-chaussée.
On peut aller visiter à Crèvecœur (4 kil. au N.) un château (xiv* ou xv* s.) composé de deux enceintes entourées de fossés. La tour carrée, ou donjon, ne parait pas remonter à une époque reculée.]
On franchit la Dives en face d’Écajeul et du château de Plainville.
216 kil. Mézidon (Omnibus 30 c. ; — bût. : Sainte-Barbe ; — de la Grâcede-Dieu), ch.-l. de c. de 1144 hab., situé sur la rive g. de la Dives, possède une importante filature de lin occupant 300 ouvriers.
La station est établie à 1 kil. environ du bourg, au hameau du Breuil dont l’église et le château méritent d’être signalés. Le corps de Yéglise date du xn* ou du xm* s.; le porche est du xv* s. Le château , qui se montre sur le bord de la voie ferrée, est moderne; sa tour cylindrique, à toit conique, attire surtout les regards. Le chemin de fer du Mans (R. 79) s’embranche à Mézidon, sur la ligne de Paris à Cherbourg.
[Voit, decorresp. pour : — (5 kil.) Quétinillc (212 hab.; église du style ogival primitif, archivolte de la porte latérale garnie de fleurs crucifères) ; — (7 kil.) le Bras-d’Or (auberge).]
De Mézidon au Mans, R. 79 ; — à Falaise, R. 80, A; — à Cabourg, R. 74, C.
La voie ferrée franchit, près de Canon — (181 hab.; beau château moderne appartenant à M. Élie de Beaumont, sénateur; magnifique parc arrosé par le Laizon et décoré de bustes en marbre blanc ; au milieu de ce parc, à dr. d’une pièce d’eau, petit château du temps de Louis XIV, appelé château Bérenger) — la jolie rivière du Laizon qui baigne (2 kil. sur la g.) Vieux-Fumé (268) où se voient uue église en grande partie de la lin du xn* s. et un*joli château (xviii* s.) précédé d’une longue avenue. On laisse àdr. Ouésy-sur- Laizon , v. de 240 hab., dont l’église, en partie du xiii* s., possède un chœur du style roman le plus correct et le plus élégant. Près de l’église se voient les restes d’un •prieuré dépendant de l’abbaye de Jumiéges. On aperçoit ensuite à dr. Cesny-aux- Vignes (246 hab.), situé -au pied de coteaux autrefois couverts de vignes, mais ne produi-
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sant plus aujourd’hui que du cidre.
Le château de Cesny est- moderne.
Un peu plus loin se montre At'ran (620 hab.) dont l'église possède un charmant portail du style de transition. La tour massive paraît remonter au xv* s. A 2 kil. d’Airan, sur le bord delà Muance, se trouve le ham.
de Coupigny, où s’élève un joli château entouré d’un beau parc. L’ancienne chapelle de Coupigny, enclavée dans ce parc, sert d’orangerie.
On franchit la Muance, au-delà de laquelle s’étend une plaine bien cultivée mais monotone, et l’on aperçoit à dr. les deux localités qui ont donné leur nom à la station de
225 kil. Moult-Argences. — Moult (2 kil., omnibus 20 c.) , v. de 721 hab., agréablement situé dans la vallée de la Muance et traversé par la route de Caen à Paris, possède une église dont le chœur, appartenant au style roman le plus orné, offre, sur le mur du S., de remarquables arcatures.
Au sommet d’une colline se voit une enceinte appelée la llougue, défendue par un escarpement de terrain et par un rempart. On y a découvert des haches et des médailles romaines.
Argences (3 kil., omnibus 20 c.), b. de 1406 hab. (marché hebdomadaire, un des plus importants du département). L’église moderne (1738), précédée d’une vaste place sur laquelle se trouvent les halles, est surmontée d’un de ces dûmes hémisphériques à la mode au siècle dernier. — L’église Saint-Patrice (xi*, xu* et xv* s.) a été convertie en magasin à blé et en brasserie. A 2 kil. du bourg se voient le château de la Tourniole et la chapelle Saint-Gilles (reconstruite).
[Voit, de corresp. pour : — (7 kil.) Bray, v.de 149 hab. (pépinières considérables d’arbres forestiers ; château entouré d’un beau parc baigné par la Muance); — (7 kil.) Croissant ille (568 hab.; découverte de monnaies romaines; traces des campements qui
purent avoir lieu à l’occasion de la bataille de Croissanville gagnée, en 945, par les Normands sur Louis d'Outremer, roi de France) ; — (9 kil.) Méry-Corbon, v. de 612 hab. (église romane surmontée d’une tour moderne avec un dôme hémisphérique en pierre) ; — (11 kil.) Saint-Sylvain, v. de 1017 hab., l’un des plus importants du canton de Bretteville-sur- Laize. L'église est de plusieurs époques. La nef est moderne ; le chœur appartient au style ogival du xinc s.
La tour (fin du xiu* s. ou commencement du xive) n’a jamais été terminée. Des tuiles et des médailles romaines ont été découvertes en trèsgrand nombre dans les environs de Saint-Sylvain.]
La voie ferrée laisse à dr. Vimont, v. de 249 hab. Une colonne commémorative, destinée à perpétuer le souvenir d’une bataille livrée, en 1047, par Guillaume le Conquérant, aux seigneurs du Cotentin et du Bessin révoltés, y a été érigée en 1841. Cette colonne a 60 c. de diamètre , 2 mèt.
30 c. de hauteur et porte les inscriptions suivantes :
« Au souvenir delà bataille du Val-és- Dunes.
« Près d’ici, vers le S. O., au lieu dit le Val-és-Dunes, fut livrée la bataille gagnée par le duc Guillaume, sur les barons révoltés contre lui, le 10 août 1047.»
Le duc passa la Muance au gué Bérenger, près d’Argences, opéra sa jonction à Valmeray avec son allié, Henri 1er, roi de France, et, de concert avec lui, attaqua les insurgés dans la plaine du Val-ès-Dunes :
ceux-ci furent défaits après avoir courageusement soutenu pendant quelque temps l’attaque des deux armées et prirent la fuite dans le plus grand désordre.
Un peu plus loin, se montrent, du môme côté, Bellengreville, v. de 455 hab. (joli chœur dans le style ogival primitif; belle porte latérale à pleincintre ornée de moulures et de fleu-
rons cruciformes d’une grande délicatesse), puis Frenouville , v. de 493 hab. (chevet de l’église intéressant ; borne milliaire découverte en 1840 et conservée actuellement dans le parc du château) , Cagny (église romane, restes d’un prieuré, château du xv' s.), et enfin à g. Grentheville , v. de 146 hab. (jolie maison de campagne).
Au sortir d’une tranchée, on descend dans la vallée de l’Orne, et l’on découvre la ville de Caen et le faubourg de Vaucelles.
239 kil. Caen.