LA ROCHE-GUYON
1597. On remarque ensuite un écusson sur lequel sont gravés ces mots :
« C’est mon plaisir *• et la voûte d’une salle souterraine toute tapissée de fleurs peintes. Au bas de l’escalier qui monte aux appartements, se voient 2 chevaliers bardés de fer et placés dans des niches très-larges. L’escalier est magnifique, mais on admire surtout les tapisseries des Gobelins qui couvrent les murs sur lesquels sont attachés aussi de nombreux faisceaux d’armes et d’armures. Cet escalier, composé de 38 marches , est éclairé par deux belles fenêtres ornées de verres peints sur lesquels sont dessinés des écussons et des armoiries portant les devises suivantes : « C’est mon plaisir: m Deo confido. » On remarque surtout dans l’intérieur du château : la magnifique salle des gardes, où se voit une riche collection d’anciennes armures ; un beau salon orné d’une glace splendide encadrant une riche pendule; une galerie de portraits de famille ; la chambre d’Henri IV, conservant encore le lit et le bureau de ce roi ; la chapelle taillée dans le roc et un réservoir creusé également dans le roo,et pouvant contenir 5896 hectolitres d’eau.
Le bâtiment du milieu est précédé d’une cour dont l’entrée est fermée par une immense grille en fer qui paraît très-ancienne. Une large terrasse, supportée par 10 arcades, règne à la hauteur du premier étage.
Elle est bordée par un élégant balcon en pierre; ses murs sont tapissés de plantes grimpantes qui leur donnent un aspect pittoresque. A g. sont de magnifiques écuries récemment construites. Du milieu de cette cour on voit très-bien le donjon dont nous avons déjà parlé, et auquel on monte, du château même, soit par un escalier de 72 marches, creusé dans les flancs de la montagne, soit par le parc.
Du haut de cette tour, couronnée par une balustrade en bols, on découvre une vue très-étendue, sur les rives de la Seine, de Bonnières à Mantes.
A l’une des extrémités du parc, situé à g. du château, se voient les débris d’une vieille tour qui servait autrefois d’observatoire.
Non loin du château, à ra., s’élève l’église paroissiale dont la tour carrée est percée d’ouvertures ogivales. Cet édifice , qui paraît remonter au xve s., est orné à l’extérieur de gargouilles et d’élégants clochetons. Plusieurs parties ont été restaurées. L’intérieur, qui se compose d’une nef et de deux bas côtés, est presque entièrement du style ogival flamboyant.
La nef se fait remarquer par son élévation. Le chœur renferme de belles stalles sculptées; à dr. du maîtreautel, se voit le tombeau, en pierre, de François de Silly,duc de laRoche- Guyon, mort en 1627. Ce monument est surmonté de la statue agenouillée du duc, devant lequel , sur un coussin, repose sa petite fille emmaillottée. Une inscription en vers se lit sur le tombeau. On remarque aussi quelques vitraux, et, dans les chapelles des collatéraux, des plaques de marbre en l’honneur des membres de la famille de la Rochefoucauld, ainsi que des caveaux où reposent les restes du duc Louis-Antoine de Rohan, pair de France, mort en 1 807 ; de la duchesse Gontaut-Biron de Rohan, décédée en 1844; du duc Antoine de Rohan, pair de France ; d’Anne-Élisabeth de Montmorency, duchesse de Rohan; et de Marie-Georgine de Serent, princesse de Léon.
Entre l’église et le château, près de l’hôtel de ville, dont le rez-de-chaussée sert de halle, s’élève une fontaine monumentale eu pierre, composée de 3 vasques superposées, d’où l’eau tombe dans un bassin inférieur. Sur une plaque de marbre est gravée une inscription latine, constatant que l’eau de cette fontaine a été amenée en cet endroit, d’une source éloignée d’environ quatre milles, parle duc Alexandre de la Rochefoucauld (1717).
La maison de convalescence, fondée en 1850 par M. le comte G. de la Ro-
chefoucauld, pour les enfants convalescents des hôpitaux de Paris, de 6 à 1 8 ans, peut recevoir 500 enfants.
Au delà de Bonnières, la voie ferrée, côtoyant de très-près la rive g. de la Seine, passe près de Jeufosse (333 hab.; joli château entouré de massifs ; dans l’église, vitraux remarquables par leur ancienneté) , et de Petit- Villes (174 hab.), baigné par un petit ruisseau que franchit le chemin de fer et qui forme la limite des départements de Seine-et-Oise et de l’Eure. On laisse ensuite à g. les jolis vallons du Grand-Val et du Petit-Val, et, un peu plus loin, un coteau taillé à pic, au pied duquel passe la route de terre. La voie ferrée se maintient entre cette route et le chemin de halage de la rive g. de la Seine, sur un remblai de 100000 mèt. cubes. Une profonde tranchée précède la station de
80 kil. Vernon (omnibus, 20 c. ; hôt. : d’Évreux, du Lion d’or), V. de 7410 hab., agréablement située dans une plaine, entre le chemin de fer et la rive g. de la Seine.
La fondation de Vernon remonte au xi* s. Ce n'était alors qu'un château fort destiné à défendre les frontières de la Normandie du côté de la France. Vernon a joué un rôle brillant dans l’histoire de la Normandie, à cause de sa situation au bord de la Seine, qui la fit longtemps considérer comme une place imprenable. Pourtant, Philippe I", roi de France, profitant de l’éloignement du duc de Normandie, occupé à réprimer des factions en Angleterre, s’en empara en 1086. Quelque temps après Vernon tomba au pouvoir du roi d’Angleterre, Henri I*r, qui fit augmenter les fortifications de la ville et construire un château fort, sur l’emplacement de la grande tour actuelle qui en était le donjon. En 1151, Vernon appartenait à Geoffroy Plantagenet, comte d’Anjou , qui en fut définitivement dépossédé par Henri II, roi d’Angleterre, en punition d'un attentat commis sur le chemin royal, par le fils du comte, contre des marchands.
Des mains des ducs de Normandie, Ver-
non passa dans celles de Louis VIII, fils de Philippe Auguste, qui la réunit à la couronne. En 1248, Louis IX y fonda un monastère de Cordeliers, où, dans le siècle suivant, fut inhumée Marguerite de Bourgogne, sa petite-fille, étranglée au château Gaillard.
Le traité qui, en 1360, rendit la liberté au roi Jean , prisonnier des Anglais , fit passer Vernon sous la domination de ces derniers; mais les Français la recouvrèrent en 1364 pour la reperdre encore en 1419. 30 ans plus tard, les Anglais étaient entièrement chassés de la Normandie, et la première réunion des États, après la conquête, se tint à Vernon, en 1452.
Les troubles religieux qui ensanglantèrent le règne de Charles IX n’eurent aucun retentissement dans Vernon. Charles IX venait souvent chasser dans la forêt où il fit percer de belles routes. Les bourgeois de Vernon, après la mort d’Henri III, embrassèrent le parti de la Ligue, mais, si faiblement, qu'ils se soumirent sans difficulté à Henri IV, après la bataille d’Ivry.
L’église de Vernon a cté classée parmi les monuments historiques. Le chœur est du xn" s., la nef du xiv' et les chapelles du xv“. Cet édifice est depuis quelques années l’objet d’importantes restaurations qui se poursuivent encore aujourd’hui. L’aspect intérieur de la nef est imposant. On y remarque , surtout ; le tombeau en marbre blanc, fort bien exécuté, de Marie Maignat, femme du sieur d’Arcquegny, président de la cour des aides de Normandie (elle est représentée à genoux et revêtue du costume de l’époque); une chaire gothique en bois sculpté, récemment placée dans la nef; les jolies boiseries de l’orgue et plusieurs belles tapisseries des Gohelins. — La chapelle de l’hospice ou hôtel-Dieu, fondé par saint Louis, mérite aussi une visite. On y remarque, notamment, une tribune supportée par de jolies colonnes torses : elles sont en bois et chargées de riches sculptures.
De ses anciennes fortifications, Vernon a conservé une tour en pierre, reste d’un château fort. Remarquable par la hauteur et l’épaisseur de ses
murailles, cette tour sert de dépôt aux archives de la ville.
Vernon possède : une bibliothèque communale (6000 vol.); un théâtre; un ancien collège et un parc de construction des équipages militaires avec des ateliers considérables ; une caserne du train et des magasins qui renferment le matériel roulant de plusieurs armées.
Les anciens boulevards de Vernon ont été transformés en promenades publiques, plantées de beaux tilleuls, et formant, autour de l’enceinte de la ville, une promenade très -fréquentée.
Le Cours, vaste espace carré, sert aux fêtes publiques et à l’importante foire annuelle du 8 septembre. L’une des allées du cours conduit à l’avenue de la Maisonnette, promenade favorite des habitants, et aboutit à la forêt de Vernon et au parc du château de Bizy.
Avant d’atteindre le parc de construction des équipages militaires, la voie de fer croise une belle avenue qui se prolonge jusqu’au château de Bizy, situé sur le penchant d’un coteau qui domine le charmant bassin de Vernon.
Bâti par le maréchal de Belle-Isle, le château de Bizy devint la propriété du comte d’Eu, puis celle du duc de Penthièvre. La Révolution n’en laissa subsister que les écuries. Un général éleva sur ces ruines une modeste habitation que Louis-Philippe eut le dessein -mais non le temps de transformer en une résidence digne de la splendeur de l’ancien château.
Le parc, qui entoure l’habitation actuelle, est remarquable. Une belle source, qui y jaillit, dans ses parties les plus élevées, coule en cascade.
Vernon est la patrie d’Anne de Lavigne, poète du xvii' s. et amie de Mlle de Scudéry ; de Mathieu Mésange , architecte célèbre , né dans le siècle suivant, et de Mme Brohan, actrice distinguée, mère de Mmes Augustine et Madeleine Brohan, qui font