Itinéraire général de Napoleon Ier;
La première édition de cet ouvrage a paru sous les auspices de la Société des Étitdes historiques.
■ ALBKRT SCHUERMANS
DE
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Préface par HENRY HOUSSAYE
OB l'académie FRA-^ÇAISE
Ouvrage couronné par l'Académie Française
(Prix Thérouanne) UEUXIÈHB ÉDITION
PARIS JOUVE ET G's ÉDITEURS
l5, RUE RACINE, l5 y^ ^
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PREFACE
Depuis vingt ans, on a publié beaucoup de livres de morts et de vivanis sur Napoléon et son temps. Peut-être bien six cents ! — eu comptant les miens, car j'ai ma part dans celte (1 surproduction » napoléonienne dont, au reste, le public ne stnible point las. De tous ces livres, je n'en connais guère de plus utile, de plus intéressant et, dans son genre, de mieux fait que celui de M. Albert Scliuermans, V Itinéraire général de Napoléon t".
Ce grand sujet, sans doute, a déjà été traité. Il y a V Itinéraire deXapoléon depuis son départ de Corse Jusqu'à son arrivée à Longu'ood, \)div\)o\\y (i84'i). Il y a V Itinéraire général de Napoléon, par Perrot ( iS'îô). Il y a le Tableau chronologique de V Histoire de Napoléon, par Emile de La Bédol- Iière(i854). Mais, si ces livres étaient faits, le livre n'en restait pas moins à faire. Des ouvrages ou, à mieux dire, des ébauches que je viens de citer, l'un est moins l'itinéraire de Napoléon qu'une chronologie incomplète et déleclucuse du Consulat et de lEmpire. Les deux autres (brochures de 43 et de 55 pages) sont trop sommaires ; les inexactitudes et les erreurs y abondent, les lacunes y sont nombreuses et inexplicables. Des périodes de trois semaines, de deux mois sont sautées. La Bédollière, par exemple, passe du i() août i8o8 au 3o octobre. Il omet ou oublie le voyage en Allemagne, les séjours à Francfort, à Gotha, à Erfurl, à Weimar, la visite au roi de
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• Saxe, les dix-huit jours de relations constantes et intimes avec Alexandre I", la convention secrète, les représentations de la Comédie-Française devant le parterre de souverains et de princes, les entrevues avec Gœthe et Wiiîland, le déjeuner de l'empereur et du czar sur le Landgrafenberg, emplacement du bivouac impérial la veille de la bataille d'Iéna.
En outre, les Itinéraires en question manquent de toute note de référence. Il faudrait en croire sur parole Dolly, Perrol et La BédoUière. On n'est pas tenu d'être si crédule. Où se sont-ils renseignés? Dans les lettres, les rapports, le Moniteur, les pièces d'archives, les Mémoires bien authentiques et bien véridiques des contemporains, ou dans les histoires générales, les Mémoires apocryphes, suspects ou mensongers, les on-dit invérifiés, tout l'arsenal habituel aux compilateurs, voilà ce que l'on voudrait savoir. J'aime les noies. Sainte-Beuve les qualifiait « le livre d'en bas ». Ce livre d'en bas est le répondant du livre d'en haut.
J'avoue même qu'en recevant les épreuves communiquées par M. Albert Schuermans, j'ai d'abord jeté un coup d'oeil sur les notes. C'est mon habitude, ou, si vous voulez, ma manie quand j'ouvre un livre d'histoire nouvellement paru. Par ce procédé expéditif, j'apprécie tout de suite la documentation et la critique de l'auteur. Je vois s'il a passionnément el laborieusement cherché, s'il a recouru aux pièces des archives publiques et privées et aux correspondances et Mémoires incontestés, s'il a découvert de l'inédit, si sa méthode de classement des documents présuppose la rigueur de sa méthode de raisonnement, et s'il est enfin bon greffier et bon juge d'instruction dans le perpétuel procès de l'Histoire. Je me suis épargné ainsi la lecture de plus d'un ouvrage où je n'aurais rien appris.
11 va sans dire que cette première épreuve — l'épreuve du
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(( livre d'en bas » — a tout à fait réussi au jeune historien. Sa documentation est abondante et, au moins en ce qui regarde son sujet, elle est sûre. Les principales sources sont: la Correspondance de Napoléon, y compris les nombreux suppléments et les lettres encore inédites qui se trouvent aux diverses Archives de Paris, le Moniteur, le Journal des Débats (devenu le Journal de l'Empire en l'an XIV), les Bulletins dé l'Aimée, les procès-verbaux des Archives Natiojiales, le Journal manuscrit des séjours de l'Empereur, innombrables pièces des Archives, les lettres, Mémoires et écrits divers de ceux des contemporains dont la véracité est le mieux établie ; enfin certains historiens de l'Empire qui ont notoirement travaillé sur les documents originaux. Parmi eux, on remarquera que Thiers est très rarement cité. Cette réserve ne me surprend pas si je songe que Thiers, qui est d'ailleurs un historien justement renommé, présente ce phénomène unique qu'il atteint presque toujours à la vérité de l'ensemble par l'inexactitude des détails.
Pour la rédaction d'un livre comme V Itinéraire de Napoléon, il y avait deux contraires à éviter, la prolixité et la brièveté. 11 ne fallait ni trop dire ni ne pas dire assez. 11 fallait l'essentiel, rien de plus, rien de moins. M. Albert Schuermans s'est tenu dans une mesure parfaite. Les deux notes que je vais citer sont des modèles d'exposition succincte : « 6 août i8o8. L'Empereur quitte Rochefort à deux heures du matin. 11 arrive à La Rochelle, à deux heures et demie de l'après-midi ; il visite à cheval la ville et le port et se remet en route à six heures. Il ari'ive à Niort à minuit. » — « 22 mai 1809. Le combat recommence le matin à quatre heures. A sept heures, l'Empereur est en avant de la Tuilerie d'Essling. Le centre de l'armée de l'archiduc Charles enfoncé par Lannes, l'Empereur apprend à huit heures la rupture
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des ponts qui le relient à Tîle Lobau. Il commande la retrailo. Il entrelient le combat sur la liii:ne Aspern-Esslin^, et, place au centre, il dirige, dès deux heures, la contrc-altaquc contre l'archiduc. Vers sept heures, il lient conseil sur la rive droite de l'Ile Lobau. A neuf heures, la bataille est finie et perdue. Pour aller coucher à Ebersdorf, il traverse, à onze heures, le Danube sur une barque, après avoir ordonné à Masscna de se replier dans l'île Lobau. Lannés avait élé mortellement blessé à six heures. »
Napoléon n'était pas toujours en voyage ou en cam[)agne. Il a passé aussi bien des journées aux Tuileries, à la Malmaison, à Saint-Cloud. C'était son temps de repos, et voici comme il l'occupait. A six heures et demie, réveil, robe de chambre, coup d'œil sur les lettres, dépèches, rapports arrivés dans la nuit ; le tapis est jonché de tous les papiers qui ne valent ni attention ni réponse. A sept heures et demie, bain et toilette, et lecture par Méneval des journaux français et des gazettes étrangères. De neuf à onze heures, petit lever et grand lever et audiences particulières. A onze heures, déjeuner de huit minutes sur un guéridon, puis courte visite à l'Impératrice. A midi, travail avec Mén»ival, examen de lettres et de rapports, de pièces de toute sorte, et dictées aussi rapides que la parole. La correspondance de Napoléon embrasse l'administration de l'Kmpire (qui a cent trente déparlements dont le Léman, chef-lieu : Genève, et les Bouches-de-l'Elbe, chef-lieu: Hambourg), la diplomatie, les finances, le commerce, la marine, la guerre. S'il n'y a pas ce jour-là conseil privé, conseil secret, revue, ou si l'Empereur ne va pas présider la séance du Conseil d'État ou encore s'il ne lui prend pas fantaisie de visiter quelque monument en construction, il continue de travailler jusqu'au dîner. Le soir, le plus souvent, il remonte dans son cabinet avant
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dix heures et lit, annole, dicte jusqu'à minuit. Tels sont les
Krs de repos de Napoléon.
I. Albert Schuermans se classe en bon rang, dès ses ►uts, parmi les « Napoléonisants ». Son Itinéraire sera sans cesse consulté par eux avec grand profit. 11 sera lu aussi avec intérêt par tous ceux qui aiment les récits de l'épopée française, car ils y retrouveront les souvenirs de leurs lectures préférées. Chaque ligne évoquera pour eux plusieurs pages de l'histoire de l'Empereur, et, loat au long de cet Abrégé, ils le verront revivre dans sa gloire, son génie et sa miraculeuse activité de corps et d'esprit.
Henry Houssaye.