‹ Itinéraire instructif de Rome à Naples et à ses environsChapitre 46 sur 114 · APPELLÉE DE SAINT SÉVÈRE · texte numérisé non relu

APPELLÉE DE SAINT SÉVÈRE

Elle fut érigée par dom François deSan^ gro prince de St. Sévère, vers Tan iSgo. Alexandre de Sangro, patriarche d'Alexandrie , la fit ensuite rebâtir d'une manière plus magnifique. Elle fut enfin renou voilée par dom Raimond de la même famille , qui l'orna de riches marbres et de plusieurs chef-d'œuvres de sculpture , prodigués avec une dépense immense. Ces sculptures servent presque toutes d'ornement à une série de dépôts de la même famille , à compter du dit patriarche , jusqu'au dernier prince défunt.

Cette église est toute tapissée des plus beaux marbres, l'entablement et les chapiteaux des pilastres sont exécutés d'après les dessins du dit dom Raimond , d'un trés-bon goût. Deux de ces dépôts servent d'autel , et sont consacrés à St. Oderisio et à Ste. Rosalie de la famille de Sangro : leurs statues sont les ouvrages du fameux Antoine Gorradini,Yénitien. Les deux cô-

lés de Téglise offrent huit arcades , dont chacune , à Texception des deux qui servent d'entrée , renterme un mausolée avec la statue au naturel. Chacun des pilastres attenans contient aussi le dépôt de la femme de celui qui est placé dans le mausolée voisin : chacun est orné d'une grande statue représentant quelqu'une des vertus les plus remarquables de la personne, avec son portrait sculpté dans un médail» lon^ ces ouvrages sont du chevalier Fansaga , de Santa-croce et de Queirolo , Génois.

Le dessus de la porte de Téglise présente le dépôt de dom François de Sangro , sortant d'une caisse ferrée , armé d'une ëpée 5 d'un casque , et d'une cuirasse ; ouvrage du Célébrano. La troisième arcade, placée à côté de la sacristie, renferme le dépôt du dit dom Raimond de Sangro, où l'on voit son portrait peint par Paul Amalfi, avec une inscription sculptée sur un marbre rouge avec des lettres blanches et en bas-relief, comme un camée; les lettre s et le fond ne fesant, malgré cela, qu'une seule et même pièce de marbre '-, le basrelief qui environne l'inscription est dans le même genre. Cet ouvrage merveilleux a été inventé et exécuté par le feu prince dom Raimond lui-même.

On admire ensuite dans les pilastres da Tarcade du maître-autel , deux monumeiis de la sculpture moderne fort curieux , dont l'un est de Corradini , et Tautre de Queirolo. Celui du premier , représente la mère du dit prince dom Raimond, sous la figure de la Pudeur , vertu prédominante de cette princesse: elle est couverte d'un voile transparent , laissant entrevoir toutes les formes du corps ; manière de sculpter inconnue aux Grecs et aux Romains mêmes , les anciens ayant seulement peint et jamais sculpté les voiles.

L' autre représente le père du même prince sous la figure àcXDisinganno^ parce que ce prince étant revenu des choses de ce monde , après la morte de son épouse , se fit prêtre et mourut avec la réputation d'homme vertueux. Cette statue représente un homme engagé dans un grand filet , et qui s'efforce d'en sortir par le secours de son esprit représenté par un Génie , qui l'aide à se débarasser ; le filet est exécuté sur la même pièce de marbre; cependant il touche à-peine la statue , dont le travail est fait à-travers des mailles du fdet , qui ne lui est adhérent que dans un très-petit nombre de parties» C'est ua trait de force sans exemple eiv

fait fie sculpture; mais la grande hardiesse du travail en fait tout le mérite.

Le maître-autel était orné de deux colonnes de rouge antique , et d'un bas-re'-liei' en mar]3re représentant le Mont Calvaire avec la passion de notre Seigneur , ouvrage très-estimé de Célébrano. Le haut de Tautel présente Timage de Ste. Marie de la Piété qui se trouvait dans l'ancienne église. La peinture de la voûte de cet ajtel est d'une exécution merveilleuse; l'art de la perspective y est si parfait, qu'il trompe l'œil et change la surface plate du tableau en une coupole , qui paraît recevoir le jour par son centre.

D'un coté du maître-autel, on voit un Christ mort, ouvrage d'une sculpture aussi extraordinaire que celle des statues de la Pudeur et du Disinganno , dont nous Tenons de parler plus haut. Ce Christ est couvert d'un voile, laissant entrevoiries formes et les muscles du corps : le voile paraît légèrement humecté de la sueur de la mort; et l'ensemble de la figure exprime la grandeur , et la dévotion. Le fameux Corradini fut l'inventeur de cet ouvrage duquel , on dit , qu'il en forma le modèle ; mais sa mort ayant eu lieu en I y5 1 il fut exécuté et achevé par le Napolitain Joseph Sanmartino , aucjuel nous

sommes redevables clu mérite de cet on- Trage,qai est du genre de ceux dont l'exe'cution fait la plus grande difficulté'.

En entrant dans la sacristie, on descend dans Téglise souterraine , où sont érigés les dépôts des descendants de cette me-» nie illustre famille de Sangro.

Non loin de ce palais, se trouve Téglise de St. Ange à Nilo , fondée en 1 38o par le cardinal Renaud Erancaccio , dont ou voit le beau dépôt dans le chœur ; c'est l'ouvrage de Donatello , grand sculpteur florentin. Dans la sacristie on voit deux tableaux sur bois de l'ancienne école napolitaine, représentant un St. André et un St. Michel, qui ont donné le titre ancien et nouvel a cette église.

La maison attenante , renferme une bibliothèque garnie de Go mille vohimes , et de beaucoup de manuscrits modernes inédits. Elle est ouverte tous les jours à l'usage du public, et assez bien servie.

En traversant la rue des libraires , on trouve, au bout d'une longue rue V

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