ÉGLISE CATHÉDRALE DE SAINT JANVIER
L'ancienne cathédrale fut bâtie pendant le règne de Constantin le grand, sur les restes du temple d'Apollon , et dédiée à Ste. Restitute. Charles I d'Anjou cornm en ça ensuite en i 280 la construction d'une nouvelle cathédrale vaste et trèsmagnifique, qu'il agrandit encore davantage en faisant démolir la croisée de la dite église de Ste. Restitute. Ce grand édifice, qui fut achevé en i 2()() par Charles II, étant tombé lors du tremblement déterre de i456, il a été rebâti par Alphonse I d'Aragon , d'après les dessins de Nicolas le florentin et de son élève Maglione, et achevé par Masuccio IL
La façade de ce grand temple fut faite en 1407 et restaurée eu 1788. L'architecture intérieure et extérieure de cette église est gothique, mais elle est magnifique et garnie de beaux ornemens consistant en figures et bas-réliefs; on y remarque aussi deux belles colonnes de porphyre situées des deux côtés de la porte » ouvrage de Bamboccio de Piperne.
Le dedans de cette église présente un grand nombre de chapelles et cent dix colonnes de granit égyptien et africain , qu'on croit sauvées des débris de l'ancien temple d'Apollon: autour de chaque pilastre de l'église sont placées trois de ces colonnes couvertes de stuc, qui la divisent en trois nefs^ on en voit aussi d'autres sous les arches et dans les chapelles.
L'autel majeur, qui est tout composé de marbres choisis, fut refait à neuf en 1 744 î d'après le plan du chev. PaulPosi. Le dessus de cet autel porte une statue en marbre , représentant l'Assomption , exécutée par Pierre Bracci. Car le tableau qui y existait anciennement , représentant le même triomphe de la sainte Vierge, avec les apôtres et le portrait du cardinal GarafFa , peint par le maître de Raphaël, Pierre Perousin, a été placé sur la petite porte adroite du maître-autel, où
est la cotigrogation de Propnganda des prc*tres missionnaires. Les deux anciens candélabres de jaspe , en forme de colonnes, sur le but du péristyle, sont trèsprécieux.
On descend à l'église souterraine par un double escalier. Elle est revêtue de marbre blanc est ornée de bas-réliefs , en forme d'arabesques , et de jolies figures* Le plafond est fait dans le goût antique et soutenu par dix colonnes de cipollino» Le corps de St. Janvier , évéque de Bénévent et grand protecteur de Naples , est déposé sous le grand autel. Cette église souterraine fut faite en i l\C)i , par le cardinal Olivier Caraffa , arclieveque de Naples , dont la statue que l'on voit à genou* k côté du maître-autel , passe pour être l'ouvrage de Bonarroti. Il est à soubaiter que les étrangers observent bien les arabesques en marbre de celte cha* pelle , à fin de juger avec combien peu de bonne foi et avec quelle légèreté en ont parlé certains voyageurs qui aiment à abuser de leurs lecteurs.
En revenant dans l'église supérieure , on voit dans la croisée à droite de Tautel-majeur , quatre tableaux de Jourdan; et quatre autres de Solimène dans la croi-
sée vis-à-vis. Les peintures du plafond de la nef principale , sont de Santafede. Les tombeaux de Charles d'Anjou , de Charles Martel et de son épouse Gle'mence , se trouvent au-dessus de la grande porte de rëglise. Les dessus des petites portes présentent deux tableaux de George Vasari. Du coté gauche de la grande porte est un vase antique de basalte d'Egypte , élevé snr un piédestal de porphyre , remarquable par ses bas-réliefs représentant les attributs de Bacchus. C*est à présent le Baptistère.
La sacristie est ornée de plusieurs peintures , parmi lesquelles se trouvent les portraits de tous les éveques et les archevêques de Naples. L'armoire placée à coté de Tautel , sert de dépôt a un grand nombre de reliques précieuses.
On distingue parmi les monumens sépulcraux de cette église , celui d'Innocent IV , mort à Naples en i 240. Le devant de la chapelle Caracciolo présente également le dépôt du cardinal Inuico Caracciolo , archevêque de Naples. Ce monument est très-estimé pour sa composition ; on Y voit trois en fans découvrant un médaillon , sur lequel est sculpté le portrait du cardinal 5 et le dessous du guaire laisse appercevoir un squelette
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montrant un sablier. Pierre Ghetti est TauteDr de cet ouvrage qui vraisembla- Lleinent a donné au Bernin la première idée de sa composition du tombeau d'Alexandre VII de la maison Chigi , existant à Rome dans la basilique de St. Pierre. Par la petite nef à gauche de la grande porte , on entre dans Pancienne église ou basilique de Ste. Restitute. Elle fut érigée , comme nous Pavons dit , du tems de Constantin , sur les ruines du temple d'Apollon , auquel appartenaient les colonnes qui soutiennent aujourd'hui la nef. Cette église a été la cathédrale de Naples pendant plusieurs siècles avant la construction de la nouvelle. Elle appartient aux chanoines qu'on dit avoir été établis par Constantin au nombre alors de quatorze pour y ofTicier; le dessous de Pautel majeur contient un bassin antique de marbre blanc. Les deux colonnes d'ordre corinthien situées à côté de cet autel , et le grand nombre des autres qui soutiennent la grande nef, ont sûrement servi à des temples antiques sur les ruines desquels s'élève tout ce grand édifice. En vous tournant sur la droite vous trouverez un ancien sarcophage représentant le triomphe de Bacchus et dans lequel a été enseveli en 1 1 4o Alphonse Piscicelli. Il
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est stiîvl par un autre, maïs chrétien, et depuis on entre clans une petite, mais intéressante chapelle, qu'on nomme S. Gio- 'va7uti in Fonte, Elle est parsemée d'anciens monuments et de mémoires des Las tems. En sortant d'ici vous aurez bien du plaisir d'examiner la mosaïque du XIV siècle la plus parfaitement conservée dans la chapelle de S* Maria del Principio , et les deux bas-réliefs des bas tems qui appartiennent à l'ambon de l'ancienne cathédrale. Les Ivommes de lettres ne quitteront pas cette église sans parcourir au moins d'un coup d'oeil les monuments élevés à la mémoire des célèbres Mazzocclii , Ignarra, Majello, Siméoli , Pulci- Doria , et autres membres du chapitre des chanoines de cette même église.
En entrant dans la cathédrale et visà-vis de cette église de Ste. Piestitute est la chapelle de St. Janvier , appellée du Trésor parce qu'elle coûta en effet près d'un million de ducats ; et à causé aussi des richesses immenses qui s'y trouvent* Elle fut érigée aux frais du peuple napolitain en 1G08 , par suite d'un vœu fait à l'occasion de la peste dont cette ville fut affligée en i526.
Cette chapelle est d'une forme ronde , décorée de sept autels , d'après les des-
sîns iu p. Grimaldi tbëatin ; à Texceptlon cepeiulant de la façade extérieure qui a été exécutée d'après le plan du che- Talier Fanzaga. Tous les arts ont concouru à la formation de cette merveilleuse chapelle ; toute sorte d'ornemens et de richesses y ont été prodiguées. La façade extérieure est en marbre blanc et noir avec deux grandes colonnes qui soutiennent l'architrave : les deux cotés de la porte , qui est en bronze , sont garnis de deux niches , contenant les statues de St. Pierre et St. Paul , exécutées par Julien Finelli.
La porte d'airain est d'un travail merveilleux : toute la chapelle dans son circuit contient 4 2 colonnes d'ordre corinthien , en marbre broccatello , entre lesquelles on voit des statues de bronze et plusieurs bustes du même métal , représentant les saints protecteurs , au-dessous desquels il y a des autres niches , fermées , où se conservent des bustes fondus en argent des mêmes saints , qui sont au nombre de 3^ , dont St. Michel et St. Raphaël sont en entier. La plus part de ces statues sont de Julien Finelli, comme aussi la grande statue de St. Janvier en bronze qu'on voit sur le maître-autel, audessous de laquelle se trouve le dépôt
des reliques du m(^me saint protecteur* C'est daas le buste qu'on conserve la tête , et dans un tal)ernacle tout d'argent il y a deux fioles du sang du saint , recueilli , dit-on , par une femme napolitaine au moment de son martyre. Ce sang redevient miraculeusement liquide toutes les fois qu'on le présente devant la tête de St. Janvier. La cérémonie de ce miracle se renouvelle trois fois par an ; c'est-à-dire , pendant huit jours du mois de mai , et huit jours de septembre ; et le i6 de décembre , jour de la fête patronale. Le miracle est pour tous les napolitains un objet continuel de dévotion et d'étonnement , dont on ne saurait se former une idée sans y être présent. Lorsque la liquéfaction du sang s'opère de suite, la joie du peuple est sans bornes ; mais si le miracle tarde un istant à s'opérer , les cris et les gémissemens s'élèvent jusqu'au ciel ^ car l'interruption de ce miracle est regardée à Naples comme le présage de quelque grand malheur^ mais la dévotion et la foi des Napolitains sont si ardentes, chez les femmes surtout, que le miracle ne manque jamais de se faire et de se renouveller pendant tous les huit jours de l'octave , de sorte que tout le monde voit et baise le sang de St. Jan-
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TÎef aussi liquide , qu'au moment où il sortit de ses veines. La ville de Naples s'est vue plusieurs fois en danger d'être ruinée par les éruptions du mont Vésuve , par les tremblemens de terre , et par d'autres fléaux , tels que la guerre, la peste etc. , mais elle en a toujours été délivrée par son grand protecteur.
Avant de porter vos regards sur les peintures : dont cette chapelle est très-riche , fixez-les un moment sur le maîtreautel. Qu'il est majestueux! qu'il est beau! C'est une masse de porphyre entrecoupée par des corniches d'argent ou de bronze doré , et brodée par des bordures du même métal. Dans les solemnités on y ajoute des grands chandeliers et des vases de fleurs tout d'argent , et une croix merveilleuse de lapis lazuli. L'avant-autel est un grand bas-relief d'argent représentant la translation des reliques du même saint , qui existaient dans le monastère de Montever^ gine.
Les tableaux des deux grandes chapelles , et ceux des quatre chapelles jdIus petites sont tous peints sur cuivre par plusieurs maîtres. Le tableau de la grande chapelle à droite du maître-autel , est l'ouvrage du célèbre Dominiquin -, celui de l'autre qui est vis-ù-vis , est de TEspa-